La narratrice vit dans l’ancienne maison familiale. Celle où
elle admirait sa Sœur partie depuis bien longtemps. Le cagibi lui sert désormais de chambre à
coucher, elle s’occupe du Garçon et de la Fille, deux jeunes adultes qui la maltraitent
par leurs attitudes et leurs comportements. Elle prépare les repas, fait le
ménage et se plonge dans les souvenirs pour oublier le présent.
Dès les
premières lignes, l’écriture déploie un univers particulier. Une écriture où
chaque mot est pesé, une féérie de métaphores pour nous prendre par la main. La curiosité est titillée, on se demande
quelles sont les relations entre la
narratrice, ce Garçon et cette Fille. Pourquoi la Sœur tant adorée semble
partie depuis bien longtemps ? Les réponses sont amenées au fil des pages.
Délicatement comme pour trancher avec la condition de cette femme. Perçue comme
une demeurée à cause de sa quasi-surdité, elle connait depuis l’enfance la différence.
Mais il y a des trésors flamboyants dont les doigts se nourrissent et que l’esprit invente
et recrée. Soumise, elle s’échappe du temps présent par sa
dextérité et la chaleur du passé.
Angélique Villeneuve a su insuffler une densité à cette femme,
la rendre très attachante et troublante.
Sans nommer brutalement, elle suggère tout. Très habilement.
Un livre lu en apnée : les yeux rivés à cette écriture
magnifique et sublimée, le cœur palpitant au gré des révélations. Le corps
malmené côtoie la beauté de ce que ces mains fabriquent. Le pardon, l'amour et l'abnégation d'une vie racontée avec passion
et une écriture qui fait appel aux sens. Après Grand paradis, l'auteure prouve tout son talent et utilise la magie des mots comme un orfèvre !
Elle se dit que tout ce qu’elle aime est là. Tout. Dans la
cuisine. Dans le cagibi. Elle n’a pas d’amis. N’en a jamais vraiment eu. Il n’y
a eu que la Sœur. Et maintenant qu’elle n’est plus là, ce à quoi elle attachée
est partagée entre ces deux pièces. Les enfants, depuis des années, restent à la
lisière.
Est-ce un si grand désastre de penser qu’on aime plus que
personne, qu’on est vidé des autres. Elle est un cœur blanc, peut-être. Une
feuille de papier, vierge de toute écriture.
