Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2013. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2013. Afficher tous les articles
mercredi 11 septembre 2013
Véronique Ovaldé - La grâce des brigands
Éditeur : Editions de l'Olivier - Date de parution : Août 2013 - 284 pages et un coup de cœur !
Années 1970, Maria Cristina Väätonen âgée de dix-sept ans quitte sa famille atypique et son village Lapérouse du grand Nord Canadien pour suivre des études à Los Angeles. Une vingtaine d’années plus tard, ce passé enterré ressurgit quand elle reçoit un appel téléphonique de sa mère. Installée à Santa Monica, Maria Cristina est écrivain.
Une mère rigide, paranoïaque imprégnée de religion qui les a empêchées elle et sa sœur de découvrir le monde même si celui-ci si ce cantonnait à Lapérouse et à ses habitants. Un père reclus dans le silence qui lui offrira la liberté de partir aux Etats-Unis contre l'avis de sa femme. Suite à un accident, la sœur de Maria Cristina s’est figée dans un état végétatif. Voilà ce qu’a laissé Maria Cristina derrière elle et qui a été la base de son premier roman à succès. Son passage à la faculté n’aura été que d’une brève durée et avant d’être publiée, grâce à sa colocataire Maria Cristina va se transformer. La jeune fille fille timide dans ce Los Angeles des années 70 bouillonnant et ultra-libéral va s’ouvrir à la vie. Sa rencontre avec Rafael Claramunt écrivain sur le déclin lui permettra d’accéder au succès et à la gloire. Mais son amant et mentor n’est pas aussi blanc que neige.
Dès les premières lignes l’écriture de Véronique Ovaldé nous enveloppe. Des phrases longues, un rythme langoureux, une grâce sensuelle avec des pointes d’ironie qui sont un vrai délice ! On ressent la chaleur de Santa Monica, la moiteur de l’air tout comme l’ambiance familiale à Lapérouse. C’est que Véronique Ovaldé possède ce talent de créer des atmosphères et de les faire goûter pleinement au lecteur. Le personnage de Maria Cristina, symbole de cette volonté à accomplir ses propres choix et de l'émancipation pour une femme est empreint de tendresse. Et Maria Cristina a du caractère et une vraie vivacité touchante.
La faculté de Véronique Ovaldé à nous captiver est époustouflante par cette aisance dans l'écriture si limpide et qui semble si naturelle chez cette auteure !
Un coup de cœur entier ! Un roman brillant à plus d'un titre, piquant et enchanteur par l’écriture remarquable !
Ce genre de petite fille, quand elle devient grande, se transforme en une personne d'une intranquillité encombrante.
Un coup de cœur pour Cathulu également !Le billet de Céleste conquise.
Lu de cette auteure : Des vies d'oiseaux
dimanche 8 septembre 2013
Thomas B. Reverdy - Les évaporés
Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2013 - 299 pages fascinantes et troublantes !
Au japon lorsqu’une personne disparaît, elle rejoint le rang des "johatsu" c’est-à dire des évaporés. Personne ne cherche à savoir ce qui pu pousser la personne à partir ou ce qu’elle est devenue. Un halo de mystère et de respect les entoure. Après trente-cinq annéss de mariage, Kaze licencié par la banque qui l’employait a fait ce choix. Sa fille Yukiko qui vit à San Francisco veut savoir pourquoi. Elle demande à son ex petit ami, Richard B., détective privé de son état de l’accompagner au Japon pour retrouver son père.
Nous sommes au Japon de l’après Fukushima. Un pays en proie à soigner ses propres blessures, frappé par la crise économique et les catastrophes et où l’argent domine. Sale ou corrompu. Un pays où les yakuzas font régner la loi. L’enquête de Yukiko et de Richard B. est loin d’être facile car parler des évaporés porte malheur. Richard B. est partagé par sa fascination envers ceux que l’on appelle les évaporés et son désir pour Yukiko. Ce roman n’est pas uniquement porté par le personnage de Richard B. Kaze, Yukiko et Akainu un jeune garçon dont les parents ont disparu lors du tsunami interviennent nous faisant part de leurs questions et de leurs craintes.
Cette porte donnée à chacun de disparaître sans se justifier est tout aussi envoûtante que douloureuse. Tourner une page de sa vie pour en écrire un autre sans se justifier n’est pas si simple qu’elle y paraît. Roman sur l’exil, la disparition, la renaissance mais aussi cette quête existentielle que nous portons tous en nous. L’image du Japon actuel côtoie une poésie, une mélancolie douce. L’écriture délicate et subtile presque évanescente de Thomas B. Reverdy nous offre un autre regard sur ce pays. Et la quiétude qui s’en dégage n’est qu’un apparat car les récifs et la détresse sont bien présents.
Une lecture fascinante et troublante !
Aujourd'hui, voilà ce qui leur importait. Pour le reste, on verrait. Aujourd'hui, c'est l'assurance d'aller jusqu' à demain. Et demain, c'est peu mais une promesse suffisante. Les camionnettes se remplissaient. La misère est une énergie renouvelable.
Lu du même auteur : La montée des eaux
De nombreux billets sur Babelio que je remercie !
samedi 7 septembre 2013
Delphine Bertholon - Le soleil à mes pieds
Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Août 2013 - 184 pages qui interpellent et résonnent longtemps après lecture!
Elles sont deux : La grande et la Petite. Deux sœurs adultes, seule famille l’une pour l’autre habitant à parie et que tour oppose. La Petite solitaire préférant restée dans son appartement à récurer, n’aimant pas sortir ou parler. La Grande imprévue qui prend malin pervers à la dominer. Elle sait que se sœur la craint et lui obéit. Dans son fort intérieur, la Petite comme prisonnière de la Grande aimerait pouvoir dire non. Mais un drame survenu alors qu’elles étaient enfants semble avoir pipé les dés.
J’avais découvert Delphine Bertholon avec L’effet Larsen, la singularité du style et de l’histoire m’avait conquise. Si pour Grâce, je n’avais pas eu le même enthousiaste, j’ai lu ce nouveau livre en apnée totale ! Tout de suite l’écriture m’a accrochée : des phrases courtes et des expressions qui font mouche comme « les jambes encagées dans des bas de contention ». Il y a donc le renouveau de l’écriture avec ce roman, un pari risqué mais réussi ! Et puis l’histoire, fascinante et dérangeante racontée par la Petite. Chacune des deux a essayé de franchir l’insurmontable de l'enfance à sa façon. La Grande en instaurant et en jouissant de son droit d’aînesse, la Petite n’ayant pas mon mot à dire et qui lutte intérieurement. Silencieusement.
De la première à la dernière page, on oscille. Bousculé par la tension qui s’en dégage, l'ironie cruelle et la folie que l’on touche du bout des doigts. Mais ce livre n’est pas morose ou glauque. Les souvenirs du passé racontés par la Petite sont des touches de soleil bercées d’amour maternel. L'ombre peut planer, renaître rime quelquefois avec la mort et la fin que je n'ai pas vu venir est salvatrice.
Delphine Bertholon démaille avec subtilité la mécanique des liens de la famille, les tord jusqu'à l'extrême. Un roman qui par son écriture et sa subtilité interpelle, émeut encore longtemps après sa lecture !
A grands coups de lingettes, nettoyer, récurer, aseptiser. Mais on a beau frotter, rien ne s'efface jamais - la solitude, la honte, ce foutu temps qui ne passe pas et toutes anémones qui refusent d'éclore quand on a besoin d'elles, plantes stupides du ventre, inutiles et ingrates - elle aurait tant voulu dire, il faut dire les choses quand on le peut encore, dire à Maman "Je t'aime, à la grande" Je te hais", au jeune homme "J'existe", mais elle n'a jamais rien dit, jamais rien fait, jamais rien pu, je suis depuis toujours un plot de béton au fond d'un lac, avec un cadavre de fillette pendu au bout d'une corde.
Lu également de cette auteure : Twist
Les billets d' A bride abattue, Blablamania, Charlotte, Sophie , Stephie...
vendredi 6 septembre 2013
Barbara Kingsolver - Dans la lumière
Éditeur : Rivages - Date de parution : Août 2013- Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Martine Aubert - 555 pages agréables !
Au cœur des Appalaches, Dellaboria se remet en question. Mariée à dix-sept ans car elle était enceinte, sa vie de mère au foyer n’a rien de réjouissant et ses beaux-parents ne l’apprécient guère. En se rendant à un rendez-vous avec son jeune amant, elle est aveuglée et fascinée par une lumière rouge car des papillons aux ailes oranges colonisent les arbres de la vallée. Dellaboria le prend comme un signe et décide de retourner chez elle.
Ces papillons appelés les monarques vont bouleverser la vie de la petite ville et celle de Dellaboria. La plupart des habitants y voit une manifestation divine alors qu’un scientifique arrive pour étudier ce phénomène anormal. Ces papillons depuis la nuit des temps passent l’hiver au Mexique. Pourquoi ont-ils changé leurs habitudes ? Ce coin perdu des Appalaches attire journalistes et curieux car tout le monde veut voir le phénomène qui se produit sur les terres des beaux-parents de Dellaboria. Cette dernière et son mari Cub vivotent et dépendent financièrement des parents de Cub. Mais justement petit à petit les papillons vont donner l’occasion à Dellaboria de prendre son envol.
A la grande surprise du professeur Obid Byron venu étudier le phénomène, Dellaboria semble peu préoccupée du réchauffement climatique et des impacts. Et là, on assiste à la confrontation du monde scientifique, des dérives extrémistes écologistes, des intérêts financiers et de personnes dans une certaine nécessité comme Dellaboria dont les réalités et les préoccupations sont différentes.
Si au départ Dellaboria m’est apparue vraiment naïve et par moment agaçante, elle a su gagner mon empathie ce qui n’était pas gagné d’avance. Deux enfants, un mariage par obligation, aucun diplôme : peu de possibilités ouvertes pour changer de vie. Peu à peu, elle va arriver à gagner confiance en elle et à s’ouvrir à de nouveaux horizons.
Malgré des longueurs inutiles et quelques bons sentiments, ce livre a le mérite de démontrer que tout le monde peut être sensibilisé aux problèmes de notre planète et surtout d’en prendre conscience. Au vu de la quatrième de couverture, j’en attendais peut-être un peu plus mais finalement je ne regrette pas de l’avoir lu !
- C'est vrai, Cub, on le mérite, répondit-elle. Je dis pas le contraire. Mais la chance c'est un coup de dés. Tu ne peux pas bâtir une industrie sur l'espoir qu'ils vont revenir. C'est ça qui bousille les gens. Se lancer à l'aveuglette comme ça.
Des avis partagée : Brize a été déçue, Dominique a aimé , un coup de coeur pour Lucie et Valérie l'a trouvé moralisateur.
jeudi 5 septembre 2013
Lionel Salaün - Bel-Air
Éditeur : Liana Levi - Date de parution : Septembre 2013 - 223 pages âpres, intelligentes et terriblement juste !
Années 1950, dans une sous-préfecture en France le café le Bel-Air est l'endroit de la cité où les habitants du quartier se rejoignent. Les conversations y vont bon train comme les nouvelles commentées par chacun. Trente ans plus tard , Franck y revient. Le café est sur le déclin mais Gérard que Franck considérait comme son meilleur ami officie toujours derrière le comptoir. Enfants puis adolescents, Franck et Gérard étaient unis comme deux doigts de la main.
Alors que la guerre d’Algérie couve au Bel-Air certains esprits s’échauffent car les préjugés et le racisme sont le petit lait de certains. La guerre d’Indochine vient de se terminer en ayant laissé un goût de défaite. Des patriotes jusqu’à l’os comme le père de Gérard rêvent de revanche et regardent d’un mauvais œil les immigrés. Gérard rêve de s’engager. Pour lui, l’Algérie appartient à la France. En bon fils, il partage les idées de son père. Ces opinions sont la première fracture dans l’amitié entre Franck et de Gérard. De nature solitaire et aspirant à la liberté, Franck qui vient de terminer le lycée n’a pas d’ambition spéciale alors que ses copains ont tous des choix en tête. Il est convenu que Gérard fils unique reprendra le Bel-Air l’affaire de la famille. Si pour le moment, Franck et les siens rêvent encore d’Amérique, de filles aussi belles que celles des affiches, la menace de la guerre et de la lettre d’incorporation va dévoiler le pire comme l’inattendu. La génération de Franck est projetée dans une vie d’adulte avant d’avoir eu le temps de profiter de la jeunesse. Mais Franck y laissera bien plus que l’insouciance…
Je l’attendais impatiemment ce nouveau roman de Lionel Salaün ! Après Le retour de Jim Lamar, l’auteur nous immerge dans la France des années 50 où le charme suranné est tâché par le racisme nourri par des gens ordinaires. Sans aucun superflu ou cliché, il nous renvoie l’image de notre pays en pleinf mutation sociale, d'une jeunesse brisée comme l’amertume des amitiés que l’on croyait indéfectibles.
Avec intelligence, il réussit à nous faire ressentir l'ambiance du Bel-Air comme si on était aussi bien que les émotions trahies par un signe du visage.
Ce second roman de Lionel Salaün est une totale réussite avec une écriture âpre qui colle au plus près des personnages !
S'il est vrai que le fonctionnement de notre communauté, tant en raison de sa situation géographique, en marge de la Ville, que du statut social de ses habitants, ouvriers pour la plupart, petits artisans ou employés subalternes, créait un sentiment fort d'appartenance à la classe qui la composait, avec l'esprit de solidarité, de partage et d'entraide qui en découle, celle-ci souffrait des maux inhérents à toute société évoluant en vase clos, où l'ordinaire de chacun est la pâture de tous.
Un grand merci à Dialogues Croisés !
Années 1950, dans une sous-préfecture en France le café le Bel-Air est l'endroit de la cité où les habitants du quartier se rejoignent. Les conversations y vont bon train comme les nouvelles commentées par chacun. Trente ans plus tard , Franck y revient. Le café est sur le déclin mais Gérard que Franck considérait comme son meilleur ami officie toujours derrière le comptoir. Enfants puis adolescents, Franck et Gérard étaient unis comme deux doigts de la main.
Alors que la guerre d’Algérie couve au Bel-Air certains esprits s’échauffent car les préjugés et le racisme sont le petit lait de certains. La guerre d’Indochine vient de se terminer en ayant laissé un goût de défaite. Des patriotes jusqu’à l’os comme le père de Gérard rêvent de revanche et regardent d’un mauvais œil les immigrés. Gérard rêve de s’engager. Pour lui, l’Algérie appartient à la France. En bon fils, il partage les idées de son père. Ces opinions sont la première fracture dans l’amitié entre Franck et de Gérard. De nature solitaire et aspirant à la liberté, Franck qui vient de terminer le lycée n’a pas d’ambition spéciale alors que ses copains ont tous des choix en tête. Il est convenu que Gérard fils unique reprendra le Bel-Air l’affaire de la famille. Si pour le moment, Franck et les siens rêvent encore d’Amérique, de filles aussi belles que celles des affiches, la menace de la guerre et de la lettre d’incorporation va dévoiler le pire comme l’inattendu. La génération de Franck est projetée dans une vie d’adulte avant d’avoir eu le temps de profiter de la jeunesse. Mais Franck y laissera bien plus que l’insouciance…
Je l’attendais impatiemment ce nouveau roman de Lionel Salaün ! Après Le retour de Jim Lamar, l’auteur nous immerge dans la France des années 50 où le charme suranné est tâché par le racisme nourri par des gens ordinaires. Sans aucun superflu ou cliché, il nous renvoie l’image de notre pays en pleinf mutation sociale, d'une jeunesse brisée comme l’amertume des amitiés que l’on croyait indéfectibles.
Avec intelligence, il réussit à nous faire ressentir l'ambiance du Bel-Air comme si on était aussi bien que les émotions trahies par un signe du visage.
Ce second roman de Lionel Salaün est une totale réussite avec une écriture âpre qui colle au plus près des personnages !
S'il est vrai que le fonctionnement de notre communauté, tant en raison de sa situation géographique, en marge de la Ville, que du statut social de ses habitants, ouvriers pour la plupart, petits artisans ou employés subalternes, créait un sentiment fort d'appartenance à la classe qui la composait, avec l'esprit de solidarité, de partage et d'entraide qui en découle, celle-ci souffrait des maux inhérents à toute société évoluant en vase clos, où l'ordinaire de chacun est la pâture de tous.
Un grand merci à Dialogues Croisés !
lundi 2 septembre 2013
Nicolas Clément - Sauf les fleurs
Éditeur : Buchet Chastel - Date Parution : Août 2013 - 75 pages et un petit bijou de littérature !
Marthe âgée de douze ans et son petit-frère Léonce sont soudés pour protéger leur mère contre leur père qui a la main leste envers sa femme. Tous vivent à la ferme. L’amour maternel, les moments de réconfort puisés auprès des bêtes, ce lien si fort avec son frère et la lecture sont son quotidien comme la boule de peur logée dans le creux de l’estomac. Douze puis quatorze puis seize ans. Marthe grandit et découvre les premiers émois amoureux et un espoir nouveau. Elle a décidé que plus tard elle étudiera le grec. S’adonner à sa passion et partir de la ferme avec sa mère et son frère. Oui, ils quitteront cet enfer. C’est son rêve de fuir ce père violent. A dix-huit ans Marthe partira en effet pour ses études mais la ligne tracée sera fracassée juste avant. A Baltimore, une nouvelle vie l’attend. Apprendre à parler sans crainte, le goût de la liberté sans oublier Léonce son frère qu’elle aime tant.
Et on voudrait tant pour Marthe qu’elle ait devant elle une feuille blanche pour écrire tous ses vœux ! Qu’elle soit heureuse, que le passé soit chassé mais on pressent que non elle n’y aura pas le droit à ce bonheur mérité. Et ça fait mal, d’autant plus mal que ce roman est écrit dans une écriture magnifique ! Un premier roman qui m’a époustouflée !
Nicolas Clément possède un vrai style : une écriture épurée et majestueuse où les tournures, les mots sont calibrés avec précision pour qu’il n’en reste que leur quintessence ! Une poésie à couper le souffle et une narration inhabituelle qui m’a ferrée et conquise d’emblée. Car justement cette narration intervient dans l’histoire, accentuant la puissance de ce texte et des non-dits qui perlent entre les lignes. Une histoire toute en sensibilité et en pudeur où la beauté côtoie la violence.
Un petit bijou de littérature et un grand coup de cœur !
Le billet de Laure tout aussi enthousiaste! Julien, libraire chez Dialogues, l'a beaucoup aimé aussi !
Difficile de choisir un extrait car j'ai inséré des post-it à chaque page..
Ici, parler tue moins que là-bas. Abritée derrière mon paravent d'étrangère, j'achète un magazine, entre dans un musée ou commande un soda sans serrer les dents. A la ferme, il fallait mâcher les phrases, peser le pour et le contre, répéter chaque émotion en coulisse avant de sentir. Lorsque nous voulons parler, Papa nous renvoie dans nos cordes et nous freinons les mots de lait qui menacent de pousser si nous ouvrons la peur qui nous guide. Peu à peu, nous devenons muets.


jeudi 29 août 2013
Julie Bonnie - Chambre 2
Editeur : Belfond - Date de parution : Août 2013 - 185 belles pages qui bousculent et vous font chavirer d'émotions !
Béatrice dont le corps nu dansait dans les cabarets est devenue auxilaire de puériculture dans une maternité. Derrière la porte de chaque chambre, chaque femme a sa propre histoire. Sensible, poreuse aux émotions des autres, Béatrice raconte le bonheur mais aussi les douleurs et les souffrances de ces femmes. Sous sa blouse rose, Il lui faut endiguer ces flots de sentiments pour rester debout.
Les souvenirs de sa vie d'artiste bohême libre, des amis de la troupe dont elle faisait partie émaillent son présent. Choc de deux mondes opposés. Elle doit rester à sa place à la maternité, ne pas sortir des fonctions de son statut. Serrer les dents et contenir la rage latente. Devenue mère, Béatrice avait fait le choix de quitter la troupe pour rejoindre une vie "normale". La douleur des femmes pour qui maternité ne rime pas forcément avec bonheur nous saute à la gorge. Autant de femmes et de situations qui existent bel et bien. A la beauté de son corps nu dansant avec plaisir s'opposent les cris ourdis de ces femmes et la pudeur qui les enveloppe.
Dans une écriture charnelle, vive ou la poésie et la sensibilité se font entendre, on ressent que Julie Bonnie s'est investie en tant que personne dans ce premier roman. Un hommage vibrant au corps des femmes et aux femmes qui trouble, ancre des émotions profondes et puissantes. Touchée et coulée par cette lecture ...
J'étais nue tous les soirs. Pour des femmme et des hommes. J'ai exposé mon corps comme la plus respectée et la plus noble des choses du monde.
Le billet de Cathulu

Béatrice dont le corps nu dansait dans les cabarets est devenue auxilaire de puériculture dans une maternité. Derrière la porte de chaque chambre, chaque femme a sa propre histoire. Sensible, poreuse aux émotions des autres, Béatrice raconte le bonheur mais aussi les douleurs et les souffrances de ces femmes. Sous sa blouse rose, Il lui faut endiguer ces flots de sentiments pour rester debout.
Les souvenirs de sa vie d'artiste bohême libre, des amis de la troupe dont elle faisait partie émaillent son présent. Choc de deux mondes opposés. Elle doit rester à sa place à la maternité, ne pas sortir des fonctions de son statut. Serrer les dents et contenir la rage latente. Devenue mère, Béatrice avait fait le choix de quitter la troupe pour rejoindre une vie "normale". La douleur des femmes pour qui maternité ne rime pas forcément avec bonheur nous saute à la gorge. Autant de femmes et de situations qui existent bel et bien. A la beauté de son corps nu dansant avec plaisir s'opposent les cris ourdis de ces femmes et la pudeur qui les enveloppe.
Dans une écriture charnelle, vive ou la poésie et la sensibilité se font entendre, on ressent que Julie Bonnie s'est investie en tant que personne dans ce premier roman. Un hommage vibrant au corps des femmes et aux femmes qui trouble, ancre des émotions profondes et puissantes. Touchée et coulée par cette lecture ...
J'étais nue tous les soirs. Pour des femmme et des hommes. J'ai exposé mon corps comme la plus respectée et la plus noble des choses du monde.
Le billet de Cathulu
mercredi 28 août 2013
Sorj Chaladon - Le quatrième mur
1974, « Samuel Akounis, juif grec rescapé de l’Holocauste», résistant grec et metteur en scène s’est exilé en France à Paris. Au cours d’une de ses interventions dans une faculté son témoignage frappe Georges un étudiant de vingt-quatre ans. Georges qui souhaite faire du théâtre a participé activement à mai 68 et depuis a embrassé d'autres causes. Une rencontre en forme d’électrochoc pour Georges un un brin candide et Aurore elle-aussi étudiante. Sam a un grand projet. Ambitieux, fou. Faire jouer Antigone d’Anouilh au Liban, « offrir un rôle à chacun des belligérants », « voler deux heures à la guerre, en prélevant un cœur dans chaque camp ».
La pièce d’Anouilh est tout un symbole. Présentée pour la première fois en 1944 à Paris durant l’occupation allemande, elle était le signe que durant une tragédie une représentation de théâtre pouvait être un répit. Antigone où est question de terre et de fierté. Mais la santé de Sam décline et il est hospitalisé. Il demande à Georges de d’en occuper pour lui. Marié à Aurore, père d’une petite Louise, Georges ne peut pas dire non à son ami et part au Liban. Il découvre une situation complexe et des communautés qui occupent certains territoires. Il doit convaincre Druzes, Chrétiens, Musulmans d’accepter le projet de Sam. Mais le vrai visage de la guerre éclate et Georges blessé doit rentrer en France. Obnubilé par ce qu’il va vu au Liban, il n’arrive plus à goûter à son bonheur tranquille. Georges est devenu un homme hanté par cette guerre.
Toujours avec une écriture aux mots qui sonne juste et qui collent au plus près des émotions, Sorj Chalandon nous plonge au cœur de la guerre au Liban et de la passion du théâtre. Et comme pour contrer la violence de la guerre, les passages de la pièce Antigone cités éclatent par leur beauté. Mais ce livre va plus loin. S’il démontre la force du théâtre qui peut rassembler au-delà des divisions religieuses ou culturelles, il nous rappelle que certains hommes une fois qu’ils ont vu le pire ne peuvent plus revenir à leur vie d’avant. Quitte à laisser une famille et à s’engager pour une cause.
Une lecture forte, belle, dure par certains aspects et qui laisse une marque indélébile.
La guerre était folie ? Sam disait que la paix devait l’être aussi. Il fallait justement proposer l’inconcevable. Monter Antigone sur une ligne de feu allait prendre les combats de court. Ce serait tellement beau que les fusils se baisseraient.
Lu du même auteur : Mon traître - Retour à Killybegs
Le billet de Sophie Hérisson.
Livre reçu dans le cadre de « On vous lit tout », organisé par Libfly.


lundi 26 août 2013
Louise Erdrich - Dans le silence du vent
Éditeur : Albin michel - Date de parution : Août 2013 - Traduit de l'américain par Isabelle Reinharez - 458 pages denses et profondes !
Lors d’une journée de printemps, la mère de Joe partie chercher un dossier pour son travail se fait attendre. A son retour, Géraldine est incapable de parler. Conduite à l’hôpital, son mari et Joe âgé de treize ans apprennent qu’elle a été violée. Choquée, elle s’enferme dans un mutisme et ne veut pas évoquer ce qu’elle a subi ni à la police ni à son mari. Pourtant ce dernier est juge aux affaires indiennes. Son mari qui a foi et confiance en la justice remet l’affaire entre les mains des autorités compétentes. Mais pour Joe rien ne plus être pareil. Sa mère reste cloitrée dans sa chambre et se coupe du monde, de sa famille. Joe est déterminé à mener sa propre enquête.
De l’insouciance conférée par l’enfance, Joe est projeté dans le monde des adultes. Un monde loin d’être simple surtout que les lois sur le territoire indien sont complexes. Sa quête de vérité et de vengeance se heurte à la notion de justice et aux principes inculqués par son père. Mais pour sa mère, Joe est prêt à tout.
Ce livre au vu du thème aurait pu être très sombre mais Joe le narrateur s’il nous raconte l’effondrement de sa famille, nous fait part également de ses sorties et de ses ballades avec ses amis ainsi que de la solidarité au sein de la communauté indienne. Ses premières bières, son premier mensonge contrebalancent l’ambiance morose qui règne désormais dans sa maison. La douleur, les souffrances éprouvées par sa mère, son père et Joe sont rendues admirablement avec intensité et sobriété comme l’enfance envolée de Joe.
Un roman émouvant où Louise Erdrich amène le lecteur à réfléchir sur la notion de justice.
Dense, profond, l’auteure brise la gangue de silence et sa voix s’élève admirablement comme un manifeste pour dénoncer les violences subies par les femmes amérindiennes.
Un livre dirigé magistralement une fois de plus par cette auteure très talentueuse !
Et ces chiffres de la postface qui font froid dans le dos : Un rapport publié en 2009 par Amnesty International , présentait les statistiques suivantes : une femme amérindienne sur trois sera violée au cour de sa vie ( et ce chiffre est certainement supérieur car souvent les femmes amérindiennes ne signalent pas le viols) ; 86 pour cent des viols et des violences sont victimes les femmes sont commis par des hommes non-amérindiens ; peu d’entre eux sont poursuivis en justice.
Lu de cette auteure : La chorale des maîtres bouchers - La malédiction des colombes - Le jeu des ombres
Le billet de Cathulu
vendredi 23 août 2013
Laura Kasischke - Esprit d'hiver
Éditeur : Bourgois - Date de parution : Août 2013 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Aurélie Tronchet - 286 pages et un uppercut !
Esprit d’hiver ou comment Laura Kasischke joue avec nos nerfs avec brio !
En ce jour de Noël, Holly réveillée tard a une impression étrange. Son mari Eric est déjà parti chercher sa famille à l’aéroport chercher ses parents et leur fille Tatiana adoptée treize ans plus tôt en Sibérie dort encore. Une pensée obsède Holly « quelque chose les avait suivie depuis la Russie » et elle a l'impression de changements confus ces derniers temps. Tatiana d’habitude enjouée se montre d’humeur changeante. Holly ne comprend pas pourquoi. Mais elle met cette humeur sur le compte de l'adolescence et ne veut pas s'énerver contre sa fille. Les éléments semblent se liguer contre Holly. La neige se transforme en un blizzard : Eric est bloqué et aucun des invités ne sera présent ce qui rend furieuse Tatiana. De plus, d’étranges accidents surviennent dans la maison. Tatiana assène sa mère de reproches que ne sait plus quoi penser...
Tout le roman se déroule entre la cuisine et la chambre de Tatiana. Un confinement qui rend encore plus oppressante l’ambiance de ce huis clos hypnotique. Les réflexions d’Holly sur l’adoption, ses envies d’écriture et les souvenirs enfouis, le comportement étrange de Tatania desservent une fin terrifiante ! Car à la dernière page, le puzzle est assemblé et tout le roman nous revient en mémoire. J'ai été scotchée, sonnée car la lumière jaillit sur cet effroyable huis clos...
Je suis sortie très mal à l'aise de cette lecture et il m'a fallu plusieurs jours pour me défaire de ce sentiment. Laura Kasischke nous plonge dans une relation mère-fille, dans les questions légitimes en cas d'adoption et nous ferre habilement.
Avec du recul, il s'agit d'une lecture dérangeante dont on ne sort pas indemne mais un roman fascinant et donc totalement réussi !
Holly savait qu'elle pouvait avoir tout le temps d'écrire au monde, et en dépit de cette conviction qu'elle avait quelque chose à écrire mais pas le temps pour le faire, cela ne donnerait rien. Combien de débuts avait-elle griffonnés ces dix-huit dernières années, et combien de ces débuts n'avaient mené à rien d'autre que la frustration et une mauvaise humeur qui durait des jours? Des centaines de débuts, ne menant à rien. Quel aurait été l'intérêt de briser son angoisse de la page blanche, rien de moins que le jour de Noël?
Lu de cette même auteure : En un monde parfait - La vie devant ses yeux
Merci à Dialogues Croisés !


jeudi 22 août 2013
Katharina Hagena - L'envol du héron
Éditeur : Anne Carrière - Date de parution : Août 2013 - Traduit de l'allemand par Corinna Gepner - 293 pages et un coup de cœur entier, vibrant !
Après avoir lu les deux premières pages j’ai su que j’allais aimer ce roman ! Il s’est produit tout de suite cette alchimie étrange à définir, cette osmose où l’écriture, l’ambiance vont être synonymes de plaisir de lire (sourire aux lèvres, déconnectée du monde, reliée seulement à l’histoire).
Ellen est somnologue, le sommeil l’a quittée et durant une nuit, elle rejoint le monde des insomniaques. Tandis que l’obscurité étend ses bras sur Hambourg, elle guette le retour d’Orla sa fille adolescente et revient sur son parcours. Il y a trois ans elle a quitté l’Irlande et Declan qui s’était toujours comporté comme un père envers Orla pour revenir à Grund près du vieux Rhin en Allemagne. Là où elle a grandi et là où s’était retrouvée seule à vingt ans quand son amant avait disparu après avoir appris sa grossesse. Sa mère Heidrun atteinte d’Alzheimer a sombré dans le sommeil artificiel du coma et son père Joachim a monté une chorale. Chanter pour faire revenir son épouse à la vie, pour la sortir des limbes. Andreas y participe, son ami d’enfance qui depuis s’est enfermé dans un mutisme et ne communique que par écrit. Il y aussi Marthe une veuve arrivée à Grund il y a quelques années et un ancien patient d’Ellen Benno qui effectue une thèse d’histoire.
Depuis la disparition de son fils Lutz il y a dix-sept ans, Marthe est une femme brisée qui n’accepte pas qu’après sa liaison de jeunesse avec Lutz, Ellen soit de retour heureuse. Marthe est une inconnue pour tous car elle a repris son nom de jeune fille. A la chorale, Joachim lui a demandé de tenir le cahier des répétitions. Mais en plus de ces brefs rapports, elle ajoute ses pensées. Cette ancienne professeure aimant la sémantique laisse cours à réflexions imprégnés par la mythologie et l’observation des oiseaux. Au récit d’Ellen s’ajoute les écrits de Marthe. Ellen et Orla sont liées à Marthe sans le savoir. Andréas traque, ramasse tous les papiers où sont jetés, griffonnés des mots. Son silence est survenu après de le départ d’Ellen et rien ne semble l’en éloigner.
Katharina Hagena déroule un canevas brodé de poésie autour d’Ellen, Andréas et Marthe. L’écriture est splendide, somptueuse, et il faut souligner l’excellent travail de traduction (quand on lit les notes de Marthe, on comprend pourquoi j’insiste sur ce point).
L’histoire s’articule autour de la mort, de la vie, de la disparition, de l’oubli avec de nombreuses références culturelles sur le sommeil. L’intrigue de dessine au fil des pages tandis que la psychologie des personnalités est creusée.
D’Ellen symbole de la jeune femme indépendante en quête de stabilité amoureuse à Andréas qui se tait pour garder un secret à Benno obnubilé par ses recherches, j’ai tout aimé dans ce livre !
La mélancolie douce qui s’en dégage, le rythme mélodieux, la nature personnage à part entière, les questionnements sur la mort qui dans ce roman revêt l’habit d’une étape dans la vie…
Suspendue au fil de l'histoire et émerveillée, j'ai souri grâce aux traits d'humour !
Un coup de cœur entier et vibrant pour un bonheur extatique !
Et difficile de choisir un extrait...
Fatigue et somnolence sont les deux extrémités extérieures du seuil dans la demeure de la nuit. De ce seuil d'airain où la nuit et sa fille, le jour, se rencontrent. L'une entre dans la maison au moment même où l'autre la quitte. Aucune des deux femmes ne passe plus de temps avec l'autre qu'il n'en faut pour ces deux saluts quotidiens sur le seuil, mais elles habitent ensemble.
Un coup de cœur également pour Lili M
Lu de la même auteure : le goût des pépins de pomme


mercredi 21 août 2013
Brigitte Giraud - Avoir un corps
Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2013 - 235 pages magnifiques !
Avoir un corps ou la
vie d'une femme à travers différentes étapes qui façonnent, forgent,
modifient le corps. Il y a tout d’abord l'enfance et la prise
de conscience de ce corps à travers des jeux, l’éducation des parents
et sa place dans la famille. A treize ans alors qu’elle se prépare un
sandwich, sa mère lui dit qu’elle espère qu’elle ne va pas manger tout ça.
« Cette phrase de ma mère, sa mise en garde brutale me signifie que je
peux décider, maîtriser cette matière-là. C’est le jour où mon corps existe, il
m’appartient. C’est le commencement du tourment, puisque, désormais, je vais y
penser ». La graine est semée et la narratrice se trouve donc forcément pas assez mince. Corps restreint en nourriture et fini de sa passion la gymnastique, la volonté
s'impose, écrasante et avec elle la joie de régner sur ce corps. Puis l’adolescence et le
corps qui se métamorphose, se féminise avec des courbes et des arrondis.
Plaisir de séduire et les premiers émois amoureux qui font vibrer. La fille et
le garçon se voient en cachette, ivresse des sens et des interdits
repoussés plus loin. Mais ce sont aussi les cours de biologie où
les élèves regardent leurs pieds quand il est question des relations
sexuelles entre homme et femme. Sujet mal connu, flou, incertain. Puis,
l’entrée dans la vie active, s'installer en couple « et c’est la
vie domestique qui se tisse à la vie amoureuse », partager le même espace
à deux et les tâches. Le travail qui fait du corps un automate :
gestes répétés des centaines de fois dans la journée. Choisir de devenir
mère avec à nouveau un changement du corps, l’amour pour cet enfant et des
responsabilités. Les premiers pincements au cœur quand elle
laisse Yoto pour aller travailler. Puis sans prévenir le deuil qui fauche
une vie trop tôt, inhibe tout. Des gestes de survie pour s’occuper de Yoto
mais le corps semble sec, aride. Il lui faut réapprendre et ce sont autant de
premières fois.
Il ne faut pas réduire ce livre à un livre sur le corps des femmes car il y a bien plus !
Avec sensibilité, et dans une écriture très sensorielle, sans jamais être grave et avec de l’humour, Brigitte Giraud décrit les liens entre le corps et l'esprit, ces attaches mystérieuses entre ces deux entités ou quelquefois l’un n’obéit pas. Car le corps se rebelle, se révolte ou puise dans sa mémoire.
Un magnifique livre ancré dans l'histoire (je fais partie de cette génération qui enfant n'a pas connu le ceintures de sécurité mais la fumée des paquets de cigarette entiers aux repas de famille ou dans la voiture), roman intime mais tout à la fois social.
Je me suis retrouvée car Brigitte Giraud a vraiment écrit la vie d’une femme à travers le corps et la sphère créée.
J'ai souri, j'ai été émue, j'ai retrouvé des sensations vécues ou une partie de mon adolescence, le corps fatigué du travail des jobs d'été, la joie de donner naissance mais aussi le corps qui devient autre et souffrance.
Il ne faut pas réduire ce livre à un livre sur le corps des femmes car il y a bien plus !
Avec sensibilité, et dans une écriture très sensorielle, sans jamais être grave et avec de l’humour, Brigitte Giraud décrit les liens entre le corps et l'esprit, ces attaches mystérieuses entre ces deux entités ou quelquefois l’un n’obéit pas. Car le corps se rebelle, se révolte ou puise dans sa mémoire.
Un magnifique livre ancré dans l'histoire (je fais partie de cette génération qui enfant n'a pas connu le ceintures de sécurité mais la fumée des paquets de cigarette entiers aux repas de famille ou dans la voiture), roman intime mais tout à la fois social.
Je me suis retrouvée car Brigitte Giraud a vraiment écrit la vie d’une femme à travers le corps et la sphère créée.
J'ai souri, j'ai été émue, j'ai retrouvé des sensations vécues ou une partie de mon adolescence, le corps fatigué du travail des jobs d'été, la joie de donner naissance mais aussi le corps qui devient autre et souffrance.
Ce livre trouvera forcément un ou plusieurs échos chez toutes les lectrices ! Un roman
intemporel qui dans dix ou vingt ans n’aura pas pris une seule ride…
Il paraît que c'est la faute des hormones, du corps qui change.
C'est triste de savoir cela, c'est tellement décevant. Marie-France a des
jambes fines et très blanches, des hanches étroites, des pieds trop longs,
Héléna a des mollets musclés, des épaules larges et de tout petits seins,
Christine a la peau mate et des fesses larges et plates, Françoise a des seins
écrasants et des courbe sinueuses, de la chair qui dépasse du pantalon, Muriel
ressemble à un garçon, sèche et anguleuse, Louisette a la peau blanche parsemée
de grains de beauté, une voix et un décolleté troublants. Si j'étais
un garçon, le corps de Louisette me perturberait.
Lu de la même auteure : Pas d'inquiétude -Une année étrangère
vendredi 16 août 2013
Hugo Boris- Trois grand fauves
Éditeur : Belfond - Date de parution : Août 2013 - 202 pages qui m'ont laissée sur ma faim...
Fauve : grand félin
Félin : mammifère carnivore (...) doté de molaires coupantes et de fortes canines tels que le chat, le lion, le tigre, le lynx, le guépard, etc.
Association d'image : sang, animaux dominateurs prêts à tout qui font naître un sentiment de peur, de respect mêlé à de la crainte, ou un chat qui se faufile avec on ne sait quelle idée en tête.
Trois grands fauves ou trois grands Hommes de l'Histoire dont Hugo Boris dresse le portait : Danton, Hugo et Churchill. Et une question : comment ces hommes sont devenus de telles figures ? Chaque portrait commence par l'enfance et tous les trois ont été confrontés à la mort de peu, y ont échappé. Est-ce que d'avoir entendu le souffle de la faucheuse, d'avoir senti sa présence les à rendus plus forts? Chaque biographie reprend les éléments de ces hommes et leurs événements importants personnels. Du mariage à la chair de leur chair qui a succombé avant eux, à un père méprisant pour Churchill, ils ont eu cette rage de vivre, et de marquer leur époque animés par des convictions.
De Danton le révolutionnaire français, marqué par une disgrâce physique dont on connaît tous la triste fin à Victor Hugo qui en 1851 suite à un coup d'état d'État en France s'exilera à durant quinze ans à Guernesey. Ce père préoccupé par l'état de son dernier enfant Adèle est également décrit comme un homme à femmes. Churchill le politicien anglais qui a joué un rôle important durant la seconde guerre mondiale perd de sa froideur sous la plume de l'auteur.
La mort, fil rouge, relie ces trois hommes comme nous tous d'ailleurs. J’ai appris un peu plus sur ces grands hommes rendus humains avec leurs failles, descendus du piedestal duquel ils dominent encore le monde.
L'écriture est élégante, raffinée mais parfois tombe dans des excès lyriques.
Si ces trois portraits nous éclairent sur ces hommes, je suis hélas restée sur ma faim...
Danton :
Peut-être que cette vie dissolue est-elle la fenêtre ouverte par laquelle il reprend sa respiration, parvient à supporter l'air viciée des assemblées où se construit son oeuvre politique? Inventer une socitété nouvelle est si compliqué, alors qu'il est si facile de satisfaire un bouche ou un sexe.
mercredi 14 août 2013
Arnaud Dudek - Les fuyants
Éditeur : Alma Editeur - Date de parution : Août 2013 - 127 pages entres sourires et pincements au cœur !
Mon père, David Hintel, s’est tué le mardi quatre septembre
deux mille un. A l’heure du thé, il a avalé une bouteille d’insecticide. (..)
Grâce aux facturette retrouvées dans ses poches, on sait que l’insecticide avait
été acheté deux semaines plus tôt dans un supermarché du jardinage qu’il n’avait
guère l’habitude de fréquenter ( pas vraiment la main verte, mon père, capable
de faire crever un cactus). Le même jour, il s’est rendu dans un magasin de jouets.
Boîte de Playmobil, duo Prince et Princesse. A la caisse, on lui a sûrement
demandé s’il désirait un d’emballage cadeau. Puis
une stagiaire prénommée Sabrina ou Jennifer a emballé l’achat dans du papier de couleur vive, l’a ceinturé d’un
ruban et demandé si c’était pour un anniversaire (ça ne l’était pas) et a collé
un sticker Plaisir d’offrir. A la jardinerie, on ne n’a pas dû lui demander si
c’était pour un empoisonnement. On ne demande jamais rien à ceux qui achètent
de l’insecticide.
Ce sont sur ces premières lignes du journal de Joseph que s'ouvre ce roman et le ton est donné d'emblée ! A la mort de son père David, Joseph était encore
qu’un enfant. Maintenant, il s’agit d’un adolescent, petit crack de l’informatique,
un hacker « farouchement marxiste. Forcément. »,
qui s’infiltre dans les système d’information car le monde est manipulé selon
lui (forcément). Joseph vit avec sa mère
Esther dont le frère Simon sort avec des jeunes filles tout juste sorties de l’adolescence. Le tableau
de famille est complété par Jacob le grand-père que Joseph n’a jamais connu. « Jacob
avait mis du temps à réunir assez de
courage pour être lâche. Ou l’inverse. Il a fallu plusieurs tentatives,
plusieurs fausses sorties » pour qu’il abandonne femme et enfant.
A travers les journaux de Joseph, de Simon et de
Jacob, on découvre que dans la famille Hindel, les hommes ont toujours pris
la fuite, trouver un échappatoire à leur
mal-être, à leur soif de liberté. Jacob dont la culpabilité le hante maintenant qu’il
arrive à la retraite veut retrouver son fils David. Il ignore qu’il est mort il
y a plusieurs années. Simon abonné des aventures
sans lendemain songe à l'option prendre la tangente alors
que son flirt émet des hypothèses de relation sérieuse. Entouré
des copains et copines de son petite amie qui pourraient être ses enfants, Simon se défend
se penser qu’il agit mal ( forcément). Et si Simon passe son temps à jouer dans un
monde virtuel, il est bien le seul à vouloir ouvrir les yeux sur sa famille
et à briser les silences qui entourent son grand-père et à la mort de son père.
Dans une écriture débarrassée
de toute convention,
vive, alerte, inventive et où l’ironie fait mouche, Arnaud Dudek nous dévoile
une face peu glorieuse des hommes : celle de la lâcheté. Des hommes qui ne se comportent pas en super-héros ou ont laissé de côté l'armure. Malgré leurs défauts, leurs irresponsabilités, on ne peut qu'éprouver qu'une forme de compassion pour eux. Derrière l’humour caustique se
cache une tendresse immense et les affres de la solitude.
Entre sourires et pincements
au cœur, après Rester sage Arnaud Dudek a su me toucher une fois de plus!
Inscription à :
Articles (Atom)





















