Editeur : Les escales - Traduit de l'anglais par Stéphane Roque- Date de parution : Avril 2016 - 457 pages et une jolie réussite !
1958, Eva dix-neuf ans et étudiante de Cambridge a un petit ami David dont le nom commence à circuler dans le monde du théâtre. Alors qu’elle rend à vélo en cours, elle est obligée de s’arrêter.
Jim étudiant en droit mais passionné de peinture vient l’aider. A partir de ce moment là, Laura Barnett nous offre trois versions possibles de l’histoire de la vie d’Eva (d’ailleurs, est-ce un clou rouillé ou alors un chien qui ont obligé Eva à s’arrêter).
La suite du récit alterne sur les années qui vont suivre jusqu’en 2014 les différentes versions où chaque choix, chaque décision aura des conséquences dans sa vie de couple et dans son travail. Et certains événements se produiront forcément dans chacune des trois versions.
Un livre où l’art, la création artistique et la place des femmes ont la part belle car Eva a l'ambition d'écrire. Ce premier roman à la construction originale est parfaitement maîtrisé.
Une lecture qui nous interroge sur nos choix et leurs conséquences avec comme de ne pas regarder en arrière les occasions manquées.
Pour un premier roman, avec des personnages profondément humains et creusés, Laura Barnett fait preuve d’audace et j’aime ça ! Une jolie réussite !
Cathulu et l'Irrégulière ont également aimé , Sylire est moins enthousiaste.
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mardi 10 mai 2016
lundi 2 mai 2016
Alessandro Baricco - La Jeune Epouse
Éditeur : Gallimard - Traduit de l'italien par Vincent Raynaud - 223 pages sans alchimie (hélas).
Alors que tout le monde avait oublié sa venue, la fiancée du Fils de la Famille arrive d'Argentine à ses dix-huit ans alors que ce dernier est absent. Le Père a jugé bon en effet qu'il voyage et prenne part aux affaires de la Famille. En attendant son retour, elle est priée de s'installer car elle est après tout la future Epouse du Fils. Dans cette famille où toute notion d'objectivité semble ne pas exister, Père, Mère et Fille et l'Oncle se lèvent tard, prennent des petits déjeuners où l'abondance est de mise et qui s'étirent jusque dans l'après-midi. Souvent d'autres personnes sont invitées et discutent avec eux de sujets divers. Personne ne se presse jamais puis chacun se retire dans ses appartements pour sa toilette et s'occupe de quelques activités jusqu'à l'heure du coucher vécue avec la crainte de ne pas se réveiller le lendemain. La Jeune épouse découvre sa future famille : l'Oncle atteint de narcolepsie, le Père souffrant d'une « inexactitude au cœur " qui pourrait lui être fatal. Il est formellement interdit de lire et les livres sont bannis ("tout est déjà dans la vie, si l'on prend la peine de l'écouter, et les livres nous distraient inutilement de cette tâche, à laquelle tous se consacrent avec une sollicitude telle, dans cette maison, qu'un homme plongé dans la lecture ne manquerait d'apparaître en ces lieux comme un déserteur"), c’est ce qu’apprend la jeune fille par le fidèle Modesto dévoué à la famille. Le temps passe et quand elle pose la question de savoir quand le Fils reviendra, des objets aussi insolites que variés commencent à arriver d’Angleterre signe de son retour sous peu selon la Famille.
Avec une écriture (et une traduction) superbe, Alessandro Baricco nous immerge dans cette famille d'aristocrates comme suspendue hors du temps. Au départ, il est au difficile de savoir quand se déroule cette histoire, seule la date de naissance de la Mère donnée nous permet de la situer au XXe siècle. La Fille initie la Jeune Epouse à se donner du plaisir tout seule puis la Mère dont la beauté est saisissante à l'art de se faire désirer. Le Père la conduira par la suite avec lui dans un bordel où elle apprendra l'histoire de la Famille.
Un roman où l'érotisme se déploie à chaque page avec grâce, sensualité et élégance. Mais Alessandro Baricco ne s’en tient pas là, il s’immisce dans le récit et introduit des réflexions sur le rôle de l’écrivain (tout en modifiant la narration et le changement d’époque).
Malgré toute le talent et l'écriture d’Alexandro Baricco qui m’avait fait pleurer de bonheur à la lecture de Mr Gwyn, cette alchimie ne s’est pas produite avec ce roman (dont la fin m’a laissée dubitative).
Les billets et avis divers de Jérôme, Marie, Nicole, Noukette.
Lu également de cet auteur : Soie
Alors que tout le monde avait oublié sa venue, la fiancée du Fils de la Famille arrive d'Argentine à ses dix-huit ans alors que ce dernier est absent. Le Père a jugé bon en effet qu'il voyage et prenne part aux affaires de la Famille. En attendant son retour, elle est priée de s'installer car elle est après tout la future Epouse du Fils. Dans cette famille où toute notion d'objectivité semble ne pas exister, Père, Mère et Fille et l'Oncle se lèvent tard, prennent des petits déjeuners où l'abondance est de mise et qui s'étirent jusque dans l'après-midi. Souvent d'autres personnes sont invitées et discutent avec eux de sujets divers. Personne ne se presse jamais puis chacun se retire dans ses appartements pour sa toilette et s'occupe de quelques activités jusqu'à l'heure du coucher vécue avec la crainte de ne pas se réveiller le lendemain. La Jeune épouse découvre sa future famille : l'Oncle atteint de narcolepsie, le Père souffrant d'une « inexactitude au cœur " qui pourrait lui être fatal. Il est formellement interdit de lire et les livres sont bannis ("tout est déjà dans la vie, si l'on prend la peine de l'écouter, et les livres nous distraient inutilement de cette tâche, à laquelle tous se consacrent avec une sollicitude telle, dans cette maison, qu'un homme plongé dans la lecture ne manquerait d'apparaître en ces lieux comme un déserteur"), c’est ce qu’apprend la jeune fille par le fidèle Modesto dévoué à la famille. Le temps passe et quand elle pose la question de savoir quand le Fils reviendra, des objets aussi insolites que variés commencent à arriver d’Angleterre signe de son retour sous peu selon la Famille.
Avec une écriture (et une traduction) superbe, Alessandro Baricco nous immerge dans cette famille d'aristocrates comme suspendue hors du temps. Au départ, il est au difficile de savoir quand se déroule cette histoire, seule la date de naissance de la Mère donnée nous permet de la situer au XXe siècle. La Fille initie la Jeune Epouse à se donner du plaisir tout seule puis la Mère dont la beauté est saisissante à l'art de se faire désirer. Le Père la conduira par la suite avec lui dans un bordel où elle apprendra l'histoire de la Famille.
Un roman où l'érotisme se déploie à chaque page avec grâce, sensualité et élégance. Mais Alessandro Baricco ne s’en tient pas là, il s’immisce dans le récit et introduit des réflexions sur le rôle de l’écrivain (tout en modifiant la narration et le changement d’époque).
Malgré toute le talent et l'écriture d’Alexandro Baricco qui m’avait fait pleurer de bonheur à la lecture de Mr Gwyn, cette alchimie ne s’est pas produite avec ce roman (dont la fin m’a laissée dubitative).
Les billets et avis divers de Jérôme, Marie, Nicole, Noukette.
Lu également de cet auteur : Soie
mardi 26 avril 2016
Karen Joy Fowler - Nos années sauvages
Editeur : Presse de la Cité - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère - Date de parution : Avril 2016 - 364 pages dévorées !
Lorsque ce livre que est paru en VO pour liseuse, Cathulu et Cuné m’ontharcelée envoyée de nombreux mails pour que je lise avec un argument imparable : la liseuse comporte un dictionnaire. Mais vu mon niveau d’anglais, dictionnaire ou pas, j’ai résisté (ça m’arrive de temps en temps). Et là ce roman vient de paraître en français donc je n’avais plus aucune excuse.
Pour reprendre la quatrième de couverture, "Il était une fois deux soeurs
, un frère et leurs parents qui vivaient heureux tous ensemble". Tableau idyllique, n’est-ce pas ?
Alors que Rosemary était âgée de cinq ans, sa soeur Fern a disparu puis son frère est parti quand elle avait onze ans. Et depuis, la petite fille bavarde à un point inimaginable est devenue silencieuse. L’histoire commence quand Rosemary est étudiante et âgée de vingt-deux. Et comme elle a gardé l’habitude de débuter par le milieu pour raconter, tout le roman se déroule en permanence avec des allers-retours sur différentes périodes. Et évidemment on veut savoir ce qui s’est passé concernant Fern, pourquoi et comment elle a disparu, pourquoi il a y un avant et un après Fern ? Pourquoi Rosemary ne la voit pas alors qu’elle est toujours vivante ? Et puis arrive la page 99 et sa grande révélation. A partir de là, impossible d’en dire plus sinon il n’y a aucun utilité à lire ce roman.
Sans être un coup de cœur notamment à cause de certains personnages qui donnent l’impression d’être là pour combler un peu, il n’empêche que j’ai dévoré ce livre. Car Rosemary a bien entendu des souvenirs mais certains sont erronés et d’autres vérités vont se greffer. Bien plus d’une fois, j’ai eu la gorge serrée et des poissons d’eau dans les yeux car le sujet (sur lequel je ne peux absolument rien dire) nous concerne tous. Avec des touches d'humour (et il en faut), Karen Joy Fowler nous parle également des souffrances ( en lisant ce livre, vous comprendrez le pourquoi du pluriel), de la mémoire, de la perte, de la culpabilité, de la différence et de la famille.
Vous êtes prévenus, même les coeurs de granit seront émus.
Le billet de Keisha
Ces semaines passées chez mes grands-parents à Indianapolis sont la ligne de démarcation la plus extrême dans ma vie, mon Rubicon personnel. Avant, j’avais une sœur. Après, non.
Avant, plus je parlais, plus mes parents semblaient heureux. Après, ils se joignirent au reste du monde pour me demander de me taire. Je finis par le faire. (Mais pas avant un certain temps et parce qu’on me le demandait).
Avant, mon frère faisait partie de la famille. Après, il se contentait de tuer le temps en attendant de pouvoir tirer un trait sur nous.
J'ai l'impression que chaque fois que nous, humains, pensons avoir trouvé ce qui nous rendait uniques - qu'il s'agisse de de notre bipédie sans plumes- surgit une découverte qui remet tout en question. Si la modestie était un trait humain, nous aurions appris depuis longtemps à nous montrer plus prudents.
Lorsque ce livre que est paru en VO pour liseuse, Cathulu et Cuné m’ont
Alors que Rosemary était âgée de cinq ans, sa soeur Fern a disparu puis son frère est parti quand elle avait onze ans. Et depuis, la petite fille bavarde à un point inimaginable est devenue silencieuse. L’histoire commence quand Rosemary est étudiante et âgée de vingt-deux. Et comme elle a gardé l’habitude de débuter par le milieu pour raconter, tout le roman se déroule en permanence avec des allers-retours sur différentes périodes. Et évidemment on veut savoir ce qui s’est passé concernant Fern, pourquoi et comment elle a disparu, pourquoi il a y un avant et un après Fern ? Pourquoi Rosemary ne la voit pas alors qu’elle est toujours vivante ? Et puis arrive la page 99 et sa grande révélation. A partir de là, impossible d’en dire plus sinon il n’y a aucun utilité à lire ce roman.
Sans être un coup de cœur notamment à cause de certains personnages qui donnent l’impression d’être là pour combler un peu, il n’empêche que j’ai dévoré ce livre. Car Rosemary a bien entendu des souvenirs mais certains sont erronés et d’autres vérités vont se greffer. Bien plus d’une fois, j’ai eu la gorge serrée et des poissons d’eau dans les yeux car le sujet (sur lequel je ne peux absolument rien dire) nous concerne tous. Avec des touches d'humour (et il en faut), Karen Joy Fowler nous parle également des souffrances ( en lisant ce livre, vous comprendrez le pourquoi du pluriel), de la mémoire, de la perte, de la culpabilité, de la différence et de la famille.
Vous êtes prévenus, même les coeurs de granit seront émus.
Le billet de Keisha
Ces semaines passées chez mes grands-parents à Indianapolis sont la ligne de démarcation la plus extrême dans ma vie, mon Rubicon personnel. Avant, j’avais une sœur. Après, non.
Avant, plus je parlais, plus mes parents semblaient heureux. Après, ils se joignirent au reste du monde pour me demander de me taire. Je finis par le faire. (Mais pas avant un certain temps et parce qu’on me le demandait).
Avant, mon frère faisait partie de la famille. Après, il se contentait de tuer le temps en attendant de pouvoir tirer un trait sur nous.
J'ai l'impression que chaque fois que nous, humains, pensons avoir trouvé ce qui nous rendait uniques - qu'il s'agisse de de notre bipédie sans plumes- surgit une découverte qui remet tout en question. Si la modestie était un trait humain, nous aurions appris depuis longtemps à nous montrer plus prudents.
lundi 25 avril 2016
Ludwig Lewisohn - Le Destin de Mr Crump
Éditeur : Libretto - Traduit de l'anglais par R.Santley et revu par Anna Noël - Date de parution : 1998 (date de première parution en France : 1931) - 466 pages magistrales
"Herbert, sur le chemin du retour, le savoura, sans vouloir en rien laisser perdre. Il avait vingt-deux ans. Il se vit pareil à quelques aimable héros des romans de Bourget. C'était délicieux."
Et voilà comment Herbert Crump venu à New-York pour exercer sa passion et son art de la musique tombe par esprit romantique sous le charme d'Anne Vilas. Mariée, mère de trois enfants, plus âgée que lui (mais en ayant déjà menti sur son âge car plus de vingt ans les séparent et non huit : ce n'est qu'un mensonge parmi un torrent). Elle se décrit toujours comme une pauvre victime (son mari dilapide l'argent aux jeux), une femme dévouée à ses enfants (des êtres parfaits selon elle) et se préoccupant de sa mère âgée. Et la pauvre Anne s'évertue contre vents et marées ne pensant qu'au bonheur des autres. Herbert fils unique d'un couple d'immigrés allemands né en Amérique a reçu une bonne éducation où l’honnêteté, le respect, la culture des valeurs prévalent bien qu’issu d’une famille de condition modeste. Compositeur talentueux, il décide de tenter sa chance à New-York en ce début du XXème siècle.
Naïf, il tombe dans le piège d'Anne ( tel le preux chevalier défendant les nobles causes) et se retrouve marié à cette harpie. Conscient de son erreur, il lui incombe d’assumer sa responsabilité d’avoir contribué à l’échec d’un mariage(plus que bancal). Très vite, il s'aperçoit que le tableau peint par Anne est inexact et celle-ci commence à montrer sa véritable nature. Manipulatrice, mensongère, paresseuse, jalouse, inculte, odieuse, experte en chantages affectifs et j’en passe, la vie d'Herbert est un enfer : "c'est une caricature obscène de la vie de famille". Il travaille pendant qu'Anne accumule les dettes et doit entretenir les enfants.
Humilié sous son propre toit où il se sent comme un étranger, étranglé par la honte et le dégoût, il est prisonnier de ce mariage. Son énergie se disperse à supporter sa femme, les querelles incessantes qu’elle provoque pour n’importe quelle raison. Anne se montre plus tranquille dès qu’elle obtient ce qu’elle à la manière une enfant.
Au fil des années, Herbert voit défiler sous ses yeux sa jeunesse et rêve d’une autre vie.
Ce livre est magistral et grandiose ! Ludwig Lewisohn peint avec réalisme la vie d’Herbert et le comportement de son épouse. Et tout le talent de l’auteur est de nous plonger littéralement dans ce mariage et de nous ferrer comme dans un polar. Car la psychologie, l’étude d’Anne et d’Herbert est grandiose et d’une justesse époustouflante. Si on ne peut pas s’empêcher de plaindre Herbert en ayant envie de le lui faire ouvrir les yeux tant qu’il est encore temps, on assiste à un changement tout en subtilité dans son caractère. L’homme si faible qu’il était s’endurcit peu à peu, la sensation de malaise est présente et va en crescendo car le comportement d’Anne devient de pire en pire.
Ce roman est complètement hypnotique et cerise sur le gâteau, l’écriture et l’excellente traduction sont un pur bonheur ! Ecrit en 1926, ce roman a été interdit de parution aux Etats-Unis jusqu’en 1947.
Radioscopie sur l’inferno d’un mariage, d’une société qui confère à l'épouse des avantages en cas de divorce, ce roman n’a pas pris une ride !
Un immense merci à Julia Kerninon et à Caroline de Dialogues pour m'avoir conseillée cette lecture !
Elle entourait encore une fois la tête d'Herbert de ses bras nus. Il semblait y avoir dans sa voix une réelle tendresse. C'est cette tendresse, dont l'impression persista en lui, qui l'empêcha de voir les mâchoires du piège où il était pris. Celui-ci avait-il été tendu de propos délibéré ? Avait-on fait jouer intentionnellement le ressort pour refermer les mâchoires ? Sur ce point, Herbert réserva toujours son jugement. Peut-être était-ce une vanité essentielle, au fin fond de lui-meme, qui le faisait penser ainsi, une répugnance à croire que dans sa vingt-quatrième année il n'était qu'un sot fieffé. Puis ce fut comme si un serpent lentement, peu à peu, l'eût étreint de ses replis et lui eût comprimé la poitrine. Il fut certain de la duplicité instinctive d'Anne, de sa perfidie sans borne. Il continuait à vouloir croire, à se forcer à croire, que durant ces premiers jours fatals, elle avait été poussée par une passion sincère, et avait été la victime et non la maîtresse des événements.
Il se mit au lit assez tôt, perdu dans ses pensées : elle portait sur les complications inextricables qui surgissent entre deux êtres que la vie - aussi accidentellement et anormalement que ce fût - à réunis.
Les Volas ne pouvaient pas concevoir qu'il y eût un rapport entre le mérite et sa récompense, entre la valeur et le résultat.
Comme Herbert arriva à bien les saisir tous ! Il avait assez de matériaux pour écrire, s'il avait eu cette vocation, un traité sur le développement de l'expérience morale. Il n'en fit rien, mais composa, lors de ces rares heures de liberté d'esprit, sa deuxième symphonie, celle parmi les œuvres de cette période où transparaît la beauté la plus pure, l'essence musicale le plus concentrée.
"Herbert, sur le chemin du retour, le savoura, sans vouloir en rien laisser perdre. Il avait vingt-deux ans. Il se vit pareil à quelques aimable héros des romans de Bourget. C'était délicieux."
Et voilà comment Herbert Crump venu à New-York pour exercer sa passion et son art de la musique tombe par esprit romantique sous le charme d'Anne Vilas. Mariée, mère de trois enfants, plus âgée que lui (mais en ayant déjà menti sur son âge car plus de vingt ans les séparent et non huit : ce n'est qu'un mensonge parmi un torrent). Elle se décrit toujours comme une pauvre victime (son mari dilapide l'argent aux jeux), une femme dévouée à ses enfants (des êtres parfaits selon elle) et se préoccupant de sa mère âgée. Et la pauvre Anne s'évertue contre vents et marées ne pensant qu'au bonheur des autres. Herbert fils unique d'un couple d'immigrés allemands né en Amérique a reçu une bonne éducation où l’honnêteté, le respect, la culture des valeurs prévalent bien qu’issu d’une famille de condition modeste. Compositeur talentueux, il décide de tenter sa chance à New-York en ce début du XXème siècle.
Naïf, il tombe dans le piège d'Anne ( tel le preux chevalier défendant les nobles causes) et se retrouve marié à cette harpie. Conscient de son erreur, il lui incombe d’assumer sa responsabilité d’avoir contribué à l’échec d’un mariage(plus que bancal). Très vite, il s'aperçoit que le tableau peint par Anne est inexact et celle-ci commence à montrer sa véritable nature. Manipulatrice, mensongère, paresseuse, jalouse, inculte, odieuse, experte en chantages affectifs et j’en passe, la vie d'Herbert est un enfer : "c'est une caricature obscène de la vie de famille". Il travaille pendant qu'Anne accumule les dettes et doit entretenir les enfants.
Humilié sous son propre toit où il se sent comme un étranger, étranglé par la honte et le dégoût, il est prisonnier de ce mariage. Son énergie se disperse à supporter sa femme, les querelles incessantes qu’elle provoque pour n’importe quelle raison. Anne se montre plus tranquille dès qu’elle obtient ce qu’elle à la manière une enfant.
Au fil des années, Herbert voit défiler sous ses yeux sa jeunesse et rêve d’une autre vie.
Ce livre est magistral et grandiose ! Ludwig Lewisohn peint avec réalisme la vie d’Herbert et le comportement de son épouse. Et tout le talent de l’auteur est de nous plonger littéralement dans ce mariage et de nous ferrer comme dans un polar. Car la psychologie, l’étude d’Anne et d’Herbert est grandiose et d’une justesse époustouflante. Si on ne peut pas s’empêcher de plaindre Herbert en ayant envie de le lui faire ouvrir les yeux tant qu’il est encore temps, on assiste à un changement tout en subtilité dans son caractère. L’homme si faible qu’il était s’endurcit peu à peu, la sensation de malaise est présente et va en crescendo car le comportement d’Anne devient de pire en pire.
Ce roman est complètement hypnotique et cerise sur le gâteau, l’écriture et l’excellente traduction sont un pur bonheur ! Ecrit en 1926, ce roman a été interdit de parution aux Etats-Unis jusqu’en 1947.
Radioscopie sur l’inferno d’un mariage, d’une société qui confère à l'épouse des avantages en cas de divorce, ce roman n’a pas pris une ride !
Un immense merci à Julia Kerninon et à Caroline de Dialogues pour m'avoir conseillée cette lecture !
Elle entourait encore une fois la tête d'Herbert de ses bras nus. Il semblait y avoir dans sa voix une réelle tendresse. C'est cette tendresse, dont l'impression persista en lui, qui l'empêcha de voir les mâchoires du piège où il était pris. Celui-ci avait-il été tendu de propos délibéré ? Avait-on fait jouer intentionnellement le ressort pour refermer les mâchoires ? Sur ce point, Herbert réserva toujours son jugement. Peut-être était-ce une vanité essentielle, au fin fond de lui-meme, qui le faisait penser ainsi, une répugnance à croire que dans sa vingt-quatrième année il n'était qu'un sot fieffé. Puis ce fut comme si un serpent lentement, peu à peu, l'eût étreint de ses replis et lui eût comprimé la poitrine. Il fut certain de la duplicité instinctive d'Anne, de sa perfidie sans borne. Il continuait à vouloir croire, à se forcer à croire, que durant ces premiers jours fatals, elle avait été poussée par une passion sincère, et avait été la victime et non la maîtresse des événements.
Il se mit au lit assez tôt, perdu dans ses pensées : elle portait sur les complications inextricables qui surgissent entre deux êtres que la vie - aussi accidentellement et anormalement que ce fût - à réunis.
Les Volas ne pouvaient pas concevoir qu'il y eût un rapport entre le mérite et sa récompense, entre la valeur et le résultat.
Comme Herbert arriva à bien les saisir tous ! Il avait assez de matériaux pour écrire, s'il avait eu cette vocation, un traité sur le développement de l'expérience morale. Il n'en fit rien, mais composa, lors de ces rares heures de liberté d'esprit, sa deuxième symphonie, celle parmi les œuvres de cette période où transparaît la beauté la plus pure, l'essence musicale le plus concentrée.
lundi 18 avril 2016
Francesca Melandri - Eva dort
Éditeur : Folio - Traduit de l'italien par Danièle Valin - Date de parution : 2013 - 464 belles pages et un premier roman très réussi!
De sa région natale le Tyrol du Sud située au nord de l’Italie, Eva se rend précipitamment en train jusqu’en Calabre. Vito qui l’a élevée comme sa fille se meurt et veut la voir. Pourtant, il a brisé le cœur de la mère d’Eva, Gerda, et celui de l’adolescente qu’était Eva à l’époque. Un trajet de presque 1400 kms durant lesquels les paysages défilent et permettent à la jeune femme de penser à son histoire familiale.
Sur trois générations, l’auteur nous raconte non seulement l’histoire de la famille d’Eva mais également celle de la région frontalière et germanophobe du Haut-Adige appelée également Trentin. Issue d’une famille très modeste, la belle Gerda Huber dès l’adolescence travaille d’arrache-pied dans les cuisines d'un restaurant et ne rentre chez ses parents que rarement. Eva est le fruit d’un amour impossible et la famille de Gerda l’a reniée. Mais Gerda est courageuse, elle ne se laisse pas abattre et continue de travailler la tête haute. Eva est confiée à des cousins et ne voit sa mère que deux mois par an.
Avec Eva et Gerda, l’auteur nous offre deux beaux portraits féminins dont certaines décisions sont liées à leur région. Il faut dire que Francesca Melandri met à jour les chocs, les changements qui ont marqué le Haut-Adige depuis le début du XXe siècle : l'identité culturelle, la langue, le fait de se sentir comme une personne non désirée dans sa région.
Eva dort est le premier roman de Francesca Melandri. Cette fresque familiale liée à l’histoire s’attache aux personnages féminins et de nombreux thèmes sont abordés : les mères célibataires, l’homosexualité, les relations mère-fille, la diversité des régions de l’Italie, l’identité.
Un premier roman fort bien réussi , sans temps mort, difficile à lâcher avec des personnages creusés. Avec l'histoire du Haut-Adige (que j'ignorais), ce livre est très attachant, riche et parfaitement équilibré. A mentionner la très bonne traduction !
- Mais à toi du moins, lui dis-je, ceux qui habitent au sud de la Vérone ne te posent pas la fameuse question, comme à moi.
- Laisse-moi deviner laquelle : "Je peux t'inviter à dîner"?
- Non. "Tu te sens plus italienne ou plus allemande?".
- Sincèrement, on te demande ça?
- Sans arrêt. Tout le monde.
Lu de cet auteur : Plus Haut que la mer (encore meilleur)
De sa région natale le Tyrol du Sud située au nord de l’Italie, Eva se rend précipitamment en train jusqu’en Calabre. Vito qui l’a élevée comme sa fille se meurt et veut la voir. Pourtant, il a brisé le cœur de la mère d’Eva, Gerda, et celui de l’adolescente qu’était Eva à l’époque. Un trajet de presque 1400 kms durant lesquels les paysages défilent et permettent à la jeune femme de penser à son histoire familiale.
Sur trois générations, l’auteur nous raconte non seulement l’histoire de la famille d’Eva mais également celle de la région frontalière et germanophobe du Haut-Adige appelée également Trentin. Issue d’une famille très modeste, la belle Gerda Huber dès l’adolescence travaille d’arrache-pied dans les cuisines d'un restaurant et ne rentre chez ses parents que rarement. Eva est le fruit d’un amour impossible et la famille de Gerda l’a reniée. Mais Gerda est courageuse, elle ne se laisse pas abattre et continue de travailler la tête haute. Eva est confiée à des cousins et ne voit sa mère que deux mois par an.
Avec Eva et Gerda, l’auteur nous offre deux beaux portraits féminins dont certaines décisions sont liées à leur région. Il faut dire que Francesca Melandri met à jour les chocs, les changements qui ont marqué le Haut-Adige depuis le début du XXe siècle : l'identité culturelle, la langue, le fait de se sentir comme une personne non désirée dans sa région.
Eva dort est le premier roman de Francesca Melandri. Cette fresque familiale liée à l’histoire s’attache aux personnages féminins et de nombreux thèmes sont abordés : les mères célibataires, l’homosexualité, les relations mère-fille, la diversité des régions de l’Italie, l’identité.
Un premier roman fort bien réussi , sans temps mort, difficile à lâcher avec des personnages creusés. Avec l'histoire du Haut-Adige (que j'ignorais), ce livre est très attachant, riche et parfaitement équilibré. A mentionner la très bonne traduction !
- Mais à toi du moins, lui dis-je, ceux qui habitent au sud de la Vérone ne te posent pas la fameuse question, comme à moi.
- Laisse-moi deviner laquelle : "Je peux t'inviter à dîner"?
- Non. "Tu te sens plus italienne ou plus allemande?".
- Sincèrement, on te demande ça?
- Sans arrêt. Tout le monde.
Lu de cet auteur : Plus Haut que la mer (encore meilleur)
dimanche 10 avril 2016
Péter Gárdos - La fièvre de l'aube
Éditeur : Robert Laffont - Traduit du hongrois par Jean-Luc Moreau - Date de parution : Avril 2016 - 270 pages à découvrir.
Miklós Gárdos un Hongrois de vingt-cinq est un survivant des camps d’extermination nazis. A la fin de la guerre, il est soigné en Suède car il est gravement atteint de tuberculose. Condamnés par les médecins à ne vivre que six mois, le jeune homme veut se marier. Il décide d’écrire à toutes les femmes Hongroises rescapées des camps et soignées dans la même région que lui. Sur plus d’une centaine de lettres expédiées, il aura quelques retours dont celui de Lili Reich âgée de 18 ans et hospitalisée pour un problème au rein.
A partir de septembre 1945, ils vont s’écrire. Lili est sans nouvelles de sa famille et Miklós lui promet de tout faire pour l’aider à la retrouver. Sans l’avoir vue, Miklós tombe très rapidement amoureux de cette jeune fille et veut la rencontrer. Son médecin s’y oppose formellement et il va devoir trouver des subterfuges pour arriver à ses fins. Les amies de Lili la mettent en garde car elle ne le connaît pas. Mais elle tombe sous le charme de Miklós qui remue ciel et terre pour elle.
On pourrait croire à une histoire montée de toutes pièces mais il n’en est rien. Péter Gárdos nous raconte l’histoire surprenante de ses parents. Ce livre parle d’un amour que l’on pense inimaginable car Miklós et Lili devront surmonter bien des épreuves. L’auteur évoque l’horreur des camps de concentration mais sans jamais s’appesantir dessus.
« Pendant cinquante ans temps j'ai ignoré d'existence de cette correspondance. En 1998, après la mort de mon père, ma mère, comme incidemment, me remit de grosses liasses de lettres, entouré d'un ruban de soie ». Ce roman en partie épistolaire est bien entendu touchant mais j’ai des petits bémols. Une écriture plus travaillée aurait permis d’éviter une forme de monotonie dans ce récit. De plus, j’aurais aimé que l’auteur nous décrive le retour de ses parents en Hongrie. Mais ce livre ne verse pas dans le sentimentalisme à outrance, il y a beaucoup de pudeur et c'est sa force.
Miklós Gárdos un Hongrois de vingt-cinq est un survivant des camps d’extermination nazis. A la fin de la guerre, il est soigné en Suède car il est gravement atteint de tuberculose. Condamnés par les médecins à ne vivre que six mois, le jeune homme veut se marier. Il décide d’écrire à toutes les femmes Hongroises rescapées des camps et soignées dans la même région que lui. Sur plus d’une centaine de lettres expédiées, il aura quelques retours dont celui de Lili Reich âgée de 18 ans et hospitalisée pour un problème au rein.
A partir de septembre 1945, ils vont s’écrire. Lili est sans nouvelles de sa famille et Miklós lui promet de tout faire pour l’aider à la retrouver. Sans l’avoir vue, Miklós tombe très rapidement amoureux de cette jeune fille et veut la rencontrer. Son médecin s’y oppose formellement et il va devoir trouver des subterfuges pour arriver à ses fins. Les amies de Lili la mettent en garde car elle ne le connaît pas. Mais elle tombe sous le charme de Miklós qui remue ciel et terre pour elle.
On pourrait croire à une histoire montée de toutes pièces mais il n’en est rien. Péter Gárdos nous raconte l’histoire surprenante de ses parents. Ce livre parle d’un amour que l’on pense inimaginable car Miklós et Lili devront surmonter bien des épreuves. L’auteur évoque l’horreur des camps de concentration mais sans jamais s’appesantir dessus.
« Pendant cinquante ans temps j'ai ignoré d'existence de cette correspondance. En 1998, après la mort de mon père, ma mère, comme incidemment, me remit de grosses liasses de lettres, entouré d'un ruban de soie ». Ce roman en partie épistolaire est bien entendu touchant mais j’ai des petits bémols. Une écriture plus travaillée aurait permis d’éviter une forme de monotonie dans ce récit. De plus, j’aurais aimé que l’auteur nous décrive le retour de ses parents en Hongrie. Mais ce livre ne verse pas dans le sentimentalisme à outrance, il y a beaucoup de pudeur et c'est sa force.
vendredi 8 avril 2016
Rachel Elliott - Murmures dans un mégaphone
Éditeur : Rivages - Traduit de l’anglais par Mathilde Bach- Date de parution : Avril 2016 - 444 pages addictives et pétillantes !
Depuis trois ans, Miriam Delaney trente-cinq vit recluse chez elle " par défaut, son état normal c'est plutôt une sorte de mélancolie bienveillante, une sorte de parfum d'ambiance pour introvertis". Mais elle s’apprête enfin à sortir aidée par son amie Fenella. Si Miriam murmure et a des pensées quelquefois surprenantes en ce qui concerne le monde extérieur et les relations avec autrui, la faute en incombe à sa mère désormais décédée (je n'en dis pas plus).
Ralp est psychothérapeute et marié à Sadie qui se décrit "comme une personne très sociable qui déteste les gens". Cette dernière tient un blog et tweete tout de sa vie à longueur de temps en y incluant des informations sur son son mari. Ce que Ralph apprend par l’une de ses patientes. Et le jour de son anniversaire, découvrir que sa femme flirte avec sa meilleure amie est la goutte d’eau qui fait déborder la vase. Il quitte le foyer conjugal et part dans les bois où il va rencontrer Myriam.
Résolument moderne et sans guimauve, ce livre recèle de réflexions, de situations finement décrites et d’évènements qui révèlent bien des surprises. Sans temps mort, Rachel Elliott nous dépeint des personnages humains en quête du bonheur ou d’eux-mêmes.
C’est relevé, bourré d’humour ( les dialogues sont un régal) et il se dégage de ce livre un concentré d’énergie, de punch et de bienveillance.
Un premier roman pétillant, vivifiant et hautement addictif !
Le billet tentateur de Cathulu
Miriam fête aujourd'hui ses trois ans d'hibernation, cela dit, les chiffres sont parfois trompeurs, et trois ans peuvent en paraître trente. En matière d'hibernation, on compte en années de chiens : trois ans, ça fait un peu près vingt-huit ans, avec quelques variations en fonction de la race mais en l'occurrence, c'est le genre agréable, protectrice, le genre qui tient le monde à distance.
Depuis trois ans, Miriam Delaney trente-cinq vit recluse chez elle " par défaut, son état normal c'est plutôt une sorte de mélancolie bienveillante, une sorte de parfum d'ambiance pour introvertis". Mais elle s’apprête enfin à sortir aidée par son amie Fenella. Si Miriam murmure et a des pensées quelquefois surprenantes en ce qui concerne le monde extérieur et les relations avec autrui, la faute en incombe à sa mère désormais décédée (je n'en dis pas plus).
Ralp est psychothérapeute et marié à Sadie qui se décrit "comme une personne très sociable qui déteste les gens". Cette dernière tient un blog et tweete tout de sa vie à longueur de temps en y incluant des informations sur son son mari. Ce que Ralph apprend par l’une de ses patientes. Et le jour de son anniversaire, découvrir que sa femme flirte avec sa meilleure amie est la goutte d’eau qui fait déborder la vase. Il quitte le foyer conjugal et part dans les bois où il va rencontrer Myriam.
Résolument moderne et sans guimauve, ce livre recèle de réflexions, de situations finement décrites et d’évènements qui révèlent bien des surprises. Sans temps mort, Rachel Elliott nous dépeint des personnages humains en quête du bonheur ou d’eux-mêmes.
C’est relevé, bourré d’humour ( les dialogues sont un régal) et il se dégage de ce livre un concentré d’énergie, de punch et de bienveillance.
Un premier roman pétillant, vivifiant et hautement addictif !
Le billet tentateur de Cathulu
Miriam fête aujourd'hui ses trois ans d'hibernation, cela dit, les chiffres sont parfois trompeurs, et trois ans peuvent en paraître trente. En matière d'hibernation, on compte en années de chiens : trois ans, ça fait un peu près vingt-huit ans, avec quelques variations en fonction de la race mais en l'occurrence, c'est le genre agréable, protectrice, le genre qui tient le monde à distance.
jeudi 31 mars 2016
T.C. Boyle - Les vrais durs
Éditeur : Grasset- Traduit de l'anglais ( Etats-unis) par Bernard Turle - Date de parution : Mars 2016 - 442 pages percutantes!
En croisière en Amérique Centrale, Sten Stensen et son épouse Carolee lors d’une escale sont menacés avec d’autres touristes par trois jeunes hommes armés. Marine durant la guerre du Vietnam, Stan bloque un des voyous par la gorge qui décède. A leur retour chez eux en Californie, Sten est considéré comme un héros. Cet ancien proviseur de lycée vit mal cette notoriété en rapport avec la mort d’un homme.
Lors d’un simple contrôle de police, Sarah membre du mouvement des Citoyens Souverains est verbalisée pour ne pas porter sa ceinture et elle refuse d’obtempérer. Car elle considère illégitime le gouvernement des Etats-Unis tout comme les lois et les règles en vigueur. Peu de temsp après, elle prend en stop Adam trente ans le fils d’Adam et de Carolee. Il dit s’appeler Colter et non Adam. Marginal, il boit et se drogue. Souffrant d’une grave psychose paranoïaque, il squatte dans l’ancienne maison de sa grand-mère autour de laquelle il a érigé un mur très haut (et sans porte) et il passe la majeure partie de son temps dans la forêt.
Sarah s’éprend de lui malgré ou à cause ses « bizarreries ». Peu bavard, Adam vénère John Colter un trappeur du 18ème siècle et refuse de voir ses parents. Il se protège contre les hostiles et porte une arme. Déconnecté de la réalité, Adam s’enfonce de plus en plus dans sa paranoïa et tue deux personnes.
Dans ce nouveau roman, on retrouve un des thèmes chers à l’auteur la nature et l'environnement mais ici T. C. Boyle s’intéresse à la violence. Et en lisant la préface, la couleur est annoncée avec un extrait de D. H. Lawrence "Etudes sur la littérature classique américaine" : "L'âme américaine est dure, solitaire, stoïque : c'est une tueuse. Elle n'a pas encore été délayée.".
En se glissant dans la peau de Sten, de Sarah ou d’Adam, il nous dépeint leurs ressentis, leurs obsessions et leurs peurs. On découvre comment Sten en tant que parent vit la maladie de son fils. Ou pourquoi Sarah non violente cautionne le comportement de Jerry Kane (un Américain membre des Citoyens Souverains qui en 2010 a tué deux policiers ) et la psychose semée par Adam. Ce dernier rêve d’une vie comme John Colter et d’un retour dans le passé impossible.
Ce livre très actuel pose des questions sur les libertés individuelles, sur une société rongée par différences forme de violence. Usant de l’ironie (mais pas de trop), l’écriture de T. C. Boyle ici est plus sèche, plus directe que dans ses précédents romans.
C’est incisif, percutant, creusé et ça secoue !
Quand, pour attraper la bouteille, il se pencha vers elle, et il dut quasiment l'enlacer, il sentit un infime pincement à l'aine, à droite : rappel de son mal au dos intermittent et des exercices que le thérapeute lui avait prescrits afin qu'il ne perde pas sa souplesse, des exercices qu'il avait négligés parce qu'il était en vacances, en croisière, et que tout ce qui semblait compter, sur un bateau de croisière, c'était manger et boire : on n'en avait pas pour son argent si on ne prenait pas de dix kilos et ne saturait pas son foie.
Lu de cet auteur : America - Après le carnage - Histoires sans issue - San Miguel
En croisière en Amérique Centrale, Sten Stensen et son épouse Carolee lors d’une escale sont menacés avec d’autres touristes par trois jeunes hommes armés. Marine durant la guerre du Vietnam, Stan bloque un des voyous par la gorge qui décède. A leur retour chez eux en Californie, Sten est considéré comme un héros. Cet ancien proviseur de lycée vit mal cette notoriété en rapport avec la mort d’un homme.
Lors d’un simple contrôle de police, Sarah membre du mouvement des Citoyens Souverains est verbalisée pour ne pas porter sa ceinture et elle refuse d’obtempérer. Car elle considère illégitime le gouvernement des Etats-Unis tout comme les lois et les règles en vigueur. Peu de temsp après, elle prend en stop Adam trente ans le fils d’Adam et de Carolee. Il dit s’appeler Colter et non Adam. Marginal, il boit et se drogue. Souffrant d’une grave psychose paranoïaque, il squatte dans l’ancienne maison de sa grand-mère autour de laquelle il a érigé un mur très haut (et sans porte) et il passe la majeure partie de son temps dans la forêt.
Sarah s’éprend de lui malgré ou à cause ses « bizarreries ». Peu bavard, Adam vénère John Colter un trappeur du 18ème siècle et refuse de voir ses parents. Il se protège contre les hostiles et porte une arme. Déconnecté de la réalité, Adam s’enfonce de plus en plus dans sa paranoïa et tue deux personnes.
Dans ce nouveau roman, on retrouve un des thèmes chers à l’auteur la nature et l'environnement mais ici T. C. Boyle s’intéresse à la violence. Et en lisant la préface, la couleur est annoncée avec un extrait de D. H. Lawrence "Etudes sur la littérature classique américaine" : "L'âme américaine est dure, solitaire, stoïque : c'est une tueuse. Elle n'a pas encore été délayée.".
En se glissant dans la peau de Sten, de Sarah ou d’Adam, il nous dépeint leurs ressentis, leurs obsessions et leurs peurs. On découvre comment Sten en tant que parent vit la maladie de son fils. Ou pourquoi Sarah non violente cautionne le comportement de Jerry Kane (un Américain membre des Citoyens Souverains qui en 2010 a tué deux policiers ) et la psychose semée par Adam. Ce dernier rêve d’une vie comme John Colter et d’un retour dans le passé impossible.
Ce livre très actuel pose des questions sur les libertés individuelles, sur une société rongée par différences forme de violence. Usant de l’ironie (mais pas de trop), l’écriture de T. C. Boyle ici est plus sèche, plus directe que dans ses précédents romans.
C’est incisif, percutant, creusé et ça secoue !
Quand, pour attraper la bouteille, il se pencha vers elle, et il dut quasiment l'enlacer, il sentit un infime pincement à l'aine, à droite : rappel de son mal au dos intermittent et des exercices que le thérapeute lui avait prescrits afin qu'il ne perde pas sa souplesse, des exercices qu'il avait négligés parce qu'il était en vacances, en croisière, et que tout ce qui semblait compter, sur un bateau de croisière, c'était manger et boire : on n'en avait pas pour son argent si on ne prenait pas de dix kilos et ne saturait pas son foie.
Lu de cet auteur : America - Après le carnage - Histoires sans issue - San Miguel
samedi 26 mars 2016
Doug Marlette - Magic Time
Éditeur : Le Cherche- Midi - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère - Date de parution : Janvier 2016 - 670 pages à lire !
1965 : alors que se déroule la marche de Selma à Montgomery en Alabama, des jeune gens dont Sarah la fiancée de Carter Ramson militant pour les droits civiques sont tués par le Ku Klux Klan à Troy dans le Mississippi. Le procès présidé par le père de Carter alors juge condamne deux personnes à la prison à vie.
1990 : un attentat secoue New-York et Carter devenu journaliste tombe en dépression. Il a failli perdre celle qu’il aime et l’événement a fait ressurgir d’anciennes blessures. Sa sœur l’oblige à revenir à Troy. Il y retrouve ses anciens amis alors qu’un procès va se rouvrir concernant les faits survenus vingt-cinq ans plus tôt. En effet, une personne par ses révélations pourrait conduire un autre homme sous les barreaux et sèmerait le doute sur l'intégrité du père de Carter.
Alternant deux époques, ce roman nous plonge dans une période sombre du Sud des Etats-Unis. Les personnes de couleur réclament le droit de vote. A Troy, les discriminions existent bel et bien : flagrantes ou plus sournoises. Certains ne cachent pas leur haine envers les personnes de couleur ou ceux qui les soutiennent tandis que d’autres jouent un double-jeu et la suspicion règne.
Bien avant la marche de Selma, on (re)découvre la fracture qui a scindé les mouvements activistes entre une action pacifiste et une autre prête à en venir aux mains.
Très bien construit, les personnages principaux sont creusés et on suit leur évolution entre les deux périodes. De plus, certaines situations apparaissent sous un jour nouveau.
Prenant, hyper intéressant, il ne faut pas se laisser décourager par le nombre important de personnages secondaires. Si j'ai un bémol pour la fin vraiment trop happy-end, il n'empêche qu'il faut lire ce roman.
Les billets de Dominique Jérôme, Kathel, Keisha
1965 : alors que se déroule la marche de Selma à Montgomery en Alabama, des jeune gens dont Sarah la fiancée de Carter Ramson militant pour les droits civiques sont tués par le Ku Klux Klan à Troy dans le Mississippi. Le procès présidé par le père de Carter alors juge condamne deux personnes à la prison à vie.
1990 : un attentat secoue New-York et Carter devenu journaliste tombe en dépression. Il a failli perdre celle qu’il aime et l’événement a fait ressurgir d’anciennes blessures. Sa sœur l’oblige à revenir à Troy. Il y retrouve ses anciens amis alors qu’un procès va se rouvrir concernant les faits survenus vingt-cinq ans plus tôt. En effet, une personne par ses révélations pourrait conduire un autre homme sous les barreaux et sèmerait le doute sur l'intégrité du père de Carter.
Alternant deux époques, ce roman nous plonge dans une période sombre du Sud des Etats-Unis. Les personnes de couleur réclament le droit de vote. A Troy, les discriminions existent bel et bien : flagrantes ou plus sournoises. Certains ne cachent pas leur haine envers les personnes de couleur ou ceux qui les soutiennent tandis que d’autres jouent un double-jeu et la suspicion règne.
Bien avant la marche de Selma, on (re)découvre la fracture qui a scindé les mouvements activistes entre une action pacifiste et une autre prête à en venir aux mains.
Très bien construit, les personnages principaux sont creusés et on suit leur évolution entre les deux périodes. De plus, certaines situations apparaissent sous un jour nouveau.
Prenant, hyper intéressant, il ne faut pas se laisser décourager par le nombre important de personnages secondaires. Si j'ai un bémol pour la fin vraiment trop happy-end, il n'empêche qu'il faut lire ce roman.
Les billets de Dominique Jérôme, Kathel, Keisha
samedi 19 mars 2016
Celeste Ng- Tout ce qu'on ne s'est jamais dit
Editeur : Sonatine - Traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau - Date de parution : Mars 2016 - 278 pages subtiles et douloureusement belles.
Bien que publié chez Sonatine, ce livre n’est pas ni polar ni un thriller. Il s’agit plus à mon sens d’un roman psychologique où la famille est au centre.
« Lydia est morte. Mais ils ne le savent pas encore ». Nous sommes en 1977 dans une petite ville des Etats-Unis. Lydia Lee âgée de seize ans sera retrouvée noyée au fond du lac près de la maison familiale alors qu’elle ne savait pas nager.
Le père James est professeur dans une petite université, sa mère Marilyn est femme au foyer pas vraiment par choix. Ancienne étudiante douée qui rêvait de devenir médecin, sa vie a bifurqué. James est d’origine asiatique et a souffert de sa différence. Et c’est au tour de ses enfants métissées de subir la même chose. James fait ( et a toujours fait) comme s’il ne voyait rien mais Nath (le frère aîné de Lydia) et Lydia ont accumulé depuis l’enfance des petites remarques, des regards en bais. Un frère et une sœur soudés, unis sans avoir besoin d’en parler.
Lydia donnait à son père l’image d’une adolescente ayant des amis et intégrée (un mot qui compte beaucoup pour James). Sauf qu’il n’en est rien et sur laquelle sa mère a reporté son rêve avorté professionnel.
Autant de pressions pour Lydia. Elle faisait comme si : simulait des conversation téléphonique avec des prétendues amies pour faire plaisir à son père, acceptait sans broncher les livres de sciences (toujours les mêmes cadeaux de sa mère).
Celeste Ng analyse admirablement avec subtilité les relations entre les membres de la famille, le poids des non-dits. Elle creuse chaque personnage et nous révèle ses pensées avec des incartades dans le passé ou le futur qui trouvent naturellement leur place. Chaque membre de la famille de Lydia cherche à comprendre encore faudrait-il qu’ils enlèvent leurs œillères.
Un premier roman douloureusement beau sur la non-communication et sur les pressions sociales et familiales, et si juste sur la différence. Superbe!
Plus tard, lorsqu'ils repenseront à ce dernier soir, les membres de la famille ne se rappelleront presque rien. Tant de choses seront rognées par la tristesse à venir. Nath, rouge d'excitation, parla pendant tout le repas, mais aucun d'entre eux – pas même lui–même se rappellera cette volubilité inhabituelle, ni même un seul mot de ce qu'il aura dit.
Plein d'avis sur Babelio
Bien que publié chez Sonatine, ce livre n’est pas ni polar ni un thriller. Il s’agit plus à mon sens d’un roman psychologique où la famille est au centre.
« Lydia est morte. Mais ils ne le savent pas encore ». Nous sommes en 1977 dans une petite ville des Etats-Unis. Lydia Lee âgée de seize ans sera retrouvée noyée au fond du lac près de la maison familiale alors qu’elle ne savait pas nager.
Le père James est professeur dans une petite université, sa mère Marilyn est femme au foyer pas vraiment par choix. Ancienne étudiante douée qui rêvait de devenir médecin, sa vie a bifurqué. James est d’origine asiatique et a souffert de sa différence. Et c’est au tour de ses enfants métissées de subir la même chose. James fait ( et a toujours fait) comme s’il ne voyait rien mais Nath (le frère aîné de Lydia) et Lydia ont accumulé depuis l’enfance des petites remarques, des regards en bais. Un frère et une sœur soudés, unis sans avoir besoin d’en parler.
Lydia donnait à son père l’image d’une adolescente ayant des amis et intégrée (un mot qui compte beaucoup pour James). Sauf qu’il n’en est rien et sur laquelle sa mère a reporté son rêve avorté professionnel.
Autant de pressions pour Lydia. Elle faisait comme si : simulait des conversation téléphonique avec des prétendues amies pour faire plaisir à son père, acceptait sans broncher les livres de sciences (toujours les mêmes cadeaux de sa mère).
Celeste Ng analyse admirablement avec subtilité les relations entre les membres de la famille, le poids des non-dits. Elle creuse chaque personnage et nous révèle ses pensées avec des incartades dans le passé ou le futur qui trouvent naturellement leur place. Chaque membre de la famille de Lydia cherche à comprendre encore faudrait-il qu’ils enlèvent leurs œillères.
Un premier roman douloureusement beau sur la non-communication et sur les pressions sociales et familiales, et si juste sur la différence. Superbe!
Plus tard, lorsqu'ils repenseront à ce dernier soir, les membres de la famille ne se rappelleront presque rien. Tant de choses seront rognées par la tristesse à venir. Nath, rouge d'excitation, parla pendant tout le repas, mais aucun d'entre eux – pas même lui–même se rappellera cette volubilité inhabituelle, ni même un seul mot de ce qu'il aura dit.
Plein d'avis sur Babelio
mardi 15 mars 2016
Lawrence Osborne - Terminus oasis
Éditeur : Calmann-Lévy - Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Eric Moreau - Date de parution : Mars 2016 - Date de publication : 347 pages et un avis mitigé.
David et son épouse Jo un couple londonien sont invités pour un week-end au Maroc. Leur hôte Richard et son compagnon possèdent une luxueuse villa aux abords du désert. David est médecin et a connu Richard à l’adolescence, Jo écrit des livres des livres pour enfants mais est en panne sèche depuis plusieurs années. Celle-ci ne n’était pas partante pour ce petit séjour où ils vont se retrouver avec des invités mondains. Alors que la nuit tombe et que David a bu, il insiste pour continuer la route afin d’arriver au plus tôt chez Richard. Perdus au milieu de nulle part, David heurte un jeune homme marocain qui décède. Il ne possède aucun papier sur lui.
Pris par la panique, ils mettent son corps dans le coffre et arrivent très en retard chez Richard où la fête bat bat son plein avec alcool, drogue, fruits et nourritures diverses envoyés par avion depuis l’autre bout du monde. Si Richard ne veut pas que l’accident s’ébruite et gâche la fête, c’est raté. Jo à bout de nerfs explique la raison de leur retard. De plus, un des domestiques marocains a dû parler au village car le lendemain, le père du jeune homme un Berbère accompagné frappe aux portes de la villa. Richard pense qu’il va demander une compensation financière mais à la place il veut que David l’accompagne dans son village.
David est un homme méprisable, abject. Il est contraint de suivre l’homme Berbère sans savoir qui va se passer. David en compagnie des Berbères permet la description de ces hommes et de ces femmes, de leurs modes de vie si différents des nôtres. Et sa façon de penser, de voir l’autre se modifiera un peu. A travers la voix du jeune marocain parti en France puis revenu, l’auteur nous offre un autre regard.
Si le thème du départ est intéressant, la vision de deux mondes que tout oppose, ce roman n’évite malheureusement pas certains clichés et reste dans l’ensemble assez superficiel. Et je n'ai pas compris pourquoi l’auteur nous inflige des scènes inutiles où les invités sous l’emprise de la drogue et de l’alcool confient leurs pensées et leurs visions.
Le vieil homme s’attela à sa tâcha avec une concentration remarquable. Il obtint une longue épluchure d’un seul tenant, qu’il déposa à côté de lui. Puis il coupa la pomme en quatre et tendit un quartier à David. Il essuya contre son genou la lame où s’accrochait une goutte de jus. Un fossé mental séparait les deux hommes - des siècles d’antagonisme et d’ignorance mutuelle. Mais un tel fossé, estimait David, aurait été relativement facile à combler. Il ne s’agissait pas que de cela. Il existait entre eux une incompréhension plus profonde, dont les racines s’enfonçaient si loin qu'on ne pouvait en concevoir le commencement. Des milliers d'années sans arbres, sans pelouses, sans aisance. Rien que ce vent.
David et son épouse Jo un couple londonien sont invités pour un week-end au Maroc. Leur hôte Richard et son compagnon possèdent une luxueuse villa aux abords du désert. David est médecin et a connu Richard à l’adolescence, Jo écrit des livres des livres pour enfants mais est en panne sèche depuis plusieurs années. Celle-ci ne n’était pas partante pour ce petit séjour où ils vont se retrouver avec des invités mondains. Alors que la nuit tombe et que David a bu, il insiste pour continuer la route afin d’arriver au plus tôt chez Richard. Perdus au milieu de nulle part, David heurte un jeune homme marocain qui décède. Il ne possède aucun papier sur lui.
Pris par la panique, ils mettent son corps dans le coffre et arrivent très en retard chez Richard où la fête bat bat son plein avec alcool, drogue, fruits et nourritures diverses envoyés par avion depuis l’autre bout du monde. Si Richard ne veut pas que l’accident s’ébruite et gâche la fête, c’est raté. Jo à bout de nerfs explique la raison de leur retard. De plus, un des domestiques marocains a dû parler au village car le lendemain, le père du jeune homme un Berbère accompagné frappe aux portes de la villa. Richard pense qu’il va demander une compensation financière mais à la place il veut que David l’accompagne dans son village.
David est un homme méprisable, abject. Il est contraint de suivre l’homme Berbère sans savoir qui va se passer. David en compagnie des Berbères permet la description de ces hommes et de ces femmes, de leurs modes de vie si différents des nôtres. Et sa façon de penser, de voir l’autre se modifiera un peu. A travers la voix du jeune marocain parti en France puis revenu, l’auteur nous offre un autre regard.
Si le thème du départ est intéressant, la vision de deux mondes que tout oppose, ce roman n’évite malheureusement pas certains clichés et reste dans l’ensemble assez superficiel. Et je n'ai pas compris pourquoi l’auteur nous inflige des scènes inutiles où les invités sous l’emprise de la drogue et de l’alcool confient leurs pensées et leurs visions.
Le vieil homme s’attela à sa tâcha avec une concentration remarquable. Il obtint une longue épluchure d’un seul tenant, qu’il déposa à côté de lui. Puis il coupa la pomme en quatre et tendit un quartier à David. Il essuya contre son genou la lame où s’accrochait une goutte de jus. Un fossé mental séparait les deux hommes - des siècles d’antagonisme et d’ignorance mutuelle. Mais un tel fossé, estimait David, aurait été relativement facile à combler. Il ne s’agissait pas que de cela. Il existait entre eux une incompréhension plus profonde, dont les racines s’enfonçaient si loin qu'on ne pouvait en concevoir le commencement. Des milliers d'années sans arbres, sans pelouses, sans aisance. Rien que ce vent.
dimanche 13 mars 2016
Kate O'Riordan - La fin d'une imposture
Editeur : Joëlle Losfeld - Traduit de l'anglais (Irlande) par Laetitia Devaux - Date de parution : Février 2016 - 377 pages et un très bon roman !
La famille Douglas est sous le choc de après la mort de leur fils en Thaïlande. Les parents Rosalie et Luke vivent séparément suite à l’infidélité récente de ce dernier. Maddie leur fille âgée de 16 ans rejoint un gang de filles et est agressée. En pleine dépression depuis la mort de son frère Rob, ses parents sont désarmés. Rosalie lui propose de participer à un groupe de paroles. Elle s’y rendent toutes les deux et font la connaissance de Jed. Tout de suite, Rosalie a vu que sa fille semblait différente en sa présence. Ce jeune et beau garçon plaît à Maddie. Bienveillant, il devient comme un membre de la famille. Maddie est transformée grâce à Jed. Mais derrière la figue angélique se cache un jeune homme qui comme le vers ronge le fruit de l’intérieur. Rosalie se rend compte petit à petit que Jed n’est pas celui qu’il prétend. Tiraillée, Rosalie ne sait pas que faire surtout qu'elle se sent responsable de la situation.
Ce roman sur la manipulation et l'emprise psychologique, sur la fragilité des personnes en deuil, sur la culpabilité et la rédemption est riche avec une tension palpable.
Des rebondissements (mais sans excès) et j’ai lu cette histoire d’une traite !
Le billet tentateur de Cathulu.
Lu de cette auteure : Le garçon dans la lune - Un autre amour
La famille Douglas est sous le choc de après la mort de leur fils en Thaïlande. Les parents Rosalie et Luke vivent séparément suite à l’infidélité récente de ce dernier. Maddie leur fille âgée de 16 ans rejoint un gang de filles et est agressée. En pleine dépression depuis la mort de son frère Rob, ses parents sont désarmés. Rosalie lui propose de participer à un groupe de paroles. Elle s’y rendent toutes les deux et font la connaissance de Jed. Tout de suite, Rosalie a vu que sa fille semblait différente en sa présence. Ce jeune et beau garçon plaît à Maddie. Bienveillant, il devient comme un membre de la famille. Maddie est transformée grâce à Jed. Mais derrière la figue angélique se cache un jeune homme qui comme le vers ronge le fruit de l’intérieur. Rosalie se rend compte petit à petit que Jed n’est pas celui qu’il prétend. Tiraillée, Rosalie ne sait pas que faire surtout qu'elle se sent responsable de la situation.
Ce roman sur la manipulation et l'emprise psychologique, sur la fragilité des personnes en deuil, sur la culpabilité et la rédemption est riche avec une tension palpable.
Des rebondissements (mais sans excès) et j’ai lu cette histoire d’une traite !
Le billet tentateur de Cathulu.
Lu de cette auteure : Le garçon dans la lune - Un autre amour
vendredi 11 mars 2016
Rachel Cusk - Disent-ils
Editeur : Editions de l'Olivier - Traduit de l'anglais par Céline Leroy - Date de parution : Mars 2016 - 204 pages denses et d'une lucidité impitoyable.
Ils disent, elles disent, il raconte, elle raconte et toutes ces paroles, toutes ces histoires sont livrées à une seule et une même personne, une romancière britannique venue à Athènes animer un atelier d’écriture. D’elle on ne sait pratiquement rien, hormis qu’elle a deux fils et qu’elle est déjà venue à Athènes. Avant le vol, un milliardaire lui confiera l’histoire de sa famille puis dans l’avion, son voisin lance la conversation presque à sens unique pour lui détailler ses différents mariages, les séparations et comment sa deuxième épouse ne s’était montrée sous son vrai jour qu’au bout d’un certain temps. Puis, d’autres comme un homme animant l’atelier également, un vieil ami, des personnes rencontrées sur place, tous auront une opinion sur le mariage, les enfants, le rôle de mère, la réussite sociale, le rôle de l’écrivain.
La narratrice semble presque en retrait et se fait écho de tous ces épanchements alors que les émotions sont tenues à distance.
Avec une écriture au scalpel (et remarquablement traduite), Rachel Cusk nous renvoie autant de réflexions sur ce que nous sommes, sur l’image que nous voulons donner. Des portraits et des histoires où l’ironie, la mélancolie, l’humour sont présents. Au fil des pages, on commence juste à entrevoir la narratrice.
Disent-ils premier tome d’un trilogie est d’une lucidité impitoyable et épatante ! Après la lecture, tous ces fragments de vie nous habitent encore. L'auteure nous tend un miroir. Et c'est sans concession.
Il avait toujours eu l'impression d'être un bon père il s'imaginait même avoir été plus apte à aimer ses enfants et à se faire aimer d'eux qui ne l'avait été avec leurs mères respectives. Sa propre mère lui avait dit une fois, juste après sa première séparation et alors qu'il s'inquiéter des effets du divorce sur les enfants, que quoi que l'on fasse, la vie de famille était toujours douce-amère. Si ce n'était le divorce, ce serait autre chose dit-il. Une enfance sans tache, ça n'existait pas, même si l'on s'acharnait à se convaincre du contraire.
Lu et chroniqué de cette auteure : Contrecoup
Ils disent, elles disent, il raconte, elle raconte et toutes ces paroles, toutes ces histoires sont livrées à une seule et une même personne, une romancière britannique venue à Athènes animer un atelier d’écriture. D’elle on ne sait pratiquement rien, hormis qu’elle a deux fils et qu’elle est déjà venue à Athènes. Avant le vol, un milliardaire lui confiera l’histoire de sa famille puis dans l’avion, son voisin lance la conversation presque à sens unique pour lui détailler ses différents mariages, les séparations et comment sa deuxième épouse ne s’était montrée sous son vrai jour qu’au bout d’un certain temps. Puis, d’autres comme un homme animant l’atelier également, un vieil ami, des personnes rencontrées sur place, tous auront une opinion sur le mariage, les enfants, le rôle de mère, la réussite sociale, le rôle de l’écrivain.
La narratrice semble presque en retrait et se fait écho de tous ces épanchements alors que les émotions sont tenues à distance.
Avec une écriture au scalpel (et remarquablement traduite), Rachel Cusk nous renvoie autant de réflexions sur ce que nous sommes, sur l’image que nous voulons donner. Des portraits et des histoires où l’ironie, la mélancolie, l’humour sont présents. Au fil des pages, on commence juste à entrevoir la narratrice.
Disent-ils premier tome d’un trilogie est d’une lucidité impitoyable et épatante ! Après la lecture, tous ces fragments de vie nous habitent encore. L'auteure nous tend un miroir. Et c'est sans concession.
Il avait toujours eu l'impression d'être un bon père il s'imaginait même avoir été plus apte à aimer ses enfants et à se faire aimer d'eux qui ne l'avait été avec leurs mères respectives. Sa propre mère lui avait dit une fois, juste après sa première séparation et alors qu'il s'inquiéter des effets du divorce sur les enfants, que quoi que l'on fasse, la vie de famille était toujours douce-amère. Si ce n'était le divorce, ce serait autre chose dit-il. Une enfance sans tache, ça n'existait pas, même si l'on s'acharnait à se convaincre du contraire.
Lu et chroniqué de cette auteure : Contrecoup
mardi 8 mars 2016
Catherine Lacey - Personne ne disparaît
Editeur : Actes Sud - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Myriam Anderson - Date de parution : Février 2016 - 268 pages inventives, touchantes et drôlement bien tramées !
Elyria, une trentenaire Américaine, quitte son travail, son mari du jour au lendemain sans prévenir quiconque et s’envole pour la Nouvelle-Zélande. Un peu avant lors d'une soirée, elle a juste échangé quelques mots avec un écrivain un peu bourru lui ayant dit que si un jour elle se rendait dans ce pays, il avait une chambre dans sa ferme pour la loger. C'est sur la base de cette formule polie mais avec l’adresse qu’Elyria a tout quitté. Arrivée sur place alors que tout le monde lui déconseille de faire du stop, elle utilise ce moyen pour traverser le pays. Au gré de ses rencontres, des imprévus, elle ne cesse de s’interroger et de se questionner sur elle-même : « Ce que je voulais dire c'est que j'avais conscience qu'il faudrait que je fasse quelque chose que je ne savais pas faire, c'est-à-dire partir comme une adulte, comme une grande personne, énoncer le problème, remplir les papiers, faire tous ces trucs d'adultes mais je ne savais aussi que ce n'était pas tout le problème, que je ne voulais pas seulement divorcer de mon mari, mais divorcer de tout, de ma propre histoire ; j'étais poussée par des courants, par des choses invisibles, souvenirs et inventions et peurs tourbillonnant ensemble - c'était le genre de truc que tu ne comprends que des années plus tard, pas le genre de truc que tu peux expliquer à une quasi étrangère dans un placard à balai alors que t'es un peu près saoule, que tu ignores à peu près où tu es et ce que tu fais là, ou pourquoi certaines personnes reconnaissent l'odeur des secrets. »
Sa relation avec sa sœur adoptive, son couple avec son mari professeur universitaire en mathématiques, sa mère fantasque et portée sur la boisson : petit à petit, sa vie se dessine.
Pour un premier roman, Catherine Lacey n’a pas choisi la facilité et elle s’en sort très, très bien. Avec une écriture originale, souvent pétillante, un sens de la formulation qui émoustille l’esprit, ce qui aurait pu vite devenir pathétique ou lassant est souvent drôle ou nous touche. Alors oui, Elyria marche au bord du précipice, regarde au fond mais essaie de se démêler avec elle-même. Plus qu’attachante, elle est fragile, complexe, décalée et si proche de nous finalement.
Même si les dernières pages ne sont pas parfaites, il s'agit d'un premier roman à ne pas manquer !
Et je suis devenue un havre-d’émotions-authentique, une personne au grand cœur, équilibrée et épanouie, une employée fiable, une femme capable d'entrer chez un traiteur, de commander un sandwich, de le manger et de lire le journal comme une femme adulte, sans penser la phrase « Je suis une femme adulte, qui mange dans son assiette, qui lit les nouvelles », parce que je n'étais pas observatrice de moi-même, mais j'étais un être « étant », une personne qui est simplement au lieu d'une personne qui est « presque « . Pendant environ un an, j'ai pensé qu'il en serait toujours ainsi, que j'avais atteint un niveau d'existence plus élevé que le précédent et qu'il n'y aurait pas de marche arrière, mais j'avais tort, il y avait une marche arrière, et j'ai fait marche arrière, j'ai même fait l'aller-retour, et l'aller et le retour encore.
"J'ai menti, j'ai dit, je ne suis pas venu ici avec mon mari. Il ne sait même pas où je suis", et après avoir dit tout ça, je me suis sentie plus légère mais l'atmosphère à l'intérieur de la camionnette s'est assombrie, parce que c'est déjà assez décevant de savoir que les gens que nous aimons mentent parfois, mais c'est presque pire que de se souvenir que les étrangers aussi, et c'est pour ça qu'il vaut mieux ne pas avouer nos mensonge à des étrangers, parce que ce n'est pas agréable d'apprendre que quelqu'un peut mentir même quand il n'y a rien en jeu, ou presque rien, et ce n'est pas agréable de se souvenir que nous avons tous cru aux mensonges d'autres étrangers, et même si à peu près tous les êtres vivants le savent, d'une certaine façon, ce n'est quand même pas le meilleur sujet à aborder au cours d'une conversation polie.
Les billets de Cath, Framboise
Elyria, une trentenaire Américaine, quitte son travail, son mari du jour au lendemain sans prévenir quiconque et s’envole pour la Nouvelle-Zélande. Un peu avant lors d'une soirée, elle a juste échangé quelques mots avec un écrivain un peu bourru lui ayant dit que si un jour elle se rendait dans ce pays, il avait une chambre dans sa ferme pour la loger. C'est sur la base de cette formule polie mais avec l’adresse qu’Elyria a tout quitté. Arrivée sur place alors que tout le monde lui déconseille de faire du stop, elle utilise ce moyen pour traverser le pays. Au gré de ses rencontres, des imprévus, elle ne cesse de s’interroger et de se questionner sur elle-même : « Ce que je voulais dire c'est que j'avais conscience qu'il faudrait que je fasse quelque chose que je ne savais pas faire, c'est-à-dire partir comme une adulte, comme une grande personne, énoncer le problème, remplir les papiers, faire tous ces trucs d'adultes mais je ne savais aussi que ce n'était pas tout le problème, que je ne voulais pas seulement divorcer de mon mari, mais divorcer de tout, de ma propre histoire ; j'étais poussée par des courants, par des choses invisibles, souvenirs et inventions et peurs tourbillonnant ensemble - c'était le genre de truc que tu ne comprends que des années plus tard, pas le genre de truc que tu peux expliquer à une quasi étrangère dans un placard à balai alors que t'es un peu près saoule, que tu ignores à peu près où tu es et ce que tu fais là, ou pourquoi certaines personnes reconnaissent l'odeur des secrets. »
Sa relation avec sa sœur adoptive, son couple avec son mari professeur universitaire en mathématiques, sa mère fantasque et portée sur la boisson : petit à petit, sa vie se dessine.
Pour un premier roman, Catherine Lacey n’a pas choisi la facilité et elle s’en sort très, très bien. Avec une écriture originale, souvent pétillante, un sens de la formulation qui émoustille l’esprit, ce qui aurait pu vite devenir pathétique ou lassant est souvent drôle ou nous touche. Alors oui, Elyria marche au bord du précipice, regarde au fond mais essaie de se démêler avec elle-même. Plus qu’attachante, elle est fragile, complexe, décalée et si proche de nous finalement.
Même si les dernières pages ne sont pas parfaites, il s'agit d'un premier roman à ne pas manquer !
Et je suis devenue un havre-d’émotions-authentique, une personne au grand cœur, équilibrée et épanouie, une employée fiable, une femme capable d'entrer chez un traiteur, de commander un sandwich, de le manger et de lire le journal comme une femme adulte, sans penser la phrase « Je suis une femme adulte, qui mange dans son assiette, qui lit les nouvelles », parce que je n'étais pas observatrice de moi-même, mais j'étais un être « étant », une personne qui est simplement au lieu d'une personne qui est « presque « . Pendant environ un an, j'ai pensé qu'il en serait toujours ainsi, que j'avais atteint un niveau d'existence plus élevé que le précédent et qu'il n'y aurait pas de marche arrière, mais j'avais tort, il y avait une marche arrière, et j'ai fait marche arrière, j'ai même fait l'aller-retour, et l'aller et le retour encore.
"J'ai menti, j'ai dit, je ne suis pas venu ici avec mon mari. Il ne sait même pas où je suis", et après avoir dit tout ça, je me suis sentie plus légère mais l'atmosphère à l'intérieur de la camionnette s'est assombrie, parce que c'est déjà assez décevant de savoir que les gens que nous aimons mentent parfois, mais c'est presque pire que de se souvenir que les étrangers aussi, et c'est pour ça qu'il vaut mieux ne pas avouer nos mensonge à des étrangers, parce que ce n'est pas agréable d'apprendre que quelqu'un peut mentir même quand il n'y a rien en jeu, ou presque rien, et ce n'est pas agréable de se souvenir que nous avons tous cru aux mensonges d'autres étrangers, et même si à peu près tous les êtres vivants le savent, d'une certaine façon, ce n'est quand même pas le meilleur sujet à aborder au cours d'une conversation polie.
Les billets de Cath, Framboise
samedi 5 mars 2016
Pablo Casacuberta - Ici et maintenant
Editeur : Métailié - Traduit de l'espagnol ( Uruguay) par François Gaudry - Date de parution : Février 2016 - 162 pages à lire !
Âgé de dix-sept ans, Maximo est un adolescent aimant les sciences et assoiffé d'apprendre sur tout en général. Cultivé, dévoué à la cohérence, il a tendance à se réfugier dans ses connaissances pour échapper à la réalité. Mal à l'aise dans son corps en plein changement, il arbore d'ailleurs depuis peu quelques poils au menton. Lui et son petit frère qu'il surnomme le nain sont comme chien et chat. Sa mère les élève seule depuis le départ de leur père il y a plusieurs années. Son oncle paternel Marcos est trop présent chez eux selon Maximo, un oncle qui aime donner son avis sur tout. Comme ce sont les vacances, sa mère l'incite fortement à chercher un emploi. Entre faire preuve d'une certaine maturité et s'échapper un peu de la maison, il postule sans y croire à un emploi de groom à l'hôtel International ( qui n'en a que le nom) et décroche le job. En seulement une journée et une nuit, Maximo sans y être préparé va être confronté à une série d'événements familiaux et professionnels.
Sur la question de quand devient-on adulte, Pablo Casacuberta nous livre un beau roman d'apprentissage avec humour et tendresse et beaucoup de nuances. Et on y croit vraiment ! Car avec talent et aisance, l'auteur se glisse dans le peau de Maximo : un pied dans l'enfance (et ses souvenirs réconfortants) et l'autre dans la vie avec ses bonnes ou mauvaises surprises inattendues. Comme dans Scipion, la figure paternelle tient une place importante.
Une réussite sur toute la ligne !
Je cédai sur la cravate, car je dus bien finir par accepter que la vie professionnelle exigeait, entre autres choses, de démontrer que l'on était capable de se sacrifier, comme disait maman. La cravate était seulement le signe le plus visible de cette disposition à mourir pour l'entreprise. Bien sûr, ma mère ne le formula pas ainsi, se limitant à remuer ses lèvres pour dire autre chose tandis que j'imprimais cette tournure à ses mots. J'aimais me servir de leur rumeur pour structurer ma pensée. Non que ma mère ne fut pas un être raisonnable et susceptible de faire des associations pertinentes, mais elle dédaignait les lectures de référence, ma petite passion, et par conséquent ses pensées se dépliaient en l'air sans l'appui d'un exemple, d'une donnée permettant d'épingler tant bien que mal ces fragments isolés et insaisissables.
Les billets de Keisha, Virginie
Âgé de dix-sept ans, Maximo est un adolescent aimant les sciences et assoiffé d'apprendre sur tout en général. Cultivé, dévoué à la cohérence, il a tendance à se réfugier dans ses connaissances pour échapper à la réalité. Mal à l'aise dans son corps en plein changement, il arbore d'ailleurs depuis peu quelques poils au menton. Lui et son petit frère qu'il surnomme le nain sont comme chien et chat. Sa mère les élève seule depuis le départ de leur père il y a plusieurs années. Son oncle paternel Marcos est trop présent chez eux selon Maximo, un oncle qui aime donner son avis sur tout. Comme ce sont les vacances, sa mère l'incite fortement à chercher un emploi. Entre faire preuve d'une certaine maturité et s'échapper un peu de la maison, il postule sans y croire à un emploi de groom à l'hôtel International ( qui n'en a que le nom) et décroche le job. En seulement une journée et une nuit, Maximo sans y être préparé va être confronté à une série d'événements familiaux et professionnels.
Sur la question de quand devient-on adulte, Pablo Casacuberta nous livre un beau roman d'apprentissage avec humour et tendresse et beaucoup de nuances. Et on y croit vraiment ! Car avec talent et aisance, l'auteur se glisse dans le peau de Maximo : un pied dans l'enfance (et ses souvenirs réconfortants) et l'autre dans la vie avec ses bonnes ou mauvaises surprises inattendues. Comme dans Scipion, la figure paternelle tient une place importante.
Une réussite sur toute la ligne !
Je cédai sur la cravate, car je dus bien finir par accepter que la vie professionnelle exigeait, entre autres choses, de démontrer que l'on était capable de se sacrifier, comme disait maman. La cravate était seulement le signe le plus visible de cette disposition à mourir pour l'entreprise. Bien sûr, ma mère ne le formula pas ainsi, se limitant à remuer ses lèvres pour dire autre chose tandis que j'imprimais cette tournure à ses mots. J'aimais me servir de leur rumeur pour structurer ma pensée. Non que ma mère ne fut pas un être raisonnable et susceptible de faire des associations pertinentes, mais elle dédaignait les lectures de référence, ma petite passion, et par conséquent ses pensées se dépliaient en l'air sans l'appui d'un exemple, d'une donnée permettant d'épingler tant bien que mal ces fragments isolés et insaisissables.
Les billets de Keisha, Virginie
jeudi 25 février 2016
Marisha Pessl - Intérieur nuit
Editeur : Gallimard - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Clément Baude - Date de parution : Août 2015 - 704 pages brillantes !
Une jeune fille de vingt-quatre ans est retrouvée morte dans un entrepôt de Chinatown. Elle n'est autre qu'Ashley Cordova fille du célèbre réalisateur de films d'horreurs Stanislas Cordova. Controversé, adulé par des fans, énigmatique, ses films s'échangent sous le manteau et il ne s'est pas montré depuis trente ans. Si tout conclue à un suicide, le journaliste Scott MacGrath veut creuser. Il a y quelques années, en enquêtant sur Cordova, il s'est grillé professionnellement et y a laissé des plumes. Bien déterminé à remonter au réalisateur, MacGrath recoupe les informations concernant Ashley pour trouver les derniers témoins qui l'auraient vue en vie. Pianiste ultra douée, peu bavarde, les personnes l'ayant connue ou rencontrée décrivent une personnalité difficile à cerner. Et il n'y a pas que sa personnalité qui l'est car l'enquête avec son côté classique, réel prend une autre tournure. de la magie noire ou ce qui y ressemble, des fêtes très privées dans un endroit mystérieux et MacGrath qui est suivi.
Marisha Pessl nous harponne car ce roman est ultra bien mené. Des copies d'extraits de journaux, de lettres ou de mails y sont insérés comme autant de preuves. Au fil des pages, le monde de Cordova prend forme avec ses excentricités, la noirceur et la violence de ses oeuvres. le lecteur est plongé entre réalité et fiction en permanence qui semblent ne faire qu'une tant les limites sont repoussées. Mais surtout l'auteure nous désarçonne avec brio. Qui faut-il croire et que faut-il penser? Malgré quelques petites longueurs, ce roman hautement addictif bouscule, interpelle avec des personnages terriblement crédibles, des rebondissements qui maintiennent un vrai suspense. Brillant !
A n'en pas douter, Cordova cherchait des gens manipulables. Il était obsédé par l'idée de capter le réel.
Une jeune fille de vingt-quatre ans est retrouvée morte dans un entrepôt de Chinatown. Elle n'est autre qu'Ashley Cordova fille du célèbre réalisateur de films d'horreurs Stanislas Cordova. Controversé, adulé par des fans, énigmatique, ses films s'échangent sous le manteau et il ne s'est pas montré depuis trente ans. Si tout conclue à un suicide, le journaliste Scott MacGrath veut creuser. Il a y quelques années, en enquêtant sur Cordova, il s'est grillé professionnellement et y a laissé des plumes. Bien déterminé à remonter au réalisateur, MacGrath recoupe les informations concernant Ashley pour trouver les derniers témoins qui l'auraient vue en vie. Pianiste ultra douée, peu bavarde, les personnes l'ayant connue ou rencontrée décrivent une personnalité difficile à cerner. Et il n'y a pas que sa personnalité qui l'est car l'enquête avec son côté classique, réel prend une autre tournure. de la magie noire ou ce qui y ressemble, des fêtes très privées dans un endroit mystérieux et MacGrath qui est suivi.
Marisha Pessl nous harponne car ce roman est ultra bien mené. Des copies d'extraits de journaux, de lettres ou de mails y sont insérés comme autant de preuves. Au fil des pages, le monde de Cordova prend forme avec ses excentricités, la noirceur et la violence de ses oeuvres. le lecteur est plongé entre réalité et fiction en permanence qui semblent ne faire qu'une tant les limites sont repoussées. Mais surtout l'auteure nous désarçonne avec brio. Qui faut-il croire et que faut-il penser? Malgré quelques petites longueurs, ce roman hautement addictif bouscule, interpelle avec des personnages terriblement crédibles, des rebondissements qui maintiennent un vrai suspense. Brillant !
A n'en pas douter, Cordova cherchait des gens manipulables. Il était obsédé par l'idée de capter le réel.
lundi 22 février 2016
Stephen Benatar - Daisy, Daisy
Editeur : Le Tripode - Traduit de l'anglais par Christel Paris - Date de parution : Février 2016 - 395 pages pétillantes et grinçantes.
Que s’est–il passé dans la maison d'Hendon à Londres où vivaient Dan Stermont, veuf, âgé de 83 ans, sa sœur Marsha divorcée et leur belle-soeur Daisy presque nonagénaire ? Depuis plus d’un an, ils vivaient reclus et Marsha toujours très exigeante sur la propreté avait laissé la crasse tout envahir jusqu’aux fenêtres. La police forcée d'ouvrir le domicile n'a pu que constater le décès des deux femmes et la mort beaucoup plus antérieure de Daisy. Incapable de s'exprimer, Dan semblait avoir perdu la tête.
Sans suivre une chronologie linéaire, nous découvrons une cohabitation difficile quand Dan et Marsha ont accepté que Daisy vienne vivre avec eux mais aussi leurs relations sur plus de quarante ans. Dans l’Angleterre des années 30, Daisy jeune infirmière au caractère bien trempé épouse un jeune homme un peu plus jeune qu’elle. Hélas ce dernier souffre de tuberculose et elle se retrouve très vite veuve sans se laisser abattre. Chez les Stormont, sa belle-famille, elle ne fait guère l’unanimité. Sa belle-mère et elle se détestent, tandis que son beau-frère Dan et sa belle-sœur Marsha la supportent difficilement. Car Daisy n’a pas son pareil pour lancer des piques ou s’imposer. Jeune mariée, Marsha tente de se montrer gentille envers Daisy même si mon mari Andrew autoritaire et sec ne veut pas entendre parler d’elle. Pourtant tous deux se trouvent des points communs comme les échecs et il admire chez elle sa vivacité d'esprit, élément qui manque à la jolie Marsha. Egoïste, Daisy provoque dans sa belle-famille des petits cataclysmes en leur ouvrant les yeux ou en les méprisant. Ses réflexions, ses paroles même en apparence doucereuses sont très souvent à double sens. Cultivée, elle aime les références littéraires, cinématographiques, musicales ou historiques ( et c'est un régal).
Stephen Benatar ne se contente pas de donner un point de vue, des ressentis, et des pensées à travers un seul de ses personnages. Non, il place le lecteur aux côté de Daisy ou de Marsha ou d’Andrew et nous offre ainsi la possibilité d’avoir tous les avis sur une même situation.
Cette satire sans concession est très bien menée avec une analyse très fine de la psychologie des personnages qui sont attachants malgré leurs défauts. Les rancoeurs et les amertumes accumulées sur des décennies, ajoutées à la vieillesse (au lieu d’appeler à la sagesse) vont enclencher envie de vengeance et amour de la famille. Mais je n'en dis pas plus.
Du vitriol, de l’humour noir mais aussi de la tendresse pour ce roman vif, pétillant, grinçant (et à noter un très bon travail de traduction) !
- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'on connaît de la vie à vingt et un ans? Cent vingt-et-un, là, peut-être, je comprendrais. À cet âge là, vous pouvez éventuellement commencer à être intéressant. Ça se discute, cependant, ajouta-t-elle en regardant le plafond.
Lu de cet auteur : La vie rêvée de Rachel Warring
Que s’est–il passé dans la maison d'Hendon à Londres où vivaient Dan Stermont, veuf, âgé de 83 ans, sa sœur Marsha divorcée et leur belle-soeur Daisy presque nonagénaire ? Depuis plus d’un an, ils vivaient reclus et Marsha toujours très exigeante sur la propreté avait laissé la crasse tout envahir jusqu’aux fenêtres. La police forcée d'ouvrir le domicile n'a pu que constater le décès des deux femmes et la mort beaucoup plus antérieure de Daisy. Incapable de s'exprimer, Dan semblait avoir perdu la tête.
Sans suivre une chronologie linéaire, nous découvrons une cohabitation difficile quand Dan et Marsha ont accepté que Daisy vienne vivre avec eux mais aussi leurs relations sur plus de quarante ans. Dans l’Angleterre des années 30, Daisy jeune infirmière au caractère bien trempé épouse un jeune homme un peu plus jeune qu’elle. Hélas ce dernier souffre de tuberculose et elle se retrouve très vite veuve sans se laisser abattre. Chez les Stormont, sa belle-famille, elle ne fait guère l’unanimité. Sa belle-mère et elle se détestent, tandis que son beau-frère Dan et sa belle-sœur Marsha la supportent difficilement. Car Daisy n’a pas son pareil pour lancer des piques ou s’imposer. Jeune mariée, Marsha tente de se montrer gentille envers Daisy même si mon mari Andrew autoritaire et sec ne veut pas entendre parler d’elle. Pourtant tous deux se trouvent des points communs comme les échecs et il admire chez elle sa vivacité d'esprit, élément qui manque à la jolie Marsha. Egoïste, Daisy provoque dans sa belle-famille des petits cataclysmes en leur ouvrant les yeux ou en les méprisant. Ses réflexions, ses paroles même en apparence doucereuses sont très souvent à double sens. Cultivée, elle aime les références littéraires, cinématographiques, musicales ou historiques ( et c'est un régal).
Stephen Benatar ne se contente pas de donner un point de vue, des ressentis, et des pensées à travers un seul de ses personnages. Non, il place le lecteur aux côté de Daisy ou de Marsha ou d’Andrew et nous offre ainsi la possibilité d’avoir tous les avis sur une même situation.
Cette satire sans concession est très bien menée avec une analyse très fine de la psychologie des personnages qui sont attachants malgré leurs défauts. Les rancoeurs et les amertumes accumulées sur des décennies, ajoutées à la vieillesse (au lieu d’appeler à la sagesse) vont enclencher envie de vengeance et amour de la famille. Mais je n'en dis pas plus.
Du vitriol, de l’humour noir mais aussi de la tendresse pour ce roman vif, pétillant, grinçant (et à noter un très bon travail de traduction) !
- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'on connaît de la vie à vingt et un ans? Cent vingt-et-un, là, peut-être, je comprendrais. À cet âge là, vous pouvez éventuellement commencer à être intéressant. Ça se discute, cependant, ajouta-t-elle en regardant le plafond.
Lu de cet auteur : La vie rêvée de Rachel Warring
jeudi 18 février 2016
Jayne Anne Phillips - Tous les vivants (Le crime de Quiet Dell)
Editeur : Editions de l'Olivier - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville - Date de parution : Janvier 2016 - 533 pages et une belle découverte !
Park Ridge, Illinois, 1931. Devenue veuve depuis peu, Asta Eicher âgée de quarante-cinq ans mère et de trois enfants se retrouve dans uns situation financièrement difficile. Malgré l’aide de sa belle-mère, l’argent manque. Et quand celle-ci décède à son tour, l’avenir apparait bien sombre. Locataire d’une chambre chez les Eicher, Charles O’Boyle demande sa main à Asta mais cette dernière refuse. Il ne sait pas qu’elle correspond avec un certain Cornelius O. Person qui lui a promis monts et merveilles. Par le biais d’une simple annonce passée dans un journal, pensant à ses enfants et à leur bien-être, elle a déclenché un compte à rebours fatal et sans issue.
Entièrement inspiré d’un faits réel, Asta Eicher et ses trois enfants seront les victimes de Person. L’affaire Harry Powers (c’était son véritable nom) a déclenché aux Etats-Unis colère et effroi. En inventant une jeune journaliste Emily Thornhill déterminée mais aussi sensible, Jayne Anne Phillips brode une autre histoire romancée autour de celle du serial killer avec des personnages dotés de cette valeur du bien, de la justice, de bonté et de tolérance.
A travers l’enquête d’Emily sur les traces de Powers (et de ses interrogations sur ses motivations), sa bienveillance envers ceux qui ont disparus est frappante comme si le sort des Eicher l’avait frappée personnellement. Le sordide n’a pas sa place et jamais le lecteur ne se retrouve en position de voyeuriste.
On ne voit pas les pages défiler enrichies de photos et d’extraits de presse de l’époque mais qui donne également la parole à Annabel une des filles d’Asta qui veille sur les siens. Un récit où l’atmosphère et l’ambiance sont la plupart du temps comme feutré en décalage avec les meurtres commis par Harry Powers. Le Bien comme pour amoindrir le Mal et au final un roman lumineux aussi paradoxal que cela puisse paraître car tout est très bien mené.
Il ne faut pas oublier la très belle écriture de l’auteure aux accents lyriques(à noter le très bon travail de de traduction). Une belle et étonnante découverte !
Un livre repéré sur la table des livres "aimés et coups de cœur" des libraires de Dialogues. Merci Arnaud !
Les Eicher étaient comme un beau village enchanté sur lequel s'abattirent des pluies d'étoiles néfastes. Ils n'étaient pas les seuls à connaître ces épreuves, bien sûr, mais ils gardaient la tête haute avec noblesse et patience, élevant la comédie du bonheur au rang de grand art, une vraie leçon de morale et de courage.
- Chez eux ? s'étonna Emily.Mais les victimes dans toute ça?
Il la regarda droit dans les yeux, comme pour reconnaître qu'elle avait marqué un point. "La catastrophe ne vient pas de chez eux, pas de chez nous, il n'y a donc pas cette part de deuil, de responsabilité ou de honte qui en ferait davantage qu'un spectacle inouï. Ce n'est pas que dans les petites bourgades ou dans les campagnes on manque de compassion. La journaliste de la grande ville que vous êtes doit trouver cela évident."
Park Ridge, Illinois, 1931. Devenue veuve depuis peu, Asta Eicher âgée de quarante-cinq ans mère et de trois enfants se retrouve dans uns situation financièrement difficile. Malgré l’aide de sa belle-mère, l’argent manque. Et quand celle-ci décède à son tour, l’avenir apparait bien sombre. Locataire d’une chambre chez les Eicher, Charles O’Boyle demande sa main à Asta mais cette dernière refuse. Il ne sait pas qu’elle correspond avec un certain Cornelius O. Person qui lui a promis monts et merveilles. Par le biais d’une simple annonce passée dans un journal, pensant à ses enfants et à leur bien-être, elle a déclenché un compte à rebours fatal et sans issue.
Entièrement inspiré d’un faits réel, Asta Eicher et ses trois enfants seront les victimes de Person. L’affaire Harry Powers (c’était son véritable nom) a déclenché aux Etats-Unis colère et effroi. En inventant une jeune journaliste Emily Thornhill déterminée mais aussi sensible, Jayne Anne Phillips brode une autre histoire romancée autour de celle du serial killer avec des personnages dotés de cette valeur du bien, de la justice, de bonté et de tolérance.
A travers l’enquête d’Emily sur les traces de Powers (et de ses interrogations sur ses motivations), sa bienveillance envers ceux qui ont disparus est frappante comme si le sort des Eicher l’avait frappée personnellement. Le sordide n’a pas sa place et jamais le lecteur ne se retrouve en position de voyeuriste.
On ne voit pas les pages défiler enrichies de photos et d’extraits de presse de l’époque mais qui donne également la parole à Annabel une des filles d’Asta qui veille sur les siens. Un récit où l’atmosphère et l’ambiance sont la plupart du temps comme feutré en décalage avec les meurtres commis par Harry Powers. Le Bien comme pour amoindrir le Mal et au final un roman lumineux aussi paradoxal que cela puisse paraître car tout est très bien mené.
Il ne faut pas oublier la très belle écriture de l’auteure aux accents lyriques(à noter le très bon travail de de traduction). Une belle et étonnante découverte !
Un livre repéré sur la table des livres "aimés et coups de cœur" des libraires de Dialogues. Merci Arnaud !
Les Eicher étaient comme un beau village enchanté sur lequel s'abattirent des pluies d'étoiles néfastes. Ils n'étaient pas les seuls à connaître ces épreuves, bien sûr, mais ils gardaient la tête haute avec noblesse et patience, élevant la comédie du bonheur au rang de grand art, une vraie leçon de morale et de courage.
- Chez eux ? s'étonna Emily.Mais les victimes dans toute ça?
Il la regarda droit dans les yeux, comme pour reconnaître qu'elle avait marqué un point. "La catastrophe ne vient pas de chez eux, pas de chez nous, il n'y a donc pas cette part de deuil, de responsabilité ou de honte qui en ferait davantage qu'un spectacle inouï. Ce n'est pas que dans les petites bourgades ou dans les campagnes on manque de compassion. La journaliste de la grande ville que vous êtes doit trouver cela évident."
lundi 15 février 2016
Ron Rash - Le chant de la Tamassee
Editeur : Seuil - Date de parution : Janvier 2016 - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Isabelle Reinharez - 233 pages à lire !
Comté d’Oconne, Virginie du Sud. Ruth Kowalsky âgée de douze ans pique–nique avec sa famille au bord de la rivière la Tamassee. Mais ce n’est pas un cours d’eau paisible et elle s’y noie. Ses parents père veulent que son corps coincé sous un rocher à proximité d’une chute soit enlevé à la rivière et ils demandent qu’un barrage temporaire soit installé. La rivière est protégée par une loi Fédérale (il est interdit d'en perturber le cours naturel) et Luke écologiste jusqu'au-boutiste s'y oppose. L’affaire fait du bruit, Maggie Glenn est dépêchée par son journal en tant que photographe avec un nouveau collègue. Originaire du coin, elle connaît la plupart des habitants. Son père y vit tout comme sa tante et des cousins. La jeune femme sait que la protection de la rivière continue de diviser la population. Quand Herb Kowalsky obtient des soutiens non négligeables notamment politiques, les dés semblent définitivement jetés.
Ce nouveau livre de Ron Rash aborde de nombreux thèmes : la douleur des parents, la protection de l'environnement, les enjeux économiques, la culpabilité, les rapports père-fille. Sans se faire donneur de leçons, l'auteur expose à travers ses personnages tous les éléments. Les amoureux de nature seront conquis car la Tamassee est un personnage à part entière. Avec une écriture qui fait appel à tous les sens (on voit cette rivière, on l'entend) et des personnages non exempts de failles ou de blessures, Le chant de la Tamassee pose énormément de questions.
Une lecture prenante, belle et âpre qui forcément interpelle. Une fois de plus, Ron Rash fait mouche !
- Que le corps de la fillette appartient maintenant à la Tamassee, qu'à l'instant même où elle s'est avancée dans les hauts-fonds, elle a accepté la rivière selon ses conditions. C'est ça, la nature sauvage -la nature selon ses conditions- pas les nôtres, il n'y a pas d'entre-deux. C'est tout l'un ou tout l'autre.
Les billets de Jostein, Mimi
Lu de cet auteur : Le monde à l'endroit - Un pied au paradis - Serena- Une terre d'ombre
Comté d’Oconne, Virginie du Sud. Ruth Kowalsky âgée de douze ans pique–nique avec sa famille au bord de la rivière la Tamassee. Mais ce n’est pas un cours d’eau paisible et elle s’y noie. Ses parents père veulent que son corps coincé sous un rocher à proximité d’une chute soit enlevé à la rivière et ils demandent qu’un barrage temporaire soit installé. La rivière est protégée par une loi Fédérale (il est interdit d'en perturber le cours naturel) et Luke écologiste jusqu'au-boutiste s'y oppose. L’affaire fait du bruit, Maggie Glenn est dépêchée par son journal en tant que photographe avec un nouveau collègue. Originaire du coin, elle connaît la plupart des habitants. Son père y vit tout comme sa tante et des cousins. La jeune femme sait que la protection de la rivière continue de diviser la population. Quand Herb Kowalsky obtient des soutiens non négligeables notamment politiques, les dés semblent définitivement jetés.
Ce nouveau livre de Ron Rash aborde de nombreux thèmes : la douleur des parents, la protection de l'environnement, les enjeux économiques, la culpabilité, les rapports père-fille. Sans se faire donneur de leçons, l'auteur expose à travers ses personnages tous les éléments. Les amoureux de nature seront conquis car la Tamassee est un personnage à part entière. Avec une écriture qui fait appel à tous les sens (on voit cette rivière, on l'entend) et des personnages non exempts de failles ou de blessures, Le chant de la Tamassee pose énormément de questions.
Une lecture prenante, belle et âpre qui forcément interpelle. Une fois de plus, Ron Rash fait mouche !
- Que le corps de la fillette appartient maintenant à la Tamassee, qu'à l'instant même où elle s'est avancée dans les hauts-fonds, elle a accepté la rivière selon ses conditions. C'est ça, la nature sauvage -la nature selon ses conditions- pas les nôtres, il n'y a pas d'entre-deux. C'est tout l'un ou tout l'autre.
Les billets de Jostein, Mimi
Lu de cet auteur : Le monde à l'endroit - Un pied au paradis - Serena- Une terre d'ombre
dimanche 14 février 2016
Evan S. Connell - Mrs. Bridge
Editeur : Belfond - Traduit de l'américain par Clément Leclerc - Date de parution : Janvier 2016 (première parution : 1959) - 360 pages à découvrir.
Avec ce roman, nous entrons dans l'intimité de Mrs. Bridge. S’il y a très peu de pages sur son enfance et son adolescence, la vie de l’épouse, de la mère au foyer constituent l'essentiel.
Nous sommes à Kansas City dans les années 1920-1930 lorsqu'elle se marie. Son époux avocat passe beaucoup de temps à son cabinet. Mrs. Bridge s’occupe tout naturellement de l’éducation de leurs trois enfants et veille au confort domestique. Les bonnes convenances et son manque de confiance font que Mrs. Bridge se noie facilement dans un verre d’eau. Incapable de prendre une décision par elle-même ou d’avoir un jugement, elle se range du côté des idées de son mari. Bien sûr, elle a des amies mais jamais elle ne se confierait à l’une d’entre elles. Que ce soit la lecture ou l'apprentissage d’une langue, elle a le don d’abandonner très vite tout ce qu'elle entreprend.
Les enfants grandissent et Mrs. Bridge s’ennuie de plus en plus souvent. Et par cette faille, les questions existentielles surgissent.
En 117 courts chapitres, l’auteur nous dépeint des situations de la vie de Mrs. Bridge. Alternant des scènes assez drôles (notamment avec ses enfants ou des personnes de la bonne société), ironiques mais également d’autres où l’on ressent ses angoisses.
Avec une écriture où l’observation est très fine, Evan S. Connell nous dresse un portrait très réussi de cette femme dans son contexte. Ce roman possède un charme suranné mais il sait également nous toucher et j’ai éprouvé de l’empathie pour Mrs.Bridge.
- Vous n'avez donc pas d'opinion personnelle ? Lui demanda Mabel en prenant un air menaçant. Mon dieu, réveillez-vous ! Nous avons été émancipées, que diable, continua-t-elle en se balançant d'avant en arrière, les mains derrière le dos, les sourcils froncés et le regard fixé sur le tapis du club.
- Vous avez certainement raison, s’excusa Mrs. Bridge en évitant discrètement le ruban de fumée qui s'échappait de la cigarette de Mabel. Mais vous ne trouvez pas difficile de savoir que penser ?
Elle passait de longs moments à regarder dans le vide, oppressée par un sentiment d'attente. Attente de quoi ? Elle ne savait. Quelqu'un allait venir, quelqu'un avait sûrement besoin d'elle. Mais chaque jour passait comme celui qu'il avait précédé. Rien d'intense, rien de désespéré n'arrivait jamais. Le temps ne passait pas. La maison, la ville, le pays, la vie même étaient éternels pourtant elle avait le pressentiment qu'un jour, sans avertissement et sans pitié, tout ce qui lui était cher, tout ce qui comptait pour elle serait détruit. Ainsi, de temps en temps, ses pensées, se faisaient-elles, par des voies détournées, plus profondes, descendant en spirale en quête de l'ultime sanctuaire, en quête d'une vie plus immuable que celle qu'elle avait transmise à ses enfants en les mettant au monde.
Les billets de Kathel, Mimi, Nicole, Orzech
Merci à Babelio !
Avec ce roman, nous entrons dans l'intimité de Mrs. Bridge. S’il y a très peu de pages sur son enfance et son adolescence, la vie de l’épouse, de la mère au foyer constituent l'essentiel.
Nous sommes à Kansas City dans les années 1920-1930 lorsqu'elle se marie. Son époux avocat passe beaucoup de temps à son cabinet. Mrs. Bridge s’occupe tout naturellement de l’éducation de leurs trois enfants et veille au confort domestique. Les bonnes convenances et son manque de confiance font que Mrs. Bridge se noie facilement dans un verre d’eau. Incapable de prendre une décision par elle-même ou d’avoir un jugement, elle se range du côté des idées de son mari. Bien sûr, elle a des amies mais jamais elle ne se confierait à l’une d’entre elles. Que ce soit la lecture ou l'apprentissage d’une langue, elle a le don d’abandonner très vite tout ce qu'elle entreprend.
Les enfants grandissent et Mrs. Bridge s’ennuie de plus en plus souvent. Et par cette faille, les questions existentielles surgissent.
En 117 courts chapitres, l’auteur nous dépeint des situations de la vie de Mrs. Bridge. Alternant des scènes assez drôles (notamment avec ses enfants ou des personnes de la bonne société), ironiques mais également d’autres où l’on ressent ses angoisses.
Avec une écriture où l’observation est très fine, Evan S. Connell nous dresse un portrait très réussi de cette femme dans son contexte. Ce roman possède un charme suranné mais il sait également nous toucher et j’ai éprouvé de l’empathie pour Mrs.Bridge.
- Vous n'avez donc pas d'opinion personnelle ? Lui demanda Mabel en prenant un air menaçant. Mon dieu, réveillez-vous ! Nous avons été émancipées, que diable, continua-t-elle en se balançant d'avant en arrière, les mains derrière le dos, les sourcils froncés et le regard fixé sur le tapis du club.
- Vous avez certainement raison, s’excusa Mrs. Bridge en évitant discrètement le ruban de fumée qui s'échappait de la cigarette de Mabel. Mais vous ne trouvez pas difficile de savoir que penser ?
Elle passait de longs moments à regarder dans le vide, oppressée par un sentiment d'attente. Attente de quoi ? Elle ne savait. Quelqu'un allait venir, quelqu'un avait sûrement besoin d'elle. Mais chaque jour passait comme celui qu'il avait précédé. Rien d'intense, rien de désespéré n'arrivait jamais. Le temps ne passait pas. La maison, la ville, le pays, la vie même étaient éternels pourtant elle avait le pressentiment qu'un jour, sans avertissement et sans pitié, tout ce qui lui était cher, tout ce qui comptait pour elle serait détruit. Ainsi, de temps en temps, ses pensées, se faisaient-elles, par des voies détournées, plus profondes, descendant en spirale en quête de l'ultime sanctuaire, en quête d'une vie plus immuable que celle qu'elle avait transmise à ses enfants en les mettant au monde.
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