Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 240 pages agréables.
Théodore et Dorothée forment un couple parisien. Lui titulaire d’un diplôme en informatique est webmaster à mi-temps et elle est professeur d'histoire-géographie et poursuit sa thèse. On les suit sur dix années : de leur aménagement aux questionnements qu’ils vont traverser Quel matelas acheter, se marier ou pas, avoir ou non des enfants, quelle alimentation adopter : autant de préoccupations en phase avec celle d’un couple. Entourés de quelques amis qui suivent des chemins différents, ils tergiversent, hésitent, se rangent d’un coté puis finalement reviennent à leur anciennes habitudes. Piqués par l’envie de gagner plus et donc de vivre mieux, ou celle louable de protéger la planète, comme celui de donner du sens à leurs vies, Théodore et Dorothée tentent de répondre face à ce que la société véhicule et impose.
J’ai pensé à un documentaire avec une certaine distance en lisant cette chronique d’un couple assez ordinaire teintée d’humour ironique et de tendresse. Peut-être parce que j’ai eu du mal à m’imaginer réellement Théodore et Dorothée comme s'il leur manquait quelque chose. Mais il s’agit d’une lecture agréable.
Et puis tout de même, dans l'analyse, l'anticipation, la provocation, Houellebecq , quelle intelligence!
"C'est justement ce que je lui reproche. Je trouve ça surfait, moi, l'intelligence."
Elle rêvait d'un livre sensible, viscéral, et qui la prenne aux tripes.
Théodore continuait : " Tu sais, il a de l'humour, Houellebecq."
Il avait ri à gorge déployée pendant sa lecture de La Carte et le territoire. Dorothée demanda combien de fois.
"Je ne sais pas, quatre, cinq fois."
- Pour un livre de quatre cent pages, c'est peu."
Le billet de Cuné.
Lu de cet auteur : L'ascendant.
Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2016. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2016. Afficher tous les articles
jeudi 8 décembre 2016
jeudi 1 décembre 2016
Pas aimés et des abandons
Depuis plus d'une semaine, j'accumule les abandons et les déceptions. Pas de chance.
Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution : Novembre 2016 - 224 pages.
Louise et Ludovic, un couple de trentenaires, partent en bateau pour un long voyage. Alors qu'ils font escale sur une île interdite, il s'y retrouvent coincés (leur bateau a disparu) et sans moyen de communication. Ils survivent comme ils le peuvent dans une nature où seuls les otaries et les manchots sont source de nourriture. Le couple est mis à l'épreuve alors que les mois passent. Après une première partie où j'ai trouvé que le style de l'auteure n'était pas à la hauteur, la deuxième partie comme parachutée m'a laissée dubitative.
Éditeur : Gallmeister - Date de parution : Octobre 2016 - 280 pages
Caitlin âgée de douze ans vit seule avec sa mère qui trime financièrement pour l'élever (elle travaille sur les docks). Après l'école, le plaisir de Caitlin est l'aller regarde les poissons à l'aquarium et c'est là, qu'elle fait la connaissance d'un vieux monsieur. Pas la peine de tourner autour du pot, on devine très facilement son identité . Sa mère mère ne veut pas que sa fille le revoit. Avec des passages où la violence ( de différentes formes) sous jacente explose et donne lieu à des scènes très bien décrites et oppressantes, je n'ai pas été convaincue par ce livre où la fin est très (trop) conventionnelle (de la part de David Vann , c'est étonnant).
Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2016 - 350 pages
1942. Avant de partir combattre dans les troupes aériennes, Frankie retourne dans le Minnesota où ses parents passent chaque été et emploient de jeunes indiennes. De l'autre coté du fleuve, se trouve un camp de prisonniers allemands dont un vient juste de s'échapper. Frankie décide de partir à sa recherche mais un drame survient.
J'ai été très rapidement gagnée par l'ennui tant l'auteur prend son temps et les descriptions des bombardiers m'ont été fatales.
Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution : Novembre 2016 - 224 pages.
Louise et Ludovic, un couple de trentenaires, partent en bateau pour un long voyage. Alors qu'ils font escale sur une île interdite, il s'y retrouvent coincés (leur bateau a disparu) et sans moyen de communication. Ils survivent comme ils le peuvent dans une nature où seuls les otaries et les manchots sont source de nourriture. Le couple est mis à l'épreuve alors que les mois passent. Après une première partie où j'ai trouvé que le style de l'auteure n'était pas à la hauteur, la deuxième partie comme parachutée m'a laissée dubitative.
Éditeur : Gallmeister - Date de parution : Octobre 2016 - 280 pages
Caitlin âgée de douze ans vit seule avec sa mère qui trime financièrement pour l'élever (elle travaille sur les docks). Après l'école, le plaisir de Caitlin est l'aller regarde les poissons à l'aquarium et c'est là, qu'elle fait la connaissance d'un vieux monsieur. Pas la peine de tourner autour du pot, on devine très facilement son identité . Sa mère mère ne veut pas que sa fille le revoit. Avec des passages où la violence ( de différentes formes) sous jacente explose et donne lieu à des scènes très bien décrites et oppressantes, je n'ai pas été convaincue par ce livre où la fin est très (trop) conventionnelle (de la part de David Vann , c'est étonnant).
Éditeur : Folio - Date de parution : Octobre 2016 - 256 pages
Impossible de m'attacher au récit de quelques uns des enfants de la famille Cardinal (21 enfants au total) devenus adultes et ce, au Québec.
La linéarité de ton dans les points de vue exprimés a lourdement pesé dans mon abandon.
Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2016 - 350 pages
1942. Avant de partir combattre dans les troupes aériennes, Frankie retourne dans le Minnesota où ses parents passent chaque été et emploient de jeunes indiennes. De l'autre coté du fleuve, se trouve un camp de prisonniers allemands dont un vient juste de s'échapper. Frankie décide de partir à sa recherche mais un drame survient.
J'ai été très rapidement gagnée par l'ennui tant l'auteur prend son temps et les descriptions des bombardiers m'ont été fatales.
jeudi 24 novembre 2016
Stewart O'Nan - Des anges dans la neige
Éditeur : Editions de L'Olivier - Traduit de l'anglais (États-Unis) par Suzanne V. Mayoux - Date de parution - Août 2016 (1ère parution : 1997) - 288 pages sensibles et attachantes.
1974, Pennsylvanie, Snow Angels. Tandis qu’Arthur quatorze ans participe à une répétition de fanfare de l’école, un coup de feu déchire le silence. Annie Marchand séparée de son mari Glenn vient d’être tuée. Quinze plus tard, Arthur ne peut s’empêcher d’y repenser comme à chaque fois quand il vient voir sa mère. Annie était leur voisine mais aussi sa baby-sitter quand il était plus petit. Une autre époque où ses parents étaient heureux.
Arthur l’adolescent mal dans sa peau s’adonne à la fumette pour encaisser sa nouvelle vie : son père parti, la maison vendue alors qu'il connaît son premier grand amour.
Tout allait bien pour Annie et Glenn jusqu'au jour où lui s'est retrouvé sans travail. La goutte d’eau pour elle fatiguée de son boulot de serveuse et de s’occuper de leur fille. Glenn s'est réfugié dans la religion et dans l'alcool pour s'échouer un peu plus. En vain. Tout comme il tente de reconstruire sa famille.
Indéniablement cet auteur possède ce talent à narrer ses vies ordinaires. Il sait attirer notre attention et nous entrer dans l’intimité de ses personnages qui nous semblent si proches. Des vies qui basculent, qui se déchirent décrites avec une humanité et une empathie qu’on a mal avec eux, que forcement on s’attache à eux.
Sans jamais verser dans le pathos ou dans un apitoiement quelconque, Steward O’Nan fait preuve de sensibilité et de justesse.
Dans les bacs de la rentrée littéraire, il y avait bien deux livres de Steward O’Nan (l'autre étant Deniers feux sur Sunseet) mais ce roman paru en août est en fait son premier roman.
Je n’aime pas retourner chez nous. Cela m’empêche de cultiver la nostalgie, qui est dans ma nature.
Lu du même auteur : Chanson pour l'absente - Emily - Les joueurs - Nos plus beaux souvenirs - Un mal qui répand la terreur
1974, Pennsylvanie, Snow Angels. Tandis qu’Arthur quatorze ans participe à une répétition de fanfare de l’école, un coup de feu déchire le silence. Annie Marchand séparée de son mari Glenn vient d’être tuée. Quinze plus tard, Arthur ne peut s’empêcher d’y repenser comme à chaque fois quand il vient voir sa mère. Annie était leur voisine mais aussi sa baby-sitter quand il était plus petit. Une autre époque où ses parents étaient heureux.
Arthur l’adolescent mal dans sa peau s’adonne à la fumette pour encaisser sa nouvelle vie : son père parti, la maison vendue alors qu'il connaît son premier grand amour.
Tout allait bien pour Annie et Glenn jusqu'au jour où lui s'est retrouvé sans travail. La goutte d’eau pour elle fatiguée de son boulot de serveuse et de s’occuper de leur fille. Glenn s'est réfugié dans la religion et dans l'alcool pour s'échouer un peu plus. En vain. Tout comme il tente de reconstruire sa famille.
Indéniablement cet auteur possède ce talent à narrer ses vies ordinaires. Il sait attirer notre attention et nous entrer dans l’intimité de ses personnages qui nous semblent si proches. Des vies qui basculent, qui se déchirent décrites avec une humanité et une empathie qu’on a mal avec eux, que forcement on s’attache à eux.
Sans jamais verser dans le pathos ou dans un apitoiement quelconque, Steward O’Nan fait preuve de sensibilité et de justesse.
Dans les bacs de la rentrée littéraire, il y avait bien deux livres de Steward O’Nan (l'autre étant Deniers feux sur Sunseet) mais ce roman paru en août est en fait son premier roman.
Je n’aime pas retourner chez nous. Cela m’empêche de cultiver la nostalgie, qui est dans ma nature.
Lu du même auteur : Chanson pour l'absente - Emily - Les joueurs - Nos plus beaux souvenirs - Un mal qui répand la terreur
lundi 14 novembre 2016
Harry Parker - Anatomie d'un soldat
Editeur: Bourgois - Traduit de l’anglais par Christine Lafferière - Date de parution : Août 2016 - 407 pages puissantes et touchantes !
Lors d’une mission dans un pays jamais nommé, le capitaine Tom Barnes pose le pied sur une mine artisanale. Gravement blessé et ayant perdu une jambe, il est rapatrié en Angleterre où les médecins sont obligés d’amputer son autre jambe.
Au lieu de passer par un récit classique, l’auteur fait parler des objets. Quarante-cinq en tout "conçus pour assister, observer ou nuire" pour raconter l’histoire de ce soldat : le drame, la convalescence et la reconstruction. Sans suivre une linéarité et sans pour autant perdre le lecteur, à travers quarante-cinq chapitres, chaque objet (garrot, mine, sac à main de sa mère, une paire de baskets d’un jeune insurgé, gilet pare-balle, , prothèse, engrais ayant servi à la construction d’une mine) rend compte des comportements et des sentiments. Et on se prend des émotions en pleine figure ! La peur, la douleur, l'acceptation, les moments de doute l’espoir mais aussi de l’humour.
Raconté du point de vue des soldats mais aussi des insurgés et de la population, il n’y pas de vainqueur ou de héros. Juste des hommes.
Sans pathos, intense, j’ai eu la gorge serrée d’émotions), ce livre est lumineux car c’est un homme qui au-delà des difficultés rencontrées ( physique, psychologiques) se reconstruit.
Un premier livre absolument maitrisé, réussi et puissant! Anatomie d'un soldat et pour moi la bonne surprise de cette rentrée littéraire. Un roman qui sort des sentiers battus par son approche et par la qualité du style. J'ai été plus que touchée !
L'auteur Harry Parker a perdu ses deux jambes en sautant sur une mine en 2009 en Afghanistan.
Il en mourrait d'envie : l'envie folle d'être de retour là où il était hors de danger, où il n'avait aucune responsabilité et n'était pas exercer à faire quoi que ce soit de tout cela. Là où il n'avait plus à mener quiconque de l'autre côté de la porte. Il regrettait d'avoir à le faire. C'était son moment intime de lâcheté, avant que la journée ne devienne réelle. Il a laissé cette lâcheté se répandre et en fut gêné, même si personne n'en saurait jamais rien.
- Vous, les gars, vous êtes tellement courageux.
- Pas courageux, a dit Tom. J'ai seulement marché sur le mauvais bout de terrain.
Le billet de Jérôme
Lors d’une mission dans un pays jamais nommé, le capitaine Tom Barnes pose le pied sur une mine artisanale. Gravement blessé et ayant perdu une jambe, il est rapatrié en Angleterre où les médecins sont obligés d’amputer son autre jambe.
Au lieu de passer par un récit classique, l’auteur fait parler des objets. Quarante-cinq en tout "conçus pour assister, observer ou nuire" pour raconter l’histoire de ce soldat : le drame, la convalescence et la reconstruction. Sans suivre une linéarité et sans pour autant perdre le lecteur, à travers quarante-cinq chapitres, chaque objet (garrot, mine, sac à main de sa mère, une paire de baskets d’un jeune insurgé, gilet pare-balle, , prothèse, engrais ayant servi à la construction d’une mine) rend compte des comportements et des sentiments. Et on se prend des émotions en pleine figure ! La peur, la douleur, l'acceptation, les moments de doute l’espoir mais aussi de l’humour.
Raconté du point de vue des soldats mais aussi des insurgés et de la population, il n’y pas de vainqueur ou de héros. Juste des hommes.
Sans pathos, intense, j’ai eu la gorge serrée d’émotions), ce livre est lumineux car c’est un homme qui au-delà des difficultés rencontrées ( physique, psychologiques) se reconstruit.
Un premier livre absolument maitrisé, réussi et puissant! Anatomie d'un soldat et pour moi la bonne surprise de cette rentrée littéraire. Un roman qui sort des sentiers battus par son approche et par la qualité du style. J'ai été plus que touchée !
L'auteur Harry Parker a perdu ses deux jambes en sautant sur une mine en 2009 en Afghanistan.
Il en mourrait d'envie : l'envie folle d'être de retour là où il était hors de danger, où il n'avait aucune responsabilité et n'était pas exercer à faire quoi que ce soit de tout cela. Là où il n'avait plus à mener quiconque de l'autre côté de la porte. Il regrettait d'avoir à le faire. C'était son moment intime de lâcheté, avant que la journée ne devienne réelle. Il a laissé cette lâcheté se répandre et en fut gêné, même si personne n'en saurait jamais rien.
- Vous, les gars, vous êtes tellement courageux.
- Pas courageux, a dit Tom. J'ai seulement marché sur le mauvais bout de terrain.
Le billet de Jérôme
vendredi 11 novembre 2016
Hugo Boris - Police
Editeur : Grasset- Date de parution : Août 2016 - 198 pages et un avis très, très mitigé.
Trois policiers et une mission qui sort de l’ordinaire en fin de journée. Conduire au centre de rétention de Roissy un homme pour une expulsion du territoire. Dans la voiture, Virginie qui a repris du service après son congé maternité outrepasse ses fonctions et ouvre l’enveloppe contenant le dossier de l'homme. Elle lit que dans son pays le Tadjikistan, il a été torturé. Il est calme et ne dit rien assis à l’arrière. Ses deux autres collègues policiers Erik et Aristide sont plongés dans leurs pensées.
"Il n’y a pas marqué assistante sociale, ni avocate, ni infirmière. Il y a marqué police" sur son uniforme et pourtant Virginie doute de ce qu’ils font. A la rigueur mais la suite, ces trois policiers qui sont prêts à laisser partir cet homme : je n’y ai pas cru un seul instant. Certes, Hugo Boris dépeint parfaitement le quotidien de ces policiers.
La fatigue, le travail peu gratifiant qui colle à la peau où "l’on se prend de plein fouet, sans filtre, tous les problèmes dans lesquels se débat ce pauvre monde". En plus, on a l'impression d'être dans cette voiture de police, de ressentir l'atmosphère .
Pour moi, ce sont les seuls points positifs de ce livre. Et je trouve dommage que l'auteur n'ait pas développé le personnage du clandestin.
Le billet de Laure qui renvoie à plein d'autres liens.
Lu de cet auteur : Trois grands fauves
Trois policiers et une mission qui sort de l’ordinaire en fin de journée. Conduire au centre de rétention de Roissy un homme pour une expulsion du territoire. Dans la voiture, Virginie qui a repris du service après son congé maternité outrepasse ses fonctions et ouvre l’enveloppe contenant le dossier de l'homme. Elle lit que dans son pays le Tadjikistan, il a été torturé. Il est calme et ne dit rien assis à l’arrière. Ses deux autres collègues policiers Erik et Aristide sont plongés dans leurs pensées.
"Il n’y a pas marqué assistante sociale, ni avocate, ni infirmière. Il y a marqué police" sur son uniforme et pourtant Virginie doute de ce qu’ils font. A la rigueur mais la suite, ces trois policiers qui sont prêts à laisser partir cet homme : je n’y ai pas cru un seul instant. Certes, Hugo Boris dépeint parfaitement le quotidien de ces policiers.
La fatigue, le travail peu gratifiant qui colle à la peau où "l’on se prend de plein fouet, sans filtre, tous les problèmes dans lesquels se débat ce pauvre monde". En plus, on a l'impression d'être dans cette voiture de police, de ressentir l'atmosphère .
Pour moi, ce sont les seuls points positifs de ce livre. Et je trouve dommage que l'auteur n'ait pas développé le personnage du clandestin.
Le billet de Laure qui renvoie à plein d'autres liens.
Lu de cet auteur : Trois grands fauves
jeudi 10 novembre 2016
Nickolas Butler - Des hommes de peu de foi
Éditeur : Autrement - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Mireille Vignol - Date de paeution : Août 2016 - 532 pages sympathiques.
Eté 1962, Nelson treize ans, enfant solitaire, passe une semaine dans un camp de scouts dans le nord du Wisconsin. Il devient très vite le souffre-douleur des autres scouts et des monteurs loin des valeurs inculqués (la loyauté, le courage, l’entraide). Mais être celui qui sonne du clairon et obtenir des insignes lui suffit car il est quelqu’un de foncièrement bon et d’honnête. 1996, Nelson dirige désormais le camp de Chippewa après avoir combattu au Vietnam. Et son ami Jonathan y emmène son fils Trevor âgé de seize ans. Jonathan veut que son fils qu’il trouve coincé et trop sérieux (il est amoureux au point de d’envisager l’avenir avec sa copine Rachel) profite de la vie. En compagnie de Nelson, il l'entraîne avant le début du camp dans un club de tripteaseuses. 2019, Nelson est un homme âgé à la santé déclinant toujours responsable du camp. Il a dû céder sur certains points comme Internet pour ne pas mettre la clé sous le porte. Rachel la veuve de Trevor passe la semaine avec son fils venu à contrecœur.
Ici, Nickolas Butler ne fait pas l’apologie du scoutisme dans ce roman. Plus subtilement à travers trois générations, il revient sur les valeurs importantes à nos yeux que l’on veut transmettre à nos enfants. Il décrit des pères imparfaits (défaillants, cyniques ou misogynes, menteurs ou trompeurs) ayant été scouts dans leur jeunesse. Le camp lui-même n’est pas exempt de violence et les plus faibles sont persécutés par les plus forts. Nelson et Trevor sont deux personnages loyaux qui tous les s’engageront dans l’armée et y laisseront un lourd tribu comme si c'était la possibilité pour eux. Rachel le seul personnage féminin le plus développé m'a touchée (elle incarne parfaitement la mère seule qui élève son ado de fils du mieux qu'elle peut). Les questions qu’est-ce un bon père, un bon mari, un bon fils et un bon patriote sont abordées mais jamais sans que l’auteur ne fasse la morale et le tout avec une écriture fluide.
Un roman sympathique plein d’humanité (seul petit bémol : quelques longueurs dans la première partie) avec un petit goût de nostalgie.
Être un Eagle Scout c'est un peu comme un tambour-major de la fanfare du lycée ou délégué de promo. Totalement inutile.
Les billets d'Eva, Hélène, Jostein, Sandrine
Lu de cet auteur : Retour à Little Wing
Eté 1962, Nelson treize ans, enfant solitaire, passe une semaine dans un camp de scouts dans le nord du Wisconsin. Il devient très vite le souffre-douleur des autres scouts et des monteurs loin des valeurs inculqués (la loyauté, le courage, l’entraide). Mais être celui qui sonne du clairon et obtenir des insignes lui suffit car il est quelqu’un de foncièrement bon et d’honnête. 1996, Nelson dirige désormais le camp de Chippewa après avoir combattu au Vietnam. Et son ami Jonathan y emmène son fils Trevor âgé de seize ans. Jonathan veut que son fils qu’il trouve coincé et trop sérieux (il est amoureux au point de d’envisager l’avenir avec sa copine Rachel) profite de la vie. En compagnie de Nelson, il l'entraîne avant le début du camp dans un club de tripteaseuses. 2019, Nelson est un homme âgé à la santé déclinant toujours responsable du camp. Il a dû céder sur certains points comme Internet pour ne pas mettre la clé sous le porte. Rachel la veuve de Trevor passe la semaine avec son fils venu à contrecœur.
Ici, Nickolas Butler ne fait pas l’apologie du scoutisme dans ce roman. Plus subtilement à travers trois générations, il revient sur les valeurs importantes à nos yeux que l’on veut transmettre à nos enfants. Il décrit des pères imparfaits (défaillants, cyniques ou misogynes, menteurs ou trompeurs) ayant été scouts dans leur jeunesse. Le camp lui-même n’est pas exempt de violence et les plus faibles sont persécutés par les plus forts. Nelson et Trevor sont deux personnages loyaux qui tous les s’engageront dans l’armée et y laisseront un lourd tribu comme si c'était la possibilité pour eux. Rachel le seul personnage féminin le plus développé m'a touchée (elle incarne parfaitement la mère seule qui élève son ado de fils du mieux qu'elle peut). Les questions qu’est-ce un bon père, un bon mari, un bon fils et un bon patriote sont abordées mais jamais sans que l’auteur ne fasse la morale et le tout avec une écriture fluide.
Un roman sympathique plein d’humanité (seul petit bémol : quelques longueurs dans la première partie) avec un petit goût de nostalgie.
Être un Eagle Scout c'est un peu comme un tambour-major de la fanfare du lycée ou délégué de promo. Totalement inutile.
Les billets d'Eva, Hélène, Jostein, Sandrine
Lu de cet auteur : Retour à Little Wing
mardi 8 novembre 2016
Catherine Cusset - L'autre qu'on adorait
Editeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 291 pages très touchantes.
A vingt-six ans Catherine Cusset rencontre Thomas l’ami de son frère de six ans son cadet. Leur relation durera quelques mois et elle laissera place à une amitié. En 2008, Thomas âgé de trente–neuf ans se suicide. Dans ce livre, l'auteure s’adresse à Thomas pour nous nous raconter qui il était. Etudiant en lettres, il rate le concours d’entrée à une grande école prestigieuse. Pourtant Thomas est intelligent, cultivé, affamé de musique (en particulier le jazz), cinéphile et passionné de Proust. Tant pis, à vingt-trois ans, il décide de construire son avenir aux Etats-Unis qui lui offre une place à Colombia et la possibilité de préparer une thèse sur son auteur favori.
Il découvre New-York, il aime s’amuser et sortir, profiter de la vie avec excès. C’est un séducteur, un homme qui plait aux femmes. Après Colombia, il postule dans d’autres universités renommées pour enseigner mais les meilleurs postes lui échappent. Des universités plus petites l’acceptent. Spécialiste de la littérature et du cinéma, il devrait publier ses recherches ce qu'il remet toujours à plus tard. Et quand il veut s'y mettre, une immense fatigue s'abat sur lui l'empêchant de faire quoi que ce soit. Des périodes durant lesquelles il coupe les ponts avec tout le monde et où il boit de trop. Il accumule les échecs professionnels et sentimentaux. Mais le Thomas aimant la vie reprend toujours le dessus. Il vient souvent en France et sa soeur le pousse à consulter. Ses changements d’humeur ont un nom : la bipolarité "C'est la maladie, pas toi, qui a ruiné ta carrière. Le découvrir est un soulagement". Mais Thomas finira par baisser les bras.
Catherine Cusset ne mélange pas ses sentiments et ses ressentis au récit (hormis dans l’épilogue). Et de cette façon, c’est Thomas qui est au centre de l’histoire. En choisissent le «"tu" dans la narration, elle montre son amitié affectueuse, sincère tout en restituant la densité et la fragilité de son ami.
Proust, la musique sont en filigrane dans ce livre sur la réussite sociale, sur cette maladie difficile à démasquer. Catherine Cusset rend un bel hommage à son ami. J'ai été très touchée.
Echouer, il n'y a pas de verbe dont la multiplicité de sens soit plus approprié à ton cas : 1) ne pas réussir; 2) toucher le fond par accident et couler; 3) s'arrêter dans un endroit par hasard et sans l'avoir voulu. On pourrait même dire, pour citer Beckett ("Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaye encore. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux) que tu échoues de mieux en mieux.
Si tu aimes tant Proust, c'est pour son intuition fondamentale : la vie véritable est dans les fragments de temps qui échappent au temps. La fameuse madeleine n'est rien d'autre que la rencontre du présent et du passé qui permet de sortir de l'angoisse de la mort en n'étant ni dans le passé ni dans le présent mais entre les deux.
Les avis de Cuné, Joëlle, Livrogne
Lu de cet auteur : Un brillant avenir - Indigo
A vingt-six ans Catherine Cusset rencontre Thomas l’ami de son frère de six ans son cadet. Leur relation durera quelques mois et elle laissera place à une amitié. En 2008, Thomas âgé de trente–neuf ans se suicide. Dans ce livre, l'auteure s’adresse à Thomas pour nous nous raconter qui il était. Etudiant en lettres, il rate le concours d’entrée à une grande école prestigieuse. Pourtant Thomas est intelligent, cultivé, affamé de musique (en particulier le jazz), cinéphile et passionné de Proust. Tant pis, à vingt-trois ans, il décide de construire son avenir aux Etats-Unis qui lui offre une place à Colombia et la possibilité de préparer une thèse sur son auteur favori.
Il découvre New-York, il aime s’amuser et sortir, profiter de la vie avec excès. C’est un séducteur, un homme qui plait aux femmes. Après Colombia, il postule dans d’autres universités renommées pour enseigner mais les meilleurs postes lui échappent. Des universités plus petites l’acceptent. Spécialiste de la littérature et du cinéma, il devrait publier ses recherches ce qu'il remet toujours à plus tard. Et quand il veut s'y mettre, une immense fatigue s'abat sur lui l'empêchant de faire quoi que ce soit. Des périodes durant lesquelles il coupe les ponts avec tout le monde et où il boit de trop. Il accumule les échecs professionnels et sentimentaux. Mais le Thomas aimant la vie reprend toujours le dessus. Il vient souvent en France et sa soeur le pousse à consulter. Ses changements d’humeur ont un nom : la bipolarité "C'est la maladie, pas toi, qui a ruiné ta carrière. Le découvrir est un soulagement". Mais Thomas finira par baisser les bras.
Catherine Cusset ne mélange pas ses sentiments et ses ressentis au récit (hormis dans l’épilogue). Et de cette façon, c’est Thomas qui est au centre de l’histoire. En choisissent le «"tu" dans la narration, elle montre son amitié affectueuse, sincère tout en restituant la densité et la fragilité de son ami.
Proust, la musique sont en filigrane dans ce livre sur la réussite sociale, sur cette maladie difficile à démasquer. Catherine Cusset rend un bel hommage à son ami. J'ai été très touchée.
Echouer, il n'y a pas de verbe dont la multiplicité de sens soit plus approprié à ton cas : 1) ne pas réussir; 2) toucher le fond par accident et couler; 3) s'arrêter dans un endroit par hasard et sans l'avoir voulu. On pourrait même dire, pour citer Beckett ("Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaye encore. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux) que tu échoues de mieux en mieux.
Si tu aimes tant Proust, c'est pour son intuition fondamentale : la vie véritable est dans les fragments de temps qui échappent au temps. La fameuse madeleine n'est rien d'autre que la rencontre du présent et du passé qui permet de sortir de l'angoisse de la mort en n'étant ni dans le passé ni dans le présent mais entre les deux.
Les avis de Cuné, Joëlle, Livrogne
Lu de cet auteur : Un brillant avenir - Indigo
lundi 7 novembre 2016
Dermot Bolger - Ensemble séparés
Éditeur : Joëlle Losfeld Editions - Traduit de l'anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas - Date de parution : Août 2016 - 367 pages prenantes.
Nous sommes en 2007 dans une banlieue devenue très en vue de Dublin, Alice et Chris y habitent depuis longtemps dans une petite maison. Parce qu’Alice ne supporte plus d’y vivre, son mari tente d’acheter ailleurs mais les prix ne font que grimper car l’Irlande est à son tour gagnée par la frénésie spéculative de l’immobilier. Si Chris aime toujours sa femme, Alice s’est détachée de lui et s’est enfermée dans une bulle dépressive. Leur voisin Ronan propose à Chris de s’associer avec lui dans une affaire immobilière incluant les deux jardins mitoyens. Affaire qui selon lui permettrait à Chris de réaliser le rêve de sa femme et de sauver ainsi son couple.
Trois personnages et des tempéraments différents. Chris très influençable et assez crédule, Alice assez froide voire dure envers son mari et qui voit dans un changement de lieu la possibilité de tourner une page sur un drame dont elle responsable. Et enfin Ronan manipulateur aux dents longues, peu scrupuleux et avide d’argent, divorcé et remarié à une femme philippine plus jeune que lui. Chris va accepter l’offre d’association immobilière de Ronan mais un ouvrier clandestin employé illégalement (comme tous les autres) meurt sur le chantier.
S'étendant sur des tranches durant deux ans, la fièvre de l’argent dans cette Irlande contemporaine et ses conséquences sont très bien décrites tout comme les conditions des immigrants et des immigrés, l’introspection du couple, le poids ou la place de la famille. J'ai trouvé très intéressant le personnage d’Alice : sa complexité, ce qu’elle a vécu (elle qui aura tenté de s’installer au Canada, fille unique qui a beaucoup sacrifié pour ses parents) et comment à cinquante ans elle regarde l’avenir.
L'auteur manie l’ironie, la causticité et n’est pas tendre avec ses personnages.
Malgré deux bémols (la naïveté de Chris a eu tendance à m’agacer et quelques longueurs), ce roman dont la construction fait la part belle à la psychologie est prenant !
Alice gardait de ses parents l'image ineffaçable d'une femme et d'un homme qui se tenaient la main, stoïques - elle allongée et lui ainsi assis-, attendant la mort aussi tranquillement qu'ils auraient attendu le bus 46A pour aller au Gaiety voir Maureen Potter.
Lu de cet auteur : Une seconde vie
Nous sommes en 2007 dans une banlieue devenue très en vue de Dublin, Alice et Chris y habitent depuis longtemps dans une petite maison. Parce qu’Alice ne supporte plus d’y vivre, son mari tente d’acheter ailleurs mais les prix ne font que grimper car l’Irlande est à son tour gagnée par la frénésie spéculative de l’immobilier. Si Chris aime toujours sa femme, Alice s’est détachée de lui et s’est enfermée dans une bulle dépressive. Leur voisin Ronan propose à Chris de s’associer avec lui dans une affaire immobilière incluant les deux jardins mitoyens. Affaire qui selon lui permettrait à Chris de réaliser le rêve de sa femme et de sauver ainsi son couple.
Trois personnages et des tempéraments différents. Chris très influençable et assez crédule, Alice assez froide voire dure envers son mari et qui voit dans un changement de lieu la possibilité de tourner une page sur un drame dont elle responsable. Et enfin Ronan manipulateur aux dents longues, peu scrupuleux et avide d’argent, divorcé et remarié à une femme philippine plus jeune que lui. Chris va accepter l’offre d’association immobilière de Ronan mais un ouvrier clandestin employé illégalement (comme tous les autres) meurt sur le chantier.
S'étendant sur des tranches durant deux ans, la fièvre de l’argent dans cette Irlande contemporaine et ses conséquences sont très bien décrites tout comme les conditions des immigrants et des immigrés, l’introspection du couple, le poids ou la place de la famille. J'ai trouvé très intéressant le personnage d’Alice : sa complexité, ce qu’elle a vécu (elle qui aura tenté de s’installer au Canada, fille unique qui a beaucoup sacrifié pour ses parents) et comment à cinquante ans elle regarde l’avenir.
L'auteur manie l’ironie, la causticité et n’est pas tendre avec ses personnages.
Malgré deux bémols (la naïveté de Chris a eu tendance à m’agacer et quelques longueurs), ce roman dont la construction fait la part belle à la psychologie est prenant !
Alice gardait de ses parents l'image ineffaçable d'une femme et d'un homme qui se tenaient la main, stoïques - elle allongée et lui ainsi assis-, attendant la mort aussi tranquillement qu'ils auraient attendu le bus 46A pour aller au Gaiety voir Maureen Potter.
Lu de cet auteur : Une seconde vie
vendredi 4 novembre 2016
Julia Heaberlin - Ainsi fleurit le mal
Éditeur : Presses de la Cité - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Cécile Leclere - Date de parution : Septembre 2016 - 558 pages et une déception.
A l’âge de seize ans, Tessa a échappé de peu à un tueur. Les autres jeunes filles enlevées n’ont pas survécu. Le criminel les avait laissées dans une fosse avec des marguerites. Son témoignage à a conduit un jeune homme dans les couloirs de la mort. Vingt ans plus tard Tessa est une jeune femme et mère d’une ado. Mais un matin elle découvre dans son jardin des marguerites jaunes fraîchement plantées.
Les jeunes filles mortes hantent toujours Tessa par leurs voix. Alternant passé avec le choc traumatique (ses entretiens avec un psy) et présent où elle revient sur ses accusations, ce livre n’a pas su m’accrocher et me convaincre. Trop lent sans susciter une tension, des détails à foison sans intérêt ou sans importance pour l'intrigue et une écriture trop banale. Curieuse de connaitre le dénouement et parce que le sujet de la peine de mort est un des thèmes de ce thriller, j’ai poursuivi ma lecture. C’était une erreur. Déçue.
Le billet de Valérie
A l’âge de seize ans, Tessa a échappé de peu à un tueur. Les autres jeunes filles enlevées n’ont pas survécu. Le criminel les avait laissées dans une fosse avec des marguerites. Son témoignage à a conduit un jeune homme dans les couloirs de la mort. Vingt ans plus tard Tessa est une jeune femme et mère d’une ado. Mais un matin elle découvre dans son jardin des marguerites jaunes fraîchement plantées.
Les jeunes filles mortes hantent toujours Tessa par leurs voix. Alternant passé avec le choc traumatique (ses entretiens avec un psy) et présent où elle revient sur ses accusations, ce livre n’a pas su m’accrocher et me convaincre. Trop lent sans susciter une tension, des détails à foison sans intérêt ou sans importance pour l'intrigue et une écriture trop banale. Curieuse de connaitre le dénouement et parce que le sujet de la peine de mort est un des thèmes de ce thriller, j’ai poursuivi ma lecture. C’était une erreur. Déçue.
Le billet de Valérie
jeudi 3 novembre 2016
Alain Claude Sulzer - Post-scriptum
Éditeur : Jacqueline Chambon - Traduit de l'allemand par Johannes Honingmann - Date de parution : Septembre 2016 - 279 pages et une très découverte !
1933. Acteur autrichien connu en Allemagne, Lionel Kupfer presque cinquantenaire séjourne dans un hôtel alpin en Suisse en attendant de tourner sous peu dans un prochain film. Ce n’est pas la première fois qu’il y vient entre deux tournages. Le personnel est discret mais il peut mesurer l‘étendue de sa notoriété. Au bureau de poste du village, un jeune homme Walter espère le rencontrer car il l’admire. Dans ce luxueux hôtel, Lionel s’ennuie et attend des nouvelles de son amant Eduard.
Alors qu’ils sont de deux mondes opposés, Walter et Lionel vont faire connaissance et entamer une liaison. Walter porte à Lionel un amour sincère et démesuré mais la venue d'Eduard va tout bouleverser. Il est venu apporter une nouvelle à Lionel : le prochain film où il devait jouer se fera sans lui car il est juif. Lionel s‘exile aux Etats-Unis où son nom ne lui ouvre aucune porte.
Se déroulant sur plusieurs époques, ce roman possède indéniablement un charme élégant. La finesse de l’écriture (et donc l’excellente traduction nous immerge) par des focus dans la vie de Lionel mais également dans celle de Walter. C'est précis sans tomber dans les excès de détails et l'auteur dépeint à le panel des sentiments et des émotions : l'amour, la jalousie, l'orgueil blessé tout comme la honte, la stupéfaction (je pense par exemple à la mère de Walter qui découvre l'horreur des camps de concentration) ou encore la sensualité d'une voix. Et le titre prend tout sa signification dans les dernières pages.
A travers ces destins, Alain Claude Sulzer dépeint l’homosexualité interdite, les différences de classe sociale. Une belle découverte !
Il jouait. Il jouait la comédie, comme s'il savait que la semaine allait un jour forcément atteindre les masses qui étaient à ses pieds comme au début. Il jouait comme s'il était filmé, comme si ce qui se déroulait ici obéissait aux instructions d'un scénario et d'un réalisateur invisible. Procéder à des changements, c'était du domaine du possible. Quand certains détails ne collaient pas, on modifiait les passages concernés. On rejouait la scène une deuxième, une troisième fois.(...) Jouer - simuler–redonnait à Kupfer le semblant d'assurance qu'il avait perdu l'espace d'un instant. une attitude assurée et des gestes assez réfléchis pour paraître naturel étaient indispensables. Un dernier geste à l'ancienne avant de sortir du plan, avant le nouveau départ incertain, le brouillard impénétrable. Dans le temps, il aurait glissé l'oeillet à sa boutonnière. Mais "dans le temps", c'était fini pour toujours. Le passé était contenu dans le geste qu'il avait omis de faire.
1933. Acteur autrichien connu en Allemagne, Lionel Kupfer presque cinquantenaire séjourne dans un hôtel alpin en Suisse en attendant de tourner sous peu dans un prochain film. Ce n’est pas la première fois qu’il y vient entre deux tournages. Le personnel est discret mais il peut mesurer l‘étendue de sa notoriété. Au bureau de poste du village, un jeune homme Walter espère le rencontrer car il l’admire. Dans ce luxueux hôtel, Lionel s’ennuie et attend des nouvelles de son amant Eduard.
Alors qu’ils sont de deux mondes opposés, Walter et Lionel vont faire connaissance et entamer une liaison. Walter porte à Lionel un amour sincère et démesuré mais la venue d'Eduard va tout bouleverser. Il est venu apporter une nouvelle à Lionel : le prochain film où il devait jouer se fera sans lui car il est juif. Lionel s‘exile aux Etats-Unis où son nom ne lui ouvre aucune porte.
Se déroulant sur plusieurs époques, ce roman possède indéniablement un charme élégant. La finesse de l’écriture (et donc l’excellente traduction nous immerge) par des focus dans la vie de Lionel mais également dans celle de Walter. C'est précis sans tomber dans les excès de détails et l'auteur dépeint à le panel des sentiments et des émotions : l'amour, la jalousie, l'orgueil blessé tout comme la honte, la stupéfaction (je pense par exemple à la mère de Walter qui découvre l'horreur des camps de concentration) ou encore la sensualité d'une voix. Et le titre prend tout sa signification dans les dernières pages.
A travers ces destins, Alain Claude Sulzer dépeint l’homosexualité interdite, les différences de classe sociale. Une belle découverte !
Il jouait. Il jouait la comédie, comme s'il savait que la semaine allait un jour forcément atteindre les masses qui étaient à ses pieds comme au début. Il jouait comme s'il était filmé, comme si ce qui se déroulait ici obéissait aux instructions d'un scénario et d'un réalisateur invisible. Procéder à des changements, c'était du domaine du possible. Quand certains détails ne collaient pas, on modifiait les passages concernés. On rejouait la scène une deuxième, une troisième fois.(...) Jouer - simuler–redonnait à Kupfer le semblant d'assurance qu'il avait perdu l'espace d'un instant. une attitude assurée et des gestes assez réfléchis pour paraître naturel étaient indispensables. Un dernier geste à l'ancienne avant de sortir du plan, avant le nouveau départ incertain, le brouillard impénétrable. Dans le temps, il aurait glissé l'oeillet à sa boutonnière. Mais "dans le temps", c'était fini pour toujours. Le passé était contenu dans le geste qu'il avait omis de faire.
lundi 31 octobre 2016
Luc Lang - Au commencement du septième jour
Editeur : Stock - Date de parution : Août 2016 - 538 pages et une lecture manquée.
Thomas et Camille la quarantaine, parents de deux enfants, sont un couple en pleine ascension professionnelle et aux emplois du temps bien chargés. En pleine nuit, Thomas reçoit un appel. Camille a eu un accident de voiture ce vendredi soir quelque part en Normandie sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Pour Thomas, une foule d’interrogation se bousculent : que dire aux enfants ? Que faisait Camille ? Comment l’accident s’est produit? Aux enfants, il ment d’abord expliquant un déplacement plus long que prévu pour Camille. Il savait que Camille travaillait sur des dossiers dits sensibles et si l’accident n’était pas fortuit ? Et si Camille le trompait ? Thomas avance dans le brouillard.
Après le décès de Camille, il retourne souvent avec les enfants dans les Pyrénées où son frère aîné Jean a repris la suite de leur père à la bergerie. Sous ses apparences de taiseux, Jean le pousse à remettre en question beaucoup de points : sa conception de logiciels de surveillance de personnes, sa vie centrée sur son travail. Leur sœur Pauline travaille au Cameroun dans un dispensaire. Si Jean a des nouvelles régulièrement de leur soeur, Thomas lui s’est laissé prendre par le quotidien de sa propre vie depuis bien des années.
On va le suivre de la banlieue parisienne aux Pyrénées et au Cameroun où il rendra enfin visite à sa sœur. Je pourrais en dire plus sur l’histoire mais l’enthousiasme n’y est pas. Le style de Luc Lang ne m’a pas plu , je n'ai pas été du tout réceptive à l'écriture et puis il y a eu des petites choses qui m’ont dérangée. D’abord cette impression de remplissage quand Thomas cherche par tous les moyens à savoir si le logiciel de la voiture de Camille n’a pas été trafiqué ou les trop longues scènes concernant son travail. Je me suis inconsciemment focalisée sur ces points. Le coup fatal (et final) a été le secret de famille. Pourtant, j’ai aimé les descriptions de la vie camerounaise et le décalage éprouvé par Thomas. Si je n’ai pas eu toutes les réponses aux questions que Thomas se pose initialement, ça ne m’a pas dérangé outre mesure.
Mais j’ai vraiment peiné dans cette lecture sous forme de quête pour Thomas et je suis complètement passée à côté, je pense, au vu de tous les avis élogieux.
Thomas et Camille la quarantaine, parents de deux enfants, sont un couple en pleine ascension professionnelle et aux emplois du temps bien chargés. En pleine nuit, Thomas reçoit un appel. Camille a eu un accident de voiture ce vendredi soir quelque part en Normandie sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Pour Thomas, une foule d’interrogation se bousculent : que dire aux enfants ? Que faisait Camille ? Comment l’accident s’est produit? Aux enfants, il ment d’abord expliquant un déplacement plus long que prévu pour Camille. Il savait que Camille travaillait sur des dossiers dits sensibles et si l’accident n’était pas fortuit ? Et si Camille le trompait ? Thomas avance dans le brouillard.
Après le décès de Camille, il retourne souvent avec les enfants dans les Pyrénées où son frère aîné Jean a repris la suite de leur père à la bergerie. Sous ses apparences de taiseux, Jean le pousse à remettre en question beaucoup de points : sa conception de logiciels de surveillance de personnes, sa vie centrée sur son travail. Leur sœur Pauline travaille au Cameroun dans un dispensaire. Si Jean a des nouvelles régulièrement de leur soeur, Thomas lui s’est laissé prendre par le quotidien de sa propre vie depuis bien des années.
On va le suivre de la banlieue parisienne aux Pyrénées et au Cameroun où il rendra enfin visite à sa sœur. Je pourrais en dire plus sur l’histoire mais l’enthousiasme n’y est pas. Le style de Luc Lang ne m’a pas plu , je n'ai pas été du tout réceptive à l'écriture et puis il y a eu des petites choses qui m’ont dérangée. D’abord cette impression de remplissage quand Thomas cherche par tous les moyens à savoir si le logiciel de la voiture de Camille n’a pas été trafiqué ou les trop longues scènes concernant son travail. Je me suis inconsciemment focalisée sur ces points. Le coup fatal (et final) a été le secret de famille. Pourtant, j’ai aimé les descriptions de la vie camerounaise et le décalage éprouvé par Thomas. Si je n’ai pas eu toutes les réponses aux questions que Thomas se pose initialement, ça ne m’a pas dérangé outre mesure.
Mais j’ai vraiment peiné dans cette lecture sous forme de quête pour Thomas et je suis complètement passée à côté, je pense, au vu de tous les avis élogieux.
vendredi 28 octobre 2016
Jean-Paul Dubois - La succession
Éditeur : Éditions de L'Olivier - Date de parution : Août 2016 - 240 pages qui m'ont touchée, émue.
Après des études de médecine suivies sans grande conviction comme son père, la narrateur Paul Katrakilis a quitté la France pour Miami. Il s’adonne sa passion la pelote basque et en vit modestement. Seul son père médecin est encore vivant et il n’a aucun contact avec lui. Que penser d’un père qui se prépare un déjeuner comme si de rien n’était après le suicide de son épouse le jour–même ? Car dans sa famille, son grand-père, son oncle (le frère de sa mère qui vivaient avec eux) et sa mère, tous ont choisi de donner la mort. Et quand son père agit de même, Paul est obligé de revenir en France pour régler la succession. "De la mi-novembre 1983 au 20 décembre 1987, je fus donc un homme profondément heureux, comblé en toutes choses et vivant modestement des revenus du seul métier que j’aie jamais rêvé d’exercer depuis mon enfance : pelotari."
Si par succession, on associe la transmission de biens matériels après le décès d’un personne. Ici ce mot prend une dimension supplémentaire. Bien sur, il y a la maison dans laquelle son père avait son cabinet médical et où les chambres de chacun sont restées telles qu’elles depuis des années. De quoi faire remonter le souvenirs. Le grand-père et son bocal où un lamelle du soi-disant cerveau de Staline flotte dans du formol, celle de sa mère si proche de son frère (qu’ils auraient pu former un vieux couple), son oncle si réservé mais expansif dès qu’ils se rendaient sur la côte Basque. Dans le cabinet médical de son père, il trouve deux carnets noirs. Alors qu'il croyait son père asocial, il découvre un aspect méconnu de sa personnalité. Il se décide à reprendre la suite de son père.
Il m’aura fallu un certain temps pour rentrer dans ce livre. Mais à partir de la découverte des carnets l’histoire m’a vraiment plus intéressée. Et c’est à partir de ce moment que je me suis attachée à Paul, à cet homme qui n'a pas de mode d'emploi de la vie et donc incapable d'approcher la bonheur. Alors la fin très glaçante m’a plus que serrée le coeur.
Ce roman sur le sens du bonheur, sur la transmission et sur la mort (de plusieurs sortes) est mélancolique mais il comporte de l’humanité sans jamais être larmoyant car l’auteur use d’un humour absurde et les personnages décalés qui entourent Paul permettent d’apporter quelques notes plus légères. Mais de là à apprécier les (trop) nombreuses descriptions sur la pelote basque, non.
Je découvre cet auteur avec ce titre et ça ne sera pas le dernier. Touchée et émue.
Le plus étrange, c’est que la mort traversa à plusieurs reprises notre maison et les survivants s’en aperçurent à peine, la regardant passer comme une vague femme de ménage.
Les billets de Delphine, Violette
jeudi 27 octobre 2016
Gerard Donovan - Une famille passagère
Éditeur : Seuil - Traduit de l'anglais par George-Michel Sarotte - Date de parution : Septembre 2016 - 191 pages à découvrir !
Septembre 1938, dans la station balnéaire de Margate, la narratrice profite qu’un landau soit resté sans surveillance à une fête foraine pour le prendre avec le bébé à l’intérieur. Elle laisse le landau et part avec l’enfant dans sa voiture une Austin Ruby (une voiture très courante à l’époque).
Au fil des pages, des éléments apparaissent : l’acte a été soigneusement prémédité et on apprend quelques informations sur la narratrice. Elle vit pour ainsi dire dans sa voiture et possède avec elle tout ce qu’elle a. Après une première nuit passée dans un hôtel avec l’enfant, le lendemain et les jours suivants la voiture sert pour dormir, manger alors qu’elle va d’une station balnéaire à une autre. Elle a décidé que l'enfant était à elle et qu’il s’appelait Albert.
Si la narratrice fait preuve par moments de lucidité, elle nous livre aussi ses réflexions, ses pensées sur la famille où une certaine folie apparaît, ses rêves illusoires. Elle veut tenter d’être une mère, elle pense et qu’elle est apte à le faire. Le personnage de cette femme est froid et inquiétant. Et quand l’enfant tombe malade, elle semble prendre conscience que l'élever va la priver de ses plaisirs égoïstes peu nombreux.
Gerard Donovan installe une ambiance très particulière, très troublante. On a vraiment l’impression d’être dans ses stations balnéaires d’avant-guerre de l’Angleterre qui se vident des touristes avec un côté désuet et on ne peut s’empêcher d’éprouver une angoisse grandissante. L'écriture est très précise mais aussi empreinte d'une poésie et permet d'accentuer l'ambiance. J'ai tout aimé !
Une famille se compose d'un mari, d'une épouse, d'une maison et d'un enfant. Je pouvais déjà me considérer comme une des composantes ; il manquait les trois autres.
Mais il paraît que les yeux restent identiques durant toute la vie : les yeux qui sont témoins de l'enfance le sont également de la vieillesse. Le même cœur bat comme avant la naissance. Je n'avais rien manqué. En fait, lorsque j'y pensais, seules quelques années et quelques expériences nous séparaient, cet enfant et moi, voire la même expérience répétée au cours de nombreuses années. Albert ne devait pas se faire du souci à propos du degré d'intimité que nous allions atteindre avec le temps.
Le billet de Cathulu
Septembre 1938, dans la station balnéaire de Margate, la narratrice profite qu’un landau soit resté sans surveillance à une fête foraine pour le prendre avec le bébé à l’intérieur. Elle laisse le landau et part avec l’enfant dans sa voiture une Austin Ruby (une voiture très courante à l’époque).
Au fil des pages, des éléments apparaissent : l’acte a été soigneusement prémédité et on apprend quelques informations sur la narratrice. Elle vit pour ainsi dire dans sa voiture et possède avec elle tout ce qu’elle a. Après une première nuit passée dans un hôtel avec l’enfant, le lendemain et les jours suivants la voiture sert pour dormir, manger alors qu’elle va d’une station balnéaire à une autre. Elle a décidé que l'enfant était à elle et qu’il s’appelait Albert.
Si la narratrice fait preuve par moments de lucidité, elle nous livre aussi ses réflexions, ses pensées sur la famille où une certaine folie apparaît, ses rêves illusoires. Elle veut tenter d’être une mère, elle pense et qu’elle est apte à le faire. Le personnage de cette femme est froid et inquiétant. Et quand l’enfant tombe malade, elle semble prendre conscience que l'élever va la priver de ses plaisirs égoïstes peu nombreux.
Gerard Donovan installe une ambiance très particulière, très troublante. On a vraiment l’impression d’être dans ses stations balnéaires d’avant-guerre de l’Angleterre qui se vident des touristes avec un côté désuet et on ne peut s’empêcher d’éprouver une angoisse grandissante. L'écriture est très précise mais aussi empreinte d'une poésie et permet d'accentuer l'ambiance. J'ai tout aimé !
Une famille se compose d'un mari, d'une épouse, d'une maison et d'un enfant. Je pouvais déjà me considérer comme une des composantes ; il manquait les trois autres.
Mais il paraît que les yeux restent identiques durant toute la vie : les yeux qui sont témoins de l'enfance le sont également de la vieillesse. Le même cœur bat comme avant la naissance. Je n'avais rien manqué. En fait, lorsque j'y pensais, seules quelques années et quelques expériences nous séparaient, cet enfant et moi, voire la même expérience répétée au cours de nombreuses années. Albert ne devait pas se faire du souci à propos du degré d'intimité que nous allions atteindre avec le temps.
Le billet de Cathulu
mardi 25 octobre 2016
Antoine Bello - Ada
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 362 pages qui m'ont ravie !
Agé d’un peu plus de cinquante ans, Frank Logan est policier à la Silicon Valley un endroit dont il est originaire. Amateur de haïkus, il prend à cœur les trafics les jeunes filles étrangères mises sur le trottoir. Et quand la compagnie Turing signale disparition d’Ada, il découvre que derrière ce prénom se cache une intelligence artificielle (AI). Et notre policier qui n’y connaît rien en technologie est un peu sceptique. Ada a été conçu pour écrire des romans à l’eau de rose et a d’ailleurs produit un premier jet intitulé Passion d’automne. Si ses créateurs pensent d’abord à un vol, Ada a en fait pris la poudre d’escampette et elle entre en contact avec Logan.
Méfiant, Frank réagit en premier en tant en tant qu’humain face à une machine. Mais Ada a de l’humour, de la répartie et possède des ambitions littéraires. Franck est un policier honnête donc il devrait boucler l’affaire mais il aimerait d’abord savoir si Ada possède une conscience ou non. On apprend comment Ada été conçue, comment elle est programmée pour écrire un livre à succès même si Passion d’automne comporte quelques "bugs". Entre Franck et Ada, une relation s’établit alors que l’enquête prend des tournants inattendus.
De la réflexion sur les AI et de leur place jusqu’aux dérives à des questions sur ce que c’est la littérature, la place du marketing dans les romans actuels ou encore la définition de l’amour, ce roman se dévore !
Avec de l’humour (à différents degrés) et des raisonnements philosophiques, j’ai tourné les pages avec un grand plaisir. Et la toute fin de ce roman m’a fait plus que sourire et elle est bien loin mais très loin de tout ce que l’on peut imaginer.
Papillon fan de l’auteur peut être rassurée car cette découverte d’Antoine Bello m’a plus que ravie !
Encore ankylosé de sa gamelle de la veille, il se pencha avec d'infinies précautions pour atteindre d'une brochure posée sur la table basse. Elle pesait son kilo. À l'heure où les éditeurs migraient vers le numérique, il était rassurant de voir que les scieries amazoniennes conservaient quelques mécènes.
Les billets d'Alex, Cuné, Delphine, Eva, Keisha
Agé d’un peu plus de cinquante ans, Frank Logan est policier à la Silicon Valley un endroit dont il est originaire. Amateur de haïkus, il prend à cœur les trafics les jeunes filles étrangères mises sur le trottoir. Et quand la compagnie Turing signale disparition d’Ada, il découvre que derrière ce prénom se cache une intelligence artificielle (AI). Et notre policier qui n’y connaît rien en technologie est un peu sceptique. Ada a été conçu pour écrire des romans à l’eau de rose et a d’ailleurs produit un premier jet intitulé Passion d’automne. Si ses créateurs pensent d’abord à un vol, Ada a en fait pris la poudre d’escampette et elle entre en contact avec Logan.
Méfiant, Frank réagit en premier en tant en tant qu’humain face à une machine. Mais Ada a de l’humour, de la répartie et possède des ambitions littéraires. Franck est un policier honnête donc il devrait boucler l’affaire mais il aimerait d’abord savoir si Ada possède une conscience ou non. On apprend comment Ada été conçue, comment elle est programmée pour écrire un livre à succès même si Passion d’automne comporte quelques "bugs". Entre Franck et Ada, une relation s’établit alors que l’enquête prend des tournants inattendus.
De la réflexion sur les AI et de leur place jusqu’aux dérives à des questions sur ce que c’est la littérature, la place du marketing dans les romans actuels ou encore la définition de l’amour, ce roman se dévore !
Avec de l’humour (à différents degrés) et des raisonnements philosophiques, j’ai tourné les pages avec un grand plaisir. Et la toute fin de ce roman m’a fait plus que sourire et elle est bien loin mais très loin de tout ce que l’on peut imaginer.
Papillon fan de l’auteur peut être rassurée car cette découverte d’Antoine Bello m’a plus que ravie !
Encore ankylosé de sa gamelle de la veille, il se pencha avec d'infinies précautions pour atteindre d'une brochure posée sur la table basse. Elle pesait son kilo. À l'heure où les éditeurs migraient vers le numérique, il était rassurant de voir que les scieries amazoniennes conservaient quelques mécènes.
Les billets d'Alex, Cuné, Delphine, Eva, Keisha
lundi 24 octobre 2016
Jean-Baptiste Del Amo - Règne animal
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 419 pages et une écriture très forte mais...
Début du 20ème siècle dans une petite ferme du Gers comme il en existait partout en France. Les quelques terres et quelques bêtes, poules et cochons, servent à nourrir la famille hiver comme été . Entre une mère bigote et sans affection, sèche "n’a pour sa fille pas d’attention superflue. Elle se contente de l'éduquer, de lui transmettre le savoir des tâches quotidiennes qui incombent à leur sexe "(appelée la génitrice) et le père taiseux, Eléonore l’enfant unique du couple grandit. Le père est malade et les travaux de la ferme nécessitent de l’aide. Malgré la désapprobation de la génitrice, il fait appel à un cousin lointain Marcel qui vient s’installer chez eux. Le père meurt et la guerre appelle Marcel sous les drapeaux. Cette guerre que l’on croyait une histoire de quelques mois se poursuit dans la barbarie. Marcel en reviendra gueule cassée et profondément marqué mais sans jamais en parler. Pour faire taire la douleur, il y a l’alcool et le travail jusqu’à s’en abrutir. Eléonore est devenue une jeune femme et ils se marient. De cette union, un fils naitra : Henri.
Toujours le même lieu et presque un siècle plus tard. La petite ferme familiale s’est développée et est devenue une exploitation porcine. Les fils d’Henri, Joël et Serge y travaillent. Eléonore toujours vivante peut encore regarder sa descendance et ses petits-enfants dont Jérôme le cadet est atteint d’une forme d’autisme.
Il ne faut pas croire que l’auteur va seulement nous raconter la vie à la ferme et l’évolution sur cinq générations. Car derrière cette expression de "la vie à la ferme"» il s'agit d'une immersion où rien ne nous est épargné. Dès les premières pages, des passages sont à la limite du supportable où la génitrice balance aux truies le fruit de sa fausse-couche.
Dans cette première partie, avec une écriture qui fait appel à tous les sens, on sent la merde, le lisier, les fluides expulsés des corps. C’est cru, étouffant limite asphyxiant. Et le lecteur peut enfin respirer à la description de la nature sauvage d’une beauté admirable et d’un lyrisme magique. On visualise chaque scène et même si on se sent étouffé, l’écriture agit comme un aimant. Une écriture qui prend à la gorge pour nous raconter la boucherie de la Première Guerre mondiale.
Puis les années 1980. La violence sournoise ou ouverte est toujours là. Rendement, sélection des truies : une usine à produire, à engraisser à coup d’antibiotiques jusqu’au départ pour l’abattoir. Et les quantités d'excréments émises chaque jour qui semblent ingérables. Il y a les normes sanitaires en vigueur mais les bêtes sont confinée, stressées. Serge boit s’en presque sans cacher et depuis la naissance de son épouse Catherine a sombré dans une grave dépression. Joël est considéré comme un moins que rien par son père. Tandis le cancer ronge Henri proche de la folie.
Si l’auteur parvient avec réalisme à détailler l’élevage industriel intensif hélas il force le trait de ses personnages.
L’écriture de Jean-Baptiste Del Amo que je découvre est indéniablement très forte mais toutes ces descriptions donnent trop de haut-le-coeur (était-ce bien nécessaire?).
Tous portent sur eux, en eux, depuis les jumeaux jusqu'à l'aïeule, cette puanteur semblable à celle d'une vomissure, qu'ils ne sentent plus puisqu'elle est désormais la leur, nichée dans leurs vêtements, leur sinus, leurs cheveux, imprégnant même leur peau et leur chairs revêches. Ils ont acquis, au fil des générations, cette capacité de produire et d'exsuder l'odeur des porcs, de puer naturellement le porc.
Le billet de Keisha
Début du 20ème siècle dans une petite ferme du Gers comme il en existait partout en France. Les quelques terres et quelques bêtes, poules et cochons, servent à nourrir la famille hiver comme été . Entre une mère bigote et sans affection, sèche "n’a pour sa fille pas d’attention superflue. Elle se contente de l'éduquer, de lui transmettre le savoir des tâches quotidiennes qui incombent à leur sexe "(appelée la génitrice) et le père taiseux, Eléonore l’enfant unique du couple grandit. Le père est malade et les travaux de la ferme nécessitent de l’aide. Malgré la désapprobation de la génitrice, il fait appel à un cousin lointain Marcel qui vient s’installer chez eux. Le père meurt et la guerre appelle Marcel sous les drapeaux. Cette guerre que l’on croyait une histoire de quelques mois se poursuit dans la barbarie. Marcel en reviendra gueule cassée et profondément marqué mais sans jamais en parler. Pour faire taire la douleur, il y a l’alcool et le travail jusqu’à s’en abrutir. Eléonore est devenue une jeune femme et ils se marient. De cette union, un fils naitra : Henri.
Toujours le même lieu et presque un siècle plus tard. La petite ferme familiale s’est développée et est devenue une exploitation porcine. Les fils d’Henri, Joël et Serge y travaillent. Eléonore toujours vivante peut encore regarder sa descendance et ses petits-enfants dont Jérôme le cadet est atteint d’une forme d’autisme.
Il ne faut pas croire que l’auteur va seulement nous raconter la vie à la ferme et l’évolution sur cinq générations. Car derrière cette expression de "la vie à la ferme"» il s'agit d'une immersion où rien ne nous est épargné. Dès les premières pages, des passages sont à la limite du supportable où la génitrice balance aux truies le fruit de sa fausse-couche.
Dans cette première partie, avec une écriture qui fait appel à tous les sens, on sent la merde, le lisier, les fluides expulsés des corps. C’est cru, étouffant limite asphyxiant. Et le lecteur peut enfin respirer à la description de la nature sauvage d’une beauté admirable et d’un lyrisme magique. On visualise chaque scène et même si on se sent étouffé, l’écriture agit comme un aimant. Une écriture qui prend à la gorge pour nous raconter la boucherie de la Première Guerre mondiale.
Puis les années 1980. La violence sournoise ou ouverte est toujours là. Rendement, sélection des truies : une usine à produire, à engraisser à coup d’antibiotiques jusqu’au départ pour l’abattoir. Et les quantités d'excréments émises chaque jour qui semblent ingérables. Il y a les normes sanitaires en vigueur mais les bêtes sont confinée, stressées. Serge boit s’en presque sans cacher et depuis la naissance de son épouse Catherine a sombré dans une grave dépression. Joël est considéré comme un moins que rien par son père. Tandis le cancer ronge Henri proche de la folie.
Si l’auteur parvient avec réalisme à détailler l’élevage industriel intensif hélas il force le trait de ses personnages.
L’écriture de Jean-Baptiste Del Amo que je découvre est indéniablement très forte mais toutes ces descriptions donnent trop de haut-le-coeur (était-ce bien nécessaire?).
Tous portent sur eux, en eux, depuis les jumeaux jusqu'à l'aïeule, cette puanteur semblable à celle d'une vomissure, qu'ils ne sentent plus puisqu'elle est désormais la leur, nichée dans leurs vêtements, leur sinus, leurs cheveux, imprégnant même leur peau et leur chairs revêches. Ils ont acquis, au fil des générations, cette capacité de produire et d'exsuder l'odeur des porcs, de puer naturellement le porc.
Le billet de Keisha
vendredi 21 octobre 2016
Elitza Gueorguieva - Les cosmonautes ne font que passer
Éditeur : Verticales - Date de parution : Août 2016 - 184 pages et un premier roman très, très réussi!
Nous somme en Bulgarie communiste et la narratrice âgée de sept ans fait ses premiers pas à l’école où l’on doit appeler la directrice Camarade. Fascinée par Iouri Gagarine (figure emblématique) et pour faire plaisir à son grand-père, elle veut devenir cosmonaute (un projet qu’elle garde secret) mais il y a bien des barrages comme celui d’être une fille. Entre son grand-père "émérite communiste", ses parents qui se racontent des blagues dans la salle de bains où "ils laissent couler l'eau du lavabo, de la douche et du bidet simultanément" l’appartement et son placard difficile d’accès, les queues devant les magasins, elle nous raconte la vie et son enfance. Sept ans plus tard, la chute du Mur de Berlin change beaucoup de choses. Le pays découvre "la transition démocratique" et ce qui va avec : la liberté mais aussi la pauvreté.
Dans ce récit à la deuxième personne du singulier, Elitza Gueorguieva dépeint à merveille l’enfance et les rêves, les préoccupations qui lui sont associées dans la Bulgarie communiste où la politique dirige les vies de chacun. Pour la narratrice, le passage à l’adolescence coïncide au rejet par le peuple de tout qui rappelle le passé avec l’effondrement du communisme. Adieu à Gagarine et bonjour à Kurt Cobain pour elle : "ta vie se charge d'une nouvelle aspiration : devenir comme Kurt Cobain, une célèbre et mystérieuse punk-grunge-rockeuse" A travers son regard et son quotidien, on ressent les impacts directs de l'Histoire. Les difficultés pour la population, ceux qui retournent leur veste ou encore ceux qui n’aspirent qu’à quitter le pays.
Avec de la malice, de l'humour, ce premier roman au ton faussement léger est décalé et empli de fraîcheur. Vraiment très, très bien!
Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu'il y en a aussi des faux. C'est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu'on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau.
Les billets de Cuné, Pr. Platypus
Nous somme en Bulgarie communiste et la narratrice âgée de sept ans fait ses premiers pas à l’école où l’on doit appeler la directrice Camarade. Fascinée par Iouri Gagarine (figure emblématique) et pour faire plaisir à son grand-père, elle veut devenir cosmonaute (un projet qu’elle garde secret) mais il y a bien des barrages comme celui d’être une fille. Entre son grand-père "émérite communiste", ses parents qui se racontent des blagues dans la salle de bains où "ils laissent couler l'eau du lavabo, de la douche et du bidet simultanément" l’appartement et son placard difficile d’accès, les queues devant les magasins, elle nous raconte la vie et son enfance. Sept ans plus tard, la chute du Mur de Berlin change beaucoup de choses. Le pays découvre "la transition démocratique" et ce qui va avec : la liberté mais aussi la pauvreté.
Dans ce récit à la deuxième personne du singulier, Elitza Gueorguieva dépeint à merveille l’enfance et les rêves, les préoccupations qui lui sont associées dans la Bulgarie communiste où la politique dirige les vies de chacun. Pour la narratrice, le passage à l’adolescence coïncide au rejet par le peuple de tout qui rappelle le passé avec l’effondrement du communisme. Adieu à Gagarine et bonjour à Kurt Cobain pour elle : "ta vie se charge d'une nouvelle aspiration : devenir comme Kurt Cobain, une célèbre et mystérieuse punk-grunge-rockeuse" A travers son regard et son quotidien, on ressent les impacts directs de l'Histoire. Les difficultés pour la population, ceux qui retournent leur veste ou encore ceux qui n’aspirent qu’à quitter le pays.
Avec de la malice, de l'humour, ce premier roman au ton faussement léger est décalé et empli de fraîcheur. Vraiment très, très bien!
Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu'il y en a aussi des faux. C'est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu'on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau.
Les billets de Cuné, Pr. Platypus
jeudi 13 octobre 2016
Serge Joncour - Repose-toi sur moi
Editeur : Flammarion - Date de parution - 427 pages plaisantes.
Ancien agriculteur au physique imposant, Ludovic a quitté la province pour Paris et travaille dans le recouvrement de dettes. Il n’aime pas cette ville peuplée d'individualisme, son métier est purement alimentaire et il n'a pas d'amis. Son immeuble vétuste partage une cour avec un immeuble d'un autre standing pour personnes aux situations confortables comme Aurore. Styliste à la tête de sa petite entreprise, mariée à un homme qui traite d'affaires au téléphone à travers le monde entier et mère de deux enfants. Mais depuis quelques mois, son entreprise est dans le rouge. Son associé l'évite et elle affronte seule cette situation.
Rien ne prédestinait Aurore et Ludovic aux vies diamétralement opposées à se rencontrer. Il aura suffi de corneilles qui font peur à Aurore pour qu’ils se parlent. Chacun des deux a des à-priori sur l’autre et pourtant Ludovic règlera le problème sans poser de questions. Avec les problèmes de son entreprise, Aurore subit la pression et ne veut pas en parler à son mari. Cette pression, Ludovic est quelquefois obligé de s’en servir quand les personnes refusent de rembourser les impayés. Il s’est créé un caractère qui va avec sa stature imposante. Une carapace pour cet homme franc et sensible.
Derrière ce titre magnifique, il y a une histoire d’amour très contemporaine, une vision de notre société, de la solitude et de l'entraide également avec des passages forts et d'autres moins réussis. Malgré la fluidité de l'écriture, j'ai trouvé que l'ensemble s’égarait parfois sans être crédible ou sans éviter certains clichés.
Si j'ai aimé retrouvé la délicatesse et la sensibilité de Serge Joncour, tout comme son humanité, cette lecture plaisante n’égale pas pour moi L’amour sans le faire.
Sa résistance, on la décide à tout instant, à tout moment on résout de se laisser envahir ou pas par l'angoisse, de se laisser submerger par une préoccupation à laquelle on accorde trop de place. Être fort, c'est ne pas prendre la mesure du danger, le sous-évaluer, consciemment, tandis qu'être faible, c'est le surestimer.
Lu de cet auteur également : L'écrivain national.
Merci à Babelio.
Ancien agriculteur au physique imposant, Ludovic a quitté la province pour Paris et travaille dans le recouvrement de dettes. Il n’aime pas cette ville peuplée d'individualisme, son métier est purement alimentaire et il n'a pas d'amis. Son immeuble vétuste partage une cour avec un immeuble d'un autre standing pour personnes aux situations confortables comme Aurore. Styliste à la tête de sa petite entreprise, mariée à un homme qui traite d'affaires au téléphone à travers le monde entier et mère de deux enfants. Mais depuis quelques mois, son entreprise est dans le rouge. Son associé l'évite et elle affronte seule cette situation.
Rien ne prédestinait Aurore et Ludovic aux vies diamétralement opposées à se rencontrer. Il aura suffi de corneilles qui font peur à Aurore pour qu’ils se parlent. Chacun des deux a des à-priori sur l’autre et pourtant Ludovic règlera le problème sans poser de questions. Avec les problèmes de son entreprise, Aurore subit la pression et ne veut pas en parler à son mari. Cette pression, Ludovic est quelquefois obligé de s’en servir quand les personnes refusent de rembourser les impayés. Il s’est créé un caractère qui va avec sa stature imposante. Une carapace pour cet homme franc et sensible.
Derrière ce titre magnifique, il y a une histoire d’amour très contemporaine, une vision de notre société, de la solitude et de l'entraide également avec des passages forts et d'autres moins réussis. Malgré la fluidité de l'écriture, j'ai trouvé que l'ensemble s’égarait parfois sans être crédible ou sans éviter certains clichés.
Si j'ai aimé retrouvé la délicatesse et la sensibilité de Serge Joncour, tout comme son humanité, cette lecture plaisante n’égale pas pour moi L’amour sans le faire.
Sa résistance, on la décide à tout instant, à tout moment on résout de se laisser envahir ou pas par l'angoisse, de se laisser submerger par une préoccupation à laquelle on accorde trop de place. Être fort, c'est ne pas prendre la mesure du danger, le sous-évaluer, consciemment, tandis qu'être faible, c'est le surestimer.
Lu de cet auteur également : L'écrivain national.
Merci à Babelio.
jeudi 6 octobre 2016
Leïla Slimani - Chanson douce
Éditeur : Gallimard - Date de parution: Août 2016 - 227 pages prenantes, impeccablement menées et dérangeantes!
En rentrant plus tôt de son travail, Myriam découvre une scène d’horreur. Son fils Adam est mort et sa fille Mila est dans un état plus que critique.
Puis flashback. Après la naissance de son deuxième enfant, Myriam ne supporte plus d’être mère au foyer. Diplômée en droit et avocate, elle aimerait reprendre une activité professionnelle. Paul son mari n’est pas franchement pour mais on propose à Myriam un travail d’avocate. Avec leurs horaires à rallonge, ils n’ont qu’une possibilité : trouver une nounou qui gardera chez eux les enfants. Ils embauchent Louise : la quarantaine, veuve et mère d’une grande fille que ne vit plus avec elle et dont les références sont élogieuses. Les enfants l’adorent et elle fait bien plus que s’occuper de Mila et d’Adam. Elle nettoie, range et cuisine. La perle rare. Très vite, elle devient indispensable mais reste toujours dans l’ombre. Les frontières employeur/employée deviennent floutées, ambiguës. Car petit à petit, Louise a fait sa place chez eux. Elle s’est infiltrée dans leur intimité sans qu’ils ne s’en rendent compte, toujours disponible et aimable, toujours aux petits soins pour eux ( "On la regarde et on ne la voit pas. Elle est une présence intime mais jamais familière. Elle arrive de plus en plus tôt, part de plus en plus tard."). Quelquefois, Myriam s’en veut de ne plus voir autant ses enfants et Louise l'agace par certains de ses comportements. Mais sans elle tout serait tellement plus compliqué. D'ailleurs, tout le monde leur envie leur nounou.
Ce roman aussi addictif qu’un thriller est impossible à lâcher. Avec beaucoup de psychologie, de finesse et et nuance mais toujours en gardant une distance, Leïla Slimani explore la relation entre Louise et le couple (et principalement avec Myriam) et retranscrit la culpabilité, les jalousies, les manipulations.
Impeccablement mené par une écriture concise avec une tension qui va en crescendo, ce roman ausculte également notre société (les rapports d'argent et de hiérarchie, les obligations, la balance entre travail et vie familiale, la solitude) de manière très réaliste.
Un livre aussi prenant que dérangeant !
Et c'est vrai. Plus les semaines passent et plus c'est Louise excelle à devenir à la fois invisible et indispensable. Myriam ne l'appelle plus pour prévenir de ses retard et Mila ne demande plus quand rentrera maman. Louise est là, tenant à bout de bras cette édifice fragile. Myriam accepte de se faire materner. Chaque jour, elle abandonne plus de tâches à une Louise reconnaissante. La nounou est comme ces silhouettes qui, au théâtre, déplacent dans le noir de décor sur la scène.(...)Louise s'agite en coulisses, discrète et puissante. C'est elle qui tient les fils transparent sans lesquels la magie ne peut advenir.
Les billets de Cuné (qui m'a donnée très, très envie de le lire.), Joëlle, Laure, Papillon.
En rentrant plus tôt de son travail, Myriam découvre une scène d’horreur. Son fils Adam est mort et sa fille Mila est dans un état plus que critique.
Puis flashback. Après la naissance de son deuxième enfant, Myriam ne supporte plus d’être mère au foyer. Diplômée en droit et avocate, elle aimerait reprendre une activité professionnelle. Paul son mari n’est pas franchement pour mais on propose à Myriam un travail d’avocate. Avec leurs horaires à rallonge, ils n’ont qu’une possibilité : trouver une nounou qui gardera chez eux les enfants. Ils embauchent Louise : la quarantaine, veuve et mère d’une grande fille que ne vit plus avec elle et dont les références sont élogieuses. Les enfants l’adorent et elle fait bien plus que s’occuper de Mila et d’Adam. Elle nettoie, range et cuisine. La perle rare. Très vite, elle devient indispensable mais reste toujours dans l’ombre. Les frontières employeur/employée deviennent floutées, ambiguës. Car petit à petit, Louise a fait sa place chez eux. Elle s’est infiltrée dans leur intimité sans qu’ils ne s’en rendent compte, toujours disponible et aimable, toujours aux petits soins pour eux ( "On la regarde et on ne la voit pas. Elle est une présence intime mais jamais familière. Elle arrive de plus en plus tôt, part de plus en plus tard."). Quelquefois, Myriam s’en veut de ne plus voir autant ses enfants et Louise l'agace par certains de ses comportements. Mais sans elle tout serait tellement plus compliqué. D'ailleurs, tout le monde leur envie leur nounou.
Ce roman aussi addictif qu’un thriller est impossible à lâcher. Avec beaucoup de psychologie, de finesse et et nuance mais toujours en gardant une distance, Leïla Slimani explore la relation entre Louise et le couple (et principalement avec Myriam) et retranscrit la culpabilité, les jalousies, les manipulations.
Impeccablement mené par une écriture concise avec une tension qui va en crescendo, ce roman ausculte également notre société (les rapports d'argent et de hiérarchie, les obligations, la balance entre travail et vie familiale, la solitude) de manière très réaliste.
Un livre aussi prenant que dérangeant !
Et c'est vrai. Plus les semaines passent et plus c'est Louise excelle à devenir à la fois invisible et indispensable. Myriam ne l'appelle plus pour prévenir de ses retard et Mila ne demande plus quand rentrera maman. Louise est là, tenant à bout de bras cette édifice fragile. Myriam accepte de se faire materner. Chaque jour, elle abandonne plus de tâches à une Louise reconnaissante. La nounou est comme ces silhouettes qui, au théâtre, déplacent dans le noir de décor sur la scène.(...)Louise s'agite en coulisses, discrète et puissante. C'est elle qui tient les fils transparent sans lesquels la magie ne peut advenir.
Les billets de Cuné (qui m'a donnée très, très envie de le lire.), Joëlle, Laure, Papillon.
mardi 4 octobre 2016
Andrée A. Michaud - Bondrée
Éditeur : Rivages - Date de parution : Septembre 2016 - 363 pages captivantes !
Eté 67. Le lac Bondary Pound près de la frontière de l’Etat du Maine et du Québec attire chaque été des vacanciers. Des habitués surtout des familles possèdent des petits chalets dans le camping. L’anglais, le français et québécois se côtoient. Bonbary Pound surnommé également Bondrée à cause du trappeur Landry qui s’est pendu presque trente ans plus tôt dans la forêt près du lac. Andrée Duchamp une fillette de douze ans admire secrètement Zaza et Sissy. Les deux adolescentes sont inséparables et insouciantes, elles aiment s’amuser et tester leur pouvoir de séduction. Et leur beauté fait tourner la tête à bien des hommes.
Mais Zara disparaît. Elle est retrouvée morte, la jambe sectionnée par un vieux piège à ours. Et quand vient le tour de Sissy, la thèse de l’accident est définitivement écartée. La peur gagne tous les esprits et l’ombre de Landry plane à nouveau
L’enquête est menée par Michaud et par son adjoint. Michaud qui porte le poids d’un crime d’une jeune femme non résolu.
Ce qui d’emblée s’apparente à un polar classique révèle de très bonnes surprises ! Mêlant différentes narrations dont celle d’Andrée qui avec son regard à mi-chemin entre l’enfance et cette volonté d’être considérée comme une « grande » donne une dimension particulière (faite des conversations surprises entre les adultes, de son imagination et de ses propres réflexions) et permet d'ajouter de la légèreté.
Une même scène peut donc être racontée par Andrée et par un autre narrateur : Michaud, un des vacanciers ou encore un narrateur omniscient. Bien des éléments captivent et en premier lieu l’écriture où des mots anglais, des expressions typiquement québécoises viennent s’ajouter naturellement et sans gêner la lecture. Une écriture très visuelle qui sait se faire poétique ou lyrique et qui décrit merveilleusement la nature ou encore la peur ou la tension.
Et il y a cette ambiance admirablement rendue sans décharger de l’adrénaline mais très palpable et que l‘on ressent comme si l'on y était. Même si quelquefois j’ai trouvé que les discernements d’Andrée ne correspondaient pas à une fille de douze ans mais bien plus, ce roman noir est à lire ne serait-ce que pour la superbe écriture d’Andrée A. Michaud qui m'a ferrée et conquise ! Et bonus : pas de flic alcoolique et/ou névrosé mais un légiste qui récite du Shakespeare aux cadavres.
Que du bon !
Son mari s'absentait souvent de longues heures pour revenir l’haleine chargée d'odeurs de gomme d’épinette, les yeux remplis de lueurs prises à l'eau des ruisseaux où à l’œil des bêtes tapies dans l'obscurité verte des sous-bois.
C'est ce qu'il avait dit aux parents et c'est ce qu'il écrirait dans son rapport, mort accidentelle, mort stupide, pour rien, dans la fleur de l'âge, puisqu'aucun élément tangible ne contredirait cette thèse et que le légiste n'avait relevé aucune anomalie au cours de l'autopsie, sinon un léger souffle au cœur, heart murmur, qui expliquait les joues rouges de la jeune fille quand elle demandait à son cœur de murmurer plus fort.
La mère et la fille n’avaient que leur colère à opposer à la mort et elles se réfugiaient dans une haine sans véritable objet pour éviter de tomber dans le gouffre où vous entraînent les larmes.
Un grand merci à Babelio !
Eté 67. Le lac Bondary Pound près de la frontière de l’Etat du Maine et du Québec attire chaque été des vacanciers. Des habitués surtout des familles possèdent des petits chalets dans le camping. L’anglais, le français et québécois se côtoient. Bonbary Pound surnommé également Bondrée à cause du trappeur Landry qui s’est pendu presque trente ans plus tôt dans la forêt près du lac. Andrée Duchamp une fillette de douze ans admire secrètement Zaza et Sissy. Les deux adolescentes sont inséparables et insouciantes, elles aiment s’amuser et tester leur pouvoir de séduction. Et leur beauté fait tourner la tête à bien des hommes.
Mais Zara disparaît. Elle est retrouvée morte, la jambe sectionnée par un vieux piège à ours. Et quand vient le tour de Sissy, la thèse de l’accident est définitivement écartée. La peur gagne tous les esprits et l’ombre de Landry plane à nouveau
L’enquête est menée par Michaud et par son adjoint. Michaud qui porte le poids d’un crime d’une jeune femme non résolu.
Ce qui d’emblée s’apparente à un polar classique révèle de très bonnes surprises ! Mêlant différentes narrations dont celle d’Andrée qui avec son regard à mi-chemin entre l’enfance et cette volonté d’être considérée comme une « grande » donne une dimension particulière (faite des conversations surprises entre les adultes, de son imagination et de ses propres réflexions) et permet d'ajouter de la légèreté.
Une même scène peut donc être racontée par Andrée et par un autre narrateur : Michaud, un des vacanciers ou encore un narrateur omniscient. Bien des éléments captivent et en premier lieu l’écriture où des mots anglais, des expressions typiquement québécoises viennent s’ajouter naturellement et sans gêner la lecture. Une écriture très visuelle qui sait se faire poétique ou lyrique et qui décrit merveilleusement la nature ou encore la peur ou la tension.
Et il y a cette ambiance admirablement rendue sans décharger de l’adrénaline mais très palpable et que l‘on ressent comme si l'on y était. Même si quelquefois j’ai trouvé que les discernements d’Andrée ne correspondaient pas à une fille de douze ans mais bien plus, ce roman noir est à lire ne serait-ce que pour la superbe écriture d’Andrée A. Michaud qui m'a ferrée et conquise ! Et bonus : pas de flic alcoolique et/ou névrosé mais un légiste qui récite du Shakespeare aux cadavres.
Que du bon !
Son mari s'absentait souvent de longues heures pour revenir l’haleine chargée d'odeurs de gomme d’épinette, les yeux remplis de lueurs prises à l'eau des ruisseaux où à l’œil des bêtes tapies dans l'obscurité verte des sous-bois.
C'est ce qu'il avait dit aux parents et c'est ce qu'il écrirait dans son rapport, mort accidentelle, mort stupide, pour rien, dans la fleur de l'âge, puisqu'aucun élément tangible ne contredirait cette thèse et que le légiste n'avait relevé aucune anomalie au cours de l'autopsie, sinon un léger souffle au cœur, heart murmur, qui expliquait les joues rouges de la jeune fille quand elle demandait à son cœur de murmurer plus fort.
La mère et la fille n’avaient que leur colère à opposer à la mort et elles se réfugiaient dans une haine sans véritable objet pour éviter de tomber dans le gouffre où vous entraînent les larmes.
Un grand merci à Babelio !
mardi 27 septembre 2016
Colm Toibin - Nora Webster
Éditeur : Robert Laffont - Traduit de l'anglais (Irlande) par Anne Gibson - Date de parution : Août 2016 - 411 pages et un beau portrait de femme!
Autant j'étais passée à travers de "Brooklyn" sur une jeune femme quittant l’Irlande pour les Etats-Unis (d’ailleurs dans les toutes premières, Eilis est mentionnée dans une conversation car l'action se déroule dans la même petite ville), autant ici je me suis attachée au personnage de Nora Webster.
Fin des Année 60, Irlande. Maurice, le mari de Nora vient de mourir. Ses voisins et sa famille sont très présents mais elle étouffe sous l'apitoiement et la compassion. Mère de quatre enfants, femme au foyer et dans une situation financière tendue, elle doit faire des sacrifices et travailler. Nora vivait à travers Maurice, elle n’avait jamais d’opinion tranchée ou ne prenait jamais part aux conversations liées à la politique. Même si désormais elle doit gérer tout toute seule, Nora ne baisse jamais les bras. Et au fil des mois, elle devient petit à petit une nouvelle femme .
Elle ose s’imposer, prendre des initiatives et assume ses responsabilités. A plus de quarante-cinq ans, Nora prend des cours de chant et se passionne pour la musique classique. Ses enfants ou sa famille ne comprennent pas toujours ses choix mais elle mène à bien ses décisions. Veiller sur ses garçons qui éprouvent des difficultés depuis la mort de leur père tandis que l’une des ainées s’entiche de politique, faire son propre deuil : quelquefois elles se sent bien seule (ce qui est normal) mais elle reprend toujours le dessus. Et surtout, Nora découvre et apprécie la liberté dont elle dispose et tant pis pour les mauvais langues. En fond, il y a les événements politiques de l’époque (les affrontements en Irlande du Nord) et la place des femmes en Irlande à la fin des années 60 et début des années 70.
Un beau portait de femme très juste où Tom Toibin s'attache aux instants du quotidien, aux ressentis profonds de son héroïne (et bonus, il y a des scènes qui m'ont fait rire aux éclats). J’ai beaucoup aimé Nora et je me suis sentie proche d'elle tout au long de ce roman.
Ce fut au bout d'un mois seulement, après quatre ou cinq leçons, qu'elle s'aperçut que la musique l'éloignait de Maurice, l'éloignait de la vie qu'elle avait eue avec lui, et de la vie qu'elle avait avec les enfants. Ce n'était pas seulement le fait que Maurice n'avait pas l'oreille musicale et que la musique était une chose qu'ils n'avaient jamais partagée. C'était l'intensité de ces moments ; elle était seule avec elle-même en un lieu où il ne l'aurait jamais suivi, même dans la mort.
Le billet de Kathel qui l'a lu en VO.
Autant j'étais passée à travers de "Brooklyn" sur une jeune femme quittant l’Irlande pour les Etats-Unis (d’ailleurs dans les toutes premières, Eilis est mentionnée dans une conversation car l'action se déroule dans la même petite ville), autant ici je me suis attachée au personnage de Nora Webster.
Fin des Année 60, Irlande. Maurice, le mari de Nora vient de mourir. Ses voisins et sa famille sont très présents mais elle étouffe sous l'apitoiement et la compassion. Mère de quatre enfants, femme au foyer et dans une situation financière tendue, elle doit faire des sacrifices et travailler. Nora vivait à travers Maurice, elle n’avait jamais d’opinion tranchée ou ne prenait jamais part aux conversations liées à la politique. Même si désormais elle doit gérer tout toute seule, Nora ne baisse jamais les bras. Et au fil des mois, elle devient petit à petit une nouvelle femme .
Elle ose s’imposer, prendre des initiatives et assume ses responsabilités. A plus de quarante-cinq ans, Nora prend des cours de chant et se passionne pour la musique classique. Ses enfants ou sa famille ne comprennent pas toujours ses choix mais elle mène à bien ses décisions. Veiller sur ses garçons qui éprouvent des difficultés depuis la mort de leur père tandis que l’une des ainées s’entiche de politique, faire son propre deuil : quelquefois elles se sent bien seule (ce qui est normal) mais elle reprend toujours le dessus. Et surtout, Nora découvre et apprécie la liberté dont elle dispose et tant pis pour les mauvais langues. En fond, il y a les événements politiques de l’époque (les affrontements en Irlande du Nord) et la place des femmes en Irlande à la fin des années 60 et début des années 70.
Un beau portait de femme très juste où Tom Toibin s'attache aux instants du quotidien, aux ressentis profonds de son héroïne (et bonus, il y a des scènes qui m'ont fait rire aux éclats). J’ai beaucoup aimé Nora et je me suis sentie proche d'elle tout au long de ce roman.
Ce fut au bout d'un mois seulement, après quatre ou cinq leçons, qu'elle s'aperçut que la musique l'éloignait de Maurice, l'éloignait de la vie qu'elle avait eue avec lui, et de la vie qu'elle avait avec les enfants. Ce n'était pas seulement le fait que Maurice n'avait pas l'oreille musicale et que la musique était une chose qu'ils n'avaient jamais partagée. C'était l'intensité de ces moments ; elle était seule avec elle-même en un lieu où il ne l'aurait jamais suivi, même dans la mort.
Le billet de Kathel qui l'a lu en VO.
Inscription à :
Articles (Atom)






















