Éditeur : Fayard - Date de parution : Août 2014 - 222 pages qui m'ont conquise !
Abel dix ans a fugué dans la montagne. Son beau-père Cecil se lance à sa recherche sans que les autorités, dans un premier temps, ne soient prévenues Marié à Benédicte, ils forment une famille recomposée (déjà marié et père, Cecil avait rencontré Bénédicte dont le mari allait trouver la mort lors un accident alors qu'elle était enceinte à l'époque de l'enfant qui serait Abel).
Et voilà que Cecil non préparé part à la recherche de ce fils. Et si Abel cherchait son vrai père Daniel dans les sommets, la figure d'un père qu'il n' a pas connu mais glorifié par sa mère? Cecil a toujours considéré Abel comme son propre enfant mais est-il à la hauteur ? Et ce sont ces questions ou d'autres comme la place du père et de son propre rôle qui accompagnent Cecil. Une histoire qui oscille vers le conte avec des rencontres inattendues. De son coté, Bénédicte elle-aussi s'interroge. Le couple qu'elle forme avec Cecil traverse une mauvaise passe, est-ce le début de la fin?
Un roman à l'écriture recherchée, exigeant également par sa construction qui peut étonner ou déconcerter. Mais nécessaire (selon moi) pour "définir" de ce que c'est un père à travers toutes les valeurs et les fondements de notre société. Et dans ce décor des Hautes-Alpes avec des rencontres saupoudrées de fantaisie ou d'humour, on évite le traité sociologique. Et tous les personnages apportent leur regard, leur avis et permettent ainsi à Cecil d'avancer dans sa quête.
Un livre surprenant à plus d'un titre mais dont les réflexions font réfléchir.
Ce roman inattendu, original mais maîtrisé sur la famille a su me séduire entièrement!
Cecil eût aimé en un jet dire à la foi son amour et sa peine, sa honte et sa fierté, ses larmes d'avoir été chassé de sa première famille, son angoisse de n'avoir pas su reconstruire ailleurs. Ainsi allait-il chuter de jardin en jardin jusqu'à la tombe?
Le billet de Cuné
Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2014. Afficher tous les articles
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samedi 20 juin 2015
mercredi 3 juin 2015
Antonio Moresco - La petite lumière
Éditeur : Verdier- Traduit de l'italien par Laurent Lombard - Date de parution : Septembre 2014 - 124 belles pages qui sortent des sentiers battus !
"Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant". Il s'agit de la première phrase de ce roman, un phrase qui tout de suite m'a intriguée. Le narrateur a fait le choix de se retirer dans un endroit isolé de montagne pour y vivre seul. Pourquoi? la question restera sans réponse comme d'autres car on ignore tout de son son passé ou qui il est. Dans cet endroit, la nature presque inquiétante a repris ses droits sur les anciennes maisons ou les potagers autrefois entretenus. L'isolement, la simplicité de son mode de vie l'amènent à des interrogations ou réflexions : "Pourquoi il y a tout ce sous-bois mauvais ?, je me demande. Qui essaie d’envelopper et d’effacer et d’étouffer les arbres plus grands. Pourquoi toute cette férocité misérable et désespérée qui défigure toute chose ? Pourquoi tout ce grouillement de corps qui tentent d’épuiser les autres corps en aspirant leur sève de leurs mille et mille racines déchaînées et de leurs petites ventouses forcenées pour détourner vers eux la puissance chimique, pour créer de nouveaux fronts végétaux capables de tout anéantir, de tout massacrer ? Où je peux bien aller pour ne plus voir ce carnage, cette irréparable et aveugle torsion qu’on a appelée vie ?». Toutes les nuits, il voit une petite lumière toujours à la même heure s'allumer plus haut dans la montagne. Et forcément, il veut en savoir plus. Il s'agit d'un enfant seul qui par peur de la nuit l'allume.
Ce livre est complètement à part, il s'agit d'une lecture surprenante tant par la beauté de l'écriture que par l'histoire. Et il faut savoir prendre son temps et s'en imprégner. Ce livre trace son sillon durant et après sa lecture.
J'ai aimé sa beauté singulière, son aspect fascinant, troublant et les graines qu'il sème. Et ce qui est fabuleux, c'est qu'on peut lire ce livre à différents niveaux ( ce que je veux dire c'est que chaque lecteur pourra le percevoir différemment ou sous un autre angle). Mais nul doute que chacun en sortira avec ce ressenti que l'auteur a su nous toucher dans une réflexion intime et nous laisse enveloppé d'un sentiment profond de sérénité. Il suffit de se laisser prendre par la main...
Un énorme merci à Julien (Dialogues) pour ce conseil.
Les billes d'Aifelle, Alex, Célestine, Dominique, Nicole
"Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant". Il s'agit de la première phrase de ce roman, un phrase qui tout de suite m'a intriguée. Le narrateur a fait le choix de se retirer dans un endroit isolé de montagne pour y vivre seul. Pourquoi? la question restera sans réponse comme d'autres car on ignore tout de son son passé ou qui il est. Dans cet endroit, la nature presque inquiétante a repris ses droits sur les anciennes maisons ou les potagers autrefois entretenus. L'isolement, la simplicité de son mode de vie l'amènent à des interrogations ou réflexions : "Pourquoi il y a tout ce sous-bois mauvais ?, je me demande. Qui essaie d’envelopper et d’effacer et d’étouffer les arbres plus grands. Pourquoi toute cette férocité misérable et désespérée qui défigure toute chose ? Pourquoi tout ce grouillement de corps qui tentent d’épuiser les autres corps en aspirant leur sève de leurs mille et mille racines déchaînées et de leurs petites ventouses forcenées pour détourner vers eux la puissance chimique, pour créer de nouveaux fronts végétaux capables de tout anéantir, de tout massacrer ? Où je peux bien aller pour ne plus voir ce carnage, cette irréparable et aveugle torsion qu’on a appelée vie ?». Toutes les nuits, il voit une petite lumière toujours à la même heure s'allumer plus haut dans la montagne. Et forcément, il veut en savoir plus. Il s'agit d'un enfant seul qui par peur de la nuit l'allume.
Ce livre est complètement à part, il s'agit d'une lecture surprenante tant par la beauté de l'écriture que par l'histoire. Et il faut savoir prendre son temps et s'en imprégner. Ce livre trace son sillon durant et après sa lecture.
J'ai aimé sa beauté singulière, son aspect fascinant, troublant et les graines qu'il sème. Et ce qui est fabuleux, c'est qu'on peut lire ce livre à différents niveaux ( ce que je veux dire c'est que chaque lecteur pourra le percevoir différemment ou sous un autre angle). Mais nul doute que chacun en sortira avec ce ressenti que l'auteur a su nous toucher dans une réflexion intime et nous laisse enveloppé d'un sentiment profond de sérénité. Il suffit de se laisser prendre par la main...
Un énorme merci à Julien (Dialogues) pour ce conseil.
Les billes d'Aifelle, Alex, Célestine, Dominique, Nicole
vendredi 15 mai 2015
Daria Bignardi - Accords parfaits
Éditeur : Les Escales- Traduit de l'ilalien par Anaïs Bokobza - Date de parution : Octobre 2014 - 231 pages subtiles et remplies de finesse !
Arno et Sara se sont connus à l'adolescence avec un flirt qui n' avait pas duré à l'époque. Mais Arno n'a jamais pu oublier Sara. Seize ans plus tard, ils se retrouvent par hasard à Milan. Ils sont mariés depuis treize ans et ont trois enfants. Le bonheur parfait en apparence. Mais quatre jours avant Noël, Sara disparaît et laisse un mot à Arno. Elle a besoin de partir un peu. Arno croit à un blague de sa part même s'il a remarqué ce que ces derniers temps, Sara semble fuyante et différente. Campé dans son habit de mari modèle, ce violoncelliste à la Scala pense et est certain que Sara reviendra. En attendant, il découvre l'organisation menée par Sarah pour les enfants. Ces derniers s'adaptent la situation et leur fille aînée n'est pas étonnée du départ de leur mère.
Quatre mois plus tard, Arno se lance dans la quête de retrouver sa femme à travers l'Italie. Il cherche les amis de sa jeunesse, tente de mette à plat le patchwork et découvre que celle qui partage sa vie n'est pas celle qu'il croyait. Il est forcé d'ouvrir les yeux sur Sarah mais sur lui également, sur leur couple, sur ce que lui appelait le bonheur.
Avec subtilité et finesse, Daria Bignardi nous interroge sur le couple mais aussi l'amitié. Et la fin est tout simplement touchante, sans pathos ou mièvrerie.
C'est une blague. Les premières années tu m'en faisais, et des drôles. Pourtant le 21 décembre, quatre jours avant Noël, avec tout ce qu'il y a faire avant notre départ après-demain, ne me semble pas le moment approprié pour les blagues. D'ailleurs celle-ci ne fait pas rire. Je t'appelle.(...). Dans un petit moment je t'appellerai au bureau et je ferai semblant d'avoir trouvé ta blague amusante. Maintenant, je réveille tout le monde et je vais prendre une douche. Quelle barbe de devoir se presser, quelle blague idiote, Sarah, à quarante-trois ans, quelques jours avant Noël, tu es vraiment une gamine, quand grandiras-tu ?
Le billet de Kathel qui m'a donné envie de lire ce roman.
Arno et Sara se sont connus à l'adolescence avec un flirt qui n' avait pas duré à l'époque. Mais Arno n'a jamais pu oublier Sara. Seize ans plus tard, ils se retrouvent par hasard à Milan. Ils sont mariés depuis treize ans et ont trois enfants. Le bonheur parfait en apparence. Mais quatre jours avant Noël, Sara disparaît et laisse un mot à Arno. Elle a besoin de partir un peu. Arno croit à un blague de sa part même s'il a remarqué ce que ces derniers temps, Sara semble fuyante et différente. Campé dans son habit de mari modèle, ce violoncelliste à la Scala pense et est certain que Sara reviendra. En attendant, il découvre l'organisation menée par Sarah pour les enfants. Ces derniers s'adaptent la situation et leur fille aînée n'est pas étonnée du départ de leur mère.
Quatre mois plus tard, Arno se lance dans la quête de retrouver sa femme à travers l'Italie. Il cherche les amis de sa jeunesse, tente de mette à plat le patchwork et découvre que celle qui partage sa vie n'est pas celle qu'il croyait. Il est forcé d'ouvrir les yeux sur Sarah mais sur lui également, sur leur couple, sur ce que lui appelait le bonheur.
Avec subtilité et finesse, Daria Bignardi nous interroge sur le couple mais aussi l'amitié. Et la fin est tout simplement touchante, sans pathos ou mièvrerie.
C'est une blague. Les premières années tu m'en faisais, et des drôles. Pourtant le 21 décembre, quatre jours avant Noël, avec tout ce qu'il y a faire avant notre départ après-demain, ne me semble pas le moment approprié pour les blagues. D'ailleurs celle-ci ne fait pas rire. Je t'appelle.(...). Dans un petit moment je t'appellerai au bureau et je ferai semblant d'avoir trouvé ta blague amusante. Maintenant, je réveille tout le monde et je vais prendre une douche. Quelle barbe de devoir se presser, quelle blague idiote, Sarah, à quarante-trois ans, quelques jours avant Noël, tu es vraiment une gamine, quand grandiras-tu ?
Le billet de Kathel qui m'a donné envie de lire ce roman.
mercredi 14 janvier 2015
Gitta Sereny - Une si jolie petite fille
Éditeur : Plein jour - Traduit de l'anglais par Géraldine Barbe - Date de parution : Septembre 2014 - 437 pages saisissantes !
En 1968, à Newcastle en Angleterre, deux enfants de trois et quatre ans sont assassinés. Deux fillettes Mary et Norma qui habitent le quartier sont arrêtées. Mary âgée de onze ans est reconnue par un tribunal comme la meurtrière et jugée comme une adulte sans que que l'on fouille dans sa vie d'enfant pour tenter de trouver un début d'explication à ses actes. La journaliste Gitta Sereny avait suivi ce procès et avait écrit un premier livre. Libérée à vingt-trois ans, Mary est fracassée. Trente ans plus tard après les faits alors qu'elle est maman d'une petite fille, elle accepte pendant de nombreux mois de répondre aux questions de l'auteure.
Ces entretiens retracent la vie de Mary. Des meurtres à ses emprisonnement dans des structures pas adaptées pour une fille de son âge, la prison, l'attitude de sa mère qui vendait aux tabloïds de fausses lettres de sa fille. Mary cherche souvent à ne pas répondre aux questions ou alors elle se contredit. Ses souvenirs ne sont pas forcément exacts et Gitta Serena s'est appuyée sur des déclarations et des témoignages de personnes pour pouvoir clarifier et élucider certaines zones d'ombre. On découvre la relation ambiguë entre Mary et sa mère, les souffrances enfouies de son enfance qui sont effroyables mais aussi ce qu'elle a vécu durant le procès et ses emprisonnements. Ce portait n'oublie pas la peine des famille des victimes et surtout ne tente pas d'innocenter Mary.
Grâce à ces entretiens, Mary a enfin admis sa responsabilité et a pu mettre des mots pour la première fois sur ce qu'elle a subi enfant.
Loin de toute forme de sensationnel ou de mise en scène du glauque, Gitta Sereny met en avant les défaillances d'un système judiciaire et carcéral en vigueur à l'époque. Mais cette enquête traite aussi de la rédemption et du pardon.
Troublant et saisissant !
Lorsqu'on écrit sur des êtres humains dont les agissements ont causé du tort aux autres, on ne ne doit jamais oublier ni la douleur ni l'amertume inévitablement ressentie par ceux à qui la souffrance a été infligée, et ce, quel que soit le temps écoulé.
Tout le problème, quand on juge un enfant dans un tribunal pour adultes, est que la procédure est uniquement fondée sur la recherche de preuves. (...) Personne ne s'occupe d'observer, de connaître l'enfant et son contexte familial, personne ne considère que ce genre d'investigations pourraient entrer, comme les preuves, dans l'étude de son cas. Par-dessus tout, on ne différencie pas les enfants des adultes, pas plus dans leur appréhension du déroulement de la procédure et de la fonction du tribunal que dans leur compréhension du bien et du mal.
Le billet d'Antigone
En 1968, à Newcastle en Angleterre, deux enfants de trois et quatre ans sont assassinés. Deux fillettes Mary et Norma qui habitent le quartier sont arrêtées. Mary âgée de onze ans est reconnue par un tribunal comme la meurtrière et jugée comme une adulte sans que que l'on fouille dans sa vie d'enfant pour tenter de trouver un début d'explication à ses actes. La journaliste Gitta Sereny avait suivi ce procès et avait écrit un premier livre. Libérée à vingt-trois ans, Mary est fracassée. Trente ans plus tard après les faits alors qu'elle est maman d'une petite fille, elle accepte pendant de nombreux mois de répondre aux questions de l'auteure.
Ces entretiens retracent la vie de Mary. Des meurtres à ses emprisonnement dans des structures pas adaptées pour une fille de son âge, la prison, l'attitude de sa mère qui vendait aux tabloïds de fausses lettres de sa fille. Mary cherche souvent à ne pas répondre aux questions ou alors elle se contredit. Ses souvenirs ne sont pas forcément exacts et Gitta Serena s'est appuyée sur des déclarations et des témoignages de personnes pour pouvoir clarifier et élucider certaines zones d'ombre. On découvre la relation ambiguë entre Mary et sa mère, les souffrances enfouies de son enfance qui sont effroyables mais aussi ce qu'elle a vécu durant le procès et ses emprisonnements. Ce portait n'oublie pas la peine des famille des victimes et surtout ne tente pas d'innocenter Mary.
Grâce à ces entretiens, Mary a enfin admis sa responsabilité et a pu mettre des mots pour la première fois sur ce qu'elle a subi enfant.
Loin de toute forme de sensationnel ou de mise en scène du glauque, Gitta Sereny met en avant les défaillances d'un système judiciaire et carcéral en vigueur à l'époque. Mais cette enquête traite aussi de la rédemption et du pardon.
Troublant et saisissant !
Lorsqu'on écrit sur des êtres humains dont les agissements ont causé du tort aux autres, on ne ne doit jamais oublier ni la douleur ni l'amertume inévitablement ressentie par ceux à qui la souffrance a été infligée, et ce, quel que soit le temps écoulé.
Tout le problème, quand on juge un enfant dans un tribunal pour adultes, est que la procédure est uniquement fondée sur la recherche de preuves. (...) Personne ne s'occupe d'observer, de connaître l'enfant et son contexte familial, personne ne considère que ce genre d'investigations pourraient entrer, comme les preuves, dans l'étude de son cas. Par-dessus tout, on ne différencie pas les enfants des adultes, pas plus dans leur appréhension du déroulement de la procédure et de la fonction du tribunal que dans leur compréhension du bien et du mal.
Le billet d'Antigone
lundi 29 décembre 2014
Adrien Bosc - Constellation
Si j'ai choisi cette lecture c'est sans doute parce que je suis influençable. Grand Prix du roman de l'académie française 2014 : voilà de quoi attiser ma curiosité.
"Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers. Le 28 octobre, l’avion ne répond plus à la tour de contrôle. Il a disparu en descendant sur l’île Santa Maria, dans l’archipel des Açores."
L'avion transportait le boxeur Marcel Cerdan amant d’Edith Piaf. Mais Adrien Bosc a voulu en savoir plus sur les autres passagers. D'une ouvrière dans une usine textile à Mulhouse à la violoniste Ginette Neveu, il retranscrit ces vies ( le pourquoi du vol) et la fatalité qui les a réunies.
Adrien Bosc a voulu rendre vie et hommage à ces passagers de ce vol, célèbres ou non. Mais Le hic c'est que j'ai eu la sensation de lire un document. Précis, détaillé mais dépourvu d'émotion. Certains passages m'ont intéressée, alors que d'autres m'ont laissée sur le carreau ( trop confus à mon goût). Pire, je n'ai pas trouvé que l'écriture sortait du lot...
Vous trouverez un peu partout des tonnes d'avis élogieux ( et mon avis n'engage que moi).
samedi 20 décembre 2014
Véronique Poulain - Les mots qu'on ne me dit pas
Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2014 - 141 pages et un premier roman réussi !
Fille de parents sourds-muets, Véronique Poulain relate avec beaucoup d'humour et de sincérité son quotidien et celui de ses parents. Des anecdotes, des situations qui font sourire ou qui serrent le coeur. Avec une écriture concise, elle décrit toute la palette de sentiments qu'elle a éprouvé de l'enfance à l'âge adulte.
Habitée par deux cultures, elle se partage entre la communication verbale et la langue des signes. Si l'on croyait que sourd-muet rimait avec silence, l'auteure nous démontre le contraire. Des phrases courtes où l'auteure joue avec les mots, sans fioritures et sans pathos, ce témoignage rempli d'amour vaut bien plus que de grands discours. Et j'ai découvert tout ce qui gravite et découle de ce handicap comme la richesse de la langue des signes.
J'ai été plus que touchée! A lire !
Dans la langue de mes parents, il n'y a pas de métaphores, pas d'articles, pas de conjugaisons, peu d'adverbes, pas de proverbes, maximes, dictons. Pas de jeux de mots. Pas d'implicite. Pas de sous-entendus. Déjà qu'ils n'entendent pas, comment voulez-vous qu'il sous-entendent ?
La langue des signes est la plus expressive que je connaisse. Lorsque un sourd parle, tout son corps est en mouvement. Tout son visage s'exprime. Impossible de parler en langue des signes sans bouger un muscle de son minois. Qu'on l'ait joli e ou pas. Récemment liftée, passez votre chemin. L'émotion, la force d'un sentiment passe par la seule expression du visage. Si vous voulez transmettre un sentiment de tristesse, la bouche doit s'affaisser , les yeux se rétrécir. A l'inverse, pour un sentiment de joie, le visage doit s'éclairer, la bouche sourire, les yeux pétiller. J'ai constaté que c'était la grande difficulté des entendants. Faire la grimace, déformer leurs traits, bouger leur corps.
Fille de parents sourds-muets, Véronique Poulain relate avec beaucoup d'humour et de sincérité son quotidien et celui de ses parents. Des anecdotes, des situations qui font sourire ou qui serrent le coeur. Avec une écriture concise, elle décrit toute la palette de sentiments qu'elle a éprouvé de l'enfance à l'âge adulte.
Habitée par deux cultures, elle se partage entre la communication verbale et la langue des signes. Si l'on croyait que sourd-muet rimait avec silence, l'auteure nous démontre le contraire. Des phrases courtes où l'auteure joue avec les mots, sans fioritures et sans pathos, ce témoignage rempli d'amour vaut bien plus que de grands discours. Et j'ai découvert tout ce qui gravite et découle de ce handicap comme la richesse de la langue des signes.
J'ai été plus que touchée! A lire !
Dans la langue de mes parents, il n'y a pas de métaphores, pas d'articles, pas de conjugaisons, peu d'adverbes, pas de proverbes, maximes, dictons. Pas de jeux de mots. Pas d'implicite. Pas de sous-entendus. Déjà qu'ils n'entendent pas, comment voulez-vous qu'il sous-entendent ?
La langue des signes est la plus expressive que je connaisse. Lorsque un sourd parle, tout son corps est en mouvement. Tout son visage s'exprime. Impossible de parler en langue des signes sans bouger un muscle de son minois. Qu'on l'ait joli e ou pas. Récemment liftée, passez votre chemin. L'émotion, la force d'un sentiment passe par la seule expression du visage. Si vous voulez transmettre un sentiment de tristesse, la bouche doit s'affaisser , les yeux se rétrécir. A l'inverse, pour un sentiment de joie, le visage doit s'éclairer, la bouche sourire, les yeux pétiller. J'ai constaté que c'était la grande difficulté des entendants. Faire la grimace, déformer leurs traits, bouger leur corps.
jeudi 11 décembre 2014
Leonardo Padura - Hérétiques
Edition : Métailié - Traduit de l'espagnol(Cuba) par Elena Zayas - Date de parution : Août 2014- 620 pages lues avec plaisir !
La Havane, 1939 "une ville, où, pire encore, chaque soir à neuf heures précises, un coup de canon résonnait sans qu'il y ait de guerre déclarée ou de forteresse à fermer et où toujours, invariablement dans les époques prospères comme dans les moments critiques, quelqu'un écoutait de de la musique, et en plus, chantait", le jeune Daniel Kaminsly d'origine polonaise vit chez son oncle paternel Joseph appelé Pepe Cartera arrivé à Cuba des années plus tôt. Daniel s'apprête à vivre une journée particulière : ses parents et sa soeur doivent arriver par mer sur le S.S. Saint-Louis. Un bateau transportant presque mille juifs qui ont réussi à fuir l’Allemagne. Mais le bateau reste à quai pendant plusieurs jours avec ses passagers et est renvoyé à son point de départ avec la mort au bout du compte. Les parents de Daniel avaient avec eux un tableau de très grande valeur appartenant à leur famille depuis plusieurs générations et signé de Rembrandt.
2007, Elias Kaminsly le fils de Daniel fait appel à Mario Conde (ancien flic reconverti désormais dans le commerce des livres anciens) pour essayer de comprendre comment le tableau se retrouve désormais à une vente aux enchères à Londres. Ce tableau représente représente le buste d’un jeune homme ressemblant au Christ. Sauf que son modèle n'était autre autre qu'un jeune juif rêvant de devenir peintre...un anathème dans la religion juive. Et nous voilà embarqués à Amsterdam en 1643.
Mais Mario Conde se retrouve face à une énigme supplémentaire. Une jeune fille intelligente qui s'habille "Emo" disparaît alors que son père trempe dans des affaires louches impliquant beaucoup d'argent.
Vous l'aurez compris plusieurs histoires s'imbriquent et certaines s'insèrent dans la grande Histoire. Un roman sur la liberté, sur les "hérétiques" qui refusent de se soumettre à des lois, sur le massacre des juifs . Les magouilles, la corruption, le mauvais rhum, la débrouille des habitants de Cuba ou encore l'ambiance d'Amsterdam nous collent à la peau ! Des personnages humains tiraillés par leurs origines et ce qu'elles impliquent, leurs devoirs ou la volonté de vivre une autre vie, le fait de s'en affranchir.
Je découvre Leonardo Padura avec ce titre et ça ne sera pas le dernier !
Les billets de Dasola, Keisha
La Havane, 1939 "une ville, où, pire encore, chaque soir à neuf heures précises, un coup de canon résonnait sans qu'il y ait de guerre déclarée ou de forteresse à fermer et où toujours, invariablement dans les époques prospères comme dans les moments critiques, quelqu'un écoutait de de la musique, et en plus, chantait", le jeune Daniel Kaminsly d'origine polonaise vit chez son oncle paternel Joseph appelé Pepe Cartera arrivé à Cuba des années plus tôt. Daniel s'apprête à vivre une journée particulière : ses parents et sa soeur doivent arriver par mer sur le S.S. Saint-Louis. Un bateau transportant presque mille juifs qui ont réussi à fuir l’Allemagne. Mais le bateau reste à quai pendant plusieurs jours avec ses passagers et est renvoyé à son point de départ avec la mort au bout du compte. Les parents de Daniel avaient avec eux un tableau de très grande valeur appartenant à leur famille depuis plusieurs générations et signé de Rembrandt.
2007, Elias Kaminsly le fils de Daniel fait appel à Mario Conde (ancien flic reconverti désormais dans le commerce des livres anciens) pour essayer de comprendre comment le tableau se retrouve désormais à une vente aux enchères à Londres. Ce tableau représente représente le buste d’un jeune homme ressemblant au Christ. Sauf que son modèle n'était autre autre qu'un jeune juif rêvant de devenir peintre...un anathème dans la religion juive. Et nous voilà embarqués à Amsterdam en 1643.
Mais Mario Conde se retrouve face à une énigme supplémentaire. Une jeune fille intelligente qui s'habille "Emo" disparaît alors que son père trempe dans des affaires louches impliquant beaucoup d'argent.
Vous l'aurez compris plusieurs histoires s'imbriquent et certaines s'insèrent dans la grande Histoire. Un roman sur la liberté, sur les "hérétiques" qui refusent de se soumettre à des lois, sur le massacre des juifs . Les magouilles, la corruption, le mauvais rhum, la débrouille des habitants de Cuba ou encore l'ambiance d'Amsterdam nous collent à la peau ! Des personnages humains tiraillés par leurs origines et ce qu'elles impliquent, leurs devoirs ou la volonté de vivre une autre vie, le fait de s'en affranchir.
Je découvre Leonardo Padura avec ce titre et ça ne sera pas le dernier !
Les billets de Dasola, Keisha
mardi 9 décembre 2014
Hélène Cixous - Homère est morte
Éditeur : Galilee - Date de parution : Août 2014 - 225 pages et un cri d'amour !
103 ans, c'est à cet âge lors du 1er juillet de l'année dernière qu'Eve Cixous la mère de l'auteure est morte. A l'heure où la mort des personnes âgées se déroule loin des domiciles familiaux, sa fille l'a voulue chez elle. Etre deux quand la mort commence à rôder, se féliciter de petites victoires, dire encore et toujours tout son amour à son mère, assister à la dégradation du corps, devenir la mère et Eve l'enfant, réconforter mais également "souffrir de cette fin sans fin".
Des journées qu'Hélène Cixous a noté comme ses conversations avec Eve qui est alitée. Les petites promenades ont cédé au fil des mois à quelques pas puis au lit et enfin au lit médicalisé. Sans détour, Hélène Cixous nous parle du corps asséché, des mots qui se mélangent dans la bouche de sa mère et ce dans plusieurs langues. Mais il y a également des scènes drôles ou d'autre encore où l'auteure fait preuve d'ironie ( en parlant du lit médicalisé : "on ouvre la cage en baissant les barreaux pour administrer les soins ou les repas. On referme"). On sourit mais on est surtout ému de partager cet espace temps non chronologique avant et après la mort de sa mère. Un espace où "elle a emménagé dans un sommeil profond, capitonné" entre deux rives. Eve qui fut sage-femme de son métier et qui donna la vie. Née en Allemagne à un mauvais moment de l'Histoire et qui aura dû fuir durant la guerre. On remonte le temps pour suivre son parcours jalonné de noms de villes et de pays. Mais il y a aussi la peur, le "aidemoua" qu'elle demande. Comment y répondre ?
Cet amour si fort entre une mère et une fille crève les yeux comme la complicité qui les unit. Elles se comprennent, se complètent.
Il faut prendre son temps pour lire ce roman à l’écriture vive qui malaxe les mots, s'en empare pour défier la mort mais aussi sait rendre avec justesse les émotions. Jamais on ne se sent en position de voyeur, jamais on ne ressent de l'apitoiement.
Finalement, c'était une belle nuit.
E.- Qu'est-ce qu'on peut faire, quand on est si vieux? Je ne suis plus rien.
H.- La nuit tu fais beaucoup de bruit.Beaucoup pipi.
E.- J'ai pas d'autre chose à faire. ( Un temps.) Dommage.
Dommage, ai-je pensé. Nous nous sommes battues cote à côte. Dans une autre pièce, le jour nous aurait trouvées allongées dan les bras l'une de l'autre, pensai-je.
Maintenant ma mère craint ma nuit. On voit rien. C'est pas très clair. Voilà que nous nous figurons tous les deux qu'"Elle" viendra la nuit.
"Tu me laisses pas tomber ! dit ma mère. Tu me laisses pas seule!" Maintenant j'ai aussi peur de la nuit que du jour. Je la laisse calmement endormie à 23 heures, je dors à une allure folle, à 5 heures je parcours le petit couloir, étroit conduit peuplé de spectre et d'illusions, je murmure "maman", que dis-je! "maman" c'est moi, si ma mère vit encore. C'est seulement si j'avais perdu mon vieil enfant que maman ce serait celle que j'appelle à mon secours pour me déterrer de cette enterrement vivante.
103 ans, c'est à cet âge lors du 1er juillet de l'année dernière qu'Eve Cixous la mère de l'auteure est morte. A l'heure où la mort des personnes âgées se déroule loin des domiciles familiaux, sa fille l'a voulue chez elle. Etre deux quand la mort commence à rôder, se féliciter de petites victoires, dire encore et toujours tout son amour à son mère, assister à la dégradation du corps, devenir la mère et Eve l'enfant, réconforter mais également "souffrir de cette fin sans fin".
Des journées qu'Hélène Cixous a noté comme ses conversations avec Eve qui est alitée. Les petites promenades ont cédé au fil des mois à quelques pas puis au lit et enfin au lit médicalisé. Sans détour, Hélène Cixous nous parle du corps asséché, des mots qui se mélangent dans la bouche de sa mère et ce dans plusieurs langues. Mais il y a également des scènes drôles ou d'autre encore où l'auteure fait preuve d'ironie ( en parlant du lit médicalisé : "on ouvre la cage en baissant les barreaux pour administrer les soins ou les repas. On referme"). On sourit mais on est surtout ému de partager cet espace temps non chronologique avant et après la mort de sa mère. Un espace où "elle a emménagé dans un sommeil profond, capitonné" entre deux rives. Eve qui fut sage-femme de son métier et qui donna la vie. Née en Allemagne à un mauvais moment de l'Histoire et qui aura dû fuir durant la guerre. On remonte le temps pour suivre son parcours jalonné de noms de villes et de pays. Mais il y a aussi la peur, le "aidemoua" qu'elle demande. Comment y répondre ?
Cet amour si fort entre une mère et une fille crève les yeux comme la complicité qui les unit. Elles se comprennent, se complètent.
Il faut prendre son temps pour lire ce roman à l’écriture vive qui malaxe les mots, s'en empare pour défier la mort mais aussi sait rendre avec justesse les émotions. Jamais on ne se sent en position de voyeur, jamais on ne ressent de l'apitoiement.
Le pathos n’a pas sa place. Au contraire, le récit est émaillé de références à la mythologie grecque, à certains écrivains. Il fait écho à nos propres peurs face à la mort.
Je suis consciente de parler très mal de ce livre qui est un hymne à la vie, aux mères. Une lecture très bouleversante qui nous fait pénétrer dans cette brèche où vie et mort se côtoient, se combattent mais où l'amour est le plus fort.
Finalement, c'était une belle nuit.
E.- Qu'est-ce qu'on peut faire, quand on est si vieux? Je ne suis plus rien.
H.- La nuit tu fais beaucoup de bruit.Beaucoup pipi.
E.- J'ai pas d'autre chose à faire. ( Un temps.) Dommage.
Dommage, ai-je pensé. Nous nous sommes battues cote à côte. Dans une autre pièce, le jour nous aurait trouvées allongées dan les bras l'une de l'autre, pensai-je.
Maintenant ma mère craint ma nuit. On voit rien. C'est pas très clair. Voilà que nous nous figurons tous les deux qu'"Elle" viendra la nuit.
"Tu me laisses pas tomber ! dit ma mère. Tu me laisses pas seule!" Maintenant j'ai aussi peur de la nuit que du jour. Je la laisse calmement endormie à 23 heures, je dors à une allure folle, à 5 heures je parcours le petit couloir, étroit conduit peuplé de spectre et d'illusions, je murmure "maman", que dis-je! "maman" c'est moi, si ma mère vit encore. C'est seulement si j'avais perdu mon vieil enfant que maman ce serait celle que j'appelle à mon secours pour me déterrer de cette enterrement vivante.
lundi 8 décembre 2014
Iván Repila - Le puits
Éditeur : Denoël - Traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud - Date de parution : Septembre 2014 - 110 pages dont on ne sort pas indemne !
Deux frères nommés le Grand et le Petit tombent dans un puits au milieu d'une forêt. Un puits trop profond et les tentatives d'évasion se soldent en échec. Pourtant, il y le sac qui contient de la nourriture mais leur mère leur a formellement interdit d'y toucher. Le Grand y veille pourtant le Petit a faim. Les heures se transforment en jours. Ils sont devenus des prisonniers du lieu.
Dans cette prison aux murs de terre, ils se nourrissent de racines, de vers de terre, se désaltèrent d'eau boueuse. La Grand fait des exercices pour maintenir sa condition physique. Son frère tombe malade, s'affaiblit de plus en plus et sombre dans la folie. En proie à des hallucinations et une aphasie, il divague et a envie de tuer l'autre. Le Grand continue de veiller sur lui. Alors qu'il a aperçu un visage les observer, il ne n'en parle pas au Petit.
Et je n'en dirai pas plus !
Ce conte terriblement dérangeant est un huis clos cruel où la tension va en crescendo. On ressent l'étouffement, le perte de l'innocence du Petit. Et les questions viennent naturellement : qui survira? et de quelle manière?
Ce livre est extrêmement bien mené car à partir d'un moment donné aucun des deux ne parle plus du sac de provisions. Et Iván Repila réussit à focaliser notre attention sur d'autres points et à nous le faire oublier.
L'amour du Grand pour son son frère cadet est immense et il est prêt à tous les sacrifices pour lui. Les deux frères sont deux enfants qui deviennent adultes par cette épreuve. Mais est-ce vraiment une épreuve?
Un livre sur l'amour fraternel, la rage, la vengeance et dont les dernières pages sont une claque ! Vous l'aurez compris, une lecture dont on ne sort pas indemne...
Le Petit continue de mourir quelques jours tandis que son frère essaie de le maintenir encore en vie. Comme si ce n'était qu'un jeu.
Cette citation ne donne pas d'indication sur le dénouement...
Les billets de Cryssilda, Eve, Jerôme, Laure, Sandrine
Deux frères nommés le Grand et le Petit tombent dans un puits au milieu d'une forêt. Un puits trop profond et les tentatives d'évasion se soldent en échec. Pourtant, il y le sac qui contient de la nourriture mais leur mère leur a formellement interdit d'y toucher. Le Grand y veille pourtant le Petit a faim. Les heures se transforment en jours. Ils sont devenus des prisonniers du lieu.
Dans cette prison aux murs de terre, ils se nourrissent de racines, de vers de terre, se désaltèrent d'eau boueuse. La Grand fait des exercices pour maintenir sa condition physique. Son frère tombe malade, s'affaiblit de plus en plus et sombre dans la folie. En proie à des hallucinations et une aphasie, il divague et a envie de tuer l'autre. Le Grand continue de veiller sur lui. Alors qu'il a aperçu un visage les observer, il ne n'en parle pas au Petit.
Et je n'en dirai pas plus !
Ce conte terriblement dérangeant est un huis clos cruel où la tension va en crescendo. On ressent l'étouffement, le perte de l'innocence du Petit. Et les questions viennent naturellement : qui survira? et de quelle manière?
Ce livre est extrêmement bien mené car à partir d'un moment donné aucun des deux ne parle plus du sac de provisions. Et Iván Repila réussit à focaliser notre attention sur d'autres points et à nous le faire oublier.
L'amour du Grand pour son son frère cadet est immense et il est prêt à tous les sacrifices pour lui. Les deux frères sont deux enfants qui deviennent adultes par cette épreuve. Mais est-ce vraiment une épreuve?
Un livre sur l'amour fraternel, la rage, la vengeance et dont les dernières pages sont une claque ! Vous l'aurez compris, une lecture dont on ne sort pas indemne...
Le Petit continue de mourir quelques jours tandis que son frère essaie de le maintenir encore en vie. Comme si ce n'était qu'un jeu.
Cette citation ne donne pas d'indication sur le dénouement...
Les billets de Cryssilda, Eve, Jerôme, Laure, Sandrine
jeudi 4 décembre 2014
Pauline Dreyfus - Ce sont des choses qui arrivent
Éditeur : Grasset - Date de parution : Août 2014 - 234 pages à découvrir !
1945. Le livre s'ouvre sur l'enterrement de la duchesse Nathalie de Sorrente où le gratin de l'aristocratie est venu lui rendre un dernier hommage. En moins de deux ans, cette jeune femme belle, séduisante qui vivait pour les bals, les dîners mondains dans l'insouciance la plus totale a vu son monde s'écrouler. Mais afin de préserver ses enfants et surtout des futures alliances, son mari la laissera emporter ses secrets.
La guerre ennuie Nathalie épouse d'un Duc fervent admirateur de Pétain. Ils sont obligés de quitter Paris et ses fêtes pour Cannes où le reste de l'aristocratie trouve également refuge. Elle s'en fiche de la politique et de cette guerre. Tout ce qu'elle veut c'est retrouver sa vie d'avant.
Entre gens de la bonne société où l'on affiche son pedigree, où l'on expose la bravoure des ancêtres, on continue de s'amuser. Et l'on ferme les yeux sur les juifs. Partout, les privations sautent aux yeux mais ce monde huppé se débrouille pour garder au minimum son train de vie. Sauf qu'à la mort de sa mère, elle apprend la véritable identité de son père. Le doute s'empare d'elle mais la lâcheté sera la plus forte.
Avec des petites touches ironiques, cyniques, Pauline Dreyfus n'épargne pas son héroïne et l'aristocratie qui sait retourner sa veste quand elle a besoin. Un monde frivole et hypocrite mais l'auteure réussit à nous faire ressentir un peu d'empathie pour Nathalie par sa prise de conscience (ce qui n'était pas gagné d'avance). Ce roman sur la filiation restitue un monde qui se croyait à l'abri de de tout.
A découvrir !
En larmes sous sa mantille noire, Nathalie a moins pleuré la mort de sa mère - qu'après tout, elle voyait très peu- que son nouveau statut d'orphelin. Il est parfois réconfortant de s'apitoyer sur son propre sort.
Le billet de Mimipinson
1945. Le livre s'ouvre sur l'enterrement de la duchesse Nathalie de Sorrente où le gratin de l'aristocratie est venu lui rendre un dernier hommage. En moins de deux ans, cette jeune femme belle, séduisante qui vivait pour les bals, les dîners mondains dans l'insouciance la plus totale a vu son monde s'écrouler. Mais afin de préserver ses enfants et surtout des futures alliances, son mari la laissera emporter ses secrets.
La guerre ennuie Nathalie épouse d'un Duc fervent admirateur de Pétain. Ils sont obligés de quitter Paris et ses fêtes pour Cannes où le reste de l'aristocratie trouve également refuge. Elle s'en fiche de la politique et de cette guerre. Tout ce qu'elle veut c'est retrouver sa vie d'avant.
Entre gens de la bonne société où l'on affiche son pedigree, où l'on expose la bravoure des ancêtres, on continue de s'amuser. Et l'on ferme les yeux sur les juifs. Partout, les privations sautent aux yeux mais ce monde huppé se débrouille pour garder au minimum son train de vie. Sauf qu'à la mort de sa mère, elle apprend la véritable identité de son père. Le doute s'empare d'elle mais la lâcheté sera la plus forte.
Avec des petites touches ironiques, cyniques, Pauline Dreyfus n'épargne pas son héroïne et l'aristocratie qui sait retourner sa veste quand elle a besoin. Un monde frivole et hypocrite mais l'auteure réussit à nous faire ressentir un peu d'empathie pour Nathalie par sa prise de conscience (ce qui n'était pas gagné d'avance). Ce roman sur la filiation restitue un monde qui se croyait à l'abri de de tout.
A découvrir !
En larmes sous sa mantille noire, Nathalie a moins pleuré la mort de sa mère - qu'après tout, elle voyait très peu- que son nouveau statut d'orphelin. Il est parfois réconfortant de s'apitoyer sur son propre sort.
Le billet de Mimipinson
lundi 1 décembre 2014
Eric Reinhardt - L'amour et les forêts
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2014 - 366 pages et une fin qui m'a assommée..
La vie de Bénédicte Ombredanne professeur de français, mariée et mère de deux enfants croise celle d'Eric Reinhardt au départ par le biais d'une lettre . Elle lui a écrit pour dire combien elle a aimé son livre et combien il l'a aidé, il va lui répondre. Et exceptionnellement, l'auteur et la lectrice se rencontrent, discutent et Bénédicte se confie à lui. Son mari est un manipulateur et un tyran. Elle est harcelée moralement, il surveille ses faits et gestes en permanence. Sous ce ciel chargé, elle connaît une aventure amoureuse et romanesque. Une journée de grâce dans sa vie. Le retour à la réalité en saura d'autant plus dur que son mari la soupçonne de l'avoir trompé.
Cette histoire pourrait être à elle seule matière à un livre. Sauf que le plus dur est à venir dans les pages suivantes où on découvre réellement la vie de Bénédicte Ombredanne. De cette épouse et de cette mère qui a trouvé refuge dans la lecture, se nourrissant de ses rêves qui lui permettent d'encaisser l'impensable. Des rêves bercés d'un romanesque empreint d'une autre époque.
Eric Reinhardt lève le voile sur d'autres facettes plus terribles. Et il s'agit d'un véritable crève-coeur, écoeurant, révoltant qui a eu sur moi l'effet d'un poignard. Je me suis répétée ce que ce n'était pas possible comme pour m'en convaincre tant j'étais abasourdie.
J'ai été secouée, bousculée mais ce mélange de fiction et de réalité m'a également mise mal à l'aise. Car à travers ce récit, j'ai ressenti une forme d'impuissance face à cette situation. Et dans le cas où elle s'est produite, j'ai eu l'impression d'une absence de regrets (et celui de n'avoir pas agi...).
Pas une seule seconde, je n'ai eu envie de juger Bénédicte et je réfute tous ces discours qui affirment qu'une femme harcelée peut partir ou pire qu'elle se complait dans son rôle de victime. Comment ne pas ressentir de l'empathie pour elle ?
Malgré les nombreuses qualités de ce livre (et quelques petits défauts), je reste quand même en retrait car la fin m'a littéralement assommée...
La vie de Bénédicte Ombredanne professeur de français, mariée et mère de deux enfants croise celle d'Eric Reinhardt au départ par le biais d'une lettre . Elle lui a écrit pour dire combien elle a aimé son livre et combien il l'a aidé, il va lui répondre. Et exceptionnellement, l'auteur et la lectrice se rencontrent, discutent et Bénédicte se confie à lui. Son mari est un manipulateur et un tyran. Elle est harcelée moralement, il surveille ses faits et gestes en permanence. Sous ce ciel chargé, elle connaît une aventure amoureuse et romanesque. Une journée de grâce dans sa vie. Le retour à la réalité en saura d'autant plus dur que son mari la soupçonne de l'avoir trompé.
Cette histoire pourrait être à elle seule matière à un livre. Sauf que le plus dur est à venir dans les pages suivantes où on découvre réellement la vie de Bénédicte Ombredanne. De cette épouse et de cette mère qui a trouvé refuge dans la lecture, se nourrissant de ses rêves qui lui permettent d'encaisser l'impensable. Des rêves bercés d'un romanesque empreint d'une autre époque.
Eric Reinhardt lève le voile sur d'autres facettes plus terribles. Et il s'agit d'un véritable crève-coeur, écoeurant, révoltant qui a eu sur moi l'effet d'un poignard. Je me suis répétée ce que ce n'était pas possible comme pour m'en convaincre tant j'étais abasourdie.
J'ai été secouée, bousculée mais ce mélange de fiction et de réalité m'a également mise mal à l'aise. Car à travers ce récit, j'ai ressenti une forme d'impuissance face à cette situation. Et dans le cas où elle s'est produite, j'ai eu l'impression d'une absence de regrets (et celui de n'avoir pas agi...).
Pas une seule seconde, je n'ai eu envie de juger Bénédicte et je réfute tous ces discours qui affirment qu'une femme harcelée peut partir ou pire qu'elle se complait dans son rôle de victime. Comment ne pas ressentir de l'empathie pour elle ?
Malgré les nombreuses qualités de ce livre (et quelques petits défauts), je reste quand même en retrait car la fin m'a littéralement assommée...
vendredi 28 novembre 2014
Steve Tesich - Price
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture - Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jeanine Hérisson - Date de parution : Août 2014 - 536 pages émouvantes !
Agé de dix-huit ans, Daniel Price vient de terminer ses études secondaires. Nous sommes au début des années 60 dans une petite ville d’East-Chicago. Une ville industrielle comme tant d'autres avec son usine la Standard Oil Company où le père de Daniel travaille. Daniel a perdu la finale d'un combat de lutte et par la même l'occasion, il s'est fermé les portes des facultés. Il passe ses journées en compagnie de ses deux amis Freud et Misiora pour échapper à la présence de son père morose. Tous les trois ne sont pas des "populaires" au lycée qui s'affichent en compagnie des plus belles filles. Et même s'ils sont sur le point d'être diplômés, ils vont prendre conscience que l'avenir semble semble être déjà tracé pour eux : un travail à l'usine de la ville.
Daniel rencontre Rachel arrivée récemment en ville en compagnie de son père et en tombe amoureux fou. Mais le père de Daniel devient gravement malade. L'adolescent le fuit, veut échapper à ses questions. Désorienté, il délaisse ses amis et devient obnubilé par Rachel même s'il a de plus en plus de mal à comprendre le comportement de cette dernière. A l'annonce du cancer de son père, il ne cherche pas à se rapprocher de lui. Car Daniel ne veut pas devenir comme lui, avoir sa vie. En seulement un été, il subit désillusions et revers.
Dans ce roman initiatique où certains passages sont des bombes d'émotion à eux-seuls, tous les personnages même secondaires tentent d'échapper à cette vie ou se soumettent et contemplent, impuissants, leurs rêves enterrés comme prisonniers de cette ville. Devant faire face à la mort et aux déceptions, Daniel effectuera ses propres choix. Et ce roman qui colle à une réalité se termine sur une note d'optimisme.
Un livre émouvant et douloureusement beau !
Les billets d'Eva, Micmélo, Papillon
Lu du même auteur : Karoo ( qui est dans un tout autre registre)
(*) : pas d'extrait car j'ai perdu mes marque-pages/post-it
Agé de dix-huit ans, Daniel Price vient de terminer ses études secondaires. Nous sommes au début des années 60 dans une petite ville d’East-Chicago. Une ville industrielle comme tant d'autres avec son usine la Standard Oil Company où le père de Daniel travaille. Daniel a perdu la finale d'un combat de lutte et par la même l'occasion, il s'est fermé les portes des facultés. Il passe ses journées en compagnie de ses deux amis Freud et Misiora pour échapper à la présence de son père morose. Tous les trois ne sont pas des "populaires" au lycée qui s'affichent en compagnie des plus belles filles. Et même s'ils sont sur le point d'être diplômés, ils vont prendre conscience que l'avenir semble semble être déjà tracé pour eux : un travail à l'usine de la ville.
Daniel rencontre Rachel arrivée récemment en ville en compagnie de son père et en tombe amoureux fou. Mais le père de Daniel devient gravement malade. L'adolescent le fuit, veut échapper à ses questions. Désorienté, il délaisse ses amis et devient obnubilé par Rachel même s'il a de plus en plus de mal à comprendre le comportement de cette dernière. A l'annonce du cancer de son père, il ne cherche pas à se rapprocher de lui. Car Daniel ne veut pas devenir comme lui, avoir sa vie. En seulement un été, il subit désillusions et revers.
Dans ce roman initiatique où certains passages sont des bombes d'émotion à eux-seuls, tous les personnages même secondaires tentent d'échapper à cette vie ou se soumettent et contemplent, impuissants, leurs rêves enterrés comme prisonniers de cette ville. Devant faire face à la mort et aux déceptions, Daniel effectuera ses propres choix. Et ce roman qui colle à une réalité se termine sur une note d'optimisme.
Un livre émouvant et douloureusement beau !
Les billets d'Eva, Micmélo, Papillon
Lu du même auteur : Karoo ( qui est dans un tout autre registre)
(*) : pas d'extrait car j'ai perdu mes marque-pages/post-it
mardi 18 novembre 2014
Rene Denfeld - En ce lieu enchanté
Éditeur : Fleuve éditions - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis ) par Frédérique Daber et Gabrielle Merchez -
Date de parution : Août 2014 - 207 pages qui bousculent !
Derrière ce titre doucereux il y a la prison et plus exactement le couloir de la mort. Le narrateur séjourne depuis longtemps dans ce qu'il appelle le "donjon". Il ne parle pas mais il observe ses compagnons du couloir, écoute les bruits du bâtiment. Il s'évade de l'univers carcéral grâce aux livres et s'est créé un monde à part, un univers enchanté où réalité et fantastique ne font qu'un.
Le seul lien pour ces hommes avec le monde extérieur est la venue de la "dame". Elle travaille pour un cabinet d'avocats. Elle doit enquêter et trouver des éléments pour qu'un condamné à mort voie sa peine de mort transformée en condamnation à perpétuité. Elle plonge dans le passé des détenus, remonte à l'enfance, cherche ce qui a pu se produire pour qu'un homme commette un ou des actes impensables mais sans à chercher à les excuser. Cette fois elle vient pour "sauver" York mais ce dernier refuse, il veut mourir. Elle croise souvent le directeur de la prison et le prêtre, un homme d'église déchu. Le narrateur nous décrit la violence : les caïds qui règnent en maître, les agressions, les trafics, des gardiens malhonnêtes sans que l'on sache pourquoi il est incarcéré.
L'écriture de Rene Denfeld est tout simplement superbe. La noirceur est contrebalancée par la poésie, l'humanité surgit entre ces murs et ce roman est un livre à part ! Troublant et très marquant, ce livre qui bouscule possède une vraie beauté...
Je ne peux plus penser à ce monde du dehors, il est trop vaste, il me fait peur. C'est un cirque effréné qui résonne de l'affrontement des idées et des êtres. Depuis que j'ai neuf ans, j'ai passé mon temps enfermé quelque part. Je suis habitué à ces pièces contenues dans d'autres pièces, elles-mêmes contenues dans des enceintes de barbelés électrifiés. Les murs que d'autres trouveraient suffocants sont devenus mes poumons.
Les billets de MicMélo, Sandrine, Séverine
Derrière ce titre doucereux il y a la prison et plus exactement le couloir de la mort. Le narrateur séjourne depuis longtemps dans ce qu'il appelle le "donjon". Il ne parle pas mais il observe ses compagnons du couloir, écoute les bruits du bâtiment. Il s'évade de l'univers carcéral grâce aux livres et s'est créé un monde à part, un univers enchanté où réalité et fantastique ne font qu'un.
Le seul lien pour ces hommes avec le monde extérieur est la venue de la "dame". Elle travaille pour un cabinet d'avocats. Elle doit enquêter et trouver des éléments pour qu'un condamné à mort voie sa peine de mort transformée en condamnation à perpétuité. Elle plonge dans le passé des détenus, remonte à l'enfance, cherche ce qui a pu se produire pour qu'un homme commette un ou des actes impensables mais sans à chercher à les excuser. Cette fois elle vient pour "sauver" York mais ce dernier refuse, il veut mourir. Elle croise souvent le directeur de la prison et le prêtre, un homme d'église déchu. Le narrateur nous décrit la violence : les caïds qui règnent en maître, les agressions, les trafics, des gardiens malhonnêtes sans que l'on sache pourquoi il est incarcéré.
L'écriture de Rene Denfeld est tout simplement superbe. La noirceur est contrebalancée par la poésie, l'humanité surgit entre ces murs et ce roman est un livre à part ! Troublant et très marquant, ce livre qui bouscule possède une vraie beauté...
Je ne peux plus penser à ce monde du dehors, il est trop vaste, il me fait peur. C'est un cirque effréné qui résonne de l'affrontement des idées et des êtres. Depuis que j'ai neuf ans, j'ai passé mon temps enfermé quelque part. Je suis habitué à ces pièces contenues dans d'autres pièces, elles-mêmes contenues dans des enceintes de barbelés électrifiés. Les murs que d'autres trouveraient suffocants sont devenus mes poumons.
Les billets de MicMélo, Sandrine, Séverine
jeudi 13 novembre 2014
Annie Ernaux - Le vrai lieu
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Octobre 2014 - 111 pages hérissées de marque-pages !
En 2008, Michelle Porte, que je connaissais comme la réalisatrice de très beaux documentaires sur Virginia Woolf et Marguerite Duras, m'a exprimé son désir de me filmer dans les lieux de ma jeunesse, Yvetot, Rouen, et dans celui d'aujourd'hui, Cergy. J'évoquerais ma vie, l'écriture, le lien entre les deux. J'ai aimé et accepté immédiatement son projet, convaincue que le lieu - géographique, social - où l'on naît, et celui où l'on vit, offrent sur les textes écrits, non pas une explication, mais l'arrière-fond de la réalité où, plus ou moins, ils sont ancrés.
Ces lignes sont les premières phrases de ces entretiens réalisés en 2011 à Cergy où vit Annie Ernaux. Mais Yvetot le lieu de son enfance et de son adolescence qui apparaît dans beaucoup de ses livres est abordé également.
Comme dans "Retour à Yvetot", l'auteure revient sur certains de ses romans pour nous éclairer. Ses origines modestes qui font que Je crois que j’ai toujours été entre deux et que ça a commencé tôt.
Sans tabou, elle revient sur ses relations avec sa mère (jusqu'à la mort de cette dernière), une femme autoritaire mais qui a toujours voulu le mieux pour sa fille mais aussi et surtout sur 'importance de la lecture et celle de l'écriture : C'est un lieu, l'écriture, un lieu immatériel. Même si je ne suis pas dans l'écriture d'imagination, mais l'écriture de la mémoire, c'est aussi une façon de m'évader. D'être ailleurs. L'image qui me vient toujours pour l'écriture, c'est celle d'une immersion. De l'immersion dans une réalité qui n'est pas moi. Mais qui est passée par moi. Mon expérience est celle d'un passage et d'une séparation du monde social.
Et les passages sur sa démarche d'écriture m'ont particulièrement intéressée : Je me suis toujours révoltée contre l'assimilation de ma démarche d'écriture à l'autofiction parce que dans le terme même il y a quelque chose de repli sur soi, de fermer au monde. Je n'ai jamais envie que le livre soit une chose personnelle. Ce n'est pas parce que les choses ne me sont arrivées à moi que je les écris, c'est parce qu'elles sont arrivées, qu'elles ne sont donc pas uniques.(...)Bien sûr, on dit les choses personnellement. Personne ne les vit à votre place . Mais il faut pas les écrire de façon qu'elles ne soient que pour soi. Il faut qu'elles soient transpersonnelles, c'est ça. C'est ce qui permet de s'interroger sur soi-même, de vivre autrement, d'être heureux aussi. La littérature peut rendre heureux.
Ce livre est une pierre supplémentaire qui nous éclaire sur l'œuvre d'Annie Ernaux !
Le billet de Margotte
Lu de cette auteure : Ecrire la vie (qui regroupe Les armoires vides, La honte, L’événement, La femme gelée, La place, Journal du dehors, Une femme, « Je ne suis pas sortie de ma nuit », Passion simple, Se perdre, L’occupation, Les années)- La femme gelée - La place - Les années - Regarde les lumières mon amour - Retour à Yvetot
En 2008, Michelle Porte, que je connaissais comme la réalisatrice de très beaux documentaires sur Virginia Woolf et Marguerite Duras, m'a exprimé son désir de me filmer dans les lieux de ma jeunesse, Yvetot, Rouen, et dans celui d'aujourd'hui, Cergy. J'évoquerais ma vie, l'écriture, le lien entre les deux. J'ai aimé et accepté immédiatement son projet, convaincue que le lieu - géographique, social - où l'on naît, et celui où l'on vit, offrent sur les textes écrits, non pas une explication, mais l'arrière-fond de la réalité où, plus ou moins, ils sont ancrés.
Ces lignes sont les premières phrases de ces entretiens réalisés en 2011 à Cergy où vit Annie Ernaux. Mais Yvetot le lieu de son enfance et de son adolescence qui apparaît dans beaucoup de ses livres est abordé également.
Comme dans "Retour à Yvetot", l'auteure revient sur certains de ses romans pour nous éclairer. Ses origines modestes qui font que Je crois que j’ai toujours été entre deux et que ça a commencé tôt.
Sans tabou, elle revient sur ses relations avec sa mère (jusqu'à la mort de cette dernière), une femme autoritaire mais qui a toujours voulu le mieux pour sa fille mais aussi et surtout sur 'importance de la lecture et celle de l'écriture : C'est un lieu, l'écriture, un lieu immatériel. Même si je ne suis pas dans l'écriture d'imagination, mais l'écriture de la mémoire, c'est aussi une façon de m'évader. D'être ailleurs. L'image qui me vient toujours pour l'écriture, c'est celle d'une immersion. De l'immersion dans une réalité qui n'est pas moi. Mais qui est passée par moi. Mon expérience est celle d'un passage et d'une séparation du monde social.
Et les passages sur sa démarche d'écriture m'ont particulièrement intéressée : Je me suis toujours révoltée contre l'assimilation de ma démarche d'écriture à l'autofiction parce que dans le terme même il y a quelque chose de repli sur soi, de fermer au monde. Je n'ai jamais envie que le livre soit une chose personnelle. Ce n'est pas parce que les choses ne me sont arrivées à moi que je les écris, c'est parce qu'elles sont arrivées, qu'elles ne sont donc pas uniques.(...)Bien sûr, on dit les choses personnellement. Personne ne les vit à votre place . Mais il faut pas les écrire de façon qu'elles ne soient que pour soi. Il faut qu'elles soient transpersonnelles, c'est ça. C'est ce qui permet de s'interroger sur soi-même, de vivre autrement, d'être heureux aussi. La littérature peut rendre heureux.
Ce livre est une pierre supplémentaire qui nous éclaire sur l'œuvre d'Annie Ernaux !
Le billet de Margotte
Lu de cette auteure : Ecrire la vie (qui regroupe Les armoires vides, La honte, L’événement, La femme gelée, La place, Journal du dehors, Une femme, « Je ne suis pas sortie de ma nuit », Passion simple, Se perdre, L’occupation, Les années)- La femme gelée - La place - Les années - Regarde les lumières mon amour - Retour à Yvetot
vendredi 31 octobre 2014
Marie-Aimée Lebreton
Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Août 2014 - 125 pages justes et belles !
Ce n'est pas au nombre de pages que l'on peut mesurer la puissance, le force et la beauté d'un texte. Car certains par l'écriture touchent, racontent, nous font vibrer et Cent sept ans en fait partie.
De sa Kabylie natale, Nine ne garde aucun souvenir. Son père a été tué là-bas alors que sa mère Madame Plume était enceinte d'elle. L'amour de ses parents dérangeait "il était algérien, Madame Plume était française" en ces temps de guerre. Puis sa mère a été contrainte de fuir, de s'exiler dans le nord de la France avec elle. Laisser le soleil, la douce Fatma pour un deux pièces dans une région inconnue. Nine réclame que sa mère lui raconte avant mais elle ne veut pas, veut balayer ces images. Et Nine rêve de ce père, de ce pays inconnu qui font partie d'elle. Toujours de ne pas dire l'Algérie, taire ses origines comme si elles étaient honteuses.Un quotidien rapidement marqué par les exercices de piano. Madame Plume a décidé pour Nine qu'elle en jouera et qu'elle fera même sa profession. Comment ne pas réveiller chez sa mère les douleurs tout en se construisant avec ce qui lui manque ?
Un roman sur l'exil, sur une renaissance également à l'écriture poétique avec une justesse et une précision dans les mots choisis. Un texte fort et beau !
Un livre qui pour certains aspects ( je dis bien certains) m'a rappelée "Ca t'apprendra à vivre" de Jeanne Benameur.
Il fallait admettre que l'Algérie fût cette terre de rires et de larmes au cœur des femmes aux visages allongés. Elle portaient à leurs bras des colliers de perles et des rêves de princesse toujours recommencés. La force d'aimer, ici peut-être plus qu'ailleurs, rappelait qu'en ces lieux, survivre était le prix à payer pour ne pas perdre la mémoire. La guerre avait arraché des pans entiers de souvenirs, de ses liens essentiels que nous entendons au premiers chants de l'aube.
Les billets de Mimipinson, Zazy
Ce n'est pas au nombre de pages que l'on peut mesurer la puissance, le force et la beauté d'un texte. Car certains par l'écriture touchent, racontent, nous font vibrer et Cent sept ans en fait partie.
De sa Kabylie natale, Nine ne garde aucun souvenir. Son père a été tué là-bas alors que sa mère Madame Plume était enceinte d'elle. L'amour de ses parents dérangeait "il était algérien, Madame Plume était française" en ces temps de guerre. Puis sa mère a été contrainte de fuir, de s'exiler dans le nord de la France avec elle. Laisser le soleil, la douce Fatma pour un deux pièces dans une région inconnue. Nine réclame que sa mère lui raconte avant mais elle ne veut pas, veut balayer ces images. Et Nine rêve de ce père, de ce pays inconnu qui font partie d'elle. Toujours de ne pas dire l'Algérie, taire ses origines comme si elles étaient honteuses.Un quotidien rapidement marqué par les exercices de piano. Madame Plume a décidé pour Nine qu'elle en jouera et qu'elle fera même sa profession. Comment ne pas réveiller chez sa mère les douleurs tout en se construisant avec ce qui lui manque ?
Un roman sur l'exil, sur une renaissance également à l'écriture poétique avec une justesse et une précision dans les mots choisis. Un texte fort et beau !
Un livre qui pour certains aspects ( je dis bien certains) m'a rappelée "Ca t'apprendra à vivre" de Jeanne Benameur.
Il fallait admettre que l'Algérie fût cette terre de rires et de larmes au cœur des femmes aux visages allongés. Elle portaient à leurs bras des colliers de perles et des rêves de princesse toujours recommencés. La force d'aimer, ici peut-être plus qu'ailleurs, rappelait qu'en ces lieux, survivre était le prix à payer pour ne pas perdre la mémoire. La guerre avait arraché des pans entiers de souvenirs, de ses liens essentiels que nous entendons au premiers chants de l'aube.
Les billets de Mimipinson, Zazy
mardi 28 octobre 2014
Nickolas Butler - Retour à Little Wing
Éditeur : Autrement- Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Mireille Vignol - Date de parution : Août 2014 - 445 pages à lire !
Ils sont quatre amis devenus trentenaires et ont tous grandi à Little Wing une petite ville au cœur du Wisconsin. Hank y vit toujours, il s'est marié à Beth et ils tiennent une exploitation agricole qui vivote. Ronny a connu la gloire, les tournées. Suite à un accident, cet ancien champion de rodéo a gardé des séquelles mais Hank et Lee veillent sur lui. La plupart du temps absent, Lee est une rock-star. Il parcourt le monde pour donner des concerts mais il revient à Little Wing sa terre natale pour se ressourcer et retrouver la simplicité, ses amis. Kip l'ancien trader a tout quitté et a investi son argent pour transformer la vieille fabrique désaffectée. A l'occasion de son mariage, tous sont réunis.
Voilà un très bon roman sur l'amitié, l'attachement à la terre natale, les liens plus ou moins indéfectible noués depuis l'enfance. Enfants puis adolescents, ils rêvaient tous de partir de Little Wing. Hank est le seul à y être resté pour toujours. Sa femme Beth et lui se sont connus au lycée, et ils ont fondé une famille heureuse. Ronny a joué avec le feu, a bravé le danger et sa carrière dans le rodéo est derrière lui. Tous le surveillent et ont tendance à la materner. Ronny a toujours idolâtré Lee. Ce dernier est peu bavard, il sait qu'en venant à Little Wing il peut laisser sa panoplie de star derrière lui sans être importuné. Kip s'est senti toujours un peu exclu du groupe et cherche toujours à impressionner les autres.
Dans ce roman choral où tous prennent la parole y compris Beth, le mariage de Kip sera le déclencheur qui va modifier le cours des choses. Et plus encore.
On ne peut être que touché par cette lecture car l'amour, l'amitié, tout ce sur quoi on bâtit sa vie sont omniprésents et très bien décrits.
On se sent bien dans ce livre qui dégage une bienveillance palpable et authentique! Les ressentis des personnages nous collent à la peau tout comme la ville de Little Wing.
Nickolas Butler nous offre un bel hymne d'amour sur cette Amérique, ses gens qui la composent et un beau premier roman !
On pense que l'univers est stable, qu'il se déploie dans l'espace sous nos pieds, jour et nuit, au grand soleil ou sous la pluie. Puis un jour, on décroche de la planète et on part à la dérive dans le cosmos, où tout ce qu'on croyait vrai - toutes les lois qui régissaient nos vies avant, toutes les règles et les normes qui cimentaient les choses et qui nous tenaient en place–, tout a disparu. Plus rien n' a de sens. L'apesanteur a disparu. L'amour a disparu.
Les billets de Céline, Hélène, Kathel, Mimipinson, Sandrine, Un autre endroit
Ils sont quatre amis devenus trentenaires et ont tous grandi à Little Wing une petite ville au cœur du Wisconsin. Hank y vit toujours, il s'est marié à Beth et ils tiennent une exploitation agricole qui vivote. Ronny a connu la gloire, les tournées. Suite à un accident, cet ancien champion de rodéo a gardé des séquelles mais Hank et Lee veillent sur lui. La plupart du temps absent, Lee est une rock-star. Il parcourt le monde pour donner des concerts mais il revient à Little Wing sa terre natale pour se ressourcer et retrouver la simplicité, ses amis. Kip l'ancien trader a tout quitté et a investi son argent pour transformer la vieille fabrique désaffectée. A l'occasion de son mariage, tous sont réunis.
Voilà un très bon roman sur l'amitié, l'attachement à la terre natale, les liens plus ou moins indéfectible noués depuis l'enfance. Enfants puis adolescents, ils rêvaient tous de partir de Little Wing. Hank est le seul à y être resté pour toujours. Sa femme Beth et lui se sont connus au lycée, et ils ont fondé une famille heureuse. Ronny a joué avec le feu, a bravé le danger et sa carrière dans le rodéo est derrière lui. Tous le surveillent et ont tendance à la materner. Ronny a toujours idolâtré Lee. Ce dernier est peu bavard, il sait qu'en venant à Little Wing il peut laisser sa panoplie de star derrière lui sans être importuné. Kip s'est senti toujours un peu exclu du groupe et cherche toujours à impressionner les autres.
Dans ce roman choral où tous prennent la parole y compris Beth, le mariage de Kip sera le déclencheur qui va modifier le cours des choses. Et plus encore.
On ne peut être que touché par cette lecture car l'amour, l'amitié, tout ce sur quoi on bâtit sa vie sont omniprésents et très bien décrits.
On se sent bien dans ce livre qui dégage une bienveillance palpable et authentique! Les ressentis des personnages nous collent à la peau tout comme la ville de Little Wing.
Nickolas Butler nous offre un bel hymne d'amour sur cette Amérique, ses gens qui la composent et un beau premier roman !
On pense que l'univers est stable, qu'il se déploie dans l'espace sous nos pieds, jour et nuit, au grand soleil ou sous la pluie. Puis un jour, on décroche de la planète et on part à la dérive dans le cosmos, où tout ce qu'on croyait vrai - toutes les lois qui régissaient nos vies avant, toutes les règles et les normes qui cimentaient les choses et qui nous tenaient en place–, tout a disparu. Plus rien n' a de sens. L'apesanteur a disparu. L'amour a disparu.
Les billets de Céline, Hélène, Kathel, Mimipinson, Sandrine, Un autre endroit
samedi 25 octobre 2014
Benjamin Wood - Le complexe d'Eden Bellwether
Éditeur : Zulma - Traduit de l'anglais par Renaud Morin - Date de parution : Août 2014 - 496 pages qui ne se lâchent pas !
Aimanté par le son de l'orgue provenant d'une chapelle du campus de Cambridge, Oscar un jeune aide soignant dans une maison de retraite va faire la rencontre de la belle Iris Bellwether et de celui qui joue ainsi à la perfection. Eden le frère d'Iris est un jeune homme talentueux, narcissique et arrogant. Frère et soeur sont issus d'une famille très aisée et sont très liés. Tous deux ont un cercle très fermé d'amis qui vénèrent Eden. Oscar et Iris entament une relation amoureuse qu'Eden voit d'un mauvais oeil. Passionné de musique baroque, il est persuadé du pouvoir guérisseur de la musique et de l'état de transe hypnotique qu'elle provoque. Et Oscar se retrouve au centre d'une expérience qu'Eden a organisé.
Eden dont la personnalité intrique Oscar est-il un génie ou un malade manipulateur? Oscar se sent souvent mal à l'aise : il n'a pas fait d'études et a déserté la maison familiale dont le son statut est à l'opposé de celui des Bellwether. Pourtant Oscar est introduit dans ce cercle de brillants étudiants. Fait surprenant, Iris lui demande de l'aider à démontrer la défaillance de la santé mentale de son frère. Et ces presque 500 pages se lisent d'un traite comme un thriller psychologique !
Aucun temps mort pour ce roman où l'on est est en permanence sur un fil entre la folie, l'irrationnel et les doutes. Ajoutez-y un psychologue âgé et condamné par la maladie, une analyse très fine des relations et du pouvoir qu'un individu peut prendre sur les autres, des événements inattendus, une ambiance qui vous ferre, bref il est impossible de ne pas succomber au charme de ce livre qui agite en permanence des questions dont on aimerait connaître les réponses ( comme qui manipule qui).
Et même si ce premier roman souffre de quelques petits défauts dont une fin qui n'est pas à la hauteur de l'ensemble, il n'empêche que je me suis régalée !
Beaucoup de billets sur ce roman donc je vous renvoie à Babelio et à Libfly
Aimanté par le son de l'orgue provenant d'une chapelle du campus de Cambridge, Oscar un jeune aide soignant dans une maison de retraite va faire la rencontre de la belle Iris Bellwether et de celui qui joue ainsi à la perfection. Eden le frère d'Iris est un jeune homme talentueux, narcissique et arrogant. Frère et soeur sont issus d'une famille très aisée et sont très liés. Tous deux ont un cercle très fermé d'amis qui vénèrent Eden. Oscar et Iris entament une relation amoureuse qu'Eden voit d'un mauvais oeil. Passionné de musique baroque, il est persuadé du pouvoir guérisseur de la musique et de l'état de transe hypnotique qu'elle provoque. Et Oscar se retrouve au centre d'une expérience qu'Eden a organisé.
Eden dont la personnalité intrique Oscar est-il un génie ou un malade manipulateur? Oscar se sent souvent mal à l'aise : il n'a pas fait d'études et a déserté la maison familiale dont le son statut est à l'opposé de celui des Bellwether. Pourtant Oscar est introduit dans ce cercle de brillants étudiants. Fait surprenant, Iris lui demande de l'aider à démontrer la défaillance de la santé mentale de son frère. Et ces presque 500 pages se lisent d'un traite comme un thriller psychologique !
Aucun temps mort pour ce roman où l'on est est en permanence sur un fil entre la folie, l'irrationnel et les doutes. Ajoutez-y un psychologue âgé et condamné par la maladie, une analyse très fine des relations et du pouvoir qu'un individu peut prendre sur les autres, des événements inattendus, une ambiance qui vous ferre, bref il est impossible de ne pas succomber au charme de ce livre qui agite en permanence des questions dont on aimerait connaître les réponses ( comme qui manipule qui).
Et même si ce premier roman souffre de quelques petits défauts dont une fin qui n'est pas à la hauteur de l'ensemble, il n'empêche que je me suis régalée !
Beaucoup de billets sur ce roman donc je vous renvoie à Babelio et à Libfly
mardi 21 octobre 2014
Laurent Mauvignier - Autour du monde
Éditeur : Éditions de Minuit - Date de parution : Septembre 2014 - 384 pages saisissantes !
Après Dans la foule, je continue avec Laurent Mauvignier et son nouveau roman. Comme Dans la foule, un événement qui s'est réellement produit est eu coeur de ce roman. Mais ici le tsunami de mars 2011 qui a dévasté une partie du Japon est le fil conducteur. Un voyage autour du monde en cette date précise où les personnages apprennent cette information par les médias.
Si le roman débute par deux victimes de cette catastrophe qui la vivent, les personnages suivants sont en mer du Nord pour une croisière. En quatorze lieux du globe, on pénètre dans des existences qui elle-aussi vont subir d'une façon intime des tremblements, des secousses. Au lieu de séparer l'ensemble en chapitres, ce livre est un ensemble où Laurent Mauvignier glisse avec aisance et fluidité des personnages présents à ceux qui vont être ceux du prochain tableau.
Des quotidiens qui dérapent, des hommes ou des femmes qui reçoivent l'information à des degrés différents. Certains sont effarés, d'autres y prêtent peu ( ou pas) d'attention ou d'autres encore n'y croient pas. Tous ne sont pas chez eux à ce moment précis. En vacances pour la plupart, voyage d'affaire ou déplacement humanitaire, quête personnelle et familiale, ou encore ils travaillent dans un autre pays "Monsieur Arroyo vit à Dubaï depuis trop longtemps, il n'est pas un touriste - à moins que le tourisme ce soit se sentir à côté des autres, en spectateur, en invisible?". Et si certains des tableaux peuvent apparaître courts ou d'une importance moindre, et bien "peu importe, ça sonne vrai , comme un riff de guitare" et intégrés dans l'ensemble, ils ont leur place.
Tout simplement remarquable ! Et ici l'écriture habite les espaces, elle nous fait toucher du doigt l'intime comme l'universel.
Merci Cuné!
Après Dans la foule, je continue avec Laurent Mauvignier et son nouveau roman. Comme Dans la foule, un événement qui s'est réellement produit est eu coeur de ce roman. Mais ici le tsunami de mars 2011 qui a dévasté une partie du Japon est le fil conducteur. Un voyage autour du monde en cette date précise où les personnages apprennent cette information par les médias.
Si le roman débute par deux victimes de cette catastrophe qui la vivent, les personnages suivants sont en mer du Nord pour une croisière. En quatorze lieux du globe, on pénètre dans des existences qui elle-aussi vont subir d'une façon intime des tremblements, des secousses. Au lieu de séparer l'ensemble en chapitres, ce livre est un ensemble où Laurent Mauvignier glisse avec aisance et fluidité des personnages présents à ceux qui vont être ceux du prochain tableau.
Des quotidiens qui dérapent, des hommes ou des femmes qui reçoivent l'information à des degrés différents. Certains sont effarés, d'autres y prêtent peu ( ou pas) d'attention ou d'autres encore n'y croient pas. Tous ne sont pas chez eux à ce moment précis. En vacances pour la plupart, voyage d'affaire ou déplacement humanitaire, quête personnelle et familiale, ou encore ils travaillent dans un autre pays "Monsieur Arroyo vit à Dubaï depuis trop longtemps, il n'est pas un touriste - à moins que le tourisme ce soit se sentir à côté des autres, en spectateur, en invisible?". Et si certains des tableaux peuvent apparaître courts ou d'une importance moindre, et bien "peu importe, ça sonne vrai , comme un riff de guitare" et intégrés dans l'ensemble, ils ont leur place.
Tout simplement remarquable ! Et ici l'écriture habite les espaces, elle nous fait toucher du doigt l'intime comme l'universel.
Merci Cuné!
mercredi 15 octobre 2014
Julia Deck - Le triangle d'hiver
Éditeur : Éditions de Minuit - Date de parution : Septembre 2014 - 174 pages et un sentiment partagé...
Au Havre, Mademoiselle est sans travail et sans argent, elle décide de devenir Bérénice Beaurivage. Après tout, elle ressemble à Arielle Dombasle. Une nouvelle identité et désormais elle sera romancière comme l'actrice dans le film "les romancière ignorent les réveils à l'aube pour emprunter d'épouvantables transports en commun". Elle quitte Le Havre pour une autre ville portuaire Saint-Nazaire. Même ambiance mais l'argent manque. On peut s'inventer romancière et ainsi faire table rase de son passé mais il faut quand même pouvoir se loger, se vêtir et manger. Heureusement, elle fait la connaissance d'un inspecteur des navires et s'éprend de lui. Il gagne bien sa vie, Bérénice ne le quitte plus. Elle ne veut pas lui montrer ses écrits en cours, petit caprice d'écrivain, et erre sur la journée dans cette ville. Elle ment, vole, se glisse avec délice dans sa nouvelle vie. Mais, une journaliste est proche de l'inspecteur. Trop proche pour Mademoiselle qui y voit une rivale. Elle s'invite avec lui à Marseille mais notre inspecteur commence à avoir quelques doutes...
Comme dans Viviane Elisabeth Fauville, Julia Deck met en scène une femme dont on ne connait pas le passé. Mademoiselle est fantasque, elle s'imagine fuir la réalité et ses problèmes en se créant un nouveau personnage. Et on est pris dans l'écriture de Julia Deck, aussi précise pour décrire la géographie des villes que les pensées de Mademoiselle, une écriiture piquante et relevée. On sait que l'auteure essaie détourner notre attention pour mieux nous surprendre par la fin. Et l'on suit ce trio à l'affut d'indices. Surprise : la fin de ce roman nous laisse interrogatif. A t-on raté quelque chose ? Et l'envie de le reprendre depuis le début se montre impérieuse pour comprendre.
Julia Deck joue avec son lecteur à la perfection mais je suis partagée car si j'ai aimé retrouvé son style unique, un peu de nouveauté par rapport à "Viviane Elisabeth Fauville" aurait été le bienvenu.
Le billet de Sandrine. Merci Cath !
Au Havre, Mademoiselle est sans travail et sans argent, elle décide de devenir Bérénice Beaurivage. Après tout, elle ressemble à Arielle Dombasle. Une nouvelle identité et désormais elle sera romancière comme l'actrice dans le film "les romancière ignorent les réveils à l'aube pour emprunter d'épouvantables transports en commun". Elle quitte Le Havre pour une autre ville portuaire Saint-Nazaire. Même ambiance mais l'argent manque. On peut s'inventer romancière et ainsi faire table rase de son passé mais il faut quand même pouvoir se loger, se vêtir et manger. Heureusement, elle fait la connaissance d'un inspecteur des navires et s'éprend de lui. Il gagne bien sa vie, Bérénice ne le quitte plus. Elle ne veut pas lui montrer ses écrits en cours, petit caprice d'écrivain, et erre sur la journée dans cette ville. Elle ment, vole, se glisse avec délice dans sa nouvelle vie. Mais, une journaliste est proche de l'inspecteur. Trop proche pour Mademoiselle qui y voit une rivale. Elle s'invite avec lui à Marseille mais notre inspecteur commence à avoir quelques doutes...
Comme dans Viviane Elisabeth Fauville, Julia Deck met en scène une femme dont on ne connait pas le passé. Mademoiselle est fantasque, elle s'imagine fuir la réalité et ses problèmes en se créant un nouveau personnage. Et on est pris dans l'écriture de Julia Deck, aussi précise pour décrire la géographie des villes que les pensées de Mademoiselle, une écriiture piquante et relevée. On sait que l'auteure essaie détourner notre attention pour mieux nous surprendre par la fin. Et l'on suit ce trio à l'affut d'indices. Surprise : la fin de ce roman nous laisse interrogatif. A t-on raté quelque chose ? Et l'envie de le reprendre depuis le début se montre impérieuse pour comprendre.
Julia Deck joue avec son lecteur à la perfection mais je suis partagée car si j'ai aimé retrouvé son style unique, un peu de nouveauté par rapport à "Viviane Elisabeth Fauville" aurait été le bienvenu.
Le billet de Sandrine. Merci Cath !
lundi 13 octobre 2014
Gaëlle Josse - Le dernier gardien d'Ellis Island
Éditeur : Noir sur blanc - Date de parution : Septembre 2014 - 167 pages et un arc-en-ciel d'émotions !
Novembre 1954, Ellis Island va fermer ses portes définitivement dans quelques jours. Un lieu qui a vu des des millions d'hommes et de femmes venus chercher le rêve américain. Autant d'étrangers qui devaient y transiter avant le verdict final : admis sur le sol américain ou rejetés. John Mitchell le dernier gardien d'Ellis Island est encore sur l'île. Les bâtiments gardent la trace de ces migrants, jeunes ou plus âgés, fatigués mais espérant qu'ils pourront débuter une nouvelle vie.
Et John Mitchell se souvient et écrit dans son journal. De son arrivée sur l'île où il a passé en tout quarante années. De simple gardien, il est passé directeur. Le bonheur de trop courte durée avec sa femme Liz rencontrée sur l'île et qui y mourut. Puis sa relation ambiguë avec Nella une jeune sarde. Un homme dont la conscience n'est pas tranquille. Et il revient sur tous ces hommes et ces femmes avec les procédures établies par les services d'immigration : les questions posées, l'examen médical et l'appréhension de la sentence. Des familles qui seront déchirées, refoulées ou admises. Un directeur qui applique les règles et l'homme qui paraissait froid, distant nous apparait sous une autre facette. Celle d'un être humain avec ses émotions et ses failles et qui a commis des erreurs.
Gaëlle Josse nous offre un très beau livre sur l'exil et rend hommage à tous les migrants avec finesse et sensibilité. Sans pathos et en leur rendant une dignité souvent oubliée...
Oui, c'est par la mer que tout est arrivé, par ces bateaux remplis de miséreux tassés comme du bétail dans des entrepôts immondes d'où ils émergeaient, sidérés, engourdis et vacillants, à la rencontre de leurs rêves et de leurs espoirs. Je les revois. On parle toutes les langues ici. C'est une nouvelle Babel, mais tronquée, arasée, arrêtée dans son élan et fixée au sol. Une Babel après son anéantissement par le Dieu de la Genèse, une Babel de la désolation, du dispersement et du retour de chacun à sa langue originelle.
Beaucoup de billets sur ce livre aussi je vous us renvoie à Babelio et à Libfly.
Lu de cette auteure : Les heures silencieuses - Noces de neige - Nos vies désaccordées
Novembre 1954, Ellis Island va fermer ses portes définitivement dans quelques jours. Un lieu qui a vu des des millions d'hommes et de femmes venus chercher le rêve américain. Autant d'étrangers qui devaient y transiter avant le verdict final : admis sur le sol américain ou rejetés. John Mitchell le dernier gardien d'Ellis Island est encore sur l'île. Les bâtiments gardent la trace de ces migrants, jeunes ou plus âgés, fatigués mais espérant qu'ils pourront débuter une nouvelle vie.
Et John Mitchell se souvient et écrit dans son journal. De son arrivée sur l'île où il a passé en tout quarante années. De simple gardien, il est passé directeur. Le bonheur de trop courte durée avec sa femme Liz rencontrée sur l'île et qui y mourut. Puis sa relation ambiguë avec Nella une jeune sarde. Un homme dont la conscience n'est pas tranquille. Et il revient sur tous ces hommes et ces femmes avec les procédures établies par les services d'immigration : les questions posées, l'examen médical et l'appréhension de la sentence. Des familles qui seront déchirées, refoulées ou admises. Un directeur qui applique les règles et l'homme qui paraissait froid, distant nous apparait sous une autre facette. Celle d'un être humain avec ses émotions et ses failles et qui a commis des erreurs.
Gaëlle Josse nous offre un très beau livre sur l'exil et rend hommage à tous les migrants avec finesse et sensibilité. Sans pathos et en leur rendant une dignité souvent oubliée...
Oui, c'est par la mer que tout est arrivé, par ces bateaux remplis de miséreux tassés comme du bétail dans des entrepôts immondes d'où ils émergeaient, sidérés, engourdis et vacillants, à la rencontre de leurs rêves et de leurs espoirs. Je les revois. On parle toutes les langues ici. C'est une nouvelle Babel, mais tronquée, arasée, arrêtée dans son élan et fixée au sol. Une Babel après son anéantissement par le Dieu de la Genèse, une Babel de la désolation, du dispersement et du retour de chacun à sa langue originelle.
Beaucoup de billets sur ce livre aussi je vous us renvoie à Babelio et à Libfly.
Lu de cette auteure : Les heures silencieuses - Noces de neige - Nos vies désaccordées
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