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vendredi 17 octobre 2014

Rebecca Makkai - Chapardeuse

Éditeur : Gallimard - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Samuel Todd - Date de parution : Août 2012 - 368 pages bourrées de punch ! 

Lucy presque trentenaire est bibliothécaire au rayon jeunesse  dans une petite ville du Missouri. Elle a un lecteur assidu Ian Drake âgé de dix ans. Mais la mère de celui-ci contrôle ses lectures. D'ailleurs, elle a donné à Lucy une liste de ce qu'il peut lire ou non. Car ses parents sont des chrétiens fondamentalistes homophobes. Lucy apprend par Ian que ses parents l'obligent à suivre des cours d'un genre particulier avec un pasteur. Pour eux, Ian présente des tendances homosexuelles et doit être remis sur le droit chemin...Lucy aide Ian comme elle le peut en lui prêtant des livres (interdits par sa mère). Mais tout se complique quand elle découvre un matin que Ian a dormi à la bibliothèque et a fugué de chez lui.

Lucy pourrait ramener Ian à ses parents mais Ian l'oblige à l'amener avec elle. Sinon il dira qu'elle l'a volontairement enfermée et qu'elle avait tout planifié. Tous deux partent donc sur les routes sans but véritable. Tiraillée par sa conscience ( elle s'imagine déjà en prison), cette fille d'émigrés russes pense aux histoires racontées par son père. Elle a bien du mal à croire à ses explications sur sa fuite de l'Union Soviétique entendues depuis son enfance et se demande ce que va lui réserver son escapade bien particulière.

Ce roman aborde la notion d'identité, d'appartenance, de l'homosexualité et de l'échappatoire que sont les livres, comment ils permettent de nous construire et d'avoir nos propres jugements. Lucy possède de l'auto-dérision et de l'humour comme je les aime.
Même  s'il n'est pas parfait, ce premier roman  déborde de punch et fait passer un bon moment ! 

A noter, pour le dossier, ma constitution génétique indiquant une légère prédisposition aux comportements criminels, une propension héréditaire à la fuite, et une caution chromosomique de l'auto-flagellation éternelle.

lundi 9 décembre 2013

Keith Scribner - L’expérience Oregon


Éditeur : Bourgeois - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis)par Michel Marny - Août 2012- 526 pages et un bonheur de lecture !

Scanlon et Naomi jeune couple de couple New-York déménagent pour l'Oregon à Douglas. Elle est enceinte et lui a obtenu un poste à l'université. Mais Naomi qui avait pour travail d'être nez et de créer de nouvelles effluves a perdu son odorat, son sixième sens si précieux dont elle s'est toujours servie dans la vie. Leur nouvel environnement est différent de la vie citadine. Sablon s'intéresse aux sécessionnistes de cette région et veut écrire sur eux. Naomi retrouve son odorat mais préfère pour le moment de rien dire à Scanlon.

Tout pourrait laisser présager une suite heureuse. Naomi accouche, elle annonce à Scanlon qu'elle a retrouvé son nez et champagne. Mais non. Couvée par Scanlon, elle "respire" à nouveau et noue une relation quasi-fusionelle avec son bébé. Scanlon lui s'implique beaucoup dans un mouvement sécessionniste dirigée par le belle Sequoia. Il y a également  Clay qui veut frapper à coups d'action coups de poing et qui  s'intéresse à Naomi. La relation du couple devient tendue et la titularisation va être difficile car il n'avance pas pas son projet. Et si cette nouvelle vie dans l'Oregon était une erreur ? Les buts de Scanlon et Naomi s'éloignent alors que Douglas devient une marmite bouillante prête à imploser sous l'effet du groupe sécessionniste.

Un roman où les sens et en particulier l'odorat sont très présents dans l'écriture et nous titillent, nous font approcher et ressentir cette histoire de façon particulière. Un roman extrêmement bien construit où la politique agit comme un étau étau sur ce couple au bord de la rupture, où la maternité et la paternité sont creusés, où les erreurs, les prises de conscience jalonnent le chemin de Naomi et de Scanlon qui ne sont pas parfaits.
Keith Scribner n'épargne pas ses personnages entre trahisons et désirs dans un contexte où l'intime, la quête personnelle  et le social se mêlent. Un livre fouillé, hyper intéressant... un bonheur de lecture qui m'a ferrée !

Les billets de Cuné, Kathel, Theoma

lundi 15 avril 2013

Salman Rushdie - Joseph Anton

Éditeur : Plon - Traduit de l'anglais par Gérard Meudal - Date de parution : Septembre 2012 - 726 pages denses et un  plaidoyer pour la liberté !

Le 14 février 1989, la vie de Salman Rushdie auteur des versets sataniques bascule. Il apprend par un journaliste que l'Ayatollah Khomeini a lancé une fatwa contre lui. Désormais sa tête a un prix. Durant neuf longues années, sa vie et celle de sa famille sont bouleversées. Il est placé sous protection policière en permanence et devient Joseph Anton un personnage clandestin. Sa liberté est réduite à néant. Son domicile ressemble à une forteresse, le peu  de ses déplacements doit être approuvé par la police. Il est comme  un prisonnier alors qu'il n'a commis aucun délit. S'il trouve du soutien auprès de ses amis, de certains écrivains ou de personne connues, son cas embarrasse à plus d'un niveau. Sur les places politiques, on lui offre un soutien déguisé devant les journalistes. Mais la diplomatie et les relations avec l'Iran sont pour certains pays plus importantes que le cas Salman Rushdie. Au fil du temps, les médias s'insurgent du coût de sa protection payée par le contribuable, certains de ses éditeurs font marche arrière pour la publication des versets sataniques en livre de poche et d'autres prennent le risque. La fatwa est une pieuvre qui s'étend à tout ce qui touche l'auteur et son livre. Si chaque 14 février est un anniversaire particulier, l'opinion publique semble lassée mais Salman Rushdie continue à se battre pour la liberté. Un combat qui mobilise tant d'énergie que l'auteur n'écrit plus ou presque. Sa vie d'homme, d'époux, de père, d'auteur et d'homme est en affectée. Face à des moments de solitude, il ne perdra jamais espoir ni son sens de l'humour. En 1999, la fatwa est levée et Joseph Anton n'est plus mais la fondation 15 Khorad offre aujourd’hui 3,3 millions de dollars pour son meurtre...

Dans ce livre dense qui fourmille de détails, l'auteur a choisi de s'exprimer à la troisième personne. Sans se placer sur un piédestal, il se montre tel qu'il est toute franchise avec ses faiblesses et en revenant sur les erreurs qu'il a commises.
Malgré quelques longueurs, j'ai très vite été passionnée par ce livre qui interpelle et qui est une véritable mine de réflexions sur la liberté d'expression, l'Islam intégriste, les intérêts politiques qui peuvent hélas prendre le pas sur la vie d'un homme.

Un plaidoyer pour la liberté à mettre entre toutes les mains ! Un livre hérisson tant j'y ai inséré de marque-pages...

Il commençait à apprendre la leçon qui allait lui rendre la liberté : se laisser emprisonner par le besoin d'être aimé revenait à être enfermé dans une cellule où l'on éprouve d'infinis tourments et dont il est impossible de s'échapper. Il fallait qu'il comprenne qu'il y avait des gens qui n el'aimeraient jamais. Il pouvait toujours expliquer patiemment son travail, préciser clairement les intentions qu'il avait eues en écrivant, ils ne l'aimeraient pas. Les esprits qui ne raisonnaient pas, qui se laissaient guider par la foi absolue imperméable au doute ne pouvaient pas être convaincus par des arguments raisonnables. Ceux qui l'avaient diabolisé ne diraient jamais : "Au fond, il n'est pas Démoniaque". Il fallait qu'il se fasse une raison. De toute façon, lui non plus n'aimait pas ces gens-là. Du moment qu'il revendiquait clairement ce qu'il avait écrit et déclaré, du moment qu'il était en accord avec son travail et ses prises de positions publiques, il pouvait supporter d'être détesté. (...) Ce qu'il avait besoin de savoir précisément maintenant, c'était pourquoi il se battait. La liberté de parole, la liberté d'imagination, la fin de la peur et cet art ancien et magnifique qu'il avait le privilège de pratiquer. Mais aussi le scepticisme, l'irrévérence, le doute, la satire, la comédie et la jubilation profane. Il ne fléchirait jamais dans plus dans la défense de toutes ces choses.

L'histoire de sa petite bataille, elle aussi,  touchait à sa  fin. (...) il aurait été facile, après tout ce qui lui était arrivé, après l'énormité du crime commis contre la ville, de se laisser à haïr cette religion, aussi bien que ses fidèles, au nom de laquelle ces actes  avaient été  commis. (...) Il prit le parti de croire en la nature humain et dans l'universalité de ses droits, dans  sa morale et dans sa liberté, et de résister aux sirènes du relativisme qui était la source même des invectives de ces armées de religieux (..) et de leurs compagnons de route.

De nombreux billets  sur Babelio

 

lundi 1 avril 2013

Ron Rash - Le monde à l'endroit


Éditeur : Seuil - Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez - Date de parution : Août 2012 - 281 pages et un roman sombre qui ne peut que marquer le lecteur !

Au pied des Appalaches, Travis âgé de dix sept-ans est fils d'un cultivateur de tabac. Un peu voyou et surtout en quête de lui-même, il ne supporte plus de travailler comme un forcené pour son père  sans une once de reconnaissance. En se rendant pêcher, il découvre par hasard une plantation de marajuana bien cachée. Son copain et ami Shank le met en relation avec Leonard. Les rumeurs vont bon train sur cet ancien professeur qui deale depuis son mobile-home. L'appât de l'argent pousse Travis à recommencer deux fois, la seconde sera de trop. Carlton Toomey n'aime pas qu'on le vole et Travis se retrouve le pied coincé dans un piège à ours. Et pour qu'il comprenne bien la leçon, Tommey lui sanctionne le muscle du talon d'Achille. Son père le fait trimer encore plus, Travis décide de partir du domicile familial. Il se rend chez léonard qui accepte de l'héberger. Travis a retrouvé un emploi et Léonard a décelé chez lui des capacités intellectuelles jusque là inexploités.

Il faut dire que Travis aime lire et s'intéresse à ce qui touche la guerre de Sécession dans laquelle certains de ses ancêtres sont morts. Léonard alimente cette soif de savoir, lui qui n' a plus aucun contact avec sa femme et sa petit fille et qui ignorent où elles se trouvent. L'histoire serait bien trop simple si elle s'arrêtait là. Même si la rédemption de Léonard passe en quelque sorte par le jeune homme, la liberté par la connaissance, la guerre de Sécession et ses massacres perpétrés ne sont pas oubliés. En quelques mois, Travis va devenir un homme mais le prix sera élevé comme si grandir ne pouvait se faire que dans la douleur, dans le poids de l'héritage du sang qui coule dans nos veines.

Roman sombre posé dans un écrin de nature sublime, la luminosité est présente par de brèves intermittences comme les reflets scintillants de l'eau. Les dernières pages sont inattendues et la tension qui s'en dégage est palpable avec des personnages prêts à basculer sur le fil du rasoir.
Mais surtout Ron Rash m'a époustouflée par son écriture ! Il est capable d'introduire des citations de Simone Weil sans qu'elles apparaissent comme un cheveu sur la soupe et de nous surprendre par des phrases d'une délicatesse inouïe ( Travis respira l'odeur suave du parfum, qui lui procura la même agréable sensation de décélération paisible qu'une seconde bière. Sa contrariété parut se déposer à la surface du petit ruisseau et partir au fil de l'eau)  ou qui mettent en exergue toute la difficulté de trouver sa place dans ce monde selon ses origines et  son environnement. A noter l'excellent  travail et la qualité de la traduction !

Bêtise et ignorance, cela n'a rien à voir. On ne peut pas guérir quelqu'un de sa bêtise. Quelqu'un comme toi qui est simplement ignorant, il se pourrait qu'il y ait de l'espoir. 





vendredi 29 mars 2013

Hubert Mingarelli - Un repas en hiver


Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2012 - 137 pages saisissantes ! 

Dès le matin, trois soldats se proposent pour une mission afin de pas rester la journée avec les autres. Ils s'en vont le ventre vide dans une campagne enneigée après avoir reçu l'aval de leur supérieur. Trois soldats devenus copains au cours de cette Seconde Guerre Mondiale. Il fait froid, un froid qui franchit les minces barrières de protection de vêtement et qui pénètre jusqu'à la chair tandis qu'ils marchent.

Et là, en ne savant strictement rien de ce livre, je m'étais imaginée des soldats français car au départ rien ne nous indique que nous sommes en Pologne et que les soldats sont allemands. Il faut quelques pages pour le savoir comme pour comprendre la raison qui les a poussée à partir à une chasse particulière. Celles aux Juifs. Plutôt que de rester et d'assister à une exécution, ils préfèrent en débusquer un. Trois civils devenus soldats durant la guerre et pour ne pas penser au froid et à la faim, il plaisantent, ils se remémorent leurs souvenirs. Dans la forêt, ils découvrent la cachette d'un Juif et l'arrêtent. Sommairement sans  démonstration de violence. Mission accomplie, ils pourraient rentrer mais assaillis par la faim et le froid, ils s'arrêtent dans une maison abandonnée et décident de manger d'abord. Ils doivent se débrouiller avec les moyens du bord c'est-à-dire presque rien. En allant chercher du bois, un des soldats voit un polonais qui s'invite dans la maison. L'idée d'une soupe les taraude, le polonais reste, s'incruste et montre qu'il a sa place. Le manque de bois les pousse à détruire la porte du cagibi où le Juif se tient tranquille. Dans sa langue, le Polonais déverse sa haine envers cet homme. Le repas est prêt mais une question s'invite : faut-il inviter le Juif à partager leurs repas ou non?  Le faire manger, donner un peu de leurs maigres parts alors qu'ensuite il sera exécuté ? Car partager un repas est synonyme d'une forme de fraternité.
Ces trois hommes comme ils en existent tant pris dans une guerre doutent, hésitent. Pas de méchants ou de gentils, juste des hommes.

Hubert Mingarelli instaure une ambiance en peu de mots, nous transportent en Pologne. La maison devient le centre d'un huis clos où la tension, des questions simples deviennent aussi complexes que la nature humaine. Saisissant. 

Alors, il parla dans la langue universelle de la méchanceté, secoua la tête parallèlement, avec cette méchanceté.

Ce roman fait partie de la 11ème sélection du prix des Lecteurs du Télégramme.


jeudi 17 janvier 2013

Serge Joncour - L'amour sans le faire


Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2012 - 320 pages de sensibilité !

Après dix années de silence, Franck téléphone à la ferme tenue par ses parents. La voix d'un enfant prénommé Alexandre lui répond. Alexandre, le même prénom que son frère cadet,  unique et décédé. Au bout de toutes ces années sans que lui ou que ses parents ne prennent réciproquement des nouvelles, il prend le premier train pour aller les voir. Quitter Paris un moment  là où il allait voulu toujours vivre avec sa camera comme outil de travail pour tourner le dos à la ferme et à ses histoires de terre. De toute façon, Alexandre avait pris la relève. Travaillant avec les parents, lui qui semblait être en osmose avec cette terre et ses exigences. Alexandre vivait avec Louise chez les parents puis il avait décidé de retaper le vieux moulin. A partir de ce moment, le bonheur semblait s’être éloigné. Franck était resté sourd aux appels de son frère, n'avait pas su mesurer la détresse de son frère. Et puis, il y a eu la mort d'Alexandre sans que l'on sache exactement ce qui s'était passé cette nuit là. Louise était partie après l'enterrement, Franck avait vidé son sac de reproches aux parents. Parti en froid se jurant de ne plus remettre les pieds à la ferme.

Louise vit toujours dans le souvenir d'Alexandre. Après lui, elle n’a pas pu aimer personne. Il y a eu quelqu'un sans que ce soit sérieux  mais elle s'est retrouvée enceinte. Louise a décidé de garder l'enfant, de l'appeler Alexandre et de le confier à ses anciens beaux-parents. Avec ses boulots précaires, elle ne voyait pas comment faire d'autre et puis l'enfant serait mieux à la campagne qu'à la ville. Louise a décidé de se rendre quelques jours à la ferme.Voir son fils âgé de cinq ans et se reposer surtout. A la ferme, elle a toujours sa place entre celle de belle-fille et de fille. Alexandre devenu naturellement le petit-fils.

Quand Franck arrive, il découvre Alexandre cet enfant plein de vie posant des questions. La ferme est changée mais pas les habitudes ancrées de ses parents taiseux. On ne parle pas des sentiments, tout se joue dans un regard, un soupir et les non-dits. Franck a ressenti le  besoin de se rapprocher d'eux. Faire la paix sans leur avoir  parlé de sa maladie.
Louise est attendue par Alexandre et par les parents. L’enfant est heureux d’habiter chez papi-mami. Eux partent une semaine à la mer, une entorse à leur mode de vie. Franck, Louise et Alexandre se retrouvent tous les trois.

Les chapitres alternent la voix de Franck et celle de Louise, deux êtres cabossés suspendus à leurs souvenirs. Fragiles, maladroits avec l’amour à la recherche de leur place, chacun plongé dans sa propre nostalgie et ses problèmes. Alexandre les relie, le frère et l’amant,  et Alexandre ce petit garçon débordant de vie. Un roman d’amour filial, fraternel, maternel, terrien, de substitution également et où le pardon occupe une part importante. La pudeur des sentiments se dévoile dans l’écriture de Serge Joncour. Sensible, décrivant tout aussi bien la simplicité de moments heureux que les difficultés et la réalité d’un monde agricole ou ouvrier. Un livre où la nature est un personnage à part entière.

J’ai aimé cette lecture, ces personnages si justement décrits mais il m’a manquée une vraie fin.

Aimer, ce serait de nouveau s'exposer à la peur, la peur d'être dépossédée une seconde fois. Cet homme qu'elle aimait avant, il lui servait de repère et de raison d'être. Dans l'amour il y a bien plus que la personne qu'on aime, il y a cette part de soi-même qu'elle nous renvoie, cette haute idée que l'autre se fait de nous et qui nous porte.



mardi 8 janvier 2013

Sébastien Barry - Du côté de Canaan


Éditeur : Joëlle Losfeld - Date de parution : Août 2012 - 275 pages et un gros coup de cœur ! 

Un gros coup de cœur pour ce roman de la sélection ELLE ! Patiemment, j’attendais cette lecture. Respirer au rythme d’une histoire portée par une écriture magnifique. J’ai trouvé cette alchimie dans le souffle de Lilly. Une vieille dame âgée de quatre-vingt neuf ans d’origine Irlandaise vivant aux Etats-Unis. Son unique petit-fils Bill qu’elle a élevé s’est donné la mort après avoir participé à la guerre du Koweït. Lilly décide d’écrire son passé noir sur blanc et tout naturellement ses souvenirs trouvent leur place dans le récit.

Les guerres jalonnent l’histoire de Lilly. Bornes historiques, témoins sans visage laissant derrière eux douleurs et manques cruels. Alors qu’elle n’était qu’une jeune fille Irlandaise, la première guerre mondiale a eu besoin de son frère Willie. Il n’en est jamais revenu. Lilly Dunne, orpheline de mère et fille du chef de la police royale de Dublin, deux sœurs et un frère mort pour une guerre alors que le pays lui-même  comptait ses victimes au nom de l’IRA. Il aura fallu que Tadg Bere un camarade de régiment de Willie lui demande de lui écrire pour que la vie de Lilly prenne un autre tournant, l’éloignant définitivement de l’Irlande. La tête de Tadg Bere et celle de Lily sont mises à prix par l’IRA, Tadg étant un partisan de la Grande Bretagne. Avec deux noms de personnes Irlandaises installées à New-York et à Chicago qui pourront les aider, Lilly et Tadg embarquent pour les Etats-Unis.

A peine arrivés, Tadg est tué. A dix-neuf ans, Lilly se retrouve seule, elle sait qu’elle sera la prochaine victime. En la personne de Cassy, elle trouve une aide et une amie. La jeune femme lui obtient un travail de domestique chez le couple qui l’emploie. Cassy dont la peau noire causera sa perte. Mariée à Joe Kinderman, le droit au bonheur sera de courte durée. Enceinte alors qu’elle ne l’espérait plus, son mari disparait. Lilly élève seule son fils Ed qui  partira combattre au Vietnam et qui en reviendra définitivement meurtri et cassé. A  plus de soixante-cinq ans, Lilly accepte  Bill âgé de deux ans sous son toit. La voilà repartie à tout enseigner à ce petit bonhomme avec amour.  Mais le sort s'acharne comme les guerres.

Lilly nous raconte son histoire avec dignité et sincérité. A quoi bon mentir ou se voiler la face à son âge ? Elle regarde par dessus son épaule et voit des moments heureux ou tristes, des personnes sincères, bienveillantes ou un peu moins, son attachement à son pays. Témoignage qu'elle nous livre sans fard ou pathos avec un naturel d'une simplicité poignante 
L’écriture de Sebatien Barry est magnifiquement belle, émouvante et tendre.
Je suis heureuse d’avoir rencontré Lilly, une femme aimante, généreuse et tellement attachante !  
Une lecture pépite en apnée totale !!!

J'écris sur tout cela et tandis que je le fais  assise  ici dans mes habits américains, revêtue de ma personne américaine, tout cela depuis longtemps perdu, depuis longtemps terminé, tous ces gens balayés, à la manière habituelle du monde, ces hommes courbés, Maud, mon père, les fichus  poules, poney, et cochon, et tout le fichu tremblement d'une façon à laquelle nous n'ajouterons jamais foi  tant que nous respirons comme de jeunes femmes, tandis que je suis assise ici, une vieille femme, une relique, une relique reconnaissante même, pour ce qui m'a été donné, sinon pour ce qui m'a été ôté,  mon cœur flétri se souvient.

jeudi 20 décembre 2012

Gail Jones - Cinq carillons


Éditeur : Mercure de France - Date de parution : Septembre 2012 - 315 pages superbes !

Dans la foule et sous un soleil de plomb, quatre personnes parmi les centaines d’autres se dirigent vers l’opéra de Sydney. Quatre personnes dont les vies sont différentes et qui sont vont se croiser, juste s’entrevoir ou échanger quelques minutes ou plus.

Catherine d’origine Irlandaise est arrivée depuis peu. Journaliste de formation, toute ses pensées convergent vers Brendan son frère décédé. Le frère admiré, passionné par ce qu'il entreprenait,  fier de son sang irlandais. James a donné rendez-vous à Ellie alors qu'ils ne sont pas vus  depuis vingt ans. L’enfance dans un même quartier, puis les débuts de l’adolescence qui à l'âge de quatorze ans les a conduits dans le même lit. Tous deux se comprenaient sans se parler, unis par ce lien de compréhension. Puis James est parti pour ses études et  n'a plus donné de nouvelles. Ellie mène existence stable tandis que James est rongé par un poids bien trop lourd. Et enfin Pei Xing venue s’installer en Australie après avoir vécu en Chine la terrible période des gardes rouges. Respectueuse et dégageant de la sérénité, au fil des pages son histoire revêt la forme d’un cauchemar suivie d’une accalmie soudainement brisée. Comme si son passé l’avait suivi aussi à Sydney. Avec elle, le pardon revêt son sens le plus noble et le plus humble.
Tout en brassant les souvenirs et  le présent, Gail Jones déploie et croise les existences. L’auteure ne confine pas ces personnages dans le passé et ouvre habilement des portes. L’opéra de Sydney revient tel un lieu fédérateur, preuve tangible du présent et monument rassurant.

Je me suis glissée dans ce roman à l’écriture gracieuse et lancinante où j'ai été plus que touchée par ces personnages et par leurs manières de gérer leur sensibilité, de l'intégrer ou de la dissimuler.  Pei Xing m'a marquée et m’a énormément apportée. Il est rare qu’un personnage fictif engendre de tels ressentis de ma part. Dernier point et pas le moindre : chapeau bas pour la traduction ! 
Un très beau roman ! 

Les billets de Cathulu, Gwen

mardi 18 décembre 2012

Lionel Tran - No présent


Éditeur : Stock - Date de parution : Septembre 2012 - 283 pages

Début des années 1990, le narrateur abandonne rapidement la fac. Dans le quartier de la Croix-Rousse à Lyon, il crée collectif un Tabula rasa. L’art, les idées libres pour changer le monde.

1971 est  l’année de ma naissance du narrateur, la mienne également.  Je fais partie de la même génération que Lionel Tran. Quand lui a tout plaqué, je me suis cramponnée à mes études. "Les études, c’est l’avenir" phrase répétée par ceux et celles qui n’en en avaient pas fait et qui étaient cloisonnée à des boulots nécessitant pas (ou peu) de qualification particulière. Pourtant, on ressentait l’onde du chômage et le spectre des filières bouchées. A quoi aller ressembler l’avenir ? En y repensant, je ne savais pas.
Le narrateur revient sur ces années où il croyait avoir fait le bon choix. Celui d’une révolte à sa manière avec d’autres, une rébellion contre une société, ses diktats et ses normes. Avec l’Art comme fer de lance et bouclier. Mais ses compagnons sont plus paumés que réellement intéressés par la création. Il n’empêche que tous les jours il se force à écrire. Seul but pour ne pas sombrer car  ses amis peu à peu s’échouent dans les drogues ou quittent cette marginalisation. Et puis  il y a un déclic. Celui de son propre regard changé. Forcément, la remise en question est amère et les désillusions nombreuses. Claquantes.
Ce journal de ces années est entrecoupé par les évènements  sociaux de l'époque et  les souvenirs d’enfance du narrateur. Une mère baba cool confortée dans ses pensées idéologiques et imposant ses choix et ses amants à son fils. Et ces mots de sa part Je regrette. Si j'avais su que le contexte évoluerait comme ça, je me serais fait avorter. ( Oui ,en déclaration  d'amour maternel c'est un genre...). Un uppercut.

L’ensemble est un journal autobiographique où l’on se prend en pleine figure les questions de l’auteur. Mais il s'agit avant tout d'un énième récit d’un désenchantement où Lionel Tran a l’honnêteté d’écrire ses erreurs. Néanmoins, ce livre a réveillé en moi le souvenir d'années où j'avançais à tâtons en espérant de ne pas m'être trompée.
Le personnage de sa mère m'a fait halluciner. Est-ce qu'elle qu'elle a joué un rôle dans le parcours de son fils par son mode de vie ? Vaste débat et là n'est pas la question.

Tout ce qui comptait c'était se sentit bien dans sa peau , avoir du temps pour soi, se cultiver et avoir des amis. Il y avait cette idée qu'une conscience éveillée pouvait changer le monde. Nous étions persuadés d'avoir de la chance.

 Merci à Dialogues croisés pour la découverte.




vendredi 14 décembre 2012

Brigitte Aubert - La ville des serpents d'eau


Éditeur : Seuil - Date de parution : Septembre 2012 - 286 pages et une déception. 

Il est difficile pour Vincent Limonta de revenir habiter à Ennatown sa ville natale. Inspecteur de police à New- York , il a été radié pour avoir tué sous l’emprise de l’alcool une mère innocente. Grâce au prêtre de la ville, il travaille comme jardinier et entretient le cimetière. L’ancien rappeur Snake T. devenu handicapé est de retour au bercail lui aussi. Treize ans plus tôt, des fillettes ont été enlevées et retrouvées noyés. Seule une. Vera Miles dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Les premières pages nous plongent dans une horreur totale. On découvre la seule fillette survivante  maintenant âgée de dix-neuf ans et tout ce qu’elle a subi. Séquestrée, maltraitée et violentée par son ravisseur, elle a une petite fille Amy de cinq ans. Elle a peur de mourir. Amy doit appeler  cet homme Daddy qui n’hésite pas à la frapper. Une seule solution est possible : Amy doit s'enfuir pour prévenir la police. La fillette muette qui ne connaît que le monde extérieur par les livres se retrouve dehors à la veille de noël dans un froid glacial. Le neige, la forêt, les chiens, les bruits, tout est nouveau ou n’est pas comme dans les livres. Le monsieur noir qu’elle rencontre ne sait pas lire et ne vit pas dans une maison. Black Dog, demeuré et SDF ne se pose aucune question sur la fillette.
Il suffit qu’un nouveau journaliste publie un article sur cette ancienne histoire d’enlèvements et qu’une une fillette maigrichonne, sale soit vue en compagnie du SDF pour que les esprits s’échauffent. Le coupable est tout désigné et la chasse à l’homme est lancée. Mais personne à part Vincent Limonta se pose la question de savoir d’où surgit cette gamine.

L’histoire alterne les deux récits. Celui d’Amy et celui de l’ex flic. Même si j’ai apprécié comment Amy raconte sa façon de voir le monde, d’essayer de comprendre ce qui l’entoure, je n’ai pas du tout adhéré aux personnages de Vincent Limonta et surtout à celui de Snake T..
L'humour incisif de Brigitte Aubert m' a très vite lassée tout comme l'histoire.  
Une écriture qui flirte trop souvent avec le vulgaire,  une facilité dans la trame qui s’appuie sur du déjà lu à maintes reprises. Bref,  une déception. 


 

jeudi 13 décembre 2012

Emmanuelle Guattari - La petite Borde


Éditeur : Mercure de France - Date de parution : Août 2012- 140 pages vites lues et vite oubliées...

Emmanuelle Guattari raconte son enfance dans les années soixante à la Borde établissement psychiatrique dirigé par son père. A la Borde, les patients n’étaient pas cloisonnés, un des visées thérapeutiques et révolutionnaire était de les faire participer à la vie en collectivité. Ce château situé dans un parc était le lieu de vie de l'auteure et de sa famille.

Avant d'ouvrir ce livre, je ne me suis pas fiée à la mention de roman . Heureusement pour moi car je  m’attendais à des souvenirs de cette enfance peu commune . Vivre en tant qu’enfant dans un lieu où les patients sont atteints de maladies ou de trouble psychiatriques revient à confronter l’innocence, la candeur à la perplexité que le mot seul psychiatrie engendre. Alors oui, l’auteure nous livre des anecdotes, des moments où la tendresse prédomine remisant l'incongru à l'état de normalité. Des scènes décrites par petites touches le tout avec une écriture presque minimaliste où la nature comme la famille ont une place importante. Si ce livre donne lieu à quelques petites bulles d'observations fines dont une touchante quand elle évoque sa mère décédée, l'ensemble est court.  Très court, trop court. A peine avais-je ouvert la livre que j’en étais déjà à la fin et je suis restée sur ma faim. Une lecture qui ne me laissera aucune trace. Dommage.

Les billets positifs de Mimipinson , Nadael et celui plus réservé de Gambadou

mercredi 12 décembre 2012

Julie Otsuka - Certaines n'avaient jamais vu la mer


Éditeur : Phébus - Date de parution : Août 2012 - 144 pages et un beau roman ! 

1919, elles ont embarqué sur un navire comme d’autres de leurs sœurs. Souvent, elles sont jeunes, quelquefois à peine sorties de l’enfance, Elles quittent leur Japon natal pour rejoindre l’Amérique où leur futur époux les attend. Elles ne le connaissent pas. Quelquefois, elles possèdent une photographie ou des lettres où il s’est décrit, lui et la vie dont elles rêvent tant. Elles ne voyagent pas en cabine, elles séjournent dans la soute comme si cette longue traversée n’était en fin de compte qu’un avant goût de la vie que leur réservera les Etats-Unis. Elles ont quitté leurs familles avec des espoirs. La désillusion en sera d’autant plus grande. A San Francisco, l’homme de la photographie est beaucoup plus âgé, mal vêtu. Il leur faudra subir les désirs crus, violents, insultants de ces époux. Rentrer au pays est impossible sauf à déshonorer la famille. Ces jeunes filles bien élevées et polies sont confrontées à une réalité qui sera désormais leur quotidien. La plupart travaillent au champ, de longues heures  à biner ou à tailler, certaines sont domestiques ou employées dans une boutique et enfin d’autres finissent dans des bordels.
Femmes silencieuses, elles portent le poids du travail, couchant sur la paillasse de leurs maris et les enfants naitront. Désirés ou non. Les mères voient leurs enfants grandir entre Japon et Amérique. Ils préfèrent la terre où ils sont nés, oublient les prières d'usage.
Elles subissent la différence, la discrimination raciale mais ne disent mot. Les prémices de la guerre engendrent la peur qui entretient tous les démons Elles sont japonaises et du mauvais coté.  Des hommes disparaîtront puis un jour elles verront leurs noms inscrits sur une liste. Docilement, elles se présenteront.

Des vies racontées par un "nous" puissant qui donne corps au récit élevant l’histoire de ces femmes avec sensibilité et humilité. Un pluriel qui les rassemble. Sous ce nous, il y a la douleur sous toutes ses formes et des vies. Avant cette lecture, je ne connaissais pas l’histoire de ces femmes qui ont fait partie de l’Histoire. J’ai lu d’une traite ce livre qui leur rend hommage, touchée et portée par l’écriture de Julie Otsuka. Une écriture sans fioriture aux accents poétiques, véritable chant composé de toutes les voix de ces femmes. 
Seul bémol, la répétition du "nous" m’a donnée par moments l'impression d’une liste égrenée qui m’a tenue un peu à distance de ces femmes que j’aurais aimé approcher plus.

Sois humble. Polie.  Montre-toi toujours prête à faire plaisir. Réponds par "Oui, monsieur" ou "Non, monsieur" et vaque à tout ce qu'on te demande. Mieux encore, ne dis rien du tout. A présent tu appartiens  à la catégorie des invisibles. 

Je n'établis pas de recensement des billets tant il en y a...


jeudi 6 décembre 2012

Emma Donoghue - Egarés


Éditeur : Stock - Date de parution : Septembre 2012 - 300 pages et 14 nouvelles talentueuses !

Dans sa préface, Emma Donoghue revient sur le pourquoi de ce recueil. Egarés comme errance, un mot employé pour des migrants qui ne s’installaient nulle part. La quête n’est pas seulement géographique mais plus profonde chez certains des personnages. Partir pour se construire, pour s'octroyer un nouveau départ qui offre place à tous les rêves. Mais le voyage peut s’avérer douloureux et être synonyme de   choix.  L’auteur dit très justement  : Malaise. Emerveillement. Mélancolie. Irritation. Soulagement. Honte. Distraction. Nostalgie. Indignation morale. Culpabilité. Les voyageurs sont confrontés à un concentré de sentiments confus qui font la condition humaine. Et l'on retrouve toutes ces émotions dans ces quatorze nouvelles qui mettent en scène des personnes du XVIIe au XXe siècle ayant voyagé. Migrer, partir, laisser son pays natal avec le cœur rempli d’espoir ou de pleurs. Qui dit voyage dit un départ volontaire ou non, le trajet et ses possibles aléas et l’arrivée. Se poser, s'installer dans un nouveau lieu  sans oublier pour autant ses  racines et quelquefois en n'arrivant pas à s'intégrer.

Du Texas au Massachusetts, de Londres à New-York, on suit des personnages pour la plupart ayant existé. Des hommes ou des femmes qui ont laissé trace de leur nom dans un entrefilet d’un journal ou d’une correspondance. Après chaque nouvelle l'auteure revient sur la source, sur les documents et renseignements qu'elle a pu trouvés. Elle a essayé de suivre ses personnages et de savoir ce qu'ils avaient pu devenir.
Une  mère qui n’a pas eu d’autre choix que de laisser sa fille, une autre contrainte de vendre son corps,  un esclave de couleur qui s’enfuit, un soigneur de zoo qui ne veut pas laisser son éléphant, une fausse veuve qui prend la poudre d’escampette, un brigand,  des chercheurs d’or, ... Autant d'hommes et de femmes qui m'ont transportée avec eux. Et j'ai ressenti leurs émotions, leurs sentiments.

Avec une écriture qui colle au plus près de ses personnages, des détails qui nous immergent dans l’Histoire, Emma Donoghue signe un recueil talentueux  !  On ne peut être que touché par ces vies, par l'universalité et par  l'humanité qui s'en dégage ! Après son  roman Room, Emma Donoghue démontre qu'elle a plus d'une corde à son arc. Un vrai plaisir !!!

lundi 3 décembre 2012

Thierry Hesse - L'inconscience


Éditeur : Editions de L'olivier - Date de parution : Août 2012 - 325 pages et un roman riche ! 

Carl et Marcus Vogelgesang sont deux frères nés dans la France Alsacienne des années 60. Cinquante plus tard, Marcus l’aîné est professeur d’ethnologie et vit à Roubaix. Célibataire et sortant avec des étudiantes deux fois moins âgées que lui. Tandis que Carl est marié, a trois enfants et un emploi de cadre dans une compagnie d’assurances. Deux frères et deux vies différentes.

Si au chemin tout tracé et conventionnel du cadet s'oppose le parcours hasardeux de Marcus, Carl est plongé dans le coma après avoir fait un virage de 180 degrés dans sa vie. Cet homme posé et responsable a lâché son travail pour ouvrir avec un certain Stern un cabinet d’assurances à Metz. Mais surtout il a quitté femme et enfants pour s’installer avec lui. Le tout en quelques semaines. Marcus se rend à son chevet et essaie de comprendre ce qui pu se passer. Et voilà comment l'auteur  nous raconte l’itinéraire des deux frères en le plaçant dans  le contexte familial et social. Quand Carl étudiait les finances, Marcus avait déjà déserté l’école. Epris de musique et de liberté, il avait bourlingué en Espagne et se laissait porter par le vent des aventures, postant une carte postale de temps en temps à sa famille. Les deux frères se sont perdus de vue durant plusieurs années avant de se retrouver et de renouer des liens.

Thierry Hesse amène le lecteur à se poser des questions sur  la fraternité et sur le rôle sous-entendu de l’aîné sans tomber dans l’analyse (ou la pseudo analyse). Sur fond de mutation des villes de province, il dresse le portait d’une société où l’importance de l’argent, la sécurité proférée par son aura alimente les compagnies d’assurance. Avec une ironie aiguisée et un véritable talent de narrateur, Thierry Hesse signe un roman riche, maitrisé où les références musicales rock se fondent, s’incorporent harmonieusement.
Ce roman apporte son grain de sel piquant, délicieux, étonnant dans un paysage littéraire français trop souvent uniforme et m’a plus que séduite!
Seul petit bémol, la fin peut laisser une sensation inassouvie en terme de point final.
Lu et beaucoup aimé également de cet auteur Démon.

Depuis la dernière fois que les deux frères s'étaient parlé, beaucoup d'eau avait coulé dans la Moselle, rivière que Carl, l'hiver lorsque les arbres  du jardin botanique étaient dépouillés, apercevait de son balcon. Beaucoup d'eau mais aussi pas mal de nitrates, d'anguilles sous roche, de gardons pas très frais. Comment, après toutes années, Marcus allait-il réagir ?


samedi 1 décembre 2012

Yannick Grannec - La Déesse des petites victoires


Éditeur : Anne carrière - Date de parution : Août 2012 - 450 pages et  un premier roman étonnant !

1980, Université de Princeton, Anna est une jeune documentaliste à peine trentenaire qui se voit confier une mission  où d’autres ont échoué. Récupérer les archives personnelles le Nachlass de Kurt Gödel un brillant mathématicien auprès de sa veuve Adèle à  la forte personnalité.  

Malgré ses  soixante-dix neuf ans, Adèle est une femme qui  n’est pas prête à  se laisser marcher sur les  pieds. Quand  Anna lui rend visite la première fois à la maison de retraite, Adèle accepte de la revoir à condition qu’elle écoute le récit de sa vie. Et nous voilà lecteur embarqué dans ce livre qui alterne  le récit d’Adèle et  le  présent.
Fin des années 1920, Vienne, Adèle  est une danseuse de cabaret. Têtue, n’ayant pas froid aux yeux, elle rencontre par hasard  Kurt Gödel alors étudiant. C'est ainsi que  débute une histoire d’amour entre ces deux personnes que tout sépare. Méprisée par la famille de Kurt, Adèle ne connaît rien au monde des sciences mais elle sera toujours là pour Kurt.  De la monté du nazisme en Autriche à l'Amérique du maccarthysme, de la bombe atomique à la mort des confrères de renoms de Kurt dont  Einstein, on découvre la vie d’Adèle auprès d’un homme savant mais malade. Paranoïaque, égoïste, Adèle le soutiendra même en serrant les dents.

Ce roman avait tout pour que je pousse un cri du cœur mais j'ai lu en diagonale certains  passages  traitant de mathématiques un peu trop nombreux à mon goût. Et j'ai trouvé le personnage d’Anna bien pâle et  peu intéressant comparé à celui d’Adèle. 
A côté, il y a l’écriture de Yannick Grannec, la verve et les réparties d’Adèle ( un régal), l'humour  et son histoire ! Celle d'un amour sans borne malgré  la folie de Kurt, un génie  dont  la folie et sa passion le conduiront  à sa perte. 

Malgré quelques bémols, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un premier roman étonnant avec de nombreuses qualités et savoureux sur bien des points

Le monde autour de nous pourrissait. Il avait, lui, soldé le siècle bien avant l'heure. Le doute et l'incertitude en seraient les nouveaux fondements. Il a été toujours en avance.

samedi 24 novembre 2012

François Marchand - Un week-end en famille


Éditeur : Le Cherche Midi - Date de parution : Août 2012 - 110 pages d'un humour lourd, très lourd...

Après un mariage éclair, le narrateur parisien consent à son épouse d’aller passer le week-end dans sa belle famille habitant à la campagne.

Dans ma politique de ne pas faire des tartines quand je n’ai pas aimé, ce billet sera court. Notre narrateur en bon parisien speedé et stressé arrive à Samousse avec des préjugés. Forcément en province nous sommes des ploucs. Par exemple, si  nous prenons le temps d’indiquer  aux personnes les directions à prendre pour ne pas se perdre dans la campagne, nous ne sommes pas non plus des sortes d'extra-terrestres. Piquée dans mon orgueil? Non, mais je m’attendais à des flèches piquantes et fines, à de l'humour acéré. Or François Marchand sort l’artillerie lourde. Et c’est lourd. Ca dézingue sur tout et n'importe quoi, une enfilade de clichés et  des situations caricaturales  voulues mais tellement  exagérées que ça en devient ridicule. Et ça part dans tous les sens !  L’auteur s’est fait plaisir. Tant mieux pour lui, pour ma part j’ai trouvé ce livre consternant… 

Un livre qui divise :   Géraldine , Gwen , Philisinne partagent mon avis, Cathulu, GeorgeNoukette se sont amusées, Hérisson , Stephie   ont eu des bémols. 

mardi 20 novembre 2012

Nathalie Démoulin - La grande bleue


Éditeur : Rouergue - Date de parution : Août 2012 - 205 pages lues en apnée !

En 1967,  Franche-Comté, Marie abandonne le lycée pour se marier. Elle habite chez les parents de son mari. Quelques mois plus tard, elle accouche d’une fille puis très vite d’un garçon. Son mari travaille à l’usine chez Peugeot, Marie l’y rejoindra.

Dès la naissance de son premier enfant en 1968, le désenchantement est rapide. Mari est cadenassée dans son existence. Son parcours jusqu’en 1978 retrace les illusions de cette jeune femme en proie à des rêves de liberté mariée trop vite jusqu’à son divorce.  Avec le travail à l'usine, son quotidien est calqué au rythme des cadences toujours plus  rapides à respecter, des grèves qui agitent les usines, de la  fatigue et de la peur de perdre son emploi. Sa vie est liée aux mouvements sociaux, aux évènements de cette décennie. Des lendemains de la guerre d’Algérie aux mariages mixtes, des grèves aux licenciements chez Peugeot à  la fermeture de Lip, du bonheur d’avoir son  appartements dans une  barre HLM aux  premières vacances à la mer, des luttes de la classe ouvrière à son propre combat pour mener sa vie de femme et gagner enfin son indépendance. Si la réalité lui a ôté ses utopies de jeunesse, Marie  a mené son propre combat, incessant et journalier. En équilibre sur le fil de sa vie,  avec sa folie douce, sans rêve de strass mais de liberté, elle représente des milliers de femmes. C’était il y a quarante ans, c’était hier,

Forcément, on pense à Annie Ernaux et à son livre Les années, à  Ouvrière de Franck Magloire car l'auteure nous restitue un pan de notre mémoire collective. 
L'écriture a un goût d'inédit (et c'est rare).  Sublime, maîtrisée et  poétique. Avec des phrases courtes, Nathalie Démoulin passe du "elle" au "on" pour allier la vie de Marie à celle de toute une classe. Roman social, intime  avec  des personnages vrais et touchants qui nous habitent longtemps.  Impressionnant.

On voudrait rester froide. Il parle de l'avenir. C'est beau l'avenir.  On y habite des maisons individuelles. Le pays tourne à l'énergie nucléaire. On est une femme réinventée.

Le billet de Kathel  (la tentratrice!)
 

lundi 19 novembre 2012

Colombe Schneck - La réparation


Éditeur : Grasset - Date Parution : Août 2012 - 212 pages et une impression d'inabouti

Je me disais c'est trop facile, tu portes des sandales dorées, tu te complais dans des histoires d'amour impossible, tu aimes les bains dans la Méditerranée et tu crois qu'une fille comme toi peut écrire sur la Shoah ?  Cette question Colombe Schneck se la pose dans ce roman où elle remonte la mémoire familiale. Durant les soixante-dix premières pages soit presque tiers, elle tourne autour du pot. Vais-je me lancer ou pas ? Dès la lecture du nom de l’auteur,  le souvenir d’un livre m’est revenu à l’esprit, récit autobiographique racontant une enfance dorée et luxueuse.  Ici aussi, Colombe Schneck ne peut s’empêcher à quelques reprises de placer des signes de richesse. Passons car là n’est pas le hic.   
Alors qu’elle est enceinte, sa mère Hélène lui demande de donner à l’enfant le prénom de sa défunte cousine Salomé. Hélène n’en dira pas plus ni mère Ginda . Elle accouche d’un garçon mais son deuxième enfant, une fille, portera ce prénom.  La famille maternelle  Juive est originaire de Lituanie, une famille réduite après la guerre. Ginda et Hélène n'en n'ont jamais parlé, sujet tabou sur lequel on a voulu tourner la page. L’auteure cherche à en savoir plus et découvre les faits. Trois générations déportées : la mère de Ginda, ses sœurs et leurs enfants  Seules les deux grandes tantes de l'auteure en sont revenues vivantes.  La vie de ses deux femmes a eu un coût, celui d'une horreur inimaginable mêlant sacrifice et sens de la famille. 

En  tant que  lectrice et mère, j'ai été émue, interpellée par l'épreuve où sont passées ces deux femmes mais il il  se dégage de ce livre une impression générale de confusion. Si l'on y retrouve des thèmes liés à la Shoah sur la transmission, la peur de voir ressurgir le malheur, je me suis posée la question de savoir quelle était la  finalité de ce roman-témoignage.   En remontant le temps ou en affrontant la réalité, chacun est confronté à  des drames dans sa famille. Mais écrire demande du style, un talent  pour le raconter et intéresser le lecteur.  Je me suis posée la question sur la finalité de ces pages. Purement cathartique ?  
Je n’ai pas la réponse mais il me reste  le sentiment d’un livre inabouti à l'écriture banale où l'auteur n'arrive pas à trouver sa place.  

 

mercredi 14 novembre 2012

Gillian Flynn - Les apparences


Éditeur : Sonatine - Date de parution : Août 2012 - 570 pages scotchantes qu'on ne lâche pas ! 

Avertissement : ne commencer pas ce livre le soir en allant au lit car vous ne pourrez pas le reposer avant de l’avoir terminé ( une erreur que j’ai commise…).

Amy et Nick forment un couple idéal. Habitants à New-York, mariés depuis presque cinq ans, tous deux sont journalistes. Sans problème d'argent surtout qu'Amy a inspirée enfant puis adolescente toute une série de livres écrits par ses parents. Mais la crise est passée par là, ils ont perdu leur travail et  les parents d’Amy ont dépensé sans compter. La mère de Nick est atteinte d’un cancer et Go la sœur jumelle de Nick a besoin d’aide.  Ils quittent New-York pour venir s'installer dans la ville natale de Nick dans le Missouri.  Nick et Go ouvrent un bar  grâce à de l'argent prêt par Amy dans cette petite ville de province où de nombreuses entreprises ont fermé. 

Le jour de leur  cinquième anniversaire de mariage un cauchemar sans nom commence. Nick  trouve le salon sens dessus dessous et Amy a disparu. La suite?  570 pages que j’ai dévorées !!! Ce livre est tout simplement diabolique, scotchant, captivant  et  hypnotique ! On suit en parallèle le récit de Nick et le journal intime d’Amy. Nick devient rapidement le coupable aux yeux de tous sauf qu’il y a des retournements de situations (et pas des moindres). On découvre au fil des pages les vraies personnalités de Nick et d’Amy. Chacun a sa vérité, qui croire? On ne sait pas sur quel pied danser. A la moitié du livre, un coup de théâtre magistral double la montée d'adrénaline !  Les non dits, les secrets, les manigances, l'idéalisation du mariage,  les manœuvres pour arriver à ses fins ... tout est distillé savamment.
Gillian Flynn dissèque la vie de ce couple aux apparences trompeuses et nous mène là où elle veut jusqu'au point final qui laisse un goût très, très ambiguë...Impressionnant !
Superbement construit, à vous donner des frissons dans le dos tant la manipulation et l'ombre de la  paranoïa qui planent sont machiavéliques, j’ai adoré !
 
Les gens aiment bien s'imaginer qu'ils connaissent les autres : les parents veulent croire qu'ils connaissent leurs enfants. Les femmes veulent croire qu'elles connaissent leurs maris.


 

dimanche 11 novembre 2012

Mathias Enard - Rue des voleurs


Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2012 - 252 pages et une très, très belle découverte !

Lakhdar est  jeune marocain de dix-huit ans habitant à Tanger. Il aime les polars français  et rêve de liberté. Pour lui, elle se symbolise par la vue de l’Espagne au loin. Seule la mer le sépare de cette terre. Avec son copain Bassam, ils aiment regarder les jeunes filles étrangères, imaginer leur avenir de l’autre côté de la méditerranée. Il fantasme sur sa cousine Meryem qui n’est pas indifférente. Tous deux sont surpris nus par son père.  Lakhdar est chassé de lui, il a apporté honte et déshonneur sur sa famille et  Meryem est envoyée loin de Tanger. Le jeune homme quitte la ville, mendie pour survivre.   

Il faudra plusieurs mois pour que Lakhdar revienne à  Tanger. Sa mère, ses frère et sœurs lui  manquent et  il se fait du souci pour Meryem. Bassam l’aide et lui trouve un emploi de libraire dans devient libraire au sein du mouvement  pour la diffusion de la pensée coranique dirigée par le Cheick Nouredine. Musulman de naissance, Lakhdar a du mal à concilier les interdits, la rigidité de la religion et la modernité. Nourri, logé, blanchi, cet emploi lui laisse du temps pour lire et  traîner sur internet. Bassam a changé, il respecte à la lettre les paroles du Coran et du Cheick Nouredine proclamant la parole d’un Islam radical.  Alors que le printemps Arabe embrase  certains pays, Lakhdar se demande quel sont les véritables projets du  Cheick Nouredine. Dans un café,  il rencontre une étudiante espagnole en voyage au Maroc. Judit apprend l’Arabe à l’université et elle va l’initier aux auteurs arabes classiques. Amoureux, des idées pour l'avenir plein la tête,  Lakhdar est rattrapé par la réalité avec l’attentat de Marrakech.   Pigiste à Tanger,  homme à tout faire sur un paquebot puis exploité à la manière d’un esclave par un espagnol qui bâtit sa fortune sur  des naufragés marocains, Lakhdar  se sent perdu, trahi.  Même s’il est  parvenu à Barcelone, les désillusions sont nombreuses. Il n’a pratiquement plus aucune nouvelle de Judit. L’Espagne est secouée  par la crise et par les indignés dont Judit fait partie. La contestation gronde partout, l’amalgame religion et terrorisme ne fait pas bon d’être musulman. Dans ses moments de désespoir, seule la beauté de certains passages du Coran, la méditation apportée par la prière, et la lecture sont ses seuls réconforts. Sa vie est ballotée, remise en question dans la tourmente, l'exil et  est bien éloignée de tout ce qu'il aurait pu imaginer.

Ce livre  est comme un  cœur palpitant au gré du printemps Arabe et  de la crise en  Europe. Battements où résonnent les questionnements d’une jeunesse avide de liberté dont les idées se fracassent contre  un système économique, social, politique. Au rythme d’une écriture riche, brute, douce ou qui peut se faire violente, Mathias Enard contrebalance la manipulation extrémiste religieuse et ses dérives par les fondements humanistes de la religion musulmane.  Un roman  littéralement viscéral. Magnifique !

L'Unité du Monde Arabe n'existait qu'en Europe.

Le billet de Constance
 
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