Editeur : Collection Petit Quai Voltaire, La Table Ronde - Traduit de l'anglais (États-Unis) par Anouk Neuhoff - Date de parution : Octobre 2016 (1ère parution 2004) - 384 pages aimées.
Décembre 1962, Sylvia Plath au courant de l'infidélité de son mari Ted Hugues a quitté le domicile conjugal pour vivre désormais à Londres avec ses deux enfants Frieda et Nicholas.
Dans la postface, Kate Moses mentionne et détaille les sources qui lui ont servi à écrire ce livre. Elle est donc au plus près de la vie de la poétesse Sylvia Plath sur cette période.
Sylvia Plath est une femme meurtrie et seule. Alors que Noël approche, elle tente d'écrire, de s'occuper de ses enfants encore petits et des tâches domestiques.
Avec une écriture gracieuse, sensible, dotée d'une pointe de lyrisme, l'auteure nous décrit les différents états d'esprits de Sylvia Plath, ses projets, son bonheur d'avoir ses enfants tout comme les moments où elle se laisse gagner par la tristesse.
Entremêlant judicieusement les souvenirs heureux du passé avec Ted, ce texte sonde merveilleusement la vie de Sylvia Plath.
Les descriptions du jardin, des petits bonheurs éprouvés par la jeune femme sont autant de touches lumineuses qui forment un très bel hommage à Sylvia Plath.
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samedi 3 décembre 2016
jeudi 1 décembre 2016
Pas aimés et des abandons
Depuis plus d'une semaine, j'accumule les abandons et les déceptions. Pas de chance.
Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution : Novembre 2016 - 224 pages.
Louise et Ludovic, un couple de trentenaires, partent en bateau pour un long voyage. Alors qu'ils font escale sur une île interdite, il s'y retrouvent coincés (leur bateau a disparu) et sans moyen de communication. Ils survivent comme ils le peuvent dans une nature où seuls les otaries et les manchots sont source de nourriture. Le couple est mis à l'épreuve alors que les mois passent. Après une première partie où j'ai trouvé que le style de l'auteure n'était pas à la hauteur, la deuxième partie comme parachutée m'a laissée dubitative.
Éditeur : Gallmeister - Date de parution : Octobre 2016 - 280 pages
Caitlin âgée de douze ans vit seule avec sa mère qui trime financièrement pour l'élever (elle travaille sur les docks). Après l'école, le plaisir de Caitlin est l'aller regarde les poissons à l'aquarium et c'est là, qu'elle fait la connaissance d'un vieux monsieur. Pas la peine de tourner autour du pot, on devine très facilement son identité . Sa mère mère ne veut pas que sa fille le revoit. Avec des passages où la violence ( de différentes formes) sous jacente explose et donne lieu à des scènes très bien décrites et oppressantes, je n'ai pas été convaincue par ce livre où la fin est très (trop) conventionnelle (de la part de David Vann , c'est étonnant).
Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2016 - 350 pages
1942. Avant de partir combattre dans les troupes aériennes, Frankie retourne dans le Minnesota où ses parents passent chaque été et emploient de jeunes indiennes. De l'autre coté du fleuve, se trouve un camp de prisonniers allemands dont un vient juste de s'échapper. Frankie décide de partir à sa recherche mais un drame survient.
J'ai été très rapidement gagnée par l'ennui tant l'auteur prend son temps et les descriptions des bombardiers m'ont été fatales.
Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution : Novembre 2016 - 224 pages.
Louise et Ludovic, un couple de trentenaires, partent en bateau pour un long voyage. Alors qu'ils font escale sur une île interdite, il s'y retrouvent coincés (leur bateau a disparu) et sans moyen de communication. Ils survivent comme ils le peuvent dans une nature où seuls les otaries et les manchots sont source de nourriture. Le couple est mis à l'épreuve alors que les mois passent. Après une première partie où j'ai trouvé que le style de l'auteure n'était pas à la hauteur, la deuxième partie comme parachutée m'a laissée dubitative.
Éditeur : Gallmeister - Date de parution : Octobre 2016 - 280 pages
Caitlin âgée de douze ans vit seule avec sa mère qui trime financièrement pour l'élever (elle travaille sur les docks). Après l'école, le plaisir de Caitlin est l'aller regarde les poissons à l'aquarium et c'est là, qu'elle fait la connaissance d'un vieux monsieur. Pas la peine de tourner autour du pot, on devine très facilement son identité . Sa mère mère ne veut pas que sa fille le revoit. Avec des passages où la violence ( de différentes formes) sous jacente explose et donne lieu à des scènes très bien décrites et oppressantes, je n'ai pas été convaincue par ce livre où la fin est très (trop) conventionnelle (de la part de David Vann , c'est étonnant).
Éditeur : Folio - Date de parution : Octobre 2016 - 256 pages
Impossible de m'attacher au récit de quelques uns des enfants de la famille Cardinal (21 enfants au total) devenus adultes et ce, au Québec.
La linéarité de ton dans les points de vue exprimés a lourdement pesé dans mon abandon.
Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2016 - 350 pages
1942. Avant de partir combattre dans les troupes aériennes, Frankie retourne dans le Minnesota où ses parents passent chaque été et emploient de jeunes indiennes. De l'autre coté du fleuve, se trouve un camp de prisonniers allemands dont un vient juste de s'échapper. Frankie décide de partir à sa recherche mais un drame survient.
J'ai été très rapidement gagnée par l'ennui tant l'auteur prend son temps et les descriptions des bombardiers m'ont été fatales.
jeudi 24 novembre 2016
Stewart O'Nan - Des anges dans la neige
Éditeur : Editions de L'Olivier - Traduit de l'anglais (États-Unis) par Suzanne V. Mayoux - Date de parution - Août 2016 (1ère parution : 1997) - 288 pages sensibles et attachantes.
1974, Pennsylvanie, Snow Angels. Tandis qu’Arthur quatorze ans participe à une répétition de fanfare de l’école, un coup de feu déchire le silence. Annie Marchand séparée de son mari Glenn vient d’être tuée. Quinze plus tard, Arthur ne peut s’empêcher d’y repenser comme à chaque fois quand il vient voir sa mère. Annie était leur voisine mais aussi sa baby-sitter quand il était plus petit. Une autre époque où ses parents étaient heureux.
Arthur l’adolescent mal dans sa peau s’adonne à la fumette pour encaisser sa nouvelle vie : son père parti, la maison vendue alors qu'il connaît son premier grand amour.
Tout allait bien pour Annie et Glenn jusqu'au jour où lui s'est retrouvé sans travail. La goutte d’eau pour elle fatiguée de son boulot de serveuse et de s’occuper de leur fille. Glenn s'est réfugié dans la religion et dans l'alcool pour s'échouer un peu plus. En vain. Tout comme il tente de reconstruire sa famille.
Indéniablement cet auteur possède ce talent à narrer ses vies ordinaires. Il sait attirer notre attention et nous entrer dans l’intimité de ses personnages qui nous semblent si proches. Des vies qui basculent, qui se déchirent décrites avec une humanité et une empathie qu’on a mal avec eux, que forcement on s’attache à eux.
Sans jamais verser dans le pathos ou dans un apitoiement quelconque, Steward O’Nan fait preuve de sensibilité et de justesse.
Dans les bacs de la rentrée littéraire, il y avait bien deux livres de Steward O’Nan (l'autre étant Deniers feux sur Sunseet) mais ce roman paru en août est en fait son premier roman.
Je n’aime pas retourner chez nous. Cela m’empêche de cultiver la nostalgie, qui est dans ma nature.
Lu du même auteur : Chanson pour l'absente - Emily - Les joueurs - Nos plus beaux souvenirs - Un mal qui répand la terreur
1974, Pennsylvanie, Snow Angels. Tandis qu’Arthur quatorze ans participe à une répétition de fanfare de l’école, un coup de feu déchire le silence. Annie Marchand séparée de son mari Glenn vient d’être tuée. Quinze plus tard, Arthur ne peut s’empêcher d’y repenser comme à chaque fois quand il vient voir sa mère. Annie était leur voisine mais aussi sa baby-sitter quand il était plus petit. Une autre époque où ses parents étaient heureux.
Arthur l’adolescent mal dans sa peau s’adonne à la fumette pour encaisser sa nouvelle vie : son père parti, la maison vendue alors qu'il connaît son premier grand amour.
Tout allait bien pour Annie et Glenn jusqu'au jour où lui s'est retrouvé sans travail. La goutte d’eau pour elle fatiguée de son boulot de serveuse et de s’occuper de leur fille. Glenn s'est réfugié dans la religion et dans l'alcool pour s'échouer un peu plus. En vain. Tout comme il tente de reconstruire sa famille.
Indéniablement cet auteur possède ce talent à narrer ses vies ordinaires. Il sait attirer notre attention et nous entrer dans l’intimité de ses personnages qui nous semblent si proches. Des vies qui basculent, qui se déchirent décrites avec une humanité et une empathie qu’on a mal avec eux, que forcement on s’attache à eux.
Sans jamais verser dans le pathos ou dans un apitoiement quelconque, Steward O’Nan fait preuve de sensibilité et de justesse.
Dans les bacs de la rentrée littéraire, il y avait bien deux livres de Steward O’Nan (l'autre étant Deniers feux sur Sunseet) mais ce roman paru en août est en fait son premier roman.
Je n’aime pas retourner chez nous. Cela m’empêche de cultiver la nostalgie, qui est dans ma nature.
Lu du même auteur : Chanson pour l'absente - Emily - Les joueurs - Nos plus beaux souvenirs - Un mal qui répand la terreur
lundi 14 novembre 2016
Harry Parker - Anatomie d'un soldat
Editeur: Bourgois - Traduit de l’anglais par Christine Lafferière - Date de parution : Août 2016 - 407 pages puissantes et touchantes !
Lors d’une mission dans un pays jamais nommé, le capitaine Tom Barnes pose le pied sur une mine artisanale. Gravement blessé et ayant perdu une jambe, il est rapatrié en Angleterre où les médecins sont obligés d’amputer son autre jambe.
Au lieu de passer par un récit classique, l’auteur fait parler des objets. Quarante-cinq en tout "conçus pour assister, observer ou nuire" pour raconter l’histoire de ce soldat : le drame, la convalescence et la reconstruction. Sans suivre une linéarité et sans pour autant perdre le lecteur, à travers quarante-cinq chapitres, chaque objet (garrot, mine, sac à main de sa mère, une paire de baskets d’un jeune insurgé, gilet pare-balle, , prothèse, engrais ayant servi à la construction d’une mine) rend compte des comportements et des sentiments. Et on se prend des émotions en pleine figure ! La peur, la douleur, l'acceptation, les moments de doute l’espoir mais aussi de l’humour.
Raconté du point de vue des soldats mais aussi des insurgés et de la population, il n’y pas de vainqueur ou de héros. Juste des hommes.
Sans pathos, intense, j’ai eu la gorge serrée d’émotions), ce livre est lumineux car c’est un homme qui au-delà des difficultés rencontrées ( physique, psychologiques) se reconstruit.
Un premier livre absolument maitrisé, réussi et puissant! Anatomie d'un soldat et pour moi la bonne surprise de cette rentrée littéraire. Un roman qui sort des sentiers battus par son approche et par la qualité du style. J'ai été plus que touchée !
L'auteur Harry Parker a perdu ses deux jambes en sautant sur une mine en 2009 en Afghanistan.
Il en mourrait d'envie : l'envie folle d'être de retour là où il était hors de danger, où il n'avait aucune responsabilité et n'était pas exercer à faire quoi que ce soit de tout cela. Là où il n'avait plus à mener quiconque de l'autre côté de la porte. Il regrettait d'avoir à le faire. C'était son moment intime de lâcheté, avant que la journée ne devienne réelle. Il a laissé cette lâcheté se répandre et en fut gêné, même si personne n'en saurait jamais rien.
- Vous, les gars, vous êtes tellement courageux.
- Pas courageux, a dit Tom. J'ai seulement marché sur le mauvais bout de terrain.
Le billet de Jérôme
Lors d’une mission dans un pays jamais nommé, le capitaine Tom Barnes pose le pied sur une mine artisanale. Gravement blessé et ayant perdu une jambe, il est rapatrié en Angleterre où les médecins sont obligés d’amputer son autre jambe.
Au lieu de passer par un récit classique, l’auteur fait parler des objets. Quarante-cinq en tout "conçus pour assister, observer ou nuire" pour raconter l’histoire de ce soldat : le drame, la convalescence et la reconstruction. Sans suivre une linéarité et sans pour autant perdre le lecteur, à travers quarante-cinq chapitres, chaque objet (garrot, mine, sac à main de sa mère, une paire de baskets d’un jeune insurgé, gilet pare-balle, , prothèse, engrais ayant servi à la construction d’une mine) rend compte des comportements et des sentiments. Et on se prend des émotions en pleine figure ! La peur, la douleur, l'acceptation, les moments de doute l’espoir mais aussi de l’humour.
Raconté du point de vue des soldats mais aussi des insurgés et de la population, il n’y pas de vainqueur ou de héros. Juste des hommes.
Sans pathos, intense, j’ai eu la gorge serrée d’émotions), ce livre est lumineux car c’est un homme qui au-delà des difficultés rencontrées ( physique, psychologiques) se reconstruit.
Un premier livre absolument maitrisé, réussi et puissant! Anatomie d'un soldat et pour moi la bonne surprise de cette rentrée littéraire. Un roman qui sort des sentiers battus par son approche et par la qualité du style. J'ai été plus que touchée !
L'auteur Harry Parker a perdu ses deux jambes en sautant sur une mine en 2009 en Afghanistan.
Il en mourrait d'envie : l'envie folle d'être de retour là où il était hors de danger, où il n'avait aucune responsabilité et n'était pas exercer à faire quoi que ce soit de tout cela. Là où il n'avait plus à mener quiconque de l'autre côté de la porte. Il regrettait d'avoir à le faire. C'était son moment intime de lâcheté, avant que la journée ne devienne réelle. Il a laissé cette lâcheté se répandre et en fut gêné, même si personne n'en saurait jamais rien.
- Vous, les gars, vous êtes tellement courageux.
- Pas courageux, a dit Tom. J'ai seulement marché sur le mauvais bout de terrain.
Le billet de Jérôme
jeudi 10 novembre 2016
Nickolas Butler - Des hommes de peu de foi
Éditeur : Autrement - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Mireille Vignol - Date de paeution : Août 2016 - 532 pages sympathiques.
Eté 1962, Nelson treize ans, enfant solitaire, passe une semaine dans un camp de scouts dans le nord du Wisconsin. Il devient très vite le souffre-douleur des autres scouts et des monteurs loin des valeurs inculqués (la loyauté, le courage, l’entraide). Mais être celui qui sonne du clairon et obtenir des insignes lui suffit car il est quelqu’un de foncièrement bon et d’honnête. 1996, Nelson dirige désormais le camp de Chippewa après avoir combattu au Vietnam. Et son ami Jonathan y emmène son fils Trevor âgé de seize ans. Jonathan veut que son fils qu’il trouve coincé et trop sérieux (il est amoureux au point de d’envisager l’avenir avec sa copine Rachel) profite de la vie. En compagnie de Nelson, il l'entraîne avant le début du camp dans un club de tripteaseuses. 2019, Nelson est un homme âgé à la santé déclinant toujours responsable du camp. Il a dû céder sur certains points comme Internet pour ne pas mettre la clé sous le porte. Rachel la veuve de Trevor passe la semaine avec son fils venu à contrecœur.
Ici, Nickolas Butler ne fait pas l’apologie du scoutisme dans ce roman. Plus subtilement à travers trois générations, il revient sur les valeurs importantes à nos yeux que l’on veut transmettre à nos enfants. Il décrit des pères imparfaits (défaillants, cyniques ou misogynes, menteurs ou trompeurs) ayant été scouts dans leur jeunesse. Le camp lui-même n’est pas exempt de violence et les plus faibles sont persécutés par les plus forts. Nelson et Trevor sont deux personnages loyaux qui tous les s’engageront dans l’armée et y laisseront un lourd tribu comme si c'était la possibilité pour eux. Rachel le seul personnage féminin le plus développé m'a touchée (elle incarne parfaitement la mère seule qui élève son ado de fils du mieux qu'elle peut). Les questions qu’est-ce un bon père, un bon mari, un bon fils et un bon patriote sont abordées mais jamais sans que l’auteur ne fasse la morale et le tout avec une écriture fluide.
Un roman sympathique plein d’humanité (seul petit bémol : quelques longueurs dans la première partie) avec un petit goût de nostalgie.
Être un Eagle Scout c'est un peu comme un tambour-major de la fanfare du lycée ou délégué de promo. Totalement inutile.
Les billets d'Eva, Hélène, Jostein, Sandrine
Lu de cet auteur : Retour à Little Wing
Eté 1962, Nelson treize ans, enfant solitaire, passe une semaine dans un camp de scouts dans le nord du Wisconsin. Il devient très vite le souffre-douleur des autres scouts et des monteurs loin des valeurs inculqués (la loyauté, le courage, l’entraide). Mais être celui qui sonne du clairon et obtenir des insignes lui suffit car il est quelqu’un de foncièrement bon et d’honnête. 1996, Nelson dirige désormais le camp de Chippewa après avoir combattu au Vietnam. Et son ami Jonathan y emmène son fils Trevor âgé de seize ans. Jonathan veut que son fils qu’il trouve coincé et trop sérieux (il est amoureux au point de d’envisager l’avenir avec sa copine Rachel) profite de la vie. En compagnie de Nelson, il l'entraîne avant le début du camp dans un club de tripteaseuses. 2019, Nelson est un homme âgé à la santé déclinant toujours responsable du camp. Il a dû céder sur certains points comme Internet pour ne pas mettre la clé sous le porte. Rachel la veuve de Trevor passe la semaine avec son fils venu à contrecœur.
Ici, Nickolas Butler ne fait pas l’apologie du scoutisme dans ce roman. Plus subtilement à travers trois générations, il revient sur les valeurs importantes à nos yeux que l’on veut transmettre à nos enfants. Il décrit des pères imparfaits (défaillants, cyniques ou misogynes, menteurs ou trompeurs) ayant été scouts dans leur jeunesse. Le camp lui-même n’est pas exempt de violence et les plus faibles sont persécutés par les plus forts. Nelson et Trevor sont deux personnages loyaux qui tous les s’engageront dans l’armée et y laisseront un lourd tribu comme si c'était la possibilité pour eux. Rachel le seul personnage féminin le plus développé m'a touchée (elle incarne parfaitement la mère seule qui élève son ado de fils du mieux qu'elle peut). Les questions qu’est-ce un bon père, un bon mari, un bon fils et un bon patriote sont abordées mais jamais sans que l’auteur ne fasse la morale et le tout avec une écriture fluide.
Un roman sympathique plein d’humanité (seul petit bémol : quelques longueurs dans la première partie) avec un petit goût de nostalgie.
Être un Eagle Scout c'est un peu comme un tambour-major de la fanfare du lycée ou délégué de promo. Totalement inutile.
Les billets d'Eva, Hélène, Jostein, Sandrine
Lu de cet auteur : Retour à Little Wing
lundi 7 novembre 2016
Dermot Bolger - Ensemble séparés
Éditeur : Joëlle Losfeld Editions - Traduit de l'anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas - Date de parution : Août 2016 - 367 pages prenantes.
Nous sommes en 2007 dans une banlieue devenue très en vue de Dublin, Alice et Chris y habitent depuis longtemps dans une petite maison. Parce qu’Alice ne supporte plus d’y vivre, son mari tente d’acheter ailleurs mais les prix ne font que grimper car l’Irlande est à son tour gagnée par la frénésie spéculative de l’immobilier. Si Chris aime toujours sa femme, Alice s’est détachée de lui et s’est enfermée dans une bulle dépressive. Leur voisin Ronan propose à Chris de s’associer avec lui dans une affaire immobilière incluant les deux jardins mitoyens. Affaire qui selon lui permettrait à Chris de réaliser le rêve de sa femme et de sauver ainsi son couple.
Trois personnages et des tempéraments différents. Chris très influençable et assez crédule, Alice assez froide voire dure envers son mari et qui voit dans un changement de lieu la possibilité de tourner une page sur un drame dont elle responsable. Et enfin Ronan manipulateur aux dents longues, peu scrupuleux et avide d’argent, divorcé et remarié à une femme philippine plus jeune que lui. Chris va accepter l’offre d’association immobilière de Ronan mais un ouvrier clandestin employé illégalement (comme tous les autres) meurt sur le chantier.
S'étendant sur des tranches durant deux ans, la fièvre de l’argent dans cette Irlande contemporaine et ses conséquences sont très bien décrites tout comme les conditions des immigrants et des immigrés, l’introspection du couple, le poids ou la place de la famille. J'ai trouvé très intéressant le personnage d’Alice : sa complexité, ce qu’elle a vécu (elle qui aura tenté de s’installer au Canada, fille unique qui a beaucoup sacrifié pour ses parents) et comment à cinquante ans elle regarde l’avenir.
L'auteur manie l’ironie, la causticité et n’est pas tendre avec ses personnages.
Malgré deux bémols (la naïveté de Chris a eu tendance à m’agacer et quelques longueurs), ce roman dont la construction fait la part belle à la psychologie est prenant !
Alice gardait de ses parents l'image ineffaçable d'une femme et d'un homme qui se tenaient la main, stoïques - elle allongée et lui ainsi assis-, attendant la mort aussi tranquillement qu'ils auraient attendu le bus 46A pour aller au Gaiety voir Maureen Potter.
Lu de cet auteur : Une seconde vie
Nous sommes en 2007 dans une banlieue devenue très en vue de Dublin, Alice et Chris y habitent depuis longtemps dans une petite maison. Parce qu’Alice ne supporte plus d’y vivre, son mari tente d’acheter ailleurs mais les prix ne font que grimper car l’Irlande est à son tour gagnée par la frénésie spéculative de l’immobilier. Si Chris aime toujours sa femme, Alice s’est détachée de lui et s’est enfermée dans une bulle dépressive. Leur voisin Ronan propose à Chris de s’associer avec lui dans une affaire immobilière incluant les deux jardins mitoyens. Affaire qui selon lui permettrait à Chris de réaliser le rêve de sa femme et de sauver ainsi son couple.
Trois personnages et des tempéraments différents. Chris très influençable et assez crédule, Alice assez froide voire dure envers son mari et qui voit dans un changement de lieu la possibilité de tourner une page sur un drame dont elle responsable. Et enfin Ronan manipulateur aux dents longues, peu scrupuleux et avide d’argent, divorcé et remarié à une femme philippine plus jeune que lui. Chris va accepter l’offre d’association immobilière de Ronan mais un ouvrier clandestin employé illégalement (comme tous les autres) meurt sur le chantier.
S'étendant sur des tranches durant deux ans, la fièvre de l’argent dans cette Irlande contemporaine et ses conséquences sont très bien décrites tout comme les conditions des immigrants et des immigrés, l’introspection du couple, le poids ou la place de la famille. J'ai trouvé très intéressant le personnage d’Alice : sa complexité, ce qu’elle a vécu (elle qui aura tenté de s’installer au Canada, fille unique qui a beaucoup sacrifié pour ses parents) et comment à cinquante ans elle regarde l’avenir.
L'auteur manie l’ironie, la causticité et n’est pas tendre avec ses personnages.
Malgré deux bémols (la naïveté de Chris a eu tendance à m’agacer et quelques longueurs), ce roman dont la construction fait la part belle à la psychologie est prenant !
Alice gardait de ses parents l'image ineffaçable d'une femme et d'un homme qui se tenaient la main, stoïques - elle allongée et lui ainsi assis-, attendant la mort aussi tranquillement qu'ils auraient attendu le bus 46A pour aller au Gaiety voir Maureen Potter.
Lu de cet auteur : Une seconde vie
jeudi 3 novembre 2016
Alain Claude Sulzer - Post-scriptum
Éditeur : Jacqueline Chambon - Traduit de l'allemand par Johannes Honingmann - Date de parution : Septembre 2016 - 279 pages et une très découverte !
1933. Acteur autrichien connu en Allemagne, Lionel Kupfer presque cinquantenaire séjourne dans un hôtel alpin en Suisse en attendant de tourner sous peu dans un prochain film. Ce n’est pas la première fois qu’il y vient entre deux tournages. Le personnel est discret mais il peut mesurer l‘étendue de sa notoriété. Au bureau de poste du village, un jeune homme Walter espère le rencontrer car il l’admire. Dans ce luxueux hôtel, Lionel s’ennuie et attend des nouvelles de son amant Eduard.
Alors qu’ils sont de deux mondes opposés, Walter et Lionel vont faire connaissance et entamer une liaison. Walter porte à Lionel un amour sincère et démesuré mais la venue d'Eduard va tout bouleverser. Il est venu apporter une nouvelle à Lionel : le prochain film où il devait jouer se fera sans lui car il est juif. Lionel s‘exile aux Etats-Unis où son nom ne lui ouvre aucune porte.
Se déroulant sur plusieurs époques, ce roman possède indéniablement un charme élégant. La finesse de l’écriture (et donc l’excellente traduction nous immerge) par des focus dans la vie de Lionel mais également dans celle de Walter. C'est précis sans tomber dans les excès de détails et l'auteur dépeint à le panel des sentiments et des émotions : l'amour, la jalousie, l'orgueil blessé tout comme la honte, la stupéfaction (je pense par exemple à la mère de Walter qui découvre l'horreur des camps de concentration) ou encore la sensualité d'une voix. Et le titre prend tout sa signification dans les dernières pages.
A travers ces destins, Alain Claude Sulzer dépeint l’homosexualité interdite, les différences de classe sociale. Une belle découverte !
Il jouait. Il jouait la comédie, comme s'il savait que la semaine allait un jour forcément atteindre les masses qui étaient à ses pieds comme au début. Il jouait comme s'il était filmé, comme si ce qui se déroulait ici obéissait aux instructions d'un scénario et d'un réalisateur invisible. Procéder à des changements, c'était du domaine du possible. Quand certains détails ne collaient pas, on modifiait les passages concernés. On rejouait la scène une deuxième, une troisième fois.(...) Jouer - simuler–redonnait à Kupfer le semblant d'assurance qu'il avait perdu l'espace d'un instant. une attitude assurée et des gestes assez réfléchis pour paraître naturel étaient indispensables. Un dernier geste à l'ancienne avant de sortir du plan, avant le nouveau départ incertain, le brouillard impénétrable. Dans le temps, il aurait glissé l'oeillet à sa boutonnière. Mais "dans le temps", c'était fini pour toujours. Le passé était contenu dans le geste qu'il avait omis de faire.
1933. Acteur autrichien connu en Allemagne, Lionel Kupfer presque cinquantenaire séjourne dans un hôtel alpin en Suisse en attendant de tourner sous peu dans un prochain film. Ce n’est pas la première fois qu’il y vient entre deux tournages. Le personnel est discret mais il peut mesurer l‘étendue de sa notoriété. Au bureau de poste du village, un jeune homme Walter espère le rencontrer car il l’admire. Dans ce luxueux hôtel, Lionel s’ennuie et attend des nouvelles de son amant Eduard.
Alors qu’ils sont de deux mondes opposés, Walter et Lionel vont faire connaissance et entamer une liaison. Walter porte à Lionel un amour sincère et démesuré mais la venue d'Eduard va tout bouleverser. Il est venu apporter une nouvelle à Lionel : le prochain film où il devait jouer se fera sans lui car il est juif. Lionel s‘exile aux Etats-Unis où son nom ne lui ouvre aucune porte.
Se déroulant sur plusieurs époques, ce roman possède indéniablement un charme élégant. La finesse de l’écriture (et donc l’excellente traduction nous immerge) par des focus dans la vie de Lionel mais également dans celle de Walter. C'est précis sans tomber dans les excès de détails et l'auteur dépeint à le panel des sentiments et des émotions : l'amour, la jalousie, l'orgueil blessé tout comme la honte, la stupéfaction (je pense par exemple à la mère de Walter qui découvre l'horreur des camps de concentration) ou encore la sensualité d'une voix. Et le titre prend tout sa signification dans les dernières pages.
A travers ces destins, Alain Claude Sulzer dépeint l’homosexualité interdite, les différences de classe sociale. Une belle découverte !
Il jouait. Il jouait la comédie, comme s'il savait que la semaine allait un jour forcément atteindre les masses qui étaient à ses pieds comme au début. Il jouait comme s'il était filmé, comme si ce qui se déroulait ici obéissait aux instructions d'un scénario et d'un réalisateur invisible. Procéder à des changements, c'était du domaine du possible. Quand certains détails ne collaient pas, on modifiait les passages concernés. On rejouait la scène une deuxième, une troisième fois.(...) Jouer - simuler–redonnait à Kupfer le semblant d'assurance qu'il avait perdu l'espace d'un instant. une attitude assurée et des gestes assez réfléchis pour paraître naturel étaient indispensables. Un dernier geste à l'ancienne avant de sortir du plan, avant le nouveau départ incertain, le brouillard impénétrable. Dans le temps, il aurait glissé l'oeillet à sa boutonnière. Mais "dans le temps", c'était fini pour toujours. Le passé était contenu dans le geste qu'il avait omis de faire.
jeudi 27 octobre 2016
Gerard Donovan - Une famille passagère
Éditeur : Seuil - Traduit de l'anglais par George-Michel Sarotte - Date de parution : Septembre 2016 - 191 pages à découvrir !
Septembre 1938, dans la station balnéaire de Margate, la narratrice profite qu’un landau soit resté sans surveillance à une fête foraine pour le prendre avec le bébé à l’intérieur. Elle laisse le landau et part avec l’enfant dans sa voiture une Austin Ruby (une voiture très courante à l’époque).
Au fil des pages, des éléments apparaissent : l’acte a été soigneusement prémédité et on apprend quelques informations sur la narratrice. Elle vit pour ainsi dire dans sa voiture et possède avec elle tout ce qu’elle a. Après une première nuit passée dans un hôtel avec l’enfant, le lendemain et les jours suivants la voiture sert pour dormir, manger alors qu’elle va d’une station balnéaire à une autre. Elle a décidé que l'enfant était à elle et qu’il s’appelait Albert.
Si la narratrice fait preuve par moments de lucidité, elle nous livre aussi ses réflexions, ses pensées sur la famille où une certaine folie apparaît, ses rêves illusoires. Elle veut tenter d’être une mère, elle pense et qu’elle est apte à le faire. Le personnage de cette femme est froid et inquiétant. Et quand l’enfant tombe malade, elle semble prendre conscience que l'élever va la priver de ses plaisirs égoïstes peu nombreux.
Gerard Donovan installe une ambiance très particulière, très troublante. On a vraiment l’impression d’être dans ses stations balnéaires d’avant-guerre de l’Angleterre qui se vident des touristes avec un côté désuet et on ne peut s’empêcher d’éprouver une angoisse grandissante. L'écriture est très précise mais aussi empreinte d'une poésie et permet d'accentuer l'ambiance. J'ai tout aimé !
Une famille se compose d'un mari, d'une épouse, d'une maison et d'un enfant. Je pouvais déjà me considérer comme une des composantes ; il manquait les trois autres.
Mais il paraît que les yeux restent identiques durant toute la vie : les yeux qui sont témoins de l'enfance le sont également de la vieillesse. Le même cœur bat comme avant la naissance. Je n'avais rien manqué. En fait, lorsque j'y pensais, seules quelques années et quelques expériences nous séparaient, cet enfant et moi, voire la même expérience répétée au cours de nombreuses années. Albert ne devait pas se faire du souci à propos du degré d'intimité que nous allions atteindre avec le temps.
Le billet de Cathulu
Septembre 1938, dans la station balnéaire de Margate, la narratrice profite qu’un landau soit resté sans surveillance à une fête foraine pour le prendre avec le bébé à l’intérieur. Elle laisse le landau et part avec l’enfant dans sa voiture une Austin Ruby (une voiture très courante à l’époque).
Au fil des pages, des éléments apparaissent : l’acte a été soigneusement prémédité et on apprend quelques informations sur la narratrice. Elle vit pour ainsi dire dans sa voiture et possède avec elle tout ce qu’elle a. Après une première nuit passée dans un hôtel avec l’enfant, le lendemain et les jours suivants la voiture sert pour dormir, manger alors qu’elle va d’une station balnéaire à une autre. Elle a décidé que l'enfant était à elle et qu’il s’appelait Albert.
Si la narratrice fait preuve par moments de lucidité, elle nous livre aussi ses réflexions, ses pensées sur la famille où une certaine folie apparaît, ses rêves illusoires. Elle veut tenter d’être une mère, elle pense et qu’elle est apte à le faire. Le personnage de cette femme est froid et inquiétant. Et quand l’enfant tombe malade, elle semble prendre conscience que l'élever va la priver de ses plaisirs égoïstes peu nombreux.
Gerard Donovan installe une ambiance très particulière, très troublante. On a vraiment l’impression d’être dans ses stations balnéaires d’avant-guerre de l’Angleterre qui se vident des touristes avec un côté désuet et on ne peut s’empêcher d’éprouver une angoisse grandissante. L'écriture est très précise mais aussi empreinte d'une poésie et permet d'accentuer l'ambiance. J'ai tout aimé !
Une famille se compose d'un mari, d'une épouse, d'une maison et d'un enfant. Je pouvais déjà me considérer comme une des composantes ; il manquait les trois autres.
Mais il paraît que les yeux restent identiques durant toute la vie : les yeux qui sont témoins de l'enfance le sont également de la vieillesse. Le même cœur bat comme avant la naissance. Je n'avais rien manqué. En fait, lorsque j'y pensais, seules quelques années et quelques expériences nous séparaient, cet enfant et moi, voire la même expérience répétée au cours de nombreuses années. Albert ne devait pas se faire du souci à propos du degré d'intimité que nous allions atteindre avec le temps.
Le billet de Cathulu
jeudi 20 octobre 2016
Joyce Carol Oates - Sacrifice
Éditeur : Philippe Rey - Traduit de l'anglais (EtaTs-Unis) par Claude Seban - Date de parution : Octobre 2016 - 358 pages dérangeantes.
1987. A Pascayne, une ville du New-Jersey touchée par le chômage, Ednetta Frye dans son quartier pauvre de Red Rock cherche sa fille Sybilla âgée de quatorze ans disparue depuis trois jours. Maculée d’excréments et avec des inscriptions racistes marquées sur poitrine, elle est retrouvée grâce à ses gémissements dans une usine désaffectée. " Elle avait été abandonnée à la mort. Elle avait été battue, violée et abandonnée à la mort. Elle avait été ligotée comme un animal, battue, violée et abandonnée à la mort. Une enfant, une jeune fille noire. " A l’hôpital, Ednetta refuse que l'on prévienne la police qui viendra pourtant. Et quand la police arrive, Sybilla se mure dans un silence alors que que amère veut qu'elles partent au plus vite. Sybilla écrit juste quelques mots accusant des policiers blancs. Sans qu’aucun examen médical n’ait été effectué, la mère et la fille quittent l’hôpital.
Très vite, ce qui est arrivé à l'adolescente se propage dans la communauté noire de la ville. La méfiance vis à vis de la police est très présente et les tensions existantes sont exacerbées. Sybilla ne porte pas plainte et sa mère refuse que toute personne (service sociaux, police, associations) entre en contact avec sa fille.
L'affaire parvient à un pasteur noir Marus Mudrick. Pour lui, c’est l’occasion de porter haut et fort ses messages contre les blancs. Avec son frère avocat militant pour les droits civiques, il promet à Ednetta de s’occuper de tout et se frotte par avance les mains. Car il est loin d’oublier ses propres intérêts fondés sur l’ambition et l’orgueil.
Roman choral où Sybilla, sa mère, le pasteur, l’avocat mais aussi la policière venue à l’hôpital, le beau–père de Sybilla, tous prennent la parole à tour de rôle de rôle au fur et à mesure que l’histoire progresse.
Beaucoup de zones d’ombre apparaissent très rapidement semant le doute chez le lecteur.
Entre manipulations, récupérations religieuses et profiteurs avides, personne n’est tout blanc ou tout noir. Joyce Carol Oates expose les faits sans prendre parti.
Et même si ce roman se déroule en 1987, certaines scènes et comportements décrits font encore parlés d’eux de nos jours.
Ce roman dérangeant interpelle sur les questions identitaires (toujours d’actualité) de la société américaine.
Les billets de Fanny, Keisha
Lu de cette auteure : Fille noire, fille blanche - J'ai réussi à rester en vie - Les femelles - Un endroit où se cacher.
1987. A Pascayne, une ville du New-Jersey touchée par le chômage, Ednetta Frye dans son quartier pauvre de Red Rock cherche sa fille Sybilla âgée de quatorze ans disparue depuis trois jours. Maculée d’excréments et avec des inscriptions racistes marquées sur poitrine, elle est retrouvée grâce à ses gémissements dans une usine désaffectée. " Elle avait été abandonnée à la mort. Elle avait été battue, violée et abandonnée à la mort. Elle avait été ligotée comme un animal, battue, violée et abandonnée à la mort. Une enfant, une jeune fille noire. " A l’hôpital, Ednetta refuse que l'on prévienne la police qui viendra pourtant. Et quand la police arrive, Sybilla se mure dans un silence alors que que amère veut qu'elles partent au plus vite. Sybilla écrit juste quelques mots accusant des policiers blancs. Sans qu’aucun examen médical n’ait été effectué, la mère et la fille quittent l’hôpital.
Très vite, ce qui est arrivé à l'adolescente se propage dans la communauté noire de la ville. La méfiance vis à vis de la police est très présente et les tensions existantes sont exacerbées. Sybilla ne porte pas plainte et sa mère refuse que toute personne (service sociaux, police, associations) entre en contact avec sa fille.
L'affaire parvient à un pasteur noir Marus Mudrick. Pour lui, c’est l’occasion de porter haut et fort ses messages contre les blancs. Avec son frère avocat militant pour les droits civiques, il promet à Ednetta de s’occuper de tout et se frotte par avance les mains. Car il est loin d’oublier ses propres intérêts fondés sur l’ambition et l’orgueil.
Roman choral où Sybilla, sa mère, le pasteur, l’avocat mais aussi la policière venue à l’hôpital, le beau–père de Sybilla, tous prennent la parole à tour de rôle de rôle au fur et à mesure que l’histoire progresse.
Beaucoup de zones d’ombre apparaissent très rapidement semant le doute chez le lecteur.
Entre manipulations, récupérations religieuses et profiteurs avides, personne n’est tout blanc ou tout noir. Joyce Carol Oates expose les faits sans prendre parti.
Et même si ce roman se déroule en 1987, certaines scènes et comportements décrits font encore parlés d’eux de nos jours.
Ce roman dérangeant interpelle sur les questions identitaires (toujours d’actualité) de la société américaine.
Les billets de Fanny, Keisha
Lu de cette auteure : Fille noire, fille blanche - J'ai réussi à rester en vie - Les femelles - Un endroit où se cacher.
samedi 15 octobre 2016
Jonathan Coe - Numéro 11
Éditeur : Gallimard - Traduit de l'anglais par Josée Kamoun - Date de parution : Octobre 2016 - 445 pages et (encore) un avis mitigé.
Rachel et Alison sont deux amies âgées de dix ans un peu avant les années 2000. Tout commence par des vacances chez les grands-parents de Rachel dans la campagne anglaise où certains s’indignent de la venue d’étrangers non désirables. Puis changement de décor quelques années plus tard avec Val, la mère d’Alison, qui a connu une gloire éphémère plus jeune avec une chanson dans une émission célèbre. Bibliothécaire, ses heures de travail sont réduites et les fins de mois souvent difficiles. Mais elle est subitement appelée par son agent pour une émission de télé-réalité pour remplacer un candidat qui s’est désisté au dernier moment. Elle pense qu’enfin la roue tourne. Sauf qu'il s'agit d'une sorte de Koh-Lanta qui se déroule en Australie avec des vedettes célèbres et où la pauvre Val endure le pire. L’émission diffusée est un montage, plus dur sera le retour.
Dans les trois autres parties, on découvre le monde des classes des plus riches. Rachel travaille pour l’une de ses familles les Gunn en donnant des cours particuliers aux enfants. Le couple possède plusieurs maisons dont une à Londres. Spacieuse mais encore trop petite, ils ont décidé de l’agrandir en y ajoutant onze étages souterrains.
Numéro 11 a pour sous-titre Quelques contes sur la folie ordinaire. Et c’est bien de le savoir avant de l’entamer car ce livre peut désarçonner par sa construction en cinq parties où chaque nouvelle partie donne l’impression de pas être connectée aux autres. Et pourtant elles le sont bel et bien avec des changements de registre. Car il y a beaucoup de sujets abordés (l'accès aux soins, la presse, les vieux films, le système des Universités) avec des personnages pas forcément permanents. Seules Rachel et Alison sont présentes du début à la fin.
Politique, économie mais aussi télé-réalité, Jonathan Coe fustige et dénonce avec acidité les travers de la société britannique de ces dernières années en montrant comment les écarts se creusent de plus en plus. La démesure, les envies extravagantes de la population la plus riche qui vit dans sa bulle est décrite avec froideur. Il flotte un parfum d'amertume, de mélancolie et de désenchantement dans ce livre.
Cette suite de Testament à l'anglaise a été une lecture en montagnes russes (car hélas de l'ennui s’est fait sentir) malgré une dernière partie plus intéressante où le fantastique s’intègre parfaitement bien mais où la fin m'a laissée sur ma faim.
Faustina et Jules était originaire de Majuro, la plus vaste des îles Marshall, poignée d'atolls coralliens au nord de l'équateur dans le Pacifique. Ils travaillaient pour les Gunn depuis un peu moins de deux ans.
Ils étaient réservés, gentils et ne se plaignaient jamais. Si le style de vie de Sir Gilbert, Madiana et leur famille leur semblait insolite, ils n'en disaient rien. Il s'acquittaient de leurs charges respectives avec un soin exemplaire. Faustina veillait à ce que les jumelles soient propres et agréables à regarder en toutes circonstances mais aussi qu'elle se restaurent à intervalles réguliers. Pendant ce temps, Jules remplissait la même fonction auprès des voitures.
Le billet de Delphine qui l'a lu en VO.
Lu de cet auteur : Expo 58 - La pluie, avant qu'elle tombe -Testament à l'anglaise
Rachel et Alison sont deux amies âgées de dix ans un peu avant les années 2000. Tout commence par des vacances chez les grands-parents de Rachel dans la campagne anglaise où certains s’indignent de la venue d’étrangers non désirables. Puis changement de décor quelques années plus tard avec Val, la mère d’Alison, qui a connu une gloire éphémère plus jeune avec une chanson dans une émission célèbre. Bibliothécaire, ses heures de travail sont réduites et les fins de mois souvent difficiles. Mais elle est subitement appelée par son agent pour une émission de télé-réalité pour remplacer un candidat qui s’est désisté au dernier moment. Elle pense qu’enfin la roue tourne. Sauf qu'il s'agit d'une sorte de Koh-Lanta qui se déroule en Australie avec des vedettes célèbres et où la pauvre Val endure le pire. L’émission diffusée est un montage, plus dur sera le retour.
Dans les trois autres parties, on découvre le monde des classes des plus riches. Rachel travaille pour l’une de ses familles les Gunn en donnant des cours particuliers aux enfants. Le couple possède plusieurs maisons dont une à Londres. Spacieuse mais encore trop petite, ils ont décidé de l’agrandir en y ajoutant onze étages souterrains.
Numéro 11 a pour sous-titre Quelques contes sur la folie ordinaire. Et c’est bien de le savoir avant de l’entamer car ce livre peut désarçonner par sa construction en cinq parties où chaque nouvelle partie donne l’impression de pas être connectée aux autres. Et pourtant elles le sont bel et bien avec des changements de registre. Car il y a beaucoup de sujets abordés (l'accès aux soins, la presse, les vieux films, le système des Universités) avec des personnages pas forcément permanents. Seules Rachel et Alison sont présentes du début à la fin.
Politique, économie mais aussi télé-réalité, Jonathan Coe fustige et dénonce avec acidité les travers de la société britannique de ces dernières années en montrant comment les écarts se creusent de plus en plus. La démesure, les envies extravagantes de la population la plus riche qui vit dans sa bulle est décrite avec froideur. Il flotte un parfum d'amertume, de mélancolie et de désenchantement dans ce livre.
Cette suite de Testament à l'anglaise a été une lecture en montagnes russes (car hélas de l'ennui s’est fait sentir) malgré une dernière partie plus intéressante où le fantastique s’intègre parfaitement bien mais où la fin m'a laissée sur ma faim.
Faustina et Jules était originaire de Majuro, la plus vaste des îles Marshall, poignée d'atolls coralliens au nord de l'équateur dans le Pacifique. Ils travaillaient pour les Gunn depuis un peu moins de deux ans.
Ils étaient réservés, gentils et ne se plaignaient jamais. Si le style de vie de Sir Gilbert, Madiana et leur famille leur semblait insolite, ils n'en disaient rien. Il s'acquittaient de leurs charges respectives avec un soin exemplaire. Faustina veillait à ce que les jumelles soient propres et agréables à regarder en toutes circonstances mais aussi qu'elle se restaurent à intervalles réguliers. Pendant ce temps, Jules remplissait la même fonction auprès des voitures.
Le billet de Delphine qui l'a lu en VO.
Lu de cet auteur : Expo 58 - La pluie, avant qu'elle tombe -Testament à l'anglaise
mardi 27 septembre 2016
Colm Toibin - Nora Webster
Éditeur : Robert Laffont - Traduit de l'anglais (Irlande) par Anne Gibson - Date de parution : Août 2016 - 411 pages et un beau portrait de femme!
Autant j'étais passée à travers de "Brooklyn" sur une jeune femme quittant l’Irlande pour les Etats-Unis (d’ailleurs dans les toutes premières, Eilis est mentionnée dans une conversation car l'action se déroule dans la même petite ville), autant ici je me suis attachée au personnage de Nora Webster.
Fin des Année 60, Irlande. Maurice, le mari de Nora vient de mourir. Ses voisins et sa famille sont très présents mais elle étouffe sous l'apitoiement et la compassion. Mère de quatre enfants, femme au foyer et dans une situation financière tendue, elle doit faire des sacrifices et travailler. Nora vivait à travers Maurice, elle n’avait jamais d’opinion tranchée ou ne prenait jamais part aux conversations liées à la politique. Même si désormais elle doit gérer tout toute seule, Nora ne baisse jamais les bras. Et au fil des mois, elle devient petit à petit une nouvelle femme .
Elle ose s’imposer, prendre des initiatives et assume ses responsabilités. A plus de quarante-cinq ans, Nora prend des cours de chant et se passionne pour la musique classique. Ses enfants ou sa famille ne comprennent pas toujours ses choix mais elle mène à bien ses décisions. Veiller sur ses garçons qui éprouvent des difficultés depuis la mort de leur père tandis que l’une des ainées s’entiche de politique, faire son propre deuil : quelquefois elles se sent bien seule (ce qui est normal) mais elle reprend toujours le dessus. Et surtout, Nora découvre et apprécie la liberté dont elle dispose et tant pis pour les mauvais langues. En fond, il y a les événements politiques de l’époque (les affrontements en Irlande du Nord) et la place des femmes en Irlande à la fin des années 60 et début des années 70.
Un beau portait de femme très juste où Tom Toibin s'attache aux instants du quotidien, aux ressentis profonds de son héroïne (et bonus, il y a des scènes qui m'ont fait rire aux éclats). J’ai beaucoup aimé Nora et je me suis sentie proche d'elle tout au long de ce roman.
Ce fut au bout d'un mois seulement, après quatre ou cinq leçons, qu'elle s'aperçut que la musique l'éloignait de Maurice, l'éloignait de la vie qu'elle avait eue avec lui, et de la vie qu'elle avait avec les enfants. Ce n'était pas seulement le fait que Maurice n'avait pas l'oreille musicale et que la musique était une chose qu'ils n'avaient jamais partagée. C'était l'intensité de ces moments ; elle était seule avec elle-même en un lieu où il ne l'aurait jamais suivi, même dans la mort.
Le billet de Kathel qui l'a lu en VO.
Autant j'étais passée à travers de "Brooklyn" sur une jeune femme quittant l’Irlande pour les Etats-Unis (d’ailleurs dans les toutes premières, Eilis est mentionnée dans une conversation car l'action se déroule dans la même petite ville), autant ici je me suis attachée au personnage de Nora Webster.
Fin des Année 60, Irlande. Maurice, le mari de Nora vient de mourir. Ses voisins et sa famille sont très présents mais elle étouffe sous l'apitoiement et la compassion. Mère de quatre enfants, femme au foyer et dans une situation financière tendue, elle doit faire des sacrifices et travailler. Nora vivait à travers Maurice, elle n’avait jamais d’opinion tranchée ou ne prenait jamais part aux conversations liées à la politique. Même si désormais elle doit gérer tout toute seule, Nora ne baisse jamais les bras. Et au fil des mois, elle devient petit à petit une nouvelle femme .
Elle ose s’imposer, prendre des initiatives et assume ses responsabilités. A plus de quarante-cinq ans, Nora prend des cours de chant et se passionne pour la musique classique. Ses enfants ou sa famille ne comprennent pas toujours ses choix mais elle mène à bien ses décisions. Veiller sur ses garçons qui éprouvent des difficultés depuis la mort de leur père tandis que l’une des ainées s’entiche de politique, faire son propre deuil : quelquefois elles se sent bien seule (ce qui est normal) mais elle reprend toujours le dessus. Et surtout, Nora découvre et apprécie la liberté dont elle dispose et tant pis pour les mauvais langues. En fond, il y a les événements politiques de l’époque (les affrontements en Irlande du Nord) et la place des femmes en Irlande à la fin des années 60 et début des années 70.
Un beau portait de femme très juste où Tom Toibin s'attache aux instants du quotidien, aux ressentis profonds de son héroïne (et bonus, il y a des scènes qui m'ont fait rire aux éclats). J’ai beaucoup aimé Nora et je me suis sentie proche d'elle tout au long de ce roman.
Ce fut au bout d'un mois seulement, après quatre ou cinq leçons, qu'elle s'aperçut que la musique l'éloignait de Maurice, l'éloignait de la vie qu'elle avait eue avec lui, et de la vie qu'elle avait avec les enfants. Ce n'était pas seulement le fait que Maurice n'avait pas l'oreille musicale et que la musique était une chose qu'ils n'avaient jamais partagée. C'était l'intensité de ces moments ; elle était seule avec elle-même en un lieu où il ne l'aurait jamais suivi, même dans la mort.
Le billet de Kathel qui l'a lu en VO.
vendredi 23 septembre 2016
Helen Macdonald - M pour Mabel
Éditeur : Fleuve éditions - Traduit de l'anglais(Royaume-Uni) par Marie-Anne de Béru - Date de parution : Août 2016 - 399 pages et une belle découverte!
Il y a un abîme entre la vie viscérale et sanglante que je partage avec Mabel et la vision distanciée, réservée, qui caractérise la façon dont nos contemporains apprécient la nature. Je sais que certains de mes amis considèrent le fait de vivre avec un faucon comme quelque chose de moralement suspect, mais je ne pourrais pas aimer les oiseaux les comprendre aussi profondément si je ne les avais vu que sur des écrans. J'ai fait d'un faucon un fragment de vie humaine et d'une vie humaine un fragment de la vie d'un faucon, ce qu'il a rendu un million de fois plus complexe et source d'émerveillement à mes yeux.
Le billet de Cathulu qui m'avait donnée envie.
Fascinée depuis son enfance par la fauconnerie, la narratrice se lance dans
d’un projet nourri depuis longtemps : dresser un autour. Le décès de son
père est l’élément déclencheur qui lui fait franchir le pas. Sans être novice, férue
de littérature en rapport avec les rapaces, Mabel est pourtant son premier
autour, un puissant rapace.
Elle s‘isole, ne sort que rarement de chez elle car Mabel a besoin dans premier temps de s’acclimater.
Sans s’en rendre compte, elle tombe dans la spirale de la dépression et focalise
toute son attention uniquement sur le rapace. Ses appréhensions sur le premier
vol de Mabel, la nourriture et le poids du rapace, toutes les étapes sont décrites et très bien
rendues.Ce livre ayant été écrit bien après, Helen Macdonald a ce regard
distancié sur les événements de l’époque et sur son comportement qu’elle
analyse avec une beaucoup de discernement.
Si Mabel l’a accompagnée durant le chemin du deuil, il a été également bien plus qu’une béquille pour sortir de sa dépression. Les extraits des carnets de Mr White qui dans les années 30 voulut dresser un autour émaillent le livre. A la froideur de White s’oppose la sensibilité de l’auteur.
Sur un thème qui à priori ne m’attirait pas, j’ai appris beaucoup d’informations (certaines m’ont plus intéressées plus que d'autres) mais surtout le récit intime d’Helen Macdonald, cette introspection m’a vraiment touchée.
Si Mabel l’a accompagnée durant le chemin du deuil, il a été également bien plus qu’une béquille pour sortir de sa dépression. Les extraits des carnets de Mr White qui dans les années 30 voulut dresser un autour émaillent le livre. A la froideur de White s’oppose la sensibilité de l’auteur.
Sur un thème qui à priori ne m’attirait pas, j’ai appris beaucoup d’informations (certaines m’ont plus intéressées plus que d'autres) mais surtout le récit intime d’Helen Macdonald, cette introspection m’a vraiment touchée.
Le fait qu’elle s’interroge énormément sur son rapport avec Mabel est un point fort et il permet de faire
passer certaines longueurs.
Il y a beaucoup de pudeur cette une écriture très visuelle qui dépeint aussi bien la nature, Mabel que les émotions les plus profondes. Une belle découverte !
L'archéologie de la douleur ne se fait pas avec ordre et méthodes. Cela ressemble davantage à la terre que vous retournez à la bêche et où vous découvrez parfois des choses oubliées. Des éléments surprenant refont surface non seulement les souvenirs, mais aussi des états d'âme, des émotions, des visions du monde plus anciennes. Il y a beaucoup de pudeur cette une écriture très visuelle qui dépeint aussi bien la nature, Mabel que les émotions les plus profondes. Une belle découverte !
Il y a un abîme entre la vie viscérale et sanglante que je partage avec Mabel et la vision distanciée, réservée, qui caractérise la façon dont nos contemporains apprécient la nature. Je sais que certains de mes amis considèrent le fait de vivre avec un faucon comme quelque chose de moralement suspect, mais je ne pourrais pas aimer les oiseaux les comprendre aussi profondément si je ne les avais vu que sur des écrans. J'ai fait d'un faucon un fragment de vie humaine et d'une vie humaine un fragment de la vie d'un faucon, ce qu'il a rendu un million de fois plus complexe et source d'émerveillement à mes yeux.
Le billet de Cathulu qui m'avait donnée envie.
Merci à Babelio pour cette lecture.
mercredi 21 septembre 2016
Emily St. John Mandel - Station Eleven
Éditeur : Rivages - Traduit de l'anglais (Canada) par Gérard de Chergé - Date de parution : Août 2016 - 475 pages et grand plaisir de lecture !
Toronto. Lors de la représentation théâtrale du Roi Lear l’acteur Arthur Leander s’effondre sur scène et meurt. Au même moment, une pandémie la grippe de Géorgie se propage à toute vitesse et décime presque toute la population mondiale. Deux personnes présentes à cette représentation vont survivre : un spectateur Jeevan et la petite Kirsten âgée de huit ans qui était sur scène.
Deux décennies plus tard dans un monde où tout ce qui existait avant n’est plus, Kirsten fait partie de la Symphonie Itinérante. Acteurs, musiciens, ils se déplacent dans la région du lac Michigan pour jouer Shakespeare ou Beethoven dans les villes (une ville est devenue un endroit où vivent quelques familles). Et même si l’insécurité est de plus en plus grande, ils continuent.
Avec des allers-retours entre passé et présent toujours très fluides, on suit Jeevan, Kisten et d’autres personnages sans jamais être perdu. Arthur Leander est celui qui les relie les uns aux autres. Si Kisten n’a plus aucun souvenir de son enfance et du monde tel qu’il existait, elle garde avec elle une bande dessinée dont le titre est Station Eleven qui lui a été donné par Arthur Leander.
Diablement efficace et addictif, il serait réducteur de ne parler que de roman d’anticipation ou de roman noir tant Emily St. John Mandel intègre plusieurs genres à merveille. Le souvenir, l'humanité (sa quasi-disparition et sa renaissance), l'art et sa beauté sont les principaux thèmes de ce roman qui jamais ne sombre dans la noirceur. Bien au contraire il est porteur d’espoir. Et les émotions sont bien présentes.
Des personnages attachants, une intrigue très bien menée, une belle écriture : les pages se tournent toutes seules. Un vrai et grand plaisir de lecture pour ce livre captivant !
" A certains moments, murmura Auguste, j'ai envie de me poser. Ça t'arrive d'y penser ?
- Ne plus voyager, tu veux dire ?
- Tu y penses, quelquefois ? Il doit bien exister une vie plus stable que celle-ci.
- Sûrement, mais dans quelle autre vie pourrais-je jouer du Shakespeare ?"
Les billets de Cath (merci) et de Cuné également enthousiastes. Plein d'autres avis sur Babelio.
Lu de cet auteur : On ne joue pas avec la mort
Toronto. Lors de la représentation théâtrale du Roi Lear l’acteur Arthur Leander s’effondre sur scène et meurt. Au même moment, une pandémie la grippe de Géorgie se propage à toute vitesse et décime presque toute la population mondiale. Deux personnes présentes à cette représentation vont survivre : un spectateur Jeevan et la petite Kirsten âgée de huit ans qui était sur scène.
Deux décennies plus tard dans un monde où tout ce qui existait avant n’est plus, Kirsten fait partie de la Symphonie Itinérante. Acteurs, musiciens, ils se déplacent dans la région du lac Michigan pour jouer Shakespeare ou Beethoven dans les villes (une ville est devenue un endroit où vivent quelques familles). Et même si l’insécurité est de plus en plus grande, ils continuent.
Avec des allers-retours entre passé et présent toujours très fluides, on suit Jeevan, Kisten et d’autres personnages sans jamais être perdu. Arthur Leander est celui qui les relie les uns aux autres. Si Kisten n’a plus aucun souvenir de son enfance et du monde tel qu’il existait, elle garde avec elle une bande dessinée dont le titre est Station Eleven qui lui a été donné par Arthur Leander.
Diablement efficace et addictif, il serait réducteur de ne parler que de roman d’anticipation ou de roman noir tant Emily St. John Mandel intègre plusieurs genres à merveille. Le souvenir, l'humanité (sa quasi-disparition et sa renaissance), l'art et sa beauté sont les principaux thèmes de ce roman qui jamais ne sombre dans la noirceur. Bien au contraire il est porteur d’espoir. Et les émotions sont bien présentes.
Des personnages attachants, une intrigue très bien menée, une belle écriture : les pages se tournent toutes seules. Un vrai et grand plaisir de lecture pour ce livre captivant !
" A certains moments, murmura Auguste, j'ai envie de me poser. Ça t'arrive d'y penser ?
- Ne plus voyager, tu veux dire ?
- Tu y penses, quelquefois ? Il doit bien exister une vie plus stable que celle-ci.
- Sûrement, mais dans quelle autre vie pourrais-je jouer du Shakespeare ?"
Les billets de Cath (merci) et de Cuné également enthousiastes. Plein d'autres avis sur Babelio.
Lu de cet auteur : On ne joue pas avec la mort
jeudi 15 septembre 2016
Emma Cline - The girls
Éditeur : Quai Voltaire - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch - Date de parution : Août 2016 - 333 pages et un premier roman très maitrisé !
1969. Californie. Agée de quatorze ans, Evie vit avec sa mère depuis la séparation de ses parents. Sa mère jusqu’alors assez réservée s’ouvre sur les autres et les influences en cours. Avec sa meilleure amie Connie, Evie mal dans sa peau tue le temps comme tout autre adolescente en attendant la rentrée. Un jour, elle aperçoit un groupe de filles qui font les poubelles, volent et ensuite s’engouffrent dans un vieux car noir. Sa rencontre avec Suzanne une des filles va marquer un tournant.
Complètement fascinée par elle, Evie la suit jusqu’au ranch où elles vivent. L’endroit n'en porte que
le nom car la réalité est autre : vieux, délabré mais Evie elle y voit une liberté, un mode de vie excitant. Les filles sont sous la houlette de Russell une sorte de gourou qu’elle vénèrent. Un monde à part avec l’alcool, les drogues, le partage des biens où il y a même des enfants. Et très vite Evie n’a qu’une seule l’envie se faire intégrer ( "j’étais une cible enthousiaste") et délaisser son quotidien bien fade en comparaison.
Alternant la narration d’Evie adulte des années plus tard et les faits de l’époque, l’emprise du groupe , les rapports, l’ambiance sont très bien rendus.
Un premier roman psychologique très maitrisé et réussi car Emma Cline nous décrit comment en quelques semaines une adolescente peut basculer en décortiquant avec précision les différents processus. La tristement célèbre affaire Charles Manson a servi de toile de fond à ce roman (ce que j'ai appris à la lecture de chroniques ).
Mais le ranch était la preuve que l’on pouvait vivre à un niveau plus exceptionnel. On pouvait dépasser ces misérables faiblesses humaines pour accéder à un amour plus grand.
Il y a de très nombreux billets sur ce livre. Un des derniers en date est celui d'Hélène qui renvoie à d'autres liens.
1969. Californie. Agée de quatorze ans, Evie vit avec sa mère depuis la séparation de ses parents. Sa mère jusqu’alors assez réservée s’ouvre sur les autres et les influences en cours. Avec sa meilleure amie Connie, Evie mal dans sa peau tue le temps comme tout autre adolescente en attendant la rentrée. Un jour, elle aperçoit un groupe de filles qui font les poubelles, volent et ensuite s’engouffrent dans un vieux car noir. Sa rencontre avec Suzanne une des filles va marquer un tournant.
Complètement fascinée par elle, Evie la suit jusqu’au ranch où elles vivent. L’endroit n'en porte que
le nom car la réalité est autre : vieux, délabré mais Evie elle y voit une liberté, un mode de vie excitant. Les filles sont sous la houlette de Russell une sorte de gourou qu’elle vénèrent. Un monde à part avec l’alcool, les drogues, le partage des biens où il y a même des enfants. Et très vite Evie n’a qu’une seule l’envie se faire intégrer ( "j’étais une cible enthousiaste") et délaisser son quotidien bien fade en comparaison.
Alternant la narration d’Evie adulte des années plus tard et les faits de l’époque, l’emprise du groupe , les rapports, l’ambiance sont très bien rendus.
Un premier roman psychologique très maitrisé et réussi car Emma Cline nous décrit comment en quelques semaines une adolescente peut basculer en décortiquant avec précision les différents processus. La tristement célèbre affaire Charles Manson a servi de toile de fond à ce roman (ce que j'ai appris à la lecture de chroniques ).
Mais le ranch était la preuve que l’on pouvait vivre à un niveau plus exceptionnel. On pouvait dépasser ces misérables faiblesses humaines pour accéder à un amour plus grand.
Il y a de très nombreux billets sur ce livre. Un des derniers en date est celui d'Hélène qui renvoie à d'autres liens.
mercredi 14 septembre 2016
Grazyna Jagielska - Amour de pierre
Editeur : J'ai lu - Traduit du polonais par Anna Smolar - Date de parution : Août 2016 - 255 pages à découvrir.
"Il y a trois mois jour pour jour, j'ai été admise en maison de repos. Mon syndrome : le stress post-traumatique du soldat. En réalité, c’est le stress de mon mari, mais il m’a toujours délégué tous ses soucis. " Mariée à Wotjek grand reporter de guerre, Grazyna est internée pour soigner sa dépression. Wotjek court de conflit en guerre à travers le monde et durant ses absences, elle l’attend chez eux à Varsovie. Mais la peur et les récit de ce que Wotjek a vu, a vécu sont les plus fortes et elle sombre. A l’hôpital , Grazyna se lie avec un autre patient et raconte comment elle est en arrivée là.
Jeune femme, elle partageait avec son mari l’amour des voyages. Puis la passion de Wotjek s’est lentement insinuée dans leur couple. Reporter de guerre, c’est toujours être sur le qui-vive pour ne pas rater un évènement important de l'Afghanistan à la Tchétchénie. Grazyna a soutenu, encouragé son mari jusqu’à se mentir à elle-même. Trop d’horreurs et de peur accumulées, tout en continuant de faire semblant et un beau jour ne plus y arriver.
Elle va accompagner son mari en tant que photographe. Etre sur le terrain avec lui pour vivre ce qu’il vit et tout partager. Mais le travail Wotjek en est affecté car il ne veut pas de prendre de risques avec son épouse à ses côtés.
Cette plongée dans l’intimité de Grazyna est saisissante ! D’un coté, on ressent viscéralement ses inquiétudes les plus profondes et de l’autre, ce portait du reporter de guerre est fascinant et terrifiant par ses aspects égoïstes.
La structure du récit pourra déconcerter ou gêner certains lecteurs car il faut apprivoiser le rythme qui oscille entre souvenirs, auscultation du mal-être et la métamorphose de l'amour de Grazyna . Les traumatismes collatéraux des guerres sont mis en exergue par la personne de Grazyna. J'ignorais que ce roman était autobiographique (Wotjek a arrêté de sillonner le monde mais on ne sait pas si Grazyna s’est relevée et a pu désormais tourner la page), en tout cas il est à découvrir.
Ce sont les guerres de la fin des années 1990, me semble-t-il, qui m'ont changée à ce point. Elles ont engendré la dépression nerveuse que mon correspondant de guerre de mari aurait dû subir. Ou peut-être cette maladie a-t-elle pleinement mûri à ce moment-là ; elle est devenue visible, délimitant les contours de notre vie future. Vers la fin des années 1990, je ne pouvais plus me faire d'illusions, ni croire à un retour à la normale. Nous avions expérimenté tous les retours possibles ; nous savions qu'il était inconcevable de revenir sur les lieux du passé, comme aux anciens projets.
"Il y a trois mois jour pour jour, j'ai été admise en maison de repos. Mon syndrome : le stress post-traumatique du soldat. En réalité, c’est le stress de mon mari, mais il m’a toujours délégué tous ses soucis. " Mariée à Wotjek grand reporter de guerre, Grazyna est internée pour soigner sa dépression. Wotjek court de conflit en guerre à travers le monde et durant ses absences, elle l’attend chez eux à Varsovie. Mais la peur et les récit de ce que Wotjek a vu, a vécu sont les plus fortes et elle sombre. A l’hôpital , Grazyna se lie avec un autre patient et raconte comment elle est en arrivée là.
Jeune femme, elle partageait avec son mari l’amour des voyages. Puis la passion de Wotjek s’est lentement insinuée dans leur couple. Reporter de guerre, c’est toujours être sur le qui-vive pour ne pas rater un évènement important de l'Afghanistan à la Tchétchénie. Grazyna a soutenu, encouragé son mari jusqu’à se mentir à elle-même. Trop d’horreurs et de peur accumulées, tout en continuant de faire semblant et un beau jour ne plus y arriver.
Elle va accompagner son mari en tant que photographe. Etre sur le terrain avec lui pour vivre ce qu’il vit et tout partager. Mais le travail Wotjek en est affecté car il ne veut pas de prendre de risques avec son épouse à ses côtés.
Cette plongée dans l’intimité de Grazyna est saisissante ! D’un coté, on ressent viscéralement ses inquiétudes les plus profondes et de l’autre, ce portait du reporter de guerre est fascinant et terrifiant par ses aspects égoïstes.
La structure du récit pourra déconcerter ou gêner certains lecteurs car il faut apprivoiser le rythme qui oscille entre souvenirs, auscultation du mal-être et la métamorphose de l'amour de Grazyna . Les traumatismes collatéraux des guerres sont mis en exergue par la personne de Grazyna. J'ignorais que ce roman était autobiographique (Wotjek a arrêté de sillonner le monde mais on ne sait pas si Grazyna s’est relevée et a pu désormais tourner la page), en tout cas il est à découvrir.
Ce sont les guerres de la fin des années 1990, me semble-t-il, qui m'ont changée à ce point. Elles ont engendré la dépression nerveuse que mon correspondant de guerre de mari aurait dû subir. Ou peut-être cette maladie a-t-elle pleinement mûri à ce moment-là ; elle est devenue visible, délimitant les contours de notre vie future. Vers la fin des années 1990, je ne pouvais plus me faire d'illusions, ni croire à un retour à la normale. Nous avions expérimenté tous les retours possibles ; nous savions qu'il était inconcevable de revenir sur les lieux du passé, comme aux anciens projets.
samedi 10 septembre 2016
Rabih Alameddine - Les vies de papier
Editeur : Les Escales - Date de parution : Août 2016 - Traduit de l’anglais par Nicolas Richard - 304 pages formidables !
Comme à chaque premier de l’an, Aaliya Saleh s’apprête à se lancer dans la traduction d’un roman en arabe. C’est un rituel chez elle ( "oui, je suis un brin obsessionnelle. En tant que femme non religieuse, ceci est ma profession de foi"), encore faut-il décider quel livre sera l’élu. A soixante-douze ans, elle vit toujours dans le même appartement de Beyrouth. Mariée à seize ans, son époux l’a répudiée assez vite mais sans jamais divorcer. Malgré les traditions libanaises, Aaliya ne s’est jamais coulée dans le moule et elle s’est construite une vie entourée de livres.
Ne mâchant pas ses mots, caustique ou ironique voire impertinente, elle nous entraîne dans ses souvenirs et dans son présent. De digressions succulentes à des anecdotes sur Beyrouth en temps de guerre, il s’agit d’un récit complètement addictif!
Sans jamais se lamenter ou chercher la compassion, mais en avouant quelquefois sa peur ancienne, elle se livre entièrement avec des références à des auteurs et des citations sans se montrer pédante ou hautaine. De la traduction et sa manière bien personnelle de procéder "c'est le processus qui me captive, et non le produit fini", à son amour pour la littérature et à la musique classique, Beyrouth personnage à part entière a toute sa place.
Elle n’hésite pas à interpeller le lecteur et les écrivains actuels en disant le fond de sa pensée.
Aaliya est si attachante par sa personnalité que l’on aimerait qu’elle existe!
Un livre entraînant sur toute la ligne, passionnant et un vrai hymne d’amour à la littérature ! Que demander de plus ?
J'ai les névroses des auteurs mais pas leurs talents.
Quand je lis un livre, je fais de mon mieux, pas toujours avec succès, pour laisser le mur s'effriter un peu, la barricade qui me sépare du livre. J'essaye d'être impliquée.
Les billets de Cathulu, Cuné conquises
Comme à chaque premier de l’an, Aaliya Saleh s’apprête à se lancer dans la traduction d’un roman en arabe. C’est un rituel chez elle ( "oui, je suis un brin obsessionnelle. En tant que femme non religieuse, ceci est ma profession de foi"), encore faut-il décider quel livre sera l’élu. A soixante-douze ans, elle vit toujours dans le même appartement de Beyrouth. Mariée à seize ans, son époux l’a répudiée assez vite mais sans jamais divorcer. Malgré les traditions libanaises, Aaliya ne s’est jamais coulée dans le moule et elle s’est construite une vie entourée de livres.
Ne mâchant pas ses mots, caustique ou ironique voire impertinente, elle nous entraîne dans ses souvenirs et dans son présent. De digressions succulentes à des anecdotes sur Beyrouth en temps de guerre, il s’agit d’un récit complètement addictif!
Sans jamais se lamenter ou chercher la compassion, mais en avouant quelquefois sa peur ancienne, elle se livre entièrement avec des références à des auteurs et des citations sans se montrer pédante ou hautaine. De la traduction et sa manière bien personnelle de procéder "c'est le processus qui me captive, et non le produit fini", à son amour pour la littérature et à la musique classique, Beyrouth personnage à part entière a toute sa place.
Elle n’hésite pas à interpeller le lecteur et les écrivains actuels en disant le fond de sa pensée.
Aaliya est si attachante par sa personnalité que l’on aimerait qu’elle existe!
Un livre entraînant sur toute la ligne, passionnant et un vrai hymne d’amour à la littérature ! Que demander de plus ?
J'ai les névroses des auteurs mais pas leurs talents.
Quand je lis un livre, je fais de mon mieux, pas toujours avec succès, pour laisser le mur s'effriter un peu, la barricade qui me sépare du livre. J'essaye d'être impliquée.
Les billets de Cathulu, Cuné conquises
jeudi 8 septembre 2016
Smith Henderson - Yaak Valley, Montana
Éditeur : Belfond - Traduit de l'américain par Nathalie Peronny - Date de parution: Août 2016 - 575 pages qui bousculent.
Années 80, Montana. Pete Snow est assistant social et s’occupe d’enfants. Parents alcooliques, drogués, laissés pour compte et des enfants, adolescents cabossés sans repères qu’il veut aider. Et il a des cas très difficiles : Cecil un adolescent qui touche le fond et Benjamin qu’il a rencontré par hasard. Maltraité par son père Jeremiah Pearl, illuminé et mystique qui lui interdit tout contact avec l’extérieur. De quoi être lassé, désabusé passer pas des phases où l’on se dit que son boulot ne sert pratiquement à rien devant tout ce qu’il y a accomplir. En plus, Pete a ses problèmes personnels : son divorce avec son ex-femme portée sur la bouteille et les hommes, son frère qui fuit la justice. Et en bonus, sa fille de treize ans fugue.
Si au départ, j’ai eu du mal à entrer dans ce livre c’est-à-dire à être vraiment intéressée par l’histoire, la grande empathie de Pete a été le déclic car il veut vraiment faire de son mieux pour ces enfants. Sur fond de nature sauvage, où l’on craint le pire avec Jeremiah Pearl, l’auteur n’épargne pas le lecteur (attention aux âmes sensibles) et certaine passages sont très durs car ils concernent des enfants. Smith Henderson n' a pas choisi de nous décrire Pete comme un saint et c'est un des points forts de ce roman.
Cette peinture sombre des exclus, de la misère et de la violence m’a plus que touchée tout comme la plupart des personnages.
Bien tramé malgré quelques longueurs, ce premier roman bouscule et pas qu’un peu (vous êtes prévenus).
Ici aussi les gens avaient des secrets. Un voleur. Un homosexuel. Des parents qui maltraitaient leurs enfants et dont les maisons ressortaient sur sa carte mentale de la ville tels des gyrophare orange, parce qu'il savait. Dépositaire de leurs secrets.
Lu grâce à Babelio que je remercie.
Années 80, Montana. Pete Snow est assistant social et s’occupe d’enfants. Parents alcooliques, drogués, laissés pour compte et des enfants, adolescents cabossés sans repères qu’il veut aider. Et il a des cas très difficiles : Cecil un adolescent qui touche le fond et Benjamin qu’il a rencontré par hasard. Maltraité par son père Jeremiah Pearl, illuminé et mystique qui lui interdit tout contact avec l’extérieur. De quoi être lassé, désabusé passer pas des phases où l’on se dit que son boulot ne sert pratiquement à rien devant tout ce qu’il y a accomplir. En plus, Pete a ses problèmes personnels : son divorce avec son ex-femme portée sur la bouteille et les hommes, son frère qui fuit la justice. Et en bonus, sa fille de treize ans fugue.
Si au départ, j’ai eu du mal à entrer dans ce livre c’est-à-dire à être vraiment intéressée par l’histoire, la grande empathie de Pete a été le déclic car il veut vraiment faire de son mieux pour ces enfants. Sur fond de nature sauvage, où l’on craint le pire avec Jeremiah Pearl, l’auteur n’épargne pas le lecteur (attention aux âmes sensibles) et certaine passages sont très durs car ils concernent des enfants. Smith Henderson n' a pas choisi de nous décrire Pete comme un saint et c'est un des points forts de ce roman.
Cette peinture sombre des exclus, de la misère et de la violence m’a plus que touchée tout comme la plupart des personnages.
Bien tramé malgré quelques longueurs, ce premier roman bouscule et pas qu’un peu (vous êtes prévenus).
Ici aussi les gens avaient des secrets. Un voleur. Un homosexuel. Des parents qui maltraitaient leurs enfants et dont les maisons ressortaient sur sa carte mentale de la ville tels des gyrophare orange, parce qu'il savait. Dépositaire de leurs secrets.
Lu grâce à Babelio que je remercie.
dimanche 4 septembre 2016
Virginia Reeves - Un travail comme un autre
Éditeur : Stock - Traduit de l'anglais (Etat-Unis) par Carine Chichereau - Date de parution : Août 2016 - 344 pages et un premier roman réussi !
Roscoe T. Martin s’est vu contraindre d’abandonner son métier d’électricien car son épouse Marie a hérité de la ferme de son père en Alabama. Il n’a aucune affinité avec le métier de fermier, son couple bat de l’aile et l'exploitation est au bord de la faillite. En 1920, ni la maison ni la ferme ne reçoivent l’électricité mais Roscoe a une idée : la détourner. Avec l’aide de Wilson l’employé de la ferme, il réussit. La ferme évite la faillite et son couple va mieux. Il a menti à sa femme qui apprend la vérité lors de son arrestation. Car un employé de la compagnie d’électricité meurt électrocuté en vérifiant le transformateur fabriqué par Roscoe.
Roscoe est condamné à vingt ans de prison, Wilson parce qu’il est Noir a été vendu à une exploitation minière. En prison, Roscoe espère une lettre de Marie ou une visite mais jamais elle ne viendra. Elle a même interdit à leur fils d'entrer en contact avec son père. Des affections à différents postes (la bibliothèque, la laiterie, le chenil) à la dureté de la vie carcérale, Roscoe à sa libération anticipée est un homme éprouvé. S’il pense retrouver la ferme, sa femme et son fils, il se trompe car des rôles ont été inversés par Marie partie depuis plusieurs années.
Que ce soit l’univers de la prison, la cruauté, le racisme, la culpabilité, les sentiments haineux de Marie, les pensées et les profonds sentiments de Roscoe mais aussi l'espoir et son contraire, tout est parfaitement décrit. Le portait de Roscoe est plus que touchant car c’est un homme bon qui a commis une erreur pour aider les siens.
Avec une écriture qui fait appel à tous les sens et où la poésie a sa place, Virginia Reeves signe un premier roman intense et réussi (seul un tout petit petit bémol : certains passages sont hésitants). A noter également la très bonne traduction !
J'avais passé au moins six ans à imaginer Wilson mort ou travaillant dans ces tunnels, assiégé par la conscience de l'avoir envoyé là-bas, de l'avoir condamné à ces jours sombres. La culpabilité m'avait un peu épargnée à cause du silence de Marie. J'avais privé c'est homme de sa famille. Quel droit avais-je de jouir de la mienne ?
Les billets de Cathulu, Laure
Roscoe T. Martin s’est vu contraindre d’abandonner son métier d’électricien car son épouse Marie a hérité de la ferme de son père en Alabama. Il n’a aucune affinité avec le métier de fermier, son couple bat de l’aile et l'exploitation est au bord de la faillite. En 1920, ni la maison ni la ferme ne reçoivent l’électricité mais Roscoe a une idée : la détourner. Avec l’aide de Wilson l’employé de la ferme, il réussit. La ferme évite la faillite et son couple va mieux. Il a menti à sa femme qui apprend la vérité lors de son arrestation. Car un employé de la compagnie d’électricité meurt électrocuté en vérifiant le transformateur fabriqué par Roscoe.
Roscoe est condamné à vingt ans de prison, Wilson parce qu’il est Noir a été vendu à une exploitation minière. En prison, Roscoe espère une lettre de Marie ou une visite mais jamais elle ne viendra. Elle a même interdit à leur fils d'entrer en contact avec son père. Des affections à différents postes (la bibliothèque, la laiterie, le chenil) à la dureté de la vie carcérale, Roscoe à sa libération anticipée est un homme éprouvé. S’il pense retrouver la ferme, sa femme et son fils, il se trompe car des rôles ont été inversés par Marie partie depuis plusieurs années.
Que ce soit l’univers de la prison, la cruauté, le racisme, la culpabilité, les sentiments haineux de Marie, les pensées et les profonds sentiments de Roscoe mais aussi l'espoir et son contraire, tout est parfaitement décrit. Le portait de Roscoe est plus que touchant car c’est un homme bon qui a commis une erreur pour aider les siens.
Avec une écriture qui fait appel à tous les sens et où la poésie a sa place, Virginia Reeves signe un premier roman intense et réussi (seul un tout petit petit bémol : certains passages sont hésitants). A noter également la très bonne traduction !
J'avais passé au moins six ans à imaginer Wilson mort ou travaillant dans ces tunnels, assiégé par la conscience de l'avoir envoyé là-bas, de l'avoir condamné à ces jours sombres. La culpabilité m'avait un peu épargnée à cause du silence de Marie. J'avais privé c'est homme de sa famille. Quel droit avais-je de jouir de la mienne ?
Les billets de Cathulu, Laure
mardi 30 août 2016
Jane Smiley - Nos premiers jours
Editeur : Rivages - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau - Date de parution : Août 2016 - 587 pages dévorées !
Pour tout dire, j’ai failli abandonner ce livre. Pas l’abandon classique (pour moi) dans le sens où au bout de dix pages je laisse tomber parce que je n’accroche pas mais vu le nombre de descriptions techniques sur les plantations des cultures dans une cinquantaine de pages lues, j’ai failli reposer définitivement cette saga familiale. Mais j’avais envie de continuer à suivre Walter Langdon et sa femme Rosanna jeune couple ayant investi dans une ferme isolée de l’Iowa. Et pourtant au départ, je trouvais même ce couple assez fade. Leur histoire sans grand-intérêt ou assez commune : elle très croyante et lui toujours (pré)-occupé par sa ferme.
Malgré ce démarrage cahoteux, je me suis régalée à lire la suite. Car sur plus de trente années, on suit Walter et Rosanna, les enfants qu’ils ont, leur vie de famille liée à celle de la ferme. Les évolutions technologiques, l'impact du changement de de la société et des mentalités, les interactions avec l’Histoire mais aussi des aléas de différentes natures.
Les enfants grandissent et s’affirment dans des choix pour leur avenir. Et à leur tout deviennent des adultes et certains d'entre eux partent pour des grandes villes.
Très précis, ce roman bénéficie d’autres atouts. L’auteure sait insuffler des pensées, des sentiments à ses personnages de façon très adroite et en finesse. Il n’y a pas de rebondissements surprenants et pourtant ce roman est assez hypnotique car Jane Smiley à travers cette famille nous rend compte d’un quotidien et de l’histoire américaine.
Et je me suis surprise à m’attacher aux personnages, à tourner les pages avec entrain et à ressentir des émotions.
Il s'agit du premier volet d’une trilogie et j’ai très hâte de lire la suite !
Cette perspective dérangeait Walter d'une manière qu'il ne parvenait pas à formuler. Ce n'était pas qu'il fût étroit d'esprit, comme semblait le croire Rosanna. il ne craignait pas non plus que Frankie sois blessé ou brisé par le vaste monde, non, selon lui, il risquait d'apprendre toutes sortes de choses qui en fait élimineraient tous ses scrupules.
Au début, on se disait que les gens tels qu'Eloise, Franck et Lillian avaient fui, après, au bout d'un bon moment, on comprenait que c'était des éclaireurs.
Le billet de Cathulu
Pour tout dire, j’ai failli abandonner ce livre. Pas l’abandon classique (pour moi) dans le sens où au bout de dix pages je laisse tomber parce que je n’accroche pas mais vu le nombre de descriptions techniques sur les plantations des cultures dans une cinquantaine de pages lues, j’ai failli reposer définitivement cette saga familiale. Mais j’avais envie de continuer à suivre Walter Langdon et sa femme Rosanna jeune couple ayant investi dans une ferme isolée de l’Iowa. Et pourtant au départ, je trouvais même ce couple assez fade. Leur histoire sans grand-intérêt ou assez commune : elle très croyante et lui toujours (pré)-occupé par sa ferme.
Malgré ce démarrage cahoteux, je me suis régalée à lire la suite. Car sur plus de trente années, on suit Walter et Rosanna, les enfants qu’ils ont, leur vie de famille liée à celle de la ferme. Les évolutions technologiques, l'impact du changement de de la société et des mentalités, les interactions avec l’Histoire mais aussi des aléas de différentes natures.
Les enfants grandissent et s’affirment dans des choix pour leur avenir. Et à leur tout deviennent des adultes et certains d'entre eux partent pour des grandes villes.
Très précis, ce roman bénéficie d’autres atouts. L’auteure sait insuffler des pensées, des sentiments à ses personnages de façon très adroite et en finesse. Il n’y a pas de rebondissements surprenants et pourtant ce roman est assez hypnotique car Jane Smiley à travers cette famille nous rend compte d’un quotidien et de l’histoire américaine.
Et je me suis surprise à m’attacher aux personnages, à tourner les pages avec entrain et à ressentir des émotions.
Il s'agit du premier volet d’une trilogie et j’ai très hâte de lire la suite !
Cette perspective dérangeait Walter d'une manière qu'il ne parvenait pas à formuler. Ce n'était pas qu'il fût étroit d'esprit, comme semblait le croire Rosanna. il ne craignait pas non plus que Frankie sois blessé ou brisé par le vaste monde, non, selon lui, il risquait d'apprendre toutes sortes de choses qui en fait élimineraient tous ses scrupules.
Au début, on se disait que les gens tels qu'Eloise, Franck et Lillian avaient fui, après, au bout d'un bon moment, on comprenait que c'était des éclaireurs.
Le billet de Cathulu
lundi 29 août 2016
Bill Clegg - Et toi, tu as eu une famille ?
Éditeur : Gallimard - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Sylvie Schneiter - Date de parution : Août 2016 - 282 pages à découvrir.
Il aura fallu d’une nuit pour que le monde de June s’écroule. La veille du mariage de sa fille Lolly, un incendie a ravagé la maison. Lolly, son futur époux Will, Adam l’ex-mari de June (et père de Lolly), Luke le petit ami de June ont trouvé la mort. A bord de sa voiture, June part de la petite ville du Connecticut. Elle roule sans but précis, sans savoir où elle ira.
Dans ce roman choral, différents personnages vont tour à tour s’exprimer sur la tragédie. Chacune de ces personnes est liée d’une certaine façon à June directement ou indirectement. Un voisin adolescent, Lydia la mère de Luke, la propriétaire de l’hôtel où June va trouver refuge, un commerçant ayant participé aux préparatifs du mariage, les parents de Will mais aussi June. Tous vont nous éclairer sur les relations qu'ils entretenaient avec eux mais également comment ils ressentent la tragédie et la perte. La liiason entre June et Luke faisait jaser car elle avait vingt ans de que Luke. Et même si Luke dirigeait sa propre entreprise, son passé d'adolescent ayant séjourné en prison pour de la drogue lui collait à la peau. La cause de l’incendie est inconnue et les mauvaises langues incriminent Luke.
Chaque récit permet d’en apprendre plus sur la vie passée des disparus et sur ce que traversent ceux qui ont survécu. Le voile se lève sur les relations familiales mettant à jour les non-dits et des regrets inavouées. June et Lolly n’entretenaient pas de bons rapports et Luke ne parlait plus à sa mère depuis bien longtemps.
Même si les thèmes ne sont pas nouveaux, ce roman possède un "plus" par l’écriture et le style. Avec peu de dialogues, l'écriture simple en apparence fait ressurgir toute les complexités humaines, sonde et creuse avec un vrai réalisme (à noter également la très bonne traduction). Le choix de l’auteur de ne pas faire parler directement certains des personnages donne une dimension plus intéressante et plus profonde.
Tous m’ont touchée et plus particulièrement Lydia qui à elle-seule m’a apportée des poissons d’eau dans les yeux. Avec ce livre, Bill Clegg nous interroge sur ces nombreux liens qui forment entre des personnes l'entité d'une famille. Si certains romans appuient sur la colère, ici la bienveillance, le pardon et la résilience sont mis en avance avec subtilité et sans pathos.
Lu dans le cadre d'une opération Masse critique de Babelio que je remercie.
Il aura fallu d’une nuit pour que le monde de June s’écroule. La veille du mariage de sa fille Lolly, un incendie a ravagé la maison. Lolly, son futur époux Will, Adam l’ex-mari de June (et père de Lolly), Luke le petit ami de June ont trouvé la mort. A bord de sa voiture, June part de la petite ville du Connecticut. Elle roule sans but précis, sans savoir où elle ira.
Dans ce roman choral, différents personnages vont tour à tour s’exprimer sur la tragédie. Chacune de ces personnes est liée d’une certaine façon à June directement ou indirectement. Un voisin adolescent, Lydia la mère de Luke, la propriétaire de l’hôtel où June va trouver refuge, un commerçant ayant participé aux préparatifs du mariage, les parents de Will mais aussi June. Tous vont nous éclairer sur les relations qu'ils entretenaient avec eux mais également comment ils ressentent la tragédie et la perte. La liiason entre June et Luke faisait jaser car elle avait vingt ans de que Luke. Et même si Luke dirigeait sa propre entreprise, son passé d'adolescent ayant séjourné en prison pour de la drogue lui collait à la peau. La cause de l’incendie est inconnue et les mauvaises langues incriminent Luke.
Chaque récit permet d’en apprendre plus sur la vie passée des disparus et sur ce que traversent ceux qui ont survécu. Le voile se lève sur les relations familiales mettant à jour les non-dits et des regrets inavouées. June et Lolly n’entretenaient pas de bons rapports et Luke ne parlait plus à sa mère depuis bien longtemps.
Même si les thèmes ne sont pas nouveaux, ce roman possède un "plus" par l’écriture et le style. Avec peu de dialogues, l'écriture simple en apparence fait ressurgir toute les complexités humaines, sonde et creuse avec un vrai réalisme (à noter également la très bonne traduction). Le choix de l’auteur de ne pas faire parler directement certains des personnages donne une dimension plus intéressante et plus profonde.
Tous m’ont touchée et plus particulièrement Lydia qui à elle-seule m’a apportée des poissons d’eau dans les yeux. Avec ce livre, Bill Clegg nous interroge sur ces nombreux liens qui forment entre des personnes l'entité d'une famille. Si certains romans appuient sur la colère, ici la bienveillance, le pardon et la résilience sont mis en avance avec subtilité et sans pathos.
Un roman à découvrir qui en bonus laisse une trace durable.
Lu dans le cadre d'une opération Masse critique de Babelio que je remercie.
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