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mercredi 23 novembre 2016

Helen Ellis - American housewife

Éditeur : La Martinière - Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Brissaud - Date de parution : Juin 2016 - 206 pages à ne pas bouder ! 

Elles sont américaines et habitent le quartier de. Les femmes au foyer décrites par Helen Ellis dans ces douze nouvelles habitent le quartier l’Upper East Side à New-York ou alors un état du Sud. Elles sont jeunes ou plus âgées et font voler en éclat le vernis des apparences. Car le ton est ironique, un brin acide ou encore impolitiquement correct mais délicieusement piquant.

Des deux voisines qui se disputent par mails sur la décoration du palier à une auteure en mal d’inspiration sponsorisée par une marque de tampon et qui n’a pas bien lu le contrat avant de le signer ou encore la participante à un club de lecture, on découvre d’autre femmes bien différentes de celles enfermées dans des carcans (il ne faut pas se fier aux apparences et se rappeler que "derrière toute femme d’exception, il y a un peu de gras sur les fesses").

Sans temps mort, Helen Ellis plonge ses personnages dans le décalé voire l'absurde.
Ca dézingue au vitriol et j'aime ça.

Et que c’est bon de sourire en pensant que c’est vache mais bien vu !

Nous autres gens mariés, nous avons tous un petit rire d’époux. Un petit rire d’époux est un rire forcé que nous réservons aux moments où notre conjoint fait une gaffe que nous sommes censés trouver adorable.

Les billets de Cath, Cuné.

jeudi 4 août 2016

Leonardo Padura - Ce qui désirait arriver

Éditeur : Métailié - Traduit de l'espagnol (Cuba) par Elena Zayas - Date de parution : Mai 2016 - 235 pages et un avis en demi-teinte.

Ces treize nouvelles ne se passent pas toutes à Cuba. Les héros sont parfois exilés car le plus souvent les décisions politiques les ont contraints à partir (comme la guerre en Angola et l’obligation d’y participer) mais ils ont leur pays dans la peau. Quelquefois, une épouse attend le retour de son mari qui lui a trouvé d’autres bras. Rentrer ou rester ?
Des amours souvent impossibles comme dans la superbe nouvelle Neuf nuits avec Violeta del Rio où le boléro est décrit de façon merveilleusement sensuel. Les regrets et les souvenirs hantent les personnages sur fond de rhum et de musique mais aussi de pauvreté. Des rencontres ou des choix à opérer, ou juste décrire un moment précis en invitant le passé comme quand une vielle dame à un atelier d’écriture fait ressurgir par l’écriture sa fille décédée et que dire de Rafaela, la joueuse désabusée de piano dans un restaurant.
Tous les personnages sont terriblement humains et l’ambiance de Cuba se distille à travers ces nouvelles :  la chaleur et la moiteur, la volupté ou plus, la mélancolie ou la nostalgie. L’écriture de Leonardo Padura varie, épouse chaque récit en se faisant poétique ou plus crue.
Mais malgré toutes ces qualités, j’ai trouvé l’ensemble assez inégal. Au vu de tous les avis élogieux, j'en attendais peut-être plus. 

  - Tu sais...c'est une guerre. Mais le pire ce sont les souvenirs. Les gens passent leur vie à se rappeler Cuba et à faire des projets pour le jour où ils rentreront.

Les billets de Jérôme, Jostein, Miscellanées.

Lu de cet auteur : Hérétiques

jeudi 16 juin 2016

Le 1-Hors-série : Nouvelles du monde


Dans la préface de ce hors série du magazine le 1 et en collaboration avec La Grande librairie et France 5, Eric Fottorino écrit : « Et pour raconter une histoire, qui s’y entend mieux que les romanciers ?L ’expérience de la vie, la vraie, est inaccessible en dehors de la littérature .(...) La littérature, c’est aussi parler de demain avec de la mémoire. Ce sont des mots au service des idées, mais aussi du sensible, du surprenant, de l’inconfortable parfois, toujours de l’imprévu, le contraire de l’habitude, du prête à penser, de l’ennui. »

Placées sous le signe de l’ailleurs, onze plumes Nancy Huston, Erri De Luca, Marie-Hélène Lafon, Leïla Slimani, Irène Frain, Dany Laferrière, Michel Quint, William Boyd, Patrick Grainville, Tahar Ben Jelloun et Guy de Maupassant (mon novelliste chouchou) nous offrent leur vision de l’ailleurs. Qu’est-ce que l’ailleurs ? Est-il toujours rattaché au voyage ? Et bien non justement.

J’ai retrouvé dans Rêves de Guy de Maupassant que je n’avais pas lu depuis longtemps, son style, sa capacité extraordinaire à nous immerger en quelque pages dans une histoire, à planter un décor avec des personnages et à nous surprendre par la chute. Les autres auteurs n’ont pas à rougir. Irène Frain nous amène sur le terrain de son enfance dans le Morbihan. Pas de vacances, une journée sur le plages du Sud-Finistère constituait un changement de territoire. Cette nouvelle sonne très juste car elle marque bien comment en Bretagne, les différences entre les départements (ou au sein d’un même département) marquent encore une notion de changement. Pas d’argent, pas de vacances, alors elle s’inventait des ailleurs gratuitement. Seule l’imagination suffisait.
Leïla Slimani nous parle d’une héroïne qui a vécu mille vies dans différents endroits à différentes époques grâce au à la magie des mots des livres. Marie-Hélène Lafon nous offre une nouvelle où un bois est un personnage à part entière : « Le bois emporte, ; (…) quelque chose vous prend au corps et vous ne vous lâche plus, vous cueille et vous arrache, vous caresse et vous broie, vous relie, vous retourne. On n’a plus qu'à se laisser faire, ou s'en aller. Elle reste. Elle vient pour ça ; elle ne résiste pas et se tient aux aguets. Tout son corps est happé. La sémillante guipure des chants d’oiseaux ourle le silence ; c'est une joie, un jet, une attente qui n'aurait pas de fin à l'échancrure nacrée du jour et des saisons. » L’héroïne fait corps avec la nature, un symbiose unique attendue lorsqu’elle est à Paris. L'écriture de Marie-Hélène Lafon se déguste !
De la peinture aux  danses  de Rio, de la tombe de Borges à une nuit passée dans un désert, l’ailleurs revêt différentes formes ( Dany Lafferrière, Patrick Grainville, William Boyd, Erri De Luca et Tahar Ben Jelloun). Michel Quint avec sa gouaille unique signe un texte savoureux et un brin malicieux. Et la nouvelle de Nancy Huston m’a particulièrement touchée et remuée, elle qui conclue son texte avec ces mots : "En somme, plus je voyage, moins j’ai de repères, de fierté et de certitudes . "Se dépayser" de cette manière-là est une grande leçon philosophique. Pas rassurante pour deux sous, mais édifiante. " Ca claque et ça interpelle !

Il faut prendre son  temps de lire chaque nouvelle indépendamment, "de laisser infuser" comme le dit Eric Fottorino pour bien en saisir en saisir toutes les nuances et s’en imprégner.
Un petit recueil mais un grand voyage que je ne suis pas prête d’oublier. Du plaisir ! 

Le seul indice qu'on a de l'existence d'un tel lieu est ce petit dialogue surpris entre un écrivain et un lecteur : 
 - D'où venez-vous? 
- De nulle part. 
- Joli coin. 

Danny Lafferière

Les billets de Cathulu, Nicole.

mercredi 25 mai 2016

Margaret Drabble - Une journée dans la vie d'une femme souriante

Éditeur : Le Livre de Poche - Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Claire Desserey - Date de parution : Mars 2016 - 349 pages et treize nouvelles épatantes !

Ces nouvelles écrites entre 1966 et 2000 par Margaret Drabble sont un petit bijou ! Avec finesse, elle nous dépeint des femmes du quotidien. Adolescente, épouse, mère, veuve : elles traversent le temps . Des nouvelles comme des instantanés de l’existence, de situations. Femmes aimantes mais souvent mal aimées, comme dans "La guerre en cadeau" où une mère porte à son fils un amour absolu. Les hommes (maris, amants) ne sont pas tendres avec elles et pourtant, malgré tout, elles composent de leur mieux. Et Margaret Drabble avec un sens aigu de l’observation mais aussi de l’humour parvient à nous couper le souffle, à nous remplir les yeux  de poissons d'eau, ou à nous serrer le  cœur  tant ces nouvelles sont de qualité exceptionnelle et si justes! Que ce soit un voyage de noces, une actrice qui tombe sous le charme d’un manoir, une professeure en pèlerinage sur les traces de son poète favori, une femme qui retrouve son ancien amant dans un café, un voyage en train : toutes ces femmes sont finement décrites avec leurs états d’âme, leurs envies et leurs regrets. La nouvelle "Une journée dans la vie d'une femme souriante" n’a pas pris une ride.
Des nouvelles absolument épatantes ! 

Elle eut à nouveau une pensée pour ses enfants; elle avait tellement été persuadée qu'elle serait un jour assise dans une pièce comme celle-ci, avec d'autres parents, et qu'elle écouterait quelqu'un faire des discours ennuyeux et stupides et distribuer des prix à ses trois enfants. Elle avait tellement espéré de la vie. Elle s'était attendue à les voir grandir, à voir leurs jambes s'allonger, à connaître leur visage d'adulte, leurs enfants. Il était impossible qu'un accident comme la mort puisse les séparer d'elle. Et pourtant, ce sont des choses qui arrivent, tous les jours.

Le billet de Cathulu

Lu de cette autrice : Un bébé d'or pur

samedi 30 mai 2015

E.J. Levy - L'amour, en théorie


Éditeur : Rivages - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy - Date de parution : Mai 2015 -286 pages et un livre hérisson !

Ah l'amour,  on croit  souvent à tort avoir tout (ou trop) lu sur sur ce sujet  qui fait chavirer les cœurs. Dans ces nouvelles qui sont des instantanés de vie, Cupidon a déserté sans prévenir gare ou n'a pas daigné se pencher sur certains. Adultères, mensonges, l'envie de passer le reste de sa vie en compagnie de Dieu ou tout simplement l'idée de l'amour qui dans un couple diffère ou est perçue différemment avec le temps qui passe. Et bien entendu, les personnages sont cette moitié du couple qui reste seule mais avec leur environnement proche amis et/ou famille et ce qui fait la vie. Alors comment appliquer la théorie la plus simple (on se rencontre, on apprend à se connaître, on s'aime, on s'installe ensemble et on est heureux pour le restant de ses jours) quand le rêve s'est écroulé.  Ce qui pourrait tourner au pathos ou à la sinistrose aiguë révèle des situations où justement on est surpris et ferré.  Les personnages semblent proches de nous, on les cerne et on arrive à les comprendre.

Ces nouvelles par leur construction, le sens de l'observation et par les réflexions émoustillent l'esprit. Ajoutez-y une écriture ( et donc une traduction fluide) qui est un délice, un humour aiguisé, du pur plaisir !

C'est une chose de reconnaître que la perception joue un rôle dans notre relation aux autres, c'en est une autre de nier la possibilité de la transcendance. "L'amour est une histoire de transcendance, a affirmé Lisa. Dire "Je t'aime", c'est dépasser son narcissisme, tout l'intérêt est de se surpasser,  de dire que c'est toi que j'aime". Mais elle a fini par capituler. Elle savait que ses parents non plus ne connaissaient pas cette sorte d'amour. Elle non plus.

Autrefois, les révélations de sa mère étaient douloureuses - l'infidélité de son père; le divorce imminent; la fois où ( après le départ de June pour la fac) sa mère a donné toutes ses affaires d'enfance à une organisation caritative. " on n'est jeune qu'une fois", avait raisonné sa mère, sous-entendant que June n'aurait plus besoin de ses jouets, mais parfois, June se demande si elle a jamais été jeune."J'envisage d'avoir des enfants", avait dit June dans l'espoir de blesser sa mère. " Mais non", avait rétorqué cette dernière en riant. Et, comme toujours, elle avait raison. June ne s'imagine pas du tout avoir des enfants. Avoir une mère lui suffit.

Les billets de Cathulu, Cuné

mardi 13 janvier 2015

Russell Banks - Un membre permanent de la famille

Éditeur : Actes sud - Date de parution : Janvier 2015 - 239 pages et 12 nouvelles à lire!

Depuis plusieurs mois, j'ai délaissé les nouvelles mais là je ne pouvais pas rater ce nouveau recueil de Russel Banks! Depuis ma découvert électrochoc de Lointain souvenir de la peau (grâce à Cuné) puis De beaux lendemains, je reportais toujours la lecture de cet auteur. Mais avec ce recueil c'est chose faite !

Et Russell Banks démontre tout son talent dans ces douze nouvelles! Un ancien Marine devenu âgé qui a élevé seul ses fil dans le respect braque désormais des banques pour subvenir à ses besoins. Un couple divorcé avec enfants s'arrange tant bien que mal (ou plutôt mal) pour la garde des enfants. Mais que faire du chien ? Une femme noire à économiser 3500 dollars pour d'acheter sa première voiture. Elle se retrouvé enfermée la nuit dans le parc d'exposition avec son argent liquide sur elle. Traquée par un pitbull, sur appel téléphonique d'un jeune, la télévision débarque et la filme. La fin m'a laissée sans voix...
Et que dire du désarroi de cet homme qui vient de remporter un prix prestigieux et qui doit le fêter avec ses amis ? Au lieu de se réjouir, ils sont jaloux. Pour eux, il a obtenu ce prix non pas son travail mais par son réseau d'influence. Sa femme le soutient mais pour combien de temps?
En Floride où ils venaient tout juste de s'installer, un mari jeune retraité meurt laissant une femme qui s'épanouit (dans la nouvelle intitulée "Oiseaux des neiges" qui est un bijou)! Et il y  aussi l'histoire d'une junky certainement décédée mais que cherche toujours une femme qui l'a hébergée. Attention, la bienveillance s'éloigne très vite. La nouvelle où  un homme qui vit grâce à une transplantation cardiaque m'a beaucoup émue.

Dans la plupart de ces nouvelles, on se retrouve à des moments dans des vies où tout peut basculer. Russell Banks fait évoluer  chaque histoire dans un sens qu'on n'attendait pas. Ses personnages se dévoilent dans ces  instantanés de vie avec la solitude, la souffrance, les échecs amoureux ou la routine des couples et surtout ce qui fait l'Amérique. Un pays avec ses différences sociales flagrantes et où les paillettes sont absentes.
Tout sonne parfaitement juste et sans excès. A lire !

Avant que les policiers n'éloigne le chien et la libèrent de sa cage, il faudra qu'elle prouve son innocence. Chose qui n'est jamais facile pour une personne noire dans cette ville.

Lu de cet auteur : De beaux lendemainsLointain souvenir de la peau

lundi 7 octobre 2013

Alan Heathcock - Volt


Éditeur : Albin Michel - Traduit de l'américain par Olivier Colette- Date de parution : Septembre 2013 - 297 pages sous forme d'électrochoc !

L'erreur à ne pas commettre est de piocher au hasard de ces nouvelles ou de les lire individuellement. Car un des points forts de ce recueil est d’être à l’image d’un roman grâce à l'ensemble des huit nouvelles et de certains personnages récurrents. Le fil rouge est Krafton, une petite ville paumée d’Amérique qui semble coupée du reste du monde.  Avec ses habitants chevillés à cette terre comme s’il était impossible de fuir ce coin perdu avec ses quelques commerces, son église, ses fermes. Quand on quitte Krafton c’est pour combattre à la guerre ou alors pour fuir et tenter de s’expier d’une faute.
D’ailleurs, la première nouvelle de ce recueil qui est un uppercut à elle toute seule, aborde les thèmes du châtiment et de la rédemption. Un homme ne se remet pas de la mort de son fils qu’il a causé par accident. Il part de Krafton et devient un animal sur lequel on parie de l’argent pour des combats. Dans plusieurs nouvelles, les guerres apparaissent en filigrane ainsi que les marques indélébiles qu’elles ont laissées. D'un jeune homme qui  le jour de ses dix-sept ans est mis devant l’évidence que jamais il ne partira de Krafton, d'Helen gérante d’une épicerie qui s’est retrouvée nommée shérif de la ville sans rien demander à un père qui demande à son fils de l’aider à faire disparaître un cadavre, l’ambiance de ces nouvelles est sombre. L’atmosphère est lourde, chargée de tension tandis que Krafton subit des inondations ou des tempêtes. La ville semble être maudite tout comme ceux qui y vivent et il suffit d’une étincelle pour allumer la violence. Mais certains de ses habitants animés par la flamme de l’espoir se débattent.

Pour son premier recueil de nouvelles, Alan Heathcock tape fort ! Vous l’aurez compris, il vaut mieux éviter cette lecture quand le baromètre du moral oscille vers la morosité car on se prend une gifle !
Sans aucune concession et avec un réalisme presque brutal, l'auteur réussit à mettre en exergue les sentiments comme l'humanité qui persiste quand on croit avoir tout perdu. Un recueil de nouvelles électrochoc ! 

Lonnie reprit la bouteille. "T'as déjà entendu parler des bêtes qui se rongent la patte pour se libérer d'un piège?".Il posa la bouteille contre ses lèvres. "Ca revient à essayer ça, d'essayer de partir d'ici. Tu peux demander à Hep si tu ne me crois pas."
La route n'était gondolée ni sinueuse, les lignes de l'autoroute se déroulaient comme des cordes reliées à la ville. 
"Je vais pas vivre dans un piège, dit Walt. Je vais me tirer.
- On peut pas courir sur une seule jambe, petit."

Une lecture commune avec Anne et Jérôme  dont je suis curieuse de connaître les avis...


samedi 15 juin 2013

Holly Goddard Jones - Une fille bien


Éditeur : Albin Michel - Traduit de l'anglais (Etats-Unis)par Hélène Fournier - Date de parution : Mars 2013 - 382 pages et un magnifique coup de cœur !

On ne se contentait pas de faire des trucs : on s’embarquait dans des trucs, et la distinction peut paraître subtile, mais ça voulait tout dire. S’embarquer dans des trucs, c’était la différence.

Holly Goddard Jones elle aussi nous embarque vraiment dans ses nouvelles. On est loin, très d’être un simple lecteur car elle arrive à nous faire ressentir ce que vivent ses personnages. Entre le Midwest et le Sud profond de l’Amérique, elle nous décrit des vies simples et des situations, des déclics imprévus ou des événements qui les changent à jamais. Le sentiment d’avoir raté sa vie ou la sensation d’être en train de gâcher sa jeunesse, la séparation d'un couple, la mort, ou encore une adolescente qui comprend que d’avoir les pieds dans le monde des adultes n’est pas si facile et qui voudrait  effacer ses traces de pas et faire marche arrière.

Autant de thèmes traités avec intelligence et superbement  écrit ! Sans concession ( mais sans  être cynique) avec des détails où tout est dépeint avec la subtilité d'un œil alerte et d'un esprit vif. Voilà la différence, cette fameuse différence qui change la donne entre un recueil de nouvelles qui une fois terminé sera vite oublié et celui qui continue à vous habiter longtemps. Parce que tout y est juste et sans excès. On perçoit le mal-être ambiant, une goutte de sueur qui coule sur un front dans l’air étouffant et la nervosité palpable. Pas de pathos, pas de misérabilisme, pas de chutes à vous couper le souffle, rien de tout ça.
Mais huit longues nouvelles, des tranches de vie où les rapports entre individus, les personnalités sont criants de vérité avec de véritables émotions : belles, cruelles, sensibles ou douloureuses !
Un coup de cœur entier sur toute la ligne !

 Il s'est reculé et a repris mes bagages. Galant jusqu'au bout, mais j'aurais dû remarquer que mon départ se passait très facilement - trop facilement. On ne met pas comme ça un terme à vingt-deux ans de mariage, me suis-je dit tandis qu'il chargeait la voiture et m'embrassait, tandis que je faisais tourner le moteur et quittais notre allée. Un mariage ne peut pas expirer comme ça. Pas s'il était au vivant au départ.

Les billets de Cathulu, Cuné 

vendredi 15 février 2013

Anthony Doerr - Le mur de mémoire


Éditeur : Albin Michel - Date Parution : Janvier 2013 - 285 page et six nouvelles brillantes !

Dans ces six nouvelles, ou pourrait-on dire des novellas , Anthony Doerr nous amène à travers le monde et dans le temps. Matière première de la mémoire, fil conducteur de ces récits. Dans la première nouvelle, le personnage principal dans un monde futur peut revivre ses souvenirs encapsulés. Une manière de tromper la mémoire défaillante et oublieuse. Les capsules étant revendues au marché noir, elles permettent de s’introduire dans l’intime d’inconnus, de vivre soi-même des moments qui ne sont plus. La mémoire forgée à partir de souvenirs heureux ou malheureux dès l’enfance caractérise l’individu. Mais elle est aussi liée à des lieux où l’on a  vécu toute sa vie comme dans Village 113. Les habitants ont été avertis que le village sera bientôt recouvert d’eau. Les machines ne vont pas tarder mais Li Quing ne veut pas partir. Toute sa vie est dans la vallée.
Mention spéciale à Vie posthume, la dernière nouvelle où mémoire individuelle et collective donnent un texte particulièrement émouvant. Un étudiant  rédige son mémoire et se voit contraint de s'occuper momentanément de sa grand-mère  hantée par son histoire liée à la grande Histoire. Depuis toujours, elle est sujette à des crises d'épilepsie et à des absences. Mais maintenant, elle veut être en paix. Avec elle-même et les morts. Ce récit à plusieurs facettes porte sur  la transmission et démontre combien il est important de saisir chaque moment de bonheur si anodin soit-il.

L’écriture d’Anthony Doerr que j’avais déjà lu il y a longtemps est toujours impressionnante. Il insuffle à ses personnages des vies cornées de sensibilité. Des personnages humains qui comme tout à chacun reviennent quelquefois sur le passé, résurgence d’émotions ou de situations qui les ont modelés.
Un recueil riche, dense et travaillé ! Et on prévoit son mouchoir pour la dernière nouvelle qui est une pépite !

Vingt mille jours et nuits au même endroit, posés, piégés, les uns au-dessus des autres, les rides dans ses mains, les douleurs dans ses vertèbres. Germe, tégument,endosperme : qu'est ce qu'une graine, sinon, le type le plus pur de mémoire, un lien entre les générations? 

jeudi 6 décembre 2012

Emma Donoghue - Egarés


Éditeur : Stock - Date de parution : Septembre 2012 - 300 pages et 14 nouvelles talentueuses !

Dans sa préface, Emma Donoghue revient sur le pourquoi de ce recueil. Egarés comme errance, un mot employé pour des migrants qui ne s’installaient nulle part. La quête n’est pas seulement géographique mais plus profonde chez certains des personnages. Partir pour se construire, pour s'octroyer un nouveau départ qui offre place à tous les rêves. Mais le voyage peut s’avérer douloureux et être synonyme de   choix.  L’auteur dit très justement  : Malaise. Emerveillement. Mélancolie. Irritation. Soulagement. Honte. Distraction. Nostalgie. Indignation morale. Culpabilité. Les voyageurs sont confrontés à un concentré de sentiments confus qui font la condition humaine. Et l'on retrouve toutes ces émotions dans ces quatorze nouvelles qui mettent en scène des personnes du XVIIe au XXe siècle ayant voyagé. Migrer, partir, laisser son pays natal avec le cœur rempli d’espoir ou de pleurs. Qui dit voyage dit un départ volontaire ou non, le trajet et ses possibles aléas et l’arrivée. Se poser, s'installer dans un nouveau lieu  sans oublier pour autant ses  racines et quelquefois en n'arrivant pas à s'intégrer.

Du Texas au Massachusetts, de Londres à New-York, on suit des personnages pour la plupart ayant existé. Des hommes ou des femmes qui ont laissé trace de leur nom dans un entrefilet d’un journal ou d’une correspondance. Après chaque nouvelle l'auteure revient sur la source, sur les documents et renseignements qu'elle a pu trouvés. Elle a essayé de suivre ses personnages et de savoir ce qu'ils avaient pu devenir.
Une  mère qui n’a pas eu d’autre choix que de laisser sa fille, une autre contrainte de vendre son corps,  un esclave de couleur qui s’enfuit, un soigneur de zoo qui ne veut pas laisser son éléphant, une fausse veuve qui prend la poudre d’escampette, un brigand,  des chercheurs d’or, ... Autant d'hommes et de femmes qui m'ont transportée avec eux. Et j'ai ressenti leurs émotions, leurs sentiments.

Avec une écriture qui colle au plus près de ses personnages, des détails qui nous immergent dans l’Histoire, Emma Donoghue signe un recueil talentueux  !  On ne peut être que touché par ces vies, par l'universalité et par  l'humanité qui s'en dégage ! Après son  roman Room, Emma Donoghue démontre qu'elle a plus d'une corde à son arc. Un vrai plaisir !!!

samedi 17 novembre 2012

Haruki Murakami - Les attaques de la boulangerie


Éditeur : Belfond - Date de parution : Novembre 2012 - 64 pages qui m'ont laissée plus que perplexe... 

Ce petit recueil illustré par Kat Menschik comporte  deux nouvelles dont une déjà parue dans L'éléphant s'évapore. la première nouvelle L'attaque de la boulangerie met en scène deux jeunes hommes. Poussées par une faim, ils décident de braquer une boulangerie mais le boulanger les laisse se servir à leur guises à une seule condition, qu'ils écoutent la musique de Wagner. Dans la seconde nouvelle La seconde attaque de la boulangerie, on retrouve un des jeunes hommes des années plus tard. Fraîchement marié,  une nuit il se réveille avec une faim démesurée. Son épouse également. Il lui raconte ce qu'il a commis des années auparavant. Les placards dont vides,  son épouse prend les devants. Aller braquer à nouveau une boulangerie. Il ne trouvent qu'un MacDo ouvert qui va être leur cible. 

Depuis IQ84, je voulais lire Aruki Murakami en tant que nouvelliste et  j'aurais mieux fait de m'abstenir.  Je n'ai pas compris le sens de ces deux nouvelles, ni où l'auteur voulait m'emmener. Une relecture et toujours le toujours le même constat. Soit mes deux neurones ont définitivement grillé soit ces deux nouvelles nécessitent un sens particulier intellectuel  que je ne possède pas...

jeudi 4 octobre 2012

Claire Keegan - A travers les champs bleus


Éditeur : Sabine Wespieser - Date de parution : Octobre 2012 - 226 pages, 8 nouvelles et une pépite ! 

Claire Keegan possède un don. Celui merveilleux de décrire l’indicible, de suggérer des troubles, les sentiments  terrés, l’ambiguïté d’une situation ou le drame qui y couve. Ces huit nouvelles sont des pépites! Et comme pour tous mes coups de cœur, il m’est difficile d’en parler.
Tous ces textes sauf un se déroulent en Irlande. Par quelques éléments, on devine qu’ils sont ancrés dans un présent proche de nous. 
Une écrivain s’apprête à passer quelques jours en résidence dans l’ancienne maison d’un auteur décédé pour y écrire. A peine arrivée, elle est dérangée par un homme d’origine allemande qui voudrait visiter la maison. Dans la seconde nouvelle Le cadeau d’adieu,  une jeune fille cadette de la fratrie part pour l’étranger. A à la différence de ses aînées, elle n’a pas eu le droit au pensionnat pour suivre des études. Non, il lui a fallu rester à la ferme. A aider, se rendre utile. Et pire. Dans ce  huit-clos qui m’a laissée abasourdie, les personnages préfèrent parler à demi-mots  ou par des regards plutôt que de prononcer l’innommable. La pudeur, la gêne sont quasi quasi-palpables. Les relations père-fille sont au centre d’une autre nouvelle La Fille du forestier où le père s’est marié ne pensant toujours et encore qu’à son exploitation, un homme travailleur mais radin. Sa femme se vengera  de cette union sans amour. Tout au long de cette nouvelle, la  tension va en crescendo. Dans une autre, un prêtre tremble pour la première fois en mariant un jeune couple, et  la mariée ne semble pas très à l’aise. Dans la nuit des Sorbiers, il est  question également d'un prêtre. Depuis sa mort,  sa maison est occupée par sa cousine  femme quarantenaire, peu bavarde et  aux coutumes étranges venue d’une autre région d’Irlande. Les croyances et les superstitions accompagnent cette magnifique nouvelle !

L’amour, les sacrifices,  les traditions, les préjugés, la famille… autant de thèmes explorés avec brio. De son écriture ciselée, Claire Keegan dépeint avec subtilité ses personnages, les sensations,  la nature. Et la surprise, l'effroi de ce que l'on découvre sont d'autant plus saisissants. 
Je n’ai pas lu ce recueil, je l’ai ressenti ! Vibrant, profond, émouvant où la force de l’écriture par son acuité et sa finesse dégage une véritable splendeur ! Une chose est certaine, ces nouvelles vont m'habiter très longtemps...

Après L’antarctique, Les trois lumières, il s’agit selon moi de son meilleur livre. 

Elle disait que la parole menait à la connaissance de soi. La conversation visait à dévoiler ce que, dans une certaine mesure, on savait déjà.

Un énorme merci à Dialogues Croisés pourvoyeur officiel de bonheur !


 

mardi 2 octobre 2012

Pete Fromm - Avant la nuit


Éditeur : Gallmeister - Date de parution : 2010 - 173 pages et 10 nouvelles 

Si vous voulez devenir imbattable sur la pêche à la mouche, vous pouvez lire ce recueil de nouvelles. L’autre intérêt et non le moindre réside dans  la description des personnages que Pete Fromm met en scène. 
Des amateurs de pêche (vous vous en serez doutés) mais avant tout principalement des hommes avec leurs problèmes, leurs préoccupations, leurs espoirs ou leurs attentes. Dans la première nouvelle qui m’a serrée la gorge tant l’émotion est palpable, un père divorcé  roule durant trois jours pour passer deux semaines son fils âgé de huit ans. Aussitôt arrivé, son ex-femme revive la flamme des disputes. Il avait appris à son fils toutes les techniques et tous deux aimaient  passer du temps ensemble à pêcher. Trop fatigué pour reprendre la route jusqu’en Alabama, le père lui propose à son fils  de trouver des  bon coins là il habite désormais. Et comme avant, ils vont effectuer ce rituel avec ses codes et ses anecdotes. Ces éléments reviennent dans chaque nouvelle. Se retrouver en tête à en tête dans la nature ou à plusieurs autour de cette passion permet de parler, de se confier, de renouer un lien distendu ou elle fait ressurgir des émotions enfouies. Comme pour ce garçon de douze ans accompagné de son père et de son frère qui ne peut s’empêcher de penser à leur dernière partie de pêche quand sa mère était encore vivante. Du jeune couple de mariés qui s’engage dans la vie aux copains qui se retrouvent après plusieurs  années, Pete Fromm les saisit avec sensibilité et beaucoup de finesse !

Je ne me suis pas ennuyée (pourtant,  je n’ai jamais pêché à la mouche) et j’ai vraiment apprécié chacune de ces nouvelles qui dégagent une forme de tranquillité et du respect ! Du même auteur, j'ai lu Indian Creek mais ma préférence va à ce recueil !

Le billet de ClaudiaLucia  

jeudi 27 septembre 2012

Michael Christie - Le jardin du mendiant

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Septembre 2012 - 306 pages et neuf nouvelles  

Ces neuf longues nouvelles qui se déroulent à Vancouver ont pour thème la marginalité et la solitude. La première nouvelle met  en scène une femme âgée qui simule un malaise  dans l’espoir de retrouver l’infirmier secouriste qu’elle a vu une seule et unique fois et dont elle s’est est amourachée. Prisonnière de ses fantasmes, elle est prête à tout. D’ailleurs, c’est la seule nouvelle de ce recueil qui comporte une fin à proprement parler. Les autres sont plus des instantanés de vie avec des personnages dont on suit l’existence pendant quelques jours. Un drogué pense s’entretenir avec Oppenheimer,  un grand-père tente de retrouver son petit-fils devenu SDF ( ma nouvelle préférée), un mendiant se voit offrir des conseils de la  part d'un banquier pour augmenter l'argent qu'il récolte. Il est aussi question  de l’exclusion par le handicap et  la maladie. Vous l’aurez compris pas de  rose bonbon ou de guimauve  mais la réalité de certaines personnes qui  ne rentrent pas (ou plus) dans les cases pré-définies par la société.  Pas de pathos à sensation, pas de leçon de morale, rien de tout cela.
D'ailleurs, tous ces personnages ont un passé, une histoire comme tout le monde. Quelquefois ils secouent leur petit drapeau de sauvetage, demandent une attention  qui ne vient pas ou se font plus philosophes en se contentant de continuer à vivre.  Ici, l'auteur  leur apporte un regard humain, avec de l'humour ou  de l'émotion et toujours une empathie naturelle. Là où la misère et  la pauvreté font  tourner la tête, il arrive à capter l’attention du lecteur.

Les laissés pour compte, les exclus, les marginaux, tous ont le droit à la dignité et  Michael Christie nous le rappelle (si on l'avait oublié). Seul petit bémol : je n'ai pas trouvé  l'ensemble de ces nouvelles de qualité égale et l'absence de fin nuit à certains des textes.
Un auteur à suivre de près  !

Je trouve impardonnable qu'on ait d'un côté tous ces SDF et de l'autre des gens qui dépensent des centaines de dollars dans des épiceries bio et des spas pour les chiens, s'insurgea Ginnie. C'est insultant. Et inhumain.

Le billet (et  l'avis différent) d'Yv




lundi 30 avril 2012

T.C. Boyle - Histoires sans issue


Éditeur : Grasset - Date de parution : Mars 2012 - 384 pages et 13 nouvelles absolument géniales!

Ce recueil de nouvelles porte son titre à merveille et  ce  livre est une perle ! En treize nouvelles absolument géniales avec une écriture  superbe et vive,  T. C. Boyle nous entraîne dans des situations où les personnages se retrouvent dépassés ( un jeune père ment sur l’état  de santé de son bébé pour ne pas aller travailler), surpris par le tournure des évènements. Ou alors,  ils dépassent eux-mêmes certaines bornes (un vieux couple plein d’argent fait cloner leur chien préféré) ou inhibent leurs craintes, se frottent à l’irraisonnable. Avec une précision incroyable, l’auteur va chercher le détail et ses personnages en sont d’autant plus vivants. Des nouvelles où l’humour n'est pas oublié. Loin de là ! 

J’ai adoré chacun de ces textes ! Pas de chute à se décrocher la mâchoire mais bien mieux car l’auteur ferre son lecteur par son  talent et c’est du bonheur !

Barbe fleurie, costume de prêt-à-porter, godillots noirs de la taille de chenets, le révérend affirma que Dieu, Jésus, la Bible étaient les autorités suprêmes ne matière de Création.A la suite, il se forma toute une file sinueuse d'intervenants qui, tous, parlèrent au micro, l'un après l'autre, dans le but d'exprimer leur opinion sur tout, du Déluge à l'âge de la planète ( Dix mille ans ! Vous êtes tombés sur la tête ou quoi ? hurla le professeur de biologie, sortant de la salle en faisant claquer la porte de secours, au milieu d'un chœur contrapuntique de hourras et de huées) jusqu'aux dernières avancées dans le domaine de l'exploration spatiale, à l'explication du génome humain, dont il fut indiqué qu'il était proche de celui du chimpanzé. Sans oublier les limaces.


Le billet de Cuné

samedi 21 avril 2012

Chris Adrian - Un ange meilleur


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Mars 2012 - 283 pages et 9 nouvelles impeccables !

Avec ce premier recueil de nouvelles, Chris Adrian frappe fort. Très fort. Encensé par les critiques Outre-Atlantique, ces nouvelles nous propulsent  dans des univers où la mort, la maladie et  le surnaturel sont présents. Et c'est là tout le talent de l'auteur ! Dans une écriture limpide, il captive le lecteur déroulant avec minutie l'intrigue de ses textes.

Il faut prendre son temps pour cette lecture, se laisser imprégner par l'atmosphère qui se dégage de chaque nouvelle.

On flirte entre la réalité et des mondes imaginaires où la noirceur domine. C'est sombre, pas de mièvrerie ou de rose bonbon. Chris Adrian aborde des thèmes durs avec une lucidité et un réalisme impressionnant.
Je suis sortie sonnée de cette lecture ! 

Mon père m'avait prévenu : la tristesse se cramponne à la tristesse et les dépressifs se promènent en bande avec un air de chien battu. Il n' y a pas pire raison pour se lier d'amitié qu'un désastre partagé.


Le billet de Jérôme


lundi 13 février 2012

Steven Millhauseur - Le lanceur de couteaux


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Février 2012 - 305 pages et une écriture merveilleuse!

Douze nouvelles où l’on avance à l’aise et confiant guidé par une écriture raffinée.  Les univers de Steven Millhauseur côtoient une part de mystérieux dans le réel.  Généralement dans les nouvelles, l’auteur met en scène un personnage principal. Ici, le groupe, le « nous » prend volontiers l’habit du narrateur instaurant une atmosphère particulière. Atmosphère renforcée par une certaine intemporalité dans les premières nouvelles. Nous ne pouvons pas dater quand l’action se passe ou approximativement, mais qu’importe ! Steven Millhauseur a balayé ces questions d’ancrage  dans le temps et les lieux pour laisser évoluer ces personnages. Des personnages qui veulent savoir ce que cache le rideau du rêve de l’enfance ou celui du frisson procuré par le spectaculaire.  La peur s’empare des habitants d’une ville où des très jeunes filles s’adonnent à des rites nocturnes étranges, des automates tellement perfectibles d’émotions mettent le public en émoi. Les limites sont repoussées au maximum et le directeur d’un parc d’attraction veut offrir toujours plus à ses visiteurs.

Je reviens sur l’écriture car elle est magnifique ! Des nouvelles travaillées qui nous laissent  le sentiment que le réel peut quelquefois basculer vers des mondes où une part  de magie existe. Impressionnant est le mot qui convient!

Je lève les yeux là-haut où les vastes espaces fendent l'âme comme le fer d'une hache, j'adresse mes adieux aux cieux plein de murmures, ces rue inaccessibles, puis je laisse tomber mon regard vers le bas, vers la terre qui s'élève, vers le lieu du sordide, l'humaine turbulence. 

Les billets de Cuné, Reading in the rain.

samedi 22 octobre 2011

Eric Puchner - La musique des autres

Éditeur : Albin michel - Date de parution : 2008 - 231 pages

Après Famille modèle, j’ai eu envie de découvrir le recueil de nouvelles d’Eric Puchner (et premier livre).

En neuf long textes, il nous déroule des tranches de vies. Ca clashe, ça interpelle ou ça dérange comme dans "Les enfants de Dieu". Ecrire une nouvelle sur de grands enfants attardés mentalement  et rejetés par leurs parents,  c’est  presque du politiquement incorrect! Dans la portée musicale (jeu de mots facile, je vous l’accorde),  on est loin mais vraiment très loin d’une symphonie où les petits oiseaux gazouillent dans le meilleur des mondes possibles. Eric Puchner joue sur le discordant et ses personnages ne rentrent pas dans le moule de la société américaine. Ou alors ils en sortent justement d'une certaine façon comme on sort du cadre ou du moule. Un alcoolique, un émigré, une mère qui a abandonné son mari et ses enfants …Ils nous tendent leurs miroirs.  Et, a fortiori,  l’image renvoyée peut être déplaisante ou déroutante.L'écriture est foisonnante de détails et donne vie à des personnages vulnérables, quelquefois pathétiques mais toujours attachants.

J'ai souri franchement ou carrément jaune, je me suis mordue les lèvres, j'ai baissé les yeux ...  Ce mélange de subtilité faussement naïve et d’humour en font un recueil qui (r)éveille plus que des simples émotions !

jeudi 6 octobre 2011

Sana Krasikov - L'an prochain à Tbilissi

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Octobre 2011 - 274 pages ou 8 nouvelles

 Avec ce premier recueil de nouvelles, Sana Krasikov nous dépeint la vie d’émigrés des pays de l’Est en Amérique. Des nouvelles où les femmes  sont les personnages majeurs, les pièces maitresses de ces tranches de vie. Poursuivant le bonheur et d’une vie qui est souvent à construire, le pays d’origine n’est jamais loin. Mari, parents, langue, coutumes … Le cordon n’est jamais coupé  malgré le déracinement, les espoirs inaboutis. Un rien suffit : se rappeler les études abandonnées, une photo de l’enfant resté au pays.  L’auteure nous dépeint des vies banales et sans éclat à première vue. Mais dans chacune de ces nouvelles,  une forme de  ténacité est le dénominateur commun. Ténacité d’essayer de vivre mieux, de s’adapter ou celui de continuer à subir. 

Il n'empêche que Sana Krasikov nous renvoie des bouffées d’émotions fortes, violentes, amères ou tendres. Comme l’amour d’une mère ou celui d’un mari qui s’est éteint, la « rage » qui prend aux tripes ou qui vous laisse en fond de cale. Des textes où l’on retrouve l’âme des pays de l’Est et ce sont des vies bien plus fortes qu’elles n’y paraissent... Le tout dans une écriture où il n' y a rien à redire. Mais ( mon fameux "mais") , seul bémol à mon goût,  l'auteure multiplie un peu trop  les personnages à chaque texte. On lit une nouvelle ou deux à la suite mais pas le recueil d'une traite.

Il faut dire qu'ils étaient si nombreux à avoir échoué de ce côté-ci de l'Atlantique. Tout un monde transposé, telle d'une tache d'encre sur une carte repliée, d'un continent sur un autre. 

dimanche 14 août 2011

Robin Black - Des nouvelles d'hier

Éditeur : Flammarion - Date de parution : Février 2011 - 316 pages et dix nouvelles

Robin Black signe ici son premier recueil de nouvelles et elle met la barre bien haute ! En dix nouvelles à l’écriture impeccable, elle envoie valser nos certitudes. Des nouvelles ou plus exactement des tranches de vie. Elle nous dépeint des personnages à un moment donné de leur vie, nous immerge dans une situation ou un contexte. Et voilà, on est ferré par l’écriture, par l’envie de savoir ce qu’il va se passer. Puis, un coup de chapeau ou plutôt un coup d’assommoir donné non pas brutalement mais tout en finesse et on finit la lecture de la nouvelle interloqué, ébahi. Pas de chute grandiloquente mais des fins ouvertes sur plusieurs possibilités. Robin Black creuse la psychologie de ses personnages, rien n’est laissé au hasard. Beaucoup de ses personnages reviennent sur le temps passé ou sur leur vie. Même s’ils semblent englués, ils essaient de garder la tête fors de l’eau et d’avancer.   Après chaque nouvelle, il m’a fallu un peu de temps pour me remettre en selle. Ce n’est pas un recueil gai qui vous donne envie sauter de joie. Mais des nouvelles où les personnages et leurs interrogations sont criants de vérité et terriblement humains.
Que dire sinon que j’en suis encore toute époustouflée ! Et, j'ai relu des passages rien que pour le plaisir de l'écriture…
Clara Feinberg ne croit pas en Dieu, elle n’y a jamais cru. Elle croit au temps. Omnipotent, certes. Ami et ennemi, les deux, ainsi  que semblent l’être les dieux de toutes les religions.
Les billets d’Antigone, Cathulu, Cuné.

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