Éditeur : Julliard - Date de parution : Février 2016 - 225 pages à lire !
Romain va devenir père pour la première fois. Sa compagne Louise est enceinte de 8 mois et demi et pourtant il ne s’imagine dans ce rôle. Pire, il ne ressent rien pour cet enfant : "Comment peut-on aimer une femme à ce point et pas l'enfant qu'elle porte? Souffrir si rapidement de son absence mais se sentir étranger à la vie qui s'est logée en elle?".
Ca avait mal débuté entre ce roman et moi. Je m’explique : une tempête se déroule et Romain, chauffeur de taxi, à bord de sa voiture subit et voit des catastrophes qui s’enchaînent. L'ensemble est digne d’un film d’action et n'en finit plus. Bref, j'ai reposé ce livre mais grâce au billet de Philisine ( lequel renvoie à plein d'autres liens) j'ai eu envie de lui donner une seconde chance et j'ai bien fait.
Donc, les éléments naturel sont déchaînés et c’est à ce moment que la petite Alessia décide de venir au monde.
Louise est à la clinique où tout est un peu sens dessus dessous et Romain parvient à la rejoindre. Une autre femme va donner naissance elle-aussi pour la quatrième fois mais son mari n’est pas là.
Très vite, on en apprend plus sur Romain et Louise et je n'en parlerai pas car ce serait déflorer une partie de l'histoire.
Est-on père par le sang, par les sentiments, par le nom que l'on transmet ? Les réponses viendront au fil des pages avec des émotions, des sourires, des doutes, des questionnements, des passages très beaux et d’autres qui font vraiment mal ("Ce n'est pas facile de faire le tri dans sa douleur"). Si dans ce roman, l’auteur explore le thème de la paternité (dans tous le sens du terme avec ce que ça implique mais également sur le plan émotionnel), ce que vit la mère n’est pas oublié.
Malgré un début peu prometteur et quelques petites maladresses, ce livre m’a plus que touchée et je le conseille !
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dimanche 8 mai 2016
vendredi 6 mai 2016
Anne Collongues - Ce qui nous sépare
Éditeur: Actes Sud - Date de parution : Mars 2016 - 176 pages et un premier roman à découvrir !
"C'est toujours un mystère, la vie des autres" et peut-être encore plus dans un wagon de RER. Un soir de février, ils sont plusieurs à monter dans ce wagon à Paris direction la banlieue. Encore un ou deux arrêts et ils sont sept.
Ils ne se connaissent pas, vont s'asseoir le temps du trajet face à face ou côte à côte. Chacun peut laisser son imaginaire "construire" l'autre d'après son apparence ou son visage ( "le fauteuil rend spectateur") . Certains se prêtent à ce jeu, Marie dans son manteau rouge essoufflée après avoir couru pour ne pas rater le RER et s'endort.
Regarder à travers la vitre et c'est paysage triste et gris mais quelquefois ce dernier fait place aux pensées intérieures : à la journée qui vient de de se passer ou à ce qui les attend ensuite. Personne ne se parle, juste des regards à la dérobée et chacun est perdu ou plutôt plongé dans ses propres pensées. Ils sont ensemble dans ce wagon mais seuls.
Le temps du trajet, Anne Collongues compose leurs vies et on les découvre petit à petit via leurs pensées intérieures.
Marie, Laura, Alain, Cigarette, Chérif, Liad, Franck tous ont un passé bien attendu. Et des attentes mais aussi des désillusions, des regrets et pour certains des espoirs. Durant ce transport et de façon introspective, certains prendront des décisions avec des impacts sur le futur, d'autres regarderont leur vies telles qu'elles sont et y introduiront le "et si".
Des voyageurs anonymes comme tant d'autres avec tout ce qui les séparent et la solitude malgré la présence des autres.
Avec finesse, Anne Collongues les rend uniques avec pudeur et bienveillance et on s'attache à chacun d'eux. Et quand le RER arrive à destination, on n'a qu'un seul regret celui de les quitter.
Un premier roman à la mélancolie douce (sans être pesante ou gluante) où l'on se retrouve par ricochets dans ces vies. Car ce qui nous sépare est ce qui nous unit tous autant que nous sommes.
" Des déceptions, il y en a toujours, personne ne vit sans espoir même inconscient"
Les billets de Charlotte, Nicole G., Saxaoul
"C'est toujours un mystère, la vie des autres" et peut-être encore plus dans un wagon de RER. Un soir de février, ils sont plusieurs à monter dans ce wagon à Paris direction la banlieue. Encore un ou deux arrêts et ils sont sept.
Ils ne se connaissent pas, vont s'asseoir le temps du trajet face à face ou côte à côte. Chacun peut laisser son imaginaire "construire" l'autre d'après son apparence ou son visage ( "le fauteuil rend spectateur") . Certains se prêtent à ce jeu, Marie dans son manteau rouge essoufflée après avoir couru pour ne pas rater le RER et s'endort.
Regarder à travers la vitre et c'est paysage triste et gris mais quelquefois ce dernier fait place aux pensées intérieures : à la journée qui vient de de se passer ou à ce qui les attend ensuite. Personne ne se parle, juste des regards à la dérobée et chacun est perdu ou plutôt plongé dans ses propres pensées. Ils sont ensemble dans ce wagon mais seuls.
Le temps du trajet, Anne Collongues compose leurs vies et on les découvre petit à petit via leurs pensées intérieures.
Marie, Laura, Alain, Cigarette, Chérif, Liad, Franck tous ont un passé bien attendu. Et des attentes mais aussi des désillusions, des regrets et pour certains des espoirs. Durant ce transport et de façon introspective, certains prendront des décisions avec des impacts sur le futur, d'autres regarderont leur vies telles qu'elles sont et y introduiront le "et si".
Des voyageurs anonymes comme tant d'autres avec tout ce qui les séparent et la solitude malgré la présence des autres.
Avec finesse, Anne Collongues les rend uniques avec pudeur et bienveillance et on s'attache à chacun d'eux. Et quand le RER arrive à destination, on n'a qu'un seul regret celui de les quitter.
Un premier roman à la mélancolie douce (sans être pesante ou gluante) où l'on se retrouve par ricochets dans ces vies. Car ce qui nous sépare est ce qui nous unit tous autant que nous sommes.
" Des déceptions, il y en a toujours, personne ne vit sans espoir même inconscient"
Les billets de Charlotte, Nicole G., Saxaoul
mercredi 4 mai 2016
Marie-Sabine Roger - Dans les prairies étoilées
Editeur : Le Rouergue - Date de parution : Mai 2016 - 302 pages et un livre-hérisson !
Heureux en amour depuis quinze ans, Merlin et Prune un couple de quinquagénaires cèdent au charme d’une maison en campagne avec quelques travaux à faire. Merlin est auteur à succès d’une série BD Wild Oregon (« C’est une utopie maussade, ou une dystopie joyeuse , selon que l’on voit le verre à moitié vide ou plein ( « half full or half empty », pour mes dix lecteurs anglophones). Un univers totalement déjanté, entre le western traditionnel et la fantasy la plus pure, dans lequel mon justicier, Jim Oregon, poursuit inlassablement les méchants de tous bords, dans des histoires au cours desquelles le burlesque se mêle au polar noir, sur fonds de science-fiction un poil écologique ») . Il est également aquarelliste pour La Grande encyclopédie des Oiseaux d’Europe et du fait un peu spécialiste de ces animaux.
Tout va pour le mieux mais Laurent le grand ami de Merlin décède. Une amitié vieille de vingt ans qui lui a permis de rencontrer Prune et surtout Merlin s’est inspiré de Laurent pour son personnage principal de sa BD Jim Oregon. « Je venais de perdre à la fois mon ami le plus proche, le principal héros de mon univers, et mon fan de toujours. Le deuil pèserait lourd. Et je ne l’acceptais pas ».
Comment poursuivre Wild Oregon alors que Laurent n’est plus là ? Et quand Merlin découvre les deux dernières volontés de Laurent tout se complique sérieusement pour lui. Via son crayon, ll faudrait lui faire rencontrer le grand amour et ne pas le gâcher ( comme il a pu le faire durant son vivant) puis que Jim tire sa révérence. Ce qui reviendrait à terminer sa BD. Tiraillé, Merlin est perdu entre rendre ses lecteurs orphelins et l'envie de poursuivre les aventures de Jim.
Avec ce nouveau roman, Marie-Sabine Roger nous entraîne dans le monde de la BD, celui de l’artiste et de la création "Les artistes sont poreux, ils n'ont pas de limite, leur imagination déborde sans arrêt. Leur univers transpire, puis se matérialise, devient réalité, se met à exister d'une existence propre. Il leur survit parfois. Parfois même, longtemps".
Et elle a écrit un double roman : celui de la réalité de Merlin et celui du monde où il évolue avec ses personnages papiers qui prennent vie comme par magie. Et c'est diablement réussi !
Une fois de plus Marie-Sabine Roger fait mouche sur toute la ligne avec sa bienveillance, son humanité , son humour et sa sensibilité avec des personnages comme l’oncle Albert et ses quatre-vingt-quatorze printemps ("Pour bien comprendre l’oncle Albert, il faut savoir parler Pléiade couramment"), la délicate et fantaisiste Prune, Lolie et Genaro qui sont "des intégristes de la démocratie".
Une lecture d'une seule traite entre émotions et sourires où j'ai eu le cœur serré par les très justes réflexions sur l'auteur et par les passages criants de vérité sur les ressentis du lecteur mais également ceux sur l'amitié. A ne pas rater !
Nous poursuivons aussi nos existences entre vides et manques, jetant des ponts fragiles entre tous nos abymes, avançant à l'aveugle vers les jours à venir. On peut croire que le temps passe. Mais c'est nous qui passons, pour ne plus revenir.
Quand on s’aime, se taire est une connivence.
Ce sont les femmes qui nous façonnent. Toutes les femmes. Toutes. Je ne te parle pas seulement de nos mères.
Les lecteurs... mettez une apostrophe, on entend l"électeur". Ce n'est pas un simple jeu de langue, une pirouette. On est lu parce qu'on est élu. C'est le lecteur qui fait l'auteur. Et pas l'inverse. Mes lecteurs ont des droits. Je ne m'appartiens plus en exclusivité, depuis que je suis rangé dans leur bibliothèque. Je suis devenu leur auteur. Je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, ou si peu, mais eux, ils me connaissent. (...) Que vont-ils penser de moi, si j'arrête la série, j'ai une responsabilité envers eux. Ils ont adopté Jim, et par fidélité, ils s'obligent à le suivre. Je ne sais plus si je m'appartiens, si je peux les laisser tomber.
Il y a les hommes d’un seul amour, je suis l’auteur d’un seul héros.
Dans une bonne BD fidèle aux lois du genre, il faut une morale qui fasse rêver les gens. Le brave est éternel. La vérité triomphe. Les truands sont châtiés, les traites confondus, les voleurs démasqués, les criminels punis. Tout l'inverse de la vraie vie.
Je la connais, cette angoisse du lecteur, lorsque le point final approche. Cette tristesse, ce refus lorsqu'il ne reste plus que quelques pages, à peine. Lorsqu'on sait qu'on saura, bientôt. Plus de suspense, plus de surprises, ni aucune raison d'espérer autre chose. La pièce jouée jusqu'au tout dernier mot de la dernière rime. La frustration ultime, si la fin de nous convient pas. Et cette sensation tellement particulière, ce doux plaisir mélancolique à refermer le livre si, par bonheur, on l'a aimé.
Sur ce blog, d'autres livres de Marie-Sabine Roger : Bon rétablissement - Et tu te soumettras à la loi de ton père - Il ne fait jamais noir en ville -La tête en friche - Le ciel est immense - Le quatrième soupirail - Les encombrants - Trente-six chandelles- Un simple viol -Vivement l'avenir
Heureux en amour depuis quinze ans, Merlin et Prune un couple de quinquagénaires cèdent au charme d’une maison en campagne avec quelques travaux à faire. Merlin est auteur à succès d’une série BD Wild Oregon (« C’est une utopie maussade, ou une dystopie joyeuse , selon que l’on voit le verre à moitié vide ou plein ( « half full or half empty », pour mes dix lecteurs anglophones). Un univers totalement déjanté, entre le western traditionnel et la fantasy la plus pure, dans lequel mon justicier, Jim Oregon, poursuit inlassablement les méchants de tous bords, dans des histoires au cours desquelles le burlesque se mêle au polar noir, sur fonds de science-fiction un poil écologique ») . Il est également aquarelliste pour La Grande encyclopédie des Oiseaux d’Europe et du fait un peu spécialiste de ces animaux.
Tout va pour le mieux mais Laurent le grand ami de Merlin décède. Une amitié vieille de vingt ans qui lui a permis de rencontrer Prune et surtout Merlin s’est inspiré de Laurent pour son personnage principal de sa BD Jim Oregon. « Je venais de perdre à la fois mon ami le plus proche, le principal héros de mon univers, et mon fan de toujours. Le deuil pèserait lourd. Et je ne l’acceptais pas ».
Comment poursuivre Wild Oregon alors que Laurent n’est plus là ? Et quand Merlin découvre les deux dernières volontés de Laurent tout se complique sérieusement pour lui. Via son crayon, ll faudrait lui faire rencontrer le grand amour et ne pas le gâcher ( comme il a pu le faire durant son vivant) puis que Jim tire sa révérence. Ce qui reviendrait à terminer sa BD. Tiraillé, Merlin est perdu entre rendre ses lecteurs orphelins et l'envie de poursuivre les aventures de Jim.
Avec ce nouveau roman, Marie-Sabine Roger nous entraîne dans le monde de la BD, celui de l’artiste et de la création "Les artistes sont poreux, ils n'ont pas de limite, leur imagination déborde sans arrêt. Leur univers transpire, puis se matérialise, devient réalité, se met à exister d'une existence propre. Il leur survit parfois. Parfois même, longtemps".
Et elle a écrit un double roman : celui de la réalité de Merlin et celui du monde où il évolue avec ses personnages papiers qui prennent vie comme par magie. Et c'est diablement réussi !
Une fois de plus Marie-Sabine Roger fait mouche sur toute la ligne avec sa bienveillance, son humanité , son humour et sa sensibilité avec des personnages comme l’oncle Albert et ses quatre-vingt-quatorze printemps ("Pour bien comprendre l’oncle Albert, il faut savoir parler Pléiade couramment"), la délicate et fantaisiste Prune, Lolie et Genaro qui sont "des intégristes de la démocratie".
Une lecture d'une seule traite entre émotions et sourires où j'ai eu le cœur serré par les très justes réflexions sur l'auteur et par les passages criants de vérité sur les ressentis du lecteur mais également ceux sur l'amitié. A ne pas rater !
Nous poursuivons aussi nos existences entre vides et manques, jetant des ponts fragiles entre tous nos abymes, avançant à l'aveugle vers les jours à venir. On peut croire que le temps passe. Mais c'est nous qui passons, pour ne plus revenir.
Quand on s’aime, se taire est une connivence.
Ce sont les femmes qui nous façonnent. Toutes les femmes. Toutes. Je ne te parle pas seulement de nos mères.
Les lecteurs... mettez une apostrophe, on entend l"électeur". Ce n'est pas un simple jeu de langue, une pirouette. On est lu parce qu'on est élu. C'est le lecteur qui fait l'auteur. Et pas l'inverse. Mes lecteurs ont des droits. Je ne m'appartiens plus en exclusivité, depuis que je suis rangé dans leur bibliothèque. Je suis devenu leur auteur. Je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, ou si peu, mais eux, ils me connaissent. (...) Que vont-ils penser de moi, si j'arrête la série, j'ai une responsabilité envers eux. Ils ont adopté Jim, et par fidélité, ils s'obligent à le suivre. Je ne sais plus si je m'appartiens, si je peux les laisser tomber.
Il y a les hommes d’un seul amour, je suis l’auteur d’un seul héros.
Dans une bonne BD fidèle aux lois du genre, il faut une morale qui fasse rêver les gens. Le brave est éternel. La vérité triomphe. Les truands sont châtiés, les traites confondus, les voleurs démasqués, les criminels punis. Tout l'inverse de la vraie vie.
Je la connais, cette angoisse du lecteur, lorsque le point final approche. Cette tristesse, ce refus lorsqu'il ne reste plus que quelques pages, à peine. Lorsqu'on sait qu'on saura, bientôt. Plus de suspense, plus de surprises, ni aucune raison d'espérer autre chose. La pièce jouée jusqu'au tout dernier mot de la dernière rime. La frustration ultime, si la fin de nous convient pas. Et cette sensation tellement particulière, ce doux plaisir mélancolique à refermer le livre si, par bonheur, on l'a aimé.
Sur ce blog, d'autres livres de Marie-Sabine Roger : Bon rétablissement - Et tu te soumettras à la loi de ton père - Il ne fait jamais noir en ville -La tête en friche - Le ciel est immense - Le quatrième soupirail - Les encombrants - Trente-six chandelles- Un simple viol -Vivement l'avenir
vendredi 29 avril 2016
David Foenkinos - Le mystère Henri Pick
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Avril 2016 - 286 pages plaisantes et agréables.
A Crozon (pointe du Finistère), Jean-Pierre Gourvec, bibliothécaire, décide de créer une bibliothèque des manuscrits refusés par les maisons d’édition. Seule obligation : les écrivains devront venir à Crozon déposer leur écrit en mains propres. Avant sa mort, il fait promettre à Magali son assistante de poursuivre son œuvre. Delphine Despero jeune éditrice chez Grasset à l’avenir prometteur se rend en vacances chez ses parents comme tous ans à Morgat (commune avoisinante de Crozon) accompagnée de son fiancé dont le premier livre publié vient d’être un échec cuisant. Quand elle entend parler de cette bibliothèque, sa curiosité la pousse à s‘y rendre. Et elle découvre un bijou signé par un certain Henri Pick.
Qui est ce Henri Pick ? Il ne faut pas chercher très loin, il s’agit de l’ancien patron d’une pizzéria (depuis convertie en crêperie) à Crozon mais qui est décédé. Sa veuve Madeleine a du mal à croire que son mari qui n’aimait pas lire (même le journal local) ait pu écrire un roman. Mais comme lui suggèrent Delphine et son compagnon chacun a des secrets. Le monde de l’édition s’agite, chez Grasset on se félicite par avance et bien entendu les journalistes ne sont pas en reste. Chacun veut en savoir plus sur Henri Pick. Le succès est phénoménal et les ventes explosent. Madeleine n’accorde qu’une seule interview et François Busnel de La Grande Librairie se déplace à Crozon. Mais seul Jean-Michel Rouche critique littéraire sur le déclin s’obstine à croire que Pick ne soit pas l’auteur. Et il mène l’enquête.
A la manière des jeux de dominos, le livre d’Henri Pick va interférer dans la vie de plusieurs personnes. A Crozon, les touristes affluent et la bibliothèque ne désemplit pas car chacun (ou presque) possède un manuscrit au fond d’un tiroir. De sa fille Joséphine dépressive depuis que son mari l’a quittée il y a des années à Magali la bibliothécaire, tous seront impactés par ce livre.
Je me suis laissée embarquer dans ce roman rondement mené avec le sourire aux lèvres. Avec un petit côté malicieux agréable, David Foenkinos inclue des personnages contemporains (on retrouve donc des auteurs et des journalistes connus) et nous offre des réflexion souvent saupoudrées d'humour sur l'écriture, le roman et le monde de l'édition.
Une histoire plaisante et sympathique mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.
Les billets de Cuné, l'Irrégulière, Leiloona, Stéphie
Lu de cet auteur : La délicatesse ( mais pas de billet)
Une chose est certaine : l'enthousiasme et la passion de Gourvec pour sa bibliothèque n'ont jamais faibli. Il recevait avec une attention particulière chaque lecteur, s'efforçant d'être à l'écoute pour créer un chemin personnel à travers les livres proposés. Selon lui, la question n'était pas d'aimer ou de ne pas aimer lire, mais plutôt de savoir comment trouver le livre qui vous correspond. Chacun peut adorer la lecture, à condition d'avoir en main le bon roman, celui qui vous plaira, qui vous parlera, et dont on ne pourra pas se défaire.
Les lecteurs se retrouvent toujours d'une manière ou d'une autre dans un livre.
Lire est une excitation totale égotique. On cherche inconsciemment ce qui nous parle. Les auteurs peuvent écrire les histoires les plus farfelues ou les plus improbables, il se trouvera toujours des lecteurs pour leur dire : "C'est incroyable, vous avez écrit ma vie !"
A Crozon (pointe du Finistère), Jean-Pierre Gourvec, bibliothécaire, décide de créer une bibliothèque des manuscrits refusés par les maisons d’édition. Seule obligation : les écrivains devront venir à Crozon déposer leur écrit en mains propres. Avant sa mort, il fait promettre à Magali son assistante de poursuivre son œuvre. Delphine Despero jeune éditrice chez Grasset à l’avenir prometteur se rend en vacances chez ses parents comme tous ans à Morgat (commune avoisinante de Crozon) accompagnée de son fiancé dont le premier livre publié vient d’être un échec cuisant. Quand elle entend parler de cette bibliothèque, sa curiosité la pousse à s‘y rendre. Et elle découvre un bijou signé par un certain Henri Pick.
Qui est ce Henri Pick ? Il ne faut pas chercher très loin, il s’agit de l’ancien patron d’une pizzéria (depuis convertie en crêperie) à Crozon mais qui est décédé. Sa veuve Madeleine a du mal à croire que son mari qui n’aimait pas lire (même le journal local) ait pu écrire un roman. Mais comme lui suggèrent Delphine et son compagnon chacun a des secrets. Le monde de l’édition s’agite, chez Grasset on se félicite par avance et bien entendu les journalistes ne sont pas en reste. Chacun veut en savoir plus sur Henri Pick. Le succès est phénoménal et les ventes explosent. Madeleine n’accorde qu’une seule interview et François Busnel de La Grande Librairie se déplace à Crozon. Mais seul Jean-Michel Rouche critique littéraire sur le déclin s’obstine à croire que Pick ne soit pas l’auteur. Et il mène l’enquête.
A la manière des jeux de dominos, le livre d’Henri Pick va interférer dans la vie de plusieurs personnes. A Crozon, les touristes affluent et la bibliothèque ne désemplit pas car chacun (ou presque) possède un manuscrit au fond d’un tiroir. De sa fille Joséphine dépressive depuis que son mari l’a quittée il y a des années à Magali la bibliothécaire, tous seront impactés par ce livre.
Je me suis laissée embarquer dans ce roman rondement mené avec le sourire aux lèvres. Avec un petit côté malicieux agréable, David Foenkinos inclue des personnages contemporains (on retrouve donc des auteurs et des journalistes connus) et nous offre des réflexion souvent saupoudrées d'humour sur l'écriture, le roman et le monde de l'édition.
Une histoire plaisante et sympathique mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.
Les billets de Cuné, l'Irrégulière, Leiloona, Stéphie
Lu de cet auteur : La délicatesse ( mais pas de billet)
Une chose est certaine : l'enthousiasme et la passion de Gourvec pour sa bibliothèque n'ont jamais faibli. Il recevait avec une attention particulière chaque lecteur, s'efforçant d'être à l'écoute pour créer un chemin personnel à travers les livres proposés. Selon lui, la question n'était pas d'aimer ou de ne pas aimer lire, mais plutôt de savoir comment trouver le livre qui vous correspond. Chacun peut adorer la lecture, à condition d'avoir en main le bon roman, celui qui vous plaira, qui vous parlera, et dont on ne pourra pas se défaire.
Les lecteurs se retrouvent toujours d'une manière ou d'une autre dans un livre.
Lire est une excitation totale égotique. On cherche inconsciemment ce qui nous parle. Les auteurs peuvent écrire les histoires les plus farfelues ou les plus improbables, il se trouvera toujours des lecteurs pour leur dire : "C'est incroyable, vous avez écrit ma vie !"
jeudi 28 avril 2016
Chahdortt Djavann - Les putes voilées n'iront jamais au Paradis !
Editeur : Grasset- Date de parution : Abril 2016 - 205 pages uppercut !
Dans plusieurs villes d’Iran, des femmes ont été retrouvées étranglées avec leur tchador. Toutes ces femmes avaient en commun de se prostituer. Car oui, dans ce pays ultra-religieux où « les femmes sont les biens des hommes de leur famille et elles restent jusqu'à leur mort sous tutelle masculine », la prostitution existe et est une économie parallèle. Les risques vont jusqu'à la mort car « En Iran, homosexuels et prostituées sont condamnés à la peine de mort ». Les mollahs fixent les lois « qui écrasent les femmes, leurs dérobent leurs droits les plus élémentaires et les définissent comme des sous-hommes » et savent en tirer parti. Ainsi, les journaux mentionneront des femmes éliminées : « le mot "éliminées" évitait soigneusement le terme "assassinées" , qui pouvait heurter les plus farouches des fanatiques. L'assassinat est condamnable selon la charia, tandis que l'élimination de fessad* est le devoir de chaque musulman." (*: le fessad : mot persan d'origine arabe, signifie la corruption, la perversion, la débauche, ici la prostitution.)
Si Chahdortt Djavann donne la parole à ces femmes privées de mots et assassinées parce qu’elles se prostituaient ( (un fait qui s'est réellement produit), avec Zhara et Soudabeb, elle nous raconte la vie future de ces fillettes. Des enfants avec des rêves mais qui trop tôt les verront anéantis parce qu’elles sont des filles et parce qu’elles sont belles.
Sans utiliser la langue de bois, avec un ton direct et parfois très cru, l’auteur dénonce l’hypocrisie, le sort réservé aux femmes et en particulier à celles qui se prostituent. Mais elle parle également à travers elles du désir, de l’envie et de la jouissance physique. Et ce avec beaucoup de sensualité comme un joli pied de nez aux mollahs.
Durant cette lecture, j’ai été écoeurée et scandalisée. Comment ne pas l’être ?
Un livre uppercut qui fait mal mais soulève un des pans du tchador en Iran.
Le billet de Joëlle
Sur ce blog également : Je viens d'ailleurs
La vie humaine est tarifée par les mollahs. Prix fixe. Non négociable. Celle d'une bonne musulmane vaut la moitié de celle d'un bon musulman. Ne cherchez pas comprendre, c'est comme ça. Une vie d'homme a deux fois plus de valeur que celle d'une femme, de même que son témoignage équivaut aux témoignages de deux femmes…
Le tchador s'entrouve à nouveau, le temps d'un clin d'œil. La Peugeot freine et s'arrête à sa hauteur. Le tchador s'empresse et monte à l'arrière. Voilà à quoi peut ressembler la prostitution dans une des villes les plus religieuse et traditionnelles d'Iran. Ces femmes en tchador doivent être totalement invisibles – comme il se doit – et provocantes : ne pas se faire remarquer par les agents de la morale islamique et attirer les éventuels client. Tâche ardue et contradictoire. Elle porte le hijab le plus sévère et parviennent à se prostituer sans montrer la plus infime parcelle de leur corps. Du grand art !
Dans plusieurs villes d’Iran, des femmes ont été retrouvées étranglées avec leur tchador. Toutes ces femmes avaient en commun de se prostituer. Car oui, dans ce pays ultra-religieux où « les femmes sont les biens des hommes de leur famille et elles restent jusqu'à leur mort sous tutelle masculine », la prostitution existe et est une économie parallèle. Les risques vont jusqu'à la mort car « En Iran, homosexuels et prostituées sont condamnés à la peine de mort ». Les mollahs fixent les lois « qui écrasent les femmes, leurs dérobent leurs droits les plus élémentaires et les définissent comme des sous-hommes » et savent en tirer parti. Ainsi, les journaux mentionneront des femmes éliminées : « le mot "éliminées" évitait soigneusement le terme "assassinées" , qui pouvait heurter les plus farouches des fanatiques. L'assassinat est condamnable selon la charia, tandis que l'élimination de fessad* est le devoir de chaque musulman." (*: le fessad : mot persan d'origine arabe, signifie la corruption, la perversion, la débauche, ici la prostitution.)
Si Chahdortt Djavann donne la parole à ces femmes privées de mots et assassinées parce qu’elles se prostituaient ( (un fait qui s'est réellement produit), avec Zhara et Soudabeb, elle nous raconte la vie future de ces fillettes. Des enfants avec des rêves mais qui trop tôt les verront anéantis parce qu’elles sont des filles et parce qu’elles sont belles.
Sans utiliser la langue de bois, avec un ton direct et parfois très cru, l’auteur dénonce l’hypocrisie, le sort réservé aux femmes et en particulier à celles qui se prostituent. Mais elle parle également à travers elles du désir, de l’envie et de la jouissance physique. Et ce avec beaucoup de sensualité comme un joli pied de nez aux mollahs.
Durant cette lecture, j’ai été écoeurée et scandalisée. Comment ne pas l’être ?
Un livre uppercut qui fait mal mais soulève un des pans du tchador en Iran.
Le billet de Joëlle
Sur ce blog également : Je viens d'ailleurs
La vie humaine est tarifée par les mollahs. Prix fixe. Non négociable. Celle d'une bonne musulmane vaut la moitié de celle d'un bon musulman. Ne cherchez pas comprendre, c'est comme ça. Une vie d'homme a deux fois plus de valeur que celle d'une femme, de même que son témoignage équivaut aux témoignages de deux femmes…
Le tchador s'entrouve à nouveau, le temps d'un clin d'œil. La Peugeot freine et s'arrête à sa hauteur. Le tchador s'empresse et monte à l'arrière. Voilà à quoi peut ressembler la prostitution dans une des villes les plus religieuse et traditionnelles d'Iran. Ces femmes en tchador doivent être totalement invisibles – comme il se doit – et provocantes : ne pas se faire remarquer par les agents de la morale islamique et attirer les éventuels client. Tâche ardue et contradictoire. Elle porte le hijab le plus sévère et parviennent à se prostituer sans montrer la plus infime parcelle de leur corps. Du grand art !
mercredi 20 avril 2016
Xavier de Moulins- Charles Draper
Éditeur: JC Lattès - Date de parution : Février 2016 - 230 pages et une fin en forme de double uppercut !
Mai 2015. Agée de huit ans, Fleur réclame sa mère au petit-déjeuner à son père Charles Draper. « Maman se repose, reprend-il doucement. Elle est encore très fatiguée. Avec cette chaleur, elle n'a pas fermé l'œil de la nuit ». Une réponse qui n’a rien d’étonnant mais en la conduisant à l’école, sa cadette lui demande « Papa ? Pourquoi il y a du sang derrière ton oreille? ». Puis l’auteur nous ramène quelques mois plutôt en septembre 2014.
Bien que son entreprise de déménagement soit située à Paris, Charles Draper a accepté que toute la famille s’installe à la campagne pour faire plaisir à son épouse Mathilde. Il ne rentre que le week-end, profite peu de ses deux filles. En somme, il accumule les sacrifices mais le bonheur de sa femme n’a pas de prix. Sauf que Mathilde a changé. Elle se montre distante, moins réjouie quand il rentre pour le week-end. Alors forcément, il se questionne. Mathilde aurait-elle un amant ou alors est-ce lui qui a changé? C’est vrai, il a pris un peu de poids. Et pour reconquérir sa femme, il se lance dans un régime drastique, fait du sport tous les jours et aide même ses employés lors des déménagements. Bref, il ne ménage pas sa peine. Sauf que Charles tombe dans les excès (il prend des pilules illégales censées augmenter la masse musculaire) et dans la jalousie maladive. Pour lui, le fleuriste Clément veuf depuis quelques mois est l’amant de sa femme ou à moins que ça ne soit son professeur de théâtre. Et pourquoi d’ailleurs Mathilde s’investit-elle autant dans ces répétitions ?
Sa jalousie tourne à la paranoïa et on assiste à tous ces changements dans son comportement. Et la tension monte en crescendo et on pressent forcément que quelque chose va se produire ( on n’est pas dupe). Et en effet mais pas ce à quoi on s’attend. Et Xavier de Moulins signe une fin plus que renversante. Je me suis retrouvée bouche bée avec cette sensation d’avoir reçu un double uppercut.
Un roman sur la jalousie, sur le culte des apparences mais au masculin, sur le mensonges et les faux- semblants très bien construit car au départ l’auteur nous peint le portrait d’un homme pour lequel on de la sympathie. Et nos ressentis vont fluctuer car Xavier de Moulins nous plonge dans le doute tout au long de ce livre. Cependant, j’ai un bémol concernant la trame. Une ficelle m’est apparue un peu grosse dans l’histoire (l’auteur appuie de trop sur un événement et ce qui en découle se devine très et trop facilement).
Servi par une écriture concise et incisive, ce roman a plus d’un atout ! Et attention à la fin qui secoue (vous êtes prévenus).
Charles Draper en est persuadé, la portable est une arme vicieuse. Il multiplie les interrogations, entraîne la suspicion, favoris les zones d'ombre. Sa promesse d'autonomie est un esclavage, celui de l'individu en permanence relié à son ego, sa peur de manquer. Le téléphone et la tranquillité de ceux qui attendent tout de rien, le territoire de tous les possibles, un terrain miné propice à tous les scénarios, jusqu'au cancer des suppositions les plus noires.
Pourquoi s'épuiser indéfiniment à se rendre meilleur ? À trop s'y chercher, on meurt d'épuisement dans le regard des autres. La cataracte du cœur ne s'opère pas. Le fruit d'un amour fou est un signe avant-coureur, un mauvais présage.
Lu de cet auteur : Ce parfait ciel bleu - Que ton règne vienne
Mai 2015. Agée de huit ans, Fleur réclame sa mère au petit-déjeuner à son père Charles Draper. « Maman se repose, reprend-il doucement. Elle est encore très fatiguée. Avec cette chaleur, elle n'a pas fermé l'œil de la nuit ». Une réponse qui n’a rien d’étonnant mais en la conduisant à l’école, sa cadette lui demande « Papa ? Pourquoi il y a du sang derrière ton oreille? ». Puis l’auteur nous ramène quelques mois plutôt en septembre 2014.
Bien que son entreprise de déménagement soit située à Paris, Charles Draper a accepté que toute la famille s’installe à la campagne pour faire plaisir à son épouse Mathilde. Il ne rentre que le week-end, profite peu de ses deux filles. En somme, il accumule les sacrifices mais le bonheur de sa femme n’a pas de prix. Sauf que Mathilde a changé. Elle se montre distante, moins réjouie quand il rentre pour le week-end. Alors forcément, il se questionne. Mathilde aurait-elle un amant ou alors est-ce lui qui a changé? C’est vrai, il a pris un peu de poids. Et pour reconquérir sa femme, il se lance dans un régime drastique, fait du sport tous les jours et aide même ses employés lors des déménagements. Bref, il ne ménage pas sa peine. Sauf que Charles tombe dans les excès (il prend des pilules illégales censées augmenter la masse musculaire) et dans la jalousie maladive. Pour lui, le fleuriste Clément veuf depuis quelques mois est l’amant de sa femme ou à moins que ça ne soit son professeur de théâtre. Et pourquoi d’ailleurs Mathilde s’investit-elle autant dans ces répétitions ?
Sa jalousie tourne à la paranoïa et on assiste à tous ces changements dans son comportement. Et la tension monte en crescendo et on pressent forcément que quelque chose va se produire ( on n’est pas dupe). Et en effet mais pas ce à quoi on s’attend. Et Xavier de Moulins signe une fin plus que renversante. Je me suis retrouvée bouche bée avec cette sensation d’avoir reçu un double uppercut.
Un roman sur la jalousie, sur le culte des apparences mais au masculin, sur le mensonges et les faux- semblants très bien construit car au départ l’auteur nous peint le portrait d’un homme pour lequel on de la sympathie. Et nos ressentis vont fluctuer car Xavier de Moulins nous plonge dans le doute tout au long de ce livre. Cependant, j’ai un bémol concernant la trame. Une ficelle m’est apparue un peu grosse dans l’histoire (l’auteur appuie de trop sur un événement et ce qui en découle se devine très et trop facilement).
Servi par une écriture concise et incisive, ce roman a plus d’un atout ! Et attention à la fin qui secoue (vous êtes prévenus).
Charles Draper en est persuadé, la portable est une arme vicieuse. Il multiplie les interrogations, entraîne la suspicion, favoris les zones d'ombre. Sa promesse d'autonomie est un esclavage, celui de l'individu en permanence relié à son ego, sa peur de manquer. Le téléphone et la tranquillité de ceux qui attendent tout de rien, le territoire de tous les possibles, un terrain miné propice à tous les scénarios, jusqu'au cancer des suppositions les plus noires.
Pourquoi s'épuiser indéfiniment à se rendre meilleur ? À trop s'y chercher, on meurt d'épuisement dans le regard des autres. La cataracte du cœur ne s'opère pas. Le fruit d'un amour fou est un signe avant-coureur, un mauvais présage.
Lu de cet auteur : Ce parfait ciel bleu - Que ton règne vienne
mercredi 13 avril 2016
Michel Quint - Apaise le temps
Éditeur : Phébus - Date de parution : Avril 2016 - 114 pages généreuses !
A Roubaix, Yvonne Lepage propriétaire d’une librairie indépendante (qu'elle avait repris après la mort de ses parents) décède. Contrairement à d'autres libraires, Yvonne au caractère bien trempé refusait de vendre des nouveautés et les comptes étaient dans le rouge depuis longtemps. Abdel Duponchelle client fidèle depuis l’enfance hérite de tout : la librairie, les vieux livres et les dettes colossales. Et il accepte même s’il n’y connaît rien. Mais il peut compter sur Saïd, Zita et Rosa. Saïd l'Algérien de souche qui a appris à lire grâce au père d’Yvonne, Zita ancienne employée de la librairie qui désormais travaille dans un entrepôt pour un site de vente de livres en ligne et Rosa assistante scolaire du collège où Abdel est professeur. Abdel relève ses manches car la librairie est un lieu de mémoire et Yvonne a gardé des cartons de photos depuis les années 60.
Michel Quint nous immerge dans Roubaix. Une ville et une région où l’emploi se fait rare depuis la disparition des usines du textile mais où l’entraide existe entre les habitants. Et il dépeint à merveille aussi bien le contexte social que les rues, les quartiers. En ouvrant les cartons, Abdel ne pensait pas trouver des photos liées à l’Histoire. L’arrivée des harkis dans la région, la guerre d’Algérie suivie de son indépendance, les immigrés mal vus par certains. Et aussi des actions menées par les différents partis pour ou contre l’indépendance de l’Algérie (sans oublier l’OAS) ainsi que des actes terroristes commis à Roubaix. Et leurs morts comme le père d’Yvonne.
Avec une écriture unique, savoureuse (un mélange de poésie et de langage plus direct), Michel Quint dans ce court roman nous offre plusieurs histoires liées. Celle d’une librairie, de l’amour de la littérature et de plusieurs très belles solidarités qui m’ont vrillée le cœur !
Et si j’ai été quelquefois un peu perdue dans les passages concernant la guerre d’Algérie, ça n’enlève rien à ce livre d’une générosité incroyable !
Donc non, Yvonne n' a pas été veuve avant l'heure, elle avait plutôt espéré un galant, un de ses collègues journalistes, s'était offert la lingerie de gala en prévision, et survient la tragédie de l'attentat, sa mère qui décroche, rideau sur les rêves, elle s'est cloîtrée, consacrée à la librairie, a continué la mission sociale de son père, alphabétisation, insertion, intégration et tout ce qui tente d'empêcher les préjugés du racisme entre copains de boulot, voisins, et le rejet gratuit.
Aujourd'hui, un bon écrivain doit être beau. Evidemment, Yvonne et la bagatelle, ça faisait deux !
Merci à Babelio et à l'éditeur pour ce livre.
Lu de cet auteur : Close-Up
A Roubaix, Yvonne Lepage propriétaire d’une librairie indépendante (qu'elle avait repris après la mort de ses parents) décède. Contrairement à d'autres libraires, Yvonne au caractère bien trempé refusait de vendre des nouveautés et les comptes étaient dans le rouge depuis longtemps. Abdel Duponchelle client fidèle depuis l’enfance hérite de tout : la librairie, les vieux livres et les dettes colossales. Et il accepte même s’il n’y connaît rien. Mais il peut compter sur Saïd, Zita et Rosa. Saïd l'Algérien de souche qui a appris à lire grâce au père d’Yvonne, Zita ancienne employée de la librairie qui désormais travaille dans un entrepôt pour un site de vente de livres en ligne et Rosa assistante scolaire du collège où Abdel est professeur. Abdel relève ses manches car la librairie est un lieu de mémoire et Yvonne a gardé des cartons de photos depuis les années 60.
Michel Quint nous immerge dans Roubaix. Une ville et une région où l’emploi se fait rare depuis la disparition des usines du textile mais où l’entraide existe entre les habitants. Et il dépeint à merveille aussi bien le contexte social que les rues, les quartiers. En ouvrant les cartons, Abdel ne pensait pas trouver des photos liées à l’Histoire. L’arrivée des harkis dans la région, la guerre d’Algérie suivie de son indépendance, les immigrés mal vus par certains. Et aussi des actions menées par les différents partis pour ou contre l’indépendance de l’Algérie (sans oublier l’OAS) ainsi que des actes terroristes commis à Roubaix. Et leurs morts comme le père d’Yvonne.
Avec une écriture unique, savoureuse (un mélange de poésie et de langage plus direct), Michel Quint dans ce court roman nous offre plusieurs histoires liées. Celle d’une librairie, de l’amour de la littérature et de plusieurs très belles solidarités qui m’ont vrillée le cœur !
Et si j’ai été quelquefois un peu perdue dans les passages concernant la guerre d’Algérie, ça n’enlève rien à ce livre d’une générosité incroyable !
Donc non, Yvonne n' a pas été veuve avant l'heure, elle avait plutôt espéré un galant, un de ses collègues journalistes, s'était offert la lingerie de gala en prévision, et survient la tragédie de l'attentat, sa mère qui décroche, rideau sur les rêves, elle s'est cloîtrée, consacrée à la librairie, a continué la mission sociale de son père, alphabétisation, insertion, intégration et tout ce qui tente d'empêcher les préjugés du racisme entre copains de boulot, voisins, et le rejet gratuit.
Aujourd'hui, un bon écrivain doit être beau. Evidemment, Yvonne et la bagatelle, ça faisait deux !
Merci à Babelio et à l'éditeur pour ce livre.
Lu de cet auteur : Close-Up
mardi 12 avril 2016
Lydia Flem - Je me souviens de l'imperméable rouge que je portais l'été de mes vingt ans
Éditeur : Seuil - Date de parution : Mars 2016 - 233 pages à lire !
Dans ce livre inclassable car ce n’est pas d’un recueil de nouvelles ni un roman, Lydia Flem nous raconte et surtout se raconte depuis son enfance.
En se souvenant d’un événement familial ou historique, d’un vêtement, d’une personne, d’une expression, chacun des 476 petits paragraphes commence par « je me souviens » .
Je me souviens que la minijupe est apparue en même temps que la pilule et que les femmes croyaient à la révolution sexuelle.
Je me souviens de la publicité : « Demain, j'enlève le haut. »
Je me souviens de l'injonction « Sois belle et toi. »
Je me souviens d'avoir lu qu'en 1931 le maire de Paris ordonna à Marlène Dietrich de quitter la ville sur-le-champ parce qu'elle s'était montrée, dans la rue, en pantalon.
Je me souviens de Simone Veil, en chignon et tailleur Chanel, défendant à l'Assemblée nationale, sous les huées et les injures, le droit des femmes à avorter et faisant passer la loi.
Je me souviens qu'on s'habille un peu pour soi et beaucoup pour les autres (ou le contraire).
Je me souviens que, comme la mère était fâchée contre moi, elle disait : « Tu es une vraie chiffonnière ». Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais j'entendais la colère dans sa voix.
Je me souviens des militantes aux seins nus du groupe Femen.
Je me souviens de l'instant délicieux où tout bascule lorsqu‘une main ouvre le premier bouton.
Je me souviens d'un imperméable de couleur mastic que je détestais. J'avais treize ans, j'étais amoureuse. On disait : « Se sentir moche comme un pou. »
Je me souviens que le 24 avril 2013 plus de mille cent-trois jeunes ouvrières sont mortes après l'effondrement des huit étages du Rana Plaza, un ensemble de cinq usine de confection, au Bangladesh.
Je me souviens qu'un corps, c'est une manière de se mouvoir, d'exister dans l'espace. Nos habits nous habillent, mais c'est nous qui les habitons.
Je me souviens comment j’étais habillée le 11 septembre 2001.
Je me souviens que les baskets n' étant plus le seul privilège des ados et des sportifs, tout le monde s’est mis à affirmer : « Je suis bien dans mes baskets ».
Chaque paragraphe serait à citer tant c'est juste !
Authentique, drôle, malicieux, touchant, ce livre recèle de belles émotions et déclenche des réflexions. A partir de ses propres souvenirs, Lydia Flem réactive notre mémoire collective avec de observations très pertinentes sur les femmes. Ces instantanés composent brillamment un éventail de l'histoire et de ce qui nous a marqués.
A picorer, à savourer et à méditer sans aucune modération !
Dans ce livre inclassable car ce n’est pas d’un recueil de nouvelles ni un roman, Lydia Flem nous raconte et surtout se raconte depuis son enfance.
En se souvenant d’un événement familial ou historique, d’un vêtement, d’une personne, d’une expression, chacun des 476 petits paragraphes commence par « je me souviens » .
Je me souviens que la minijupe est apparue en même temps que la pilule et que les femmes croyaient à la révolution sexuelle.
Je me souviens de la publicité : « Demain, j'enlève le haut. »
Je me souviens de l'injonction « Sois belle et toi. »
Je me souviens d'avoir lu qu'en 1931 le maire de Paris ordonna à Marlène Dietrich de quitter la ville sur-le-champ parce qu'elle s'était montrée, dans la rue, en pantalon.
Je me souviens de Simone Veil, en chignon et tailleur Chanel, défendant à l'Assemblée nationale, sous les huées et les injures, le droit des femmes à avorter et faisant passer la loi.
Je me souviens qu'on s'habille un peu pour soi et beaucoup pour les autres (ou le contraire).
Je me souviens que, comme la mère était fâchée contre moi, elle disait : « Tu es une vraie chiffonnière ». Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais j'entendais la colère dans sa voix.
Je me souviens des militantes aux seins nus du groupe Femen.
Je me souviens de l'instant délicieux où tout bascule lorsqu‘une main ouvre le premier bouton.
Je me souviens d'un imperméable de couleur mastic que je détestais. J'avais treize ans, j'étais amoureuse. On disait : « Se sentir moche comme un pou. »
Je me souviens que le 24 avril 2013 plus de mille cent-trois jeunes ouvrières sont mortes après l'effondrement des huit étages du Rana Plaza, un ensemble de cinq usine de confection, au Bangladesh.
Je me souviens qu'un corps, c'est une manière de se mouvoir, d'exister dans l'espace. Nos habits nous habillent, mais c'est nous qui les habitons.
Je me souviens comment j’étais habillée le 11 septembre 2001.
Je me souviens que les baskets n' étant plus le seul privilège des ados et des sportifs, tout le monde s’est mis à affirmer : « Je suis bien dans mes baskets ».
Chaque paragraphe serait à citer tant c'est juste !
Authentique, drôle, malicieux, touchant, ce livre recèle de belles émotions et déclenche des réflexions. A partir de ses propres souvenirs, Lydia Flem réactive notre mémoire collective avec de observations très pertinentes sur les femmes. Ces instantanés composent brillamment un éventail de l'histoire et de ce qui nous a marqués.
A picorer, à savourer et à méditer sans aucune modération !
mercredi 6 avril 2016
Emilie de Turckheim - Popcorn Melody
Éditeur : Héloïse d'Ormesson - Date de parution : Août 2015 - 204 pages au charme fou !
Shellawick un trou paumé du Midwest avec ses cailloux, son soleil de plomb, ses mouches, sa poussière et ses quelques habitants. Parmi eux, Tom Elliott la trentaine qui tient une supérette au doux nom le Bonheur. Il n’y vend que l’essentiel c’est-à-dire pas grand-chose « J'ai décidé de changer mes habitudes et de limiter mon carnet de commandes à la trilogie de bonheur : manger à sa fin, se laver et tuer les mouches. Au-dessus de ma porte, j'ai décloué le panneau SUPERMARCHE, je l'ai retourné et j'ai peint LE BONHEUR en lettres rouges. » Pas très loin, l’usine de popcorn emploie de nombreuses personnes et sur les paquets de popcorn, on retrouve la frimousse de Tom enfant mais hors de question pour lui d’en vendre. Ses quelques clients y viennent principalement pour s’installer dans le fauteuil de barbier et parler. Tom écrit un haïku dans les pages jaunes dès qu’un client franchit sa porte. Mais quand un hypermarché tout neuf (et climatisé) est construit juste en fac de la supérette de Tom, ses habitués désertent le Bonheur.
« La moitié des habitants vit – survit serait plus exact – de l’usine de popcorn Buffalo Rocks, magnat industriel qui domine toute la région. Tout le monde en périt aussi». Et l’hypermarché appartient au dirigeant de l’usine. Tom ne veut pas mettre la clé sous la porte. Il décide d’aller voir par lui-même ce temple de la consommation.
La première chose qui attire l’œil dans ce roman est l’écriture : unique, savoureuse et originale avec des expressions comme « vendre les fleurs» pour perdre la raison (c’est ce qui arrive à Matt l’ancien instituteur de Tom).
Avec une galerie de personnages hauts en couleur ( la fille adoptive de Matt s’appelle Emily Dickinson) souvent décalés, ce roman est bien plus qu’une jolie fable sur la société de consommation. Emilie de Turckheim nous parle des Indiens des Plaines, de la différence, de philosophie de vie, d'humanité, de poésie, d’écriture et de lecture.
Il s’agit d’un univers à part avec un grain de folie douce. C’est entraînant sur toute la ligne avec un charme fou!
En écoutant mes clients, j'ai appris que les autobiographies étaient des tissus de mensonges sincères, qui variaient au gré des années et des ressentiments.
Emily était comme ces comédiennes de cinéma qui ont un rôle aussi court qu'une étoile filante et qui concentrent dans cet instant toute la lumière qui ne s'est jamais posée sur elle.
Une lecture repérée chez Cuné, de nombreux billets sur Babelio.
Shellawick un trou paumé du Midwest avec ses cailloux, son soleil de plomb, ses mouches, sa poussière et ses quelques habitants. Parmi eux, Tom Elliott la trentaine qui tient une supérette au doux nom le Bonheur. Il n’y vend que l’essentiel c’est-à-dire pas grand-chose « J'ai décidé de changer mes habitudes et de limiter mon carnet de commandes à la trilogie de bonheur : manger à sa fin, se laver et tuer les mouches. Au-dessus de ma porte, j'ai décloué le panneau SUPERMARCHE, je l'ai retourné et j'ai peint LE BONHEUR en lettres rouges. » Pas très loin, l’usine de popcorn emploie de nombreuses personnes et sur les paquets de popcorn, on retrouve la frimousse de Tom enfant mais hors de question pour lui d’en vendre. Ses quelques clients y viennent principalement pour s’installer dans le fauteuil de barbier et parler. Tom écrit un haïku dans les pages jaunes dès qu’un client franchit sa porte. Mais quand un hypermarché tout neuf (et climatisé) est construit juste en fac de la supérette de Tom, ses habitués désertent le Bonheur.
« La moitié des habitants vit – survit serait plus exact – de l’usine de popcorn Buffalo Rocks, magnat industriel qui domine toute la région. Tout le monde en périt aussi». Et l’hypermarché appartient au dirigeant de l’usine. Tom ne veut pas mettre la clé sous la porte. Il décide d’aller voir par lui-même ce temple de la consommation.
La première chose qui attire l’œil dans ce roman est l’écriture : unique, savoureuse et originale avec des expressions comme « vendre les fleurs» pour perdre la raison (c’est ce qui arrive à Matt l’ancien instituteur de Tom).
Avec une galerie de personnages hauts en couleur ( la fille adoptive de Matt s’appelle Emily Dickinson) souvent décalés, ce roman est bien plus qu’une jolie fable sur la société de consommation. Emilie de Turckheim nous parle des Indiens des Plaines, de la différence, de philosophie de vie, d'humanité, de poésie, d’écriture et de lecture.
Il s’agit d’un univers à part avec un grain de folie douce. C’est entraînant sur toute la ligne avec un charme fou!
En écoutant mes clients, j'ai appris que les autobiographies étaient des tissus de mensonges sincères, qui variaient au gré des années et des ressentiments.
Emily était comme ces comédiennes de cinéma qui ont un rôle aussi court qu'une étoile filante et qui concentrent dans cet instant toute la lumière qui ne s'est jamais posée sur elle.
Une lecture repérée chez Cuné, de nombreux billets sur Babelio.
mardi 5 avril 2016
Annie Ernaux - Mémoire de fille
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Avril 2016 - 151 pages fortes et un livre-hérisson !
"Toujours des phrases dans mon journal, des allusions à « la fille de S », « la fille de 58 ». Depuis vingt ans, je note « 58 » dans mes projets de livres. C’est le texte toujours manquant. Toujours remis. Le trou inqualifiable."
Avec mémoire de fille, Annie Ernaux remédie à ce texte manquant. En 1958, Annie Duchesne (son nom de jeune fille) âgée de dix-huit ans est monitrice dans une colonie à S. dans l’Orme. Pour la première fois, elle quitte Yvetot et le café-épicerie de ses parents pour un été. « Tout est nouveau pour elle » comme cette liberté loin de ses parents.
Première expérience sexuelle avec H. moniteur-chef avec qui elle passe la nuit car il y a l'envie, le désir mêlés à la naïveté et à l'innocence. Et elle se donne à lui avec soumission. Elle est amoureuse mais dès le lendemain, H. s’entiche d’une autre fille. Annie Duchesne devient un objet de moqueries et de mépris, on lui colle l’étiquette de fille facile, de « putain sur les bords ». Il y aura d’autres garçons mais son esprit est accaparé par H.. Vient la fin de la colonie, le désir d’oublier cet été et sa violence qui ne sera pas sans conséquences : aménorrhée et boulimie.
Les deux années suivantes s'accompagneront d'un changement d’orientation dans ses études supérieures, d'un séjour de fille au pair à Londres. Et la lecture de Simone de Beauvoir sera un catalyseur.
A partir de ses souvenirs, de lettres écrites à ses amies et de photos, Annie Ernaux analyse Annie Duchesne avec distance « Je ne construis pas un personnage de fiction, j'ai déconstruis la fille que j'ai été ». Le « je » pour parler d’elle au présent et « elle », « la fille de 58 » se côtoient dans ce va-et-vient ponctué de nombreuses réflexions et d'interrogations sur son travail d’écriture « J'ai commencé à faire de moi-même un être littéraire, quelqu'un qui vit les choses comme si elle devait être écrites un jour » et sur celui de la mémoire.
Et d’écrire : « C'est l'absence de sens de ce que l'on vit au moment où on le vit qui multiplie les possibilités d'écriture ».
Avec ce récit, elle parvient à saisir une réalité et le lecteur mesure tous les changements opérés en plus de soixante ans notamment en ce qui concerne le regard porté sur les femmes. Il faut prendre son temps et ne pas se précipiter pour bien saisir l’ampleur de toutes ces pages.
Un livre indispensable pour l’admiratrice d’Annie Ernaux que je suis et une lecture très forte.
« En ai-je été nettoyé par le deuxième sexe ou au contraire submergée ? J'opte pour l’indécision : d'avoir reçu les clés pour comprendre la honte ne donne pas le pouvoir de l'effacer. »
«Je marche vers le livre que j'écrirai comme deux ans auparavant je marchais vers l'amour. La nourriture comme idée fixe m'a quittée, mon appétit est redevenu celui d'avant la colonie. J'ai revu le sang fin octobre. Je m'aperçois que ce récit est contenu entre deux bornes temporelles liées à la nourriture est au sang, les bornes du corps. »
Les billets d 'Antigone, Cathulu, Jérôme, Saxaoul
Lu de cette grande dame de la littérature : Ecrire la vie (qui regroupe Les armoires vides, La honte, L’événement, La femme gelée, La place, Journal du dehors, Une femme, « Je ne suis pas sortie de ma nuit », Passion simple, Se perdre, L’occupation, Les années) - La femme gelée - La place - Le vrai lieu - Les années - Regarde les lumières mon amour - Retour à Yvetot
"Toujours des phrases dans mon journal, des allusions à « la fille de S », « la fille de 58 ». Depuis vingt ans, je note « 58 » dans mes projets de livres. C’est le texte toujours manquant. Toujours remis. Le trou inqualifiable."
Avec mémoire de fille, Annie Ernaux remédie à ce texte manquant. En 1958, Annie Duchesne (son nom de jeune fille) âgée de dix-huit ans est monitrice dans une colonie à S. dans l’Orme. Pour la première fois, elle quitte Yvetot et le café-épicerie de ses parents pour un été. « Tout est nouveau pour elle » comme cette liberté loin de ses parents.
Première expérience sexuelle avec H. moniteur-chef avec qui elle passe la nuit car il y a l'envie, le désir mêlés à la naïveté et à l'innocence. Et elle se donne à lui avec soumission. Elle est amoureuse mais dès le lendemain, H. s’entiche d’une autre fille. Annie Duchesne devient un objet de moqueries et de mépris, on lui colle l’étiquette de fille facile, de « putain sur les bords ». Il y aura d’autres garçons mais son esprit est accaparé par H.. Vient la fin de la colonie, le désir d’oublier cet été et sa violence qui ne sera pas sans conséquences : aménorrhée et boulimie.
Les deux années suivantes s'accompagneront d'un changement d’orientation dans ses études supérieures, d'un séjour de fille au pair à Londres. Et la lecture de Simone de Beauvoir sera un catalyseur.
A partir de ses souvenirs, de lettres écrites à ses amies et de photos, Annie Ernaux analyse Annie Duchesne avec distance « Je ne construis pas un personnage de fiction, j'ai déconstruis la fille que j'ai été ». Le « je » pour parler d’elle au présent et « elle », « la fille de 58 » se côtoient dans ce va-et-vient ponctué de nombreuses réflexions et d'interrogations sur son travail d’écriture « J'ai commencé à faire de moi-même un être littéraire, quelqu'un qui vit les choses comme si elle devait être écrites un jour » et sur celui de la mémoire.
Et d’écrire : « C'est l'absence de sens de ce que l'on vit au moment où on le vit qui multiplie les possibilités d'écriture ».
Avec ce récit, elle parvient à saisir une réalité et le lecteur mesure tous les changements opérés en plus de soixante ans notamment en ce qui concerne le regard porté sur les femmes. Il faut prendre son temps et ne pas se précipiter pour bien saisir l’ampleur de toutes ces pages.
Un livre indispensable pour l’admiratrice d’Annie Ernaux que je suis et une lecture très forte.
« En ai-je été nettoyé par le deuxième sexe ou au contraire submergée ? J'opte pour l’indécision : d'avoir reçu les clés pour comprendre la honte ne donne pas le pouvoir de l'effacer. »
«Je marche vers le livre que j'écrirai comme deux ans auparavant je marchais vers l'amour. La nourriture comme idée fixe m'a quittée, mon appétit est redevenu celui d'avant la colonie. J'ai revu le sang fin octobre. Je m'aperçois que ce récit est contenu entre deux bornes temporelles liées à la nourriture est au sang, les bornes du corps. »
Les billets d 'Antigone, Cathulu, Jérôme, Saxaoul
Lu de cette grande dame de la littérature : Ecrire la vie (qui regroupe Les armoires vides, La honte, L’événement, La femme gelée, La place, Journal du dehors, Une femme, « Je ne suis pas sortie de ma nuit », Passion simple, Se perdre, L’occupation, Les années) - La femme gelée - La place - Le vrai lieu - Les années - Regarde les lumières mon amour - Retour à Yvetot
vendredi 1 avril 2016
Daniel Arsand - Je suis en vie et tu ne m'entends pas
Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Mars 2016 - 266 pages bouleversantes.
1944, Klaus Hirschkuh vingt-trois ans rentre à Leipzig. Il vient de passer quatre années à Buchenwald. La raison ? Son homosexualité. Ses parents ne l’attendaient plus et ils découvrent un jeune homme amaigri, un fantôme vivant hanté par ce qu’il a vécu. Pas de questions sur ces quatre années, pas de gestes d’amour envers ce fils. Tabla rase de ce passé. Pourtant Klaus ne peut pas oublier la violence, la maltraitance, les injures, l’humiliation et les morts. Tout ou presque le ramène là-bas. Mais il doit survivre. Après avoir décroché un travail chez un tailleur, il fait la connaissance de René, un Français qui n’a pas voulu renter à Paris retrouver sa femme. Pas tout de suite. Lui aussi à ses blessures béantes. Mais les deux amis vont partir en France : "La plupart des voies ferrées série allemande présentaient un aspect désastreux. On partait demain. Klaus serait-il assez robuste pour le bonheur ?".
Est-il possible de renaitre dans un nouveau pays ? Et l’on suit Klaus au fil du temps qui passe.
Se donner le droit à nouveau d’aimer, des amants à son grand amour Julien malgré l’homophobie galopante. Il faudra des années à Klaus pour s’ouvrir à Julien, pour raconter Buchenwald.
Un texte bouleversant et nécessaire. L’écriture de Daniel Arsand est tout simplement sublime. Un feu d'artifice alliant poésie, sensibilité et avec des phrases qui nous transpercent pour décrire la douleur, l’horreur.
Un roman pour la liberté, pour le droit d’aimer et pour ne pas oublier.
Il se souvint des blessures qu'il avait eues là-bas, au front, dès le premier soir. Du sang qui coulait. Il avait du sang dans les veines. Il était un être humain. Il avait mal. Les êtres humains ont parfois mal. Souffrance, dit-on pour abréger. Description vague et parfaite.
1944, Klaus Hirschkuh vingt-trois ans rentre à Leipzig. Il vient de passer quatre années à Buchenwald. La raison ? Son homosexualité. Ses parents ne l’attendaient plus et ils découvrent un jeune homme amaigri, un fantôme vivant hanté par ce qu’il a vécu. Pas de questions sur ces quatre années, pas de gestes d’amour envers ce fils. Tabla rase de ce passé. Pourtant Klaus ne peut pas oublier la violence, la maltraitance, les injures, l’humiliation et les morts. Tout ou presque le ramène là-bas. Mais il doit survivre. Après avoir décroché un travail chez un tailleur, il fait la connaissance de René, un Français qui n’a pas voulu renter à Paris retrouver sa femme. Pas tout de suite. Lui aussi à ses blessures béantes. Mais les deux amis vont partir en France : "La plupart des voies ferrées série allemande présentaient un aspect désastreux. On partait demain. Klaus serait-il assez robuste pour le bonheur ?".
Est-il possible de renaitre dans un nouveau pays ? Et l’on suit Klaus au fil du temps qui passe.
Se donner le droit à nouveau d’aimer, des amants à son grand amour Julien malgré l’homophobie galopante. Il faudra des années à Klaus pour s’ouvrir à Julien, pour raconter Buchenwald.
Un texte bouleversant et nécessaire. L’écriture de Daniel Arsand est tout simplement sublime. Un feu d'artifice alliant poésie, sensibilité et avec des phrases qui nous transpercent pour décrire la douleur, l’horreur.
Un roman pour la liberté, pour le droit d’aimer et pour ne pas oublier.
Il se souvint des blessures qu'il avait eues là-bas, au front, dès le premier soir. Du sang qui coulait. Il avait du sang dans les veines. Il était un être humain. Il avait mal. Les êtres humains ont parfois mal. Souffrance, dit-on pour abréger. Description vague et parfaite.
mercredi 23 mars 2016
Eric Laurrent - Un beau début
Editeur : Les Editions de Minuit - Date de parution : Mars 2016 - 205 pages truffées de marque-pages et un régal !
Sous un titre malicieux, on comprendra à la suite pourquoi, ce roman débute avec Robert Molosse surnommé Bob. Dans sa cellule de prison, cet homme de trente-six ans contemple une photo prise dans une revue d’une jeune fille dénudée. Il ignore qu’il s'agit de sa fille (et ne le saura d’ailleurs jamais). Nicole Sauxilange née en juillet 1966 à Clermont-Ferrand est la fille de Bob et de Suzy. Une mère adolescente abusée par son beau-père, déjà mère, qui prend la poudre d’escampette car Bob, petit voyou, à l’annonce de sa grossesse a filé. Suzy laisse Nicole à sa mère et à son beau-père devenus bigots sur le tard. Il faut dire qu’avant l’alcool et d’autres les vices comptaient plus pour eux. "Dès lors que Max Turpin s'installa chez sa femme, plus rien ne serait comme avant. À l'instar de tous les repentis, l'homme déployait en effet la même ardeur à respecter, et surtout à faire respecter, les principes religieux qu'il avait mise pendant vingt à fouler aux pied". Baignée dans une éducation religieuse, la petite Nicole rêve d’être une sainte. Mais son pépé Max tant aimé décède et sa mère Suzy revient pour s’occuper de sa fille et l’embarque.
Dans leur appartement, Suzy s’abandonne volontiers dans les bras de multiples amants. Et elle supporte très mal les chansons des Petits chanteurs à la croix de bois et les différentes bondieuseries de sa fille. A l’adolescence, la foi de Nicole se tourne vers le culte de l’image de soi. « À la vérité, pour n'avoir de disposition ni d'inclination bien marquées pour aucune discipline, Nicole Sauxilange ne se sentait nulle vocation particulière : la célébrité seule l'intéressait– c'était un but en soi. Par conséquent, le domaine dans lequel le sort lui accorderait toute latitude de s'illustrer lui importait bien peu ; ses exigences étaient mêmes fort modestes en la matière : qu'un simple fait divers la révéla au monde la comblerait pleinement. » Etre célèbre voilà à quoi rêve Nicole. Son petit ami la photographiera sous tous les angles et une fois la rupture amoureuse digérée, Nicole rejoint Paris en 1981 et envoie ses photos à des magazines. Elle devient alors Nicky Soxy.
On apprendra un peu par hasard au cours du récit sa mort après avoir vécu pendant quelques années de son physique (plateaux télé et magazines).
Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce roman mais il ne faudrait pas oublier le style d’Eric Laurrent. De longues phrases amples où parfois s’enchâssent des parenthèses, un vocabulaire érudit alliant le sens des détails, les petites notes de l’auteur qui s’amuse à inventer un mot et à le référencer. L’ensemble est un mélange de sensualité et d’élégance. L'auteur ne tombe jamais dans les clichés même s’il n’est pas tendre avec ses personnages.
Avec des pointes d’ironie et de la sensibilité, c’est un roman diablement réussi que l’on a terriblement envie de relire une fois terminé !
Sous un titre malicieux, on comprendra à la suite pourquoi, ce roman débute avec Robert Molosse surnommé Bob. Dans sa cellule de prison, cet homme de trente-six ans contemple une photo prise dans une revue d’une jeune fille dénudée. Il ignore qu’il s'agit de sa fille (et ne le saura d’ailleurs jamais). Nicole Sauxilange née en juillet 1966 à Clermont-Ferrand est la fille de Bob et de Suzy. Une mère adolescente abusée par son beau-père, déjà mère, qui prend la poudre d’escampette car Bob, petit voyou, à l’annonce de sa grossesse a filé. Suzy laisse Nicole à sa mère et à son beau-père devenus bigots sur le tard. Il faut dire qu’avant l’alcool et d’autres les vices comptaient plus pour eux. "Dès lors que Max Turpin s'installa chez sa femme, plus rien ne serait comme avant. À l'instar de tous les repentis, l'homme déployait en effet la même ardeur à respecter, et surtout à faire respecter, les principes religieux qu'il avait mise pendant vingt à fouler aux pied". Baignée dans une éducation religieuse, la petite Nicole rêve d’être une sainte. Mais son pépé Max tant aimé décède et sa mère Suzy revient pour s’occuper de sa fille et l’embarque.
Dans leur appartement, Suzy s’abandonne volontiers dans les bras de multiples amants. Et elle supporte très mal les chansons des Petits chanteurs à la croix de bois et les différentes bondieuseries de sa fille. A l’adolescence, la foi de Nicole se tourne vers le culte de l’image de soi. « À la vérité, pour n'avoir de disposition ni d'inclination bien marquées pour aucune discipline, Nicole Sauxilange ne se sentait nulle vocation particulière : la célébrité seule l'intéressait– c'était un but en soi. Par conséquent, le domaine dans lequel le sort lui accorderait toute latitude de s'illustrer lui importait bien peu ; ses exigences étaient mêmes fort modestes en la matière : qu'un simple fait divers la révéla au monde la comblerait pleinement. » Etre célèbre voilà à quoi rêve Nicole. Son petit ami la photographiera sous tous les angles et une fois la rupture amoureuse digérée, Nicole rejoint Paris en 1981 et envoie ses photos à des magazines. Elle devient alors Nicky Soxy.
On apprendra un peu par hasard au cours du récit sa mort après avoir vécu pendant quelques années de son physique (plateaux télé et magazines).
Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce roman mais il ne faudrait pas oublier le style d’Eric Laurrent. De longues phrases amples où parfois s’enchâssent des parenthèses, un vocabulaire érudit alliant le sens des détails, les petites notes de l’auteur qui s’amuse à inventer un mot et à le référencer. L’ensemble est un mélange de sensualité et d’élégance. L'auteur ne tombe jamais dans les clichés même s’il n’est pas tendre avec ses personnages.
Avec des pointes d’ironie et de la sensibilité, c’est un roman diablement réussi que l’on a terriblement envie de relire une fois terminé !
lundi 21 mars 2016
Eric Fottorino - Trois jours avec Norman Jail
Editeur : Gallimard - Date de parution : Février 2016 - 202 pages brillantes !
Pour la rédaction de son mémoire, Clara étudiante désire s’entretenir avec Norman Jail afin de lui poser des questions. Auteur d’un seul roman publié à l’âge de vingt ans avant la Seconde Guerre mondiale, le vieil homme vit depuis à la façon d’un ermite au bord de la mer. Il accepte de la recevoir et Clara découvre qu'il n’a jamais cessé d’écrire mais sans jamais soumettre ses manuscrits à un éditeur. Peu à peu, l’écrivain dévoile quelques pans de sa vie privée. C’est un homme également marqué et meurtri par une femme prénommée également Clara à laquelle il était marié. Cette dernière lui aurait subtilisé son deuxième manuscrit (qui selon lui était son grand roman). L'écrivain se montre très loquace au jeu des questions et décrit avec de nombreux détails sa relation à l’écriture. Mais il se contredit également. Où est la réalité dans ses propos ?
Obsédé par l’écriture, ses propos sur la création littéraire sont un régal, comme :
« Quand ce que j'écris me dérange et me touche, j’appréhende le moment où je vais poursuivre ma besogne. Je suis alors seul à savoir que je manipule un matériau dangereux, et il n’y aura personne pour venir à mon secours si les choses tournent mal.
- Qu’entendez-nous par « tournent mal »?
-Si je vais tellement loin dans les mots que ma vie en sera à jamais changée. Chaque écrivain devrait se poser cette question quand il a terminé : pourrai-je continuer à être la même personne quand j’aurai publié « ça » ?"
« Écrire est une perpétuelle naissance. Plus j'écris, plus je m'invente à mes propres yeux. Je m’écris en main propre. Je nais de mon encre et je glisse entre les lignes ma part de nuit. C'est important, la nuit, dans un livre. C'est ce qui échappe, ce qui résiste. Ce que les mots détournent et refusent. En écrivant, vous comprenez ce que la lumière doit aux ombres. Et le passé au mensonge. »
Le récit est narré par Clara et l’auteur lui confie un manuscrit à lire, Or, ce dernier n’est constitué que de premiers chapitres avec trois personnages dont Norman Jail.
Je n’en dirai pas plus sur cet écrit ni sur sa fin qui prend le lecteur au piège.
On pourrait croire que ce roman s’arrête là mais non. Eric Fottorino poursuit l’histoire de Norman Jail et nous offre d'autres belles surprises.
Passionnant, ce roman aux nombreux tiroirs nous offre de belles réflexions sur l’écriture, le roman, le rapport au réel et c'est brillant !
Le vrai n’est jamais aussi vrai qu’enrobé d’imagination.
Les billet de Le marque-page, Papillon
Lu de cet auteur : Caresse de rouge - Chevrotine - L'homme qui m'aimait tout bas - Suite à un accident grave de voyageur
Pour la rédaction de son mémoire, Clara étudiante désire s’entretenir avec Norman Jail afin de lui poser des questions. Auteur d’un seul roman publié à l’âge de vingt ans avant la Seconde Guerre mondiale, le vieil homme vit depuis à la façon d’un ermite au bord de la mer. Il accepte de la recevoir et Clara découvre qu'il n’a jamais cessé d’écrire mais sans jamais soumettre ses manuscrits à un éditeur. Peu à peu, l’écrivain dévoile quelques pans de sa vie privée. C’est un homme également marqué et meurtri par une femme prénommée également Clara à laquelle il était marié. Cette dernière lui aurait subtilisé son deuxième manuscrit (qui selon lui était son grand roman). L'écrivain se montre très loquace au jeu des questions et décrit avec de nombreux détails sa relation à l’écriture. Mais il se contredit également. Où est la réalité dans ses propos ?
Obsédé par l’écriture, ses propos sur la création littéraire sont un régal, comme :
« Quand ce que j'écris me dérange et me touche, j’appréhende le moment où je vais poursuivre ma besogne. Je suis alors seul à savoir que je manipule un matériau dangereux, et il n’y aura personne pour venir à mon secours si les choses tournent mal.
- Qu’entendez-nous par « tournent mal »?
-Si je vais tellement loin dans les mots que ma vie en sera à jamais changée. Chaque écrivain devrait se poser cette question quand il a terminé : pourrai-je continuer à être la même personne quand j’aurai publié « ça » ?"
« Écrire est une perpétuelle naissance. Plus j'écris, plus je m'invente à mes propres yeux. Je m’écris en main propre. Je nais de mon encre et je glisse entre les lignes ma part de nuit. C'est important, la nuit, dans un livre. C'est ce qui échappe, ce qui résiste. Ce que les mots détournent et refusent. En écrivant, vous comprenez ce que la lumière doit aux ombres. Et le passé au mensonge. »
Le récit est narré par Clara et l’auteur lui confie un manuscrit à lire, Or, ce dernier n’est constitué que de premiers chapitres avec trois personnages dont Norman Jail.
Je n’en dirai pas plus sur cet écrit ni sur sa fin qui prend le lecteur au piège.
On pourrait croire que ce roman s’arrête là mais non. Eric Fottorino poursuit l’histoire de Norman Jail et nous offre d'autres belles surprises.
Passionnant, ce roman aux nombreux tiroirs nous offre de belles réflexions sur l’écriture, le roman, le rapport au réel et c'est brillant !
Le vrai n’est jamais aussi vrai qu’enrobé d’imagination.
Les billet de Le marque-page, Papillon
Lu de cet auteur : Caresse de rouge - Chevrotine - L'homme qui m'aimait tout bas - Suite à un accident grave de voyageur
jeudi 17 mars 2016
Liliana Lazar - Enfants du diable
Éditeur: Seuil - Date de parution : Mars 2016 - 269 pages à lire.
Bucarest. Fin des années 70. La politique démographique menée par Ceausescu interdit l’avortement et la contraception pour les femmes ayant moins de quatre enfants. Elena Cosma célibataire est sage-femme de métier. En consultation certaines femmes enceintes lui font comprendre que l’enfant n’est pas désiré ou qu’elles ne peuvent pas nourrir une bouche supplémentaire. A l’aube de la quarantaine, Elena aimerait être mère. Aussi quand une femme enceinte récemment veuve lui demande de pratiquer un avortement, elle a une idée. Elle s’occupera de l’enfant comme si c’était le sien. Les rumeurs circulent quand Elena devient « mère » d’un petit Damian. De plus, la mère biologique veut souvent voir son fils. Pour se protéger, Elena demande une mutation dans la campagne à Prigor.
Damian est un enfant de toute beauté à la chevelure rousse. Agé de 6 ans, sa mère le couve et multiplie les interdictions. A Prigor, Elena est non seulement sage-femme mais aussi infirmière avec peu de moyens. Afin de bénéficier de certains avantages du Parti, elle propose qu’un orphelinat soit créé à Prigor. Les orphelins arrivent de la ville. Malingres, souvent malades et à l’orphelinat, ils subissent la faim, le froid, des mauvais traitements ou des abus sexuels. Elena est révoltée par ces conditions mais elle est pieds et poings liés. Et puis, elle pense également à elle, à Damian et à son secret.
A travers l’histoire d’Elena et de Damian, Liliana Lazar nous dépeint l’Histoire de la Roumanie sous Ceausescu : l’accident de Tchernobyl, la mort du dictateur.
A la lecture de ce livre, ces images terribles de ces orphelinats que le monde entier découvrait me sont revenues à l’esprit. L'auteure s'attache à nous rappeler cette période de la Roumanie et les traitements réservés aux orphelins.
Un roman bien mené, servi par une écriture qui s’attache aux personnages et aux faits sans aucun pathos. Et une fin percutante.
Le billet de Jostein.
Bucarest. Fin des années 70. La politique démographique menée par Ceausescu interdit l’avortement et la contraception pour les femmes ayant moins de quatre enfants. Elena Cosma célibataire est sage-femme de métier. En consultation certaines femmes enceintes lui font comprendre que l’enfant n’est pas désiré ou qu’elles ne peuvent pas nourrir une bouche supplémentaire. A l’aube de la quarantaine, Elena aimerait être mère. Aussi quand une femme enceinte récemment veuve lui demande de pratiquer un avortement, elle a une idée. Elle s’occupera de l’enfant comme si c’était le sien. Les rumeurs circulent quand Elena devient « mère » d’un petit Damian. De plus, la mère biologique veut souvent voir son fils. Pour se protéger, Elena demande une mutation dans la campagne à Prigor.
Damian est un enfant de toute beauté à la chevelure rousse. Agé de 6 ans, sa mère le couve et multiplie les interdictions. A Prigor, Elena est non seulement sage-femme mais aussi infirmière avec peu de moyens. Afin de bénéficier de certains avantages du Parti, elle propose qu’un orphelinat soit créé à Prigor. Les orphelins arrivent de la ville. Malingres, souvent malades et à l’orphelinat, ils subissent la faim, le froid, des mauvais traitements ou des abus sexuels. Elena est révoltée par ces conditions mais elle est pieds et poings liés. Et puis, elle pense également à elle, à Damian et à son secret.
A travers l’histoire d’Elena et de Damian, Liliana Lazar nous dépeint l’Histoire de la Roumanie sous Ceausescu : l’accident de Tchernobyl, la mort du dictateur.
A la lecture de ce livre, ces images terribles de ces orphelinats que le monde entier découvrait me sont revenues à l’esprit. L'auteure s'attache à nous rappeler cette période de la Roumanie et les traitements réservés aux orphelins.
Un roman bien mené, servi par une écriture qui s’attache aux personnages et aux faits sans aucun pathos. Et une fin percutante.
Le billet de Jostein.
jeudi 10 mars 2016
Angélique Villeneuve - Nuit de septembre
Editeur : Grasset - Date de parution : Mars 2016 - 155 pages lumineuses et précieuses.
« Une nuit, ton fils s’est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l’as trouvé. » J'ai tourné autour de ce livre avec la crainte de recevoir des émotions qui m'auraient alourdie. Comment avais-je pu oublier la générosité et la bienveillance d’Angélique Villeneuve? Avec ce livre, elle donne et elle partage du sincère, du touchant mais aussi du respect, une humilité. La question du pourquoi n’a pas sa place. En employant, le « tu » pour écrire, elle partage avec le lecteur l’après. Le quotidien, les gestes qu’il faut continuer, la vie mais sans son fils.
Assise sur le lit où il a décidé « d’arrêter » ou à son bureau, dans les rues touchant les platanes comme par nécessité, le manque est présent. Les digues cèderont pour laisser place aux pleurs, son corps de mère lui fera sentir sa souffrance « Tu en as pris plein la figure et ta figure, ta couenne, tes os, l’expriment à leur petite manière » alors qu’elle est toujours à la recherche de ce mot qui n’existe pas pour la désigner.
Ecrire, mettre en mots l’absence, l’indicible, le vide mais aussi tout ce que son fils lui a apporté. Ce qui est précieux, ce que ne s’enlève pas.
Ce texte à la portée universelle m’a plus que touchée. Les yeux souvent baignés de poissons d’eau, la beauté, la poésie et la douceur qui s’en dégagent ont fait jaillir d’autres larmes. Parce ce que ce texte est rare, parce qu'il parle avant tout de vie, parce qu'il possède cette luminosité comme celle que l'on voit quand on lève la tête, ces rayons de soleil enrichis par la danse des feuilles des arbres.
Ce livre m’a beaucoup apportée et j'en suis sortie plus forte, je ne peux pas en dire plus.
Une lecture belle et nécessaire.
À la fin tu as dit, J'ai ce que tu m'as donné.
Je l'ai.
Tu as répété ça. Tu as parlé au présent, en ce que parfois le présent ce pique d'annoncer le futur.
Tu as dit, j'ai un fils.
Les billets d'Antigone, Cathulu, Gwen
Lu de cette auteure : Les Fleurs d'hiver - Grand Paradis - Un territoire
Angélique Villeneuve sera ce week-end au salon du livre de Quentin (22) et aux Escales de Binic les 27 et 28 mars.
« Une nuit, ton fils s’est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l’as trouvé. » J'ai tourné autour de ce livre avec la crainte de recevoir des émotions qui m'auraient alourdie. Comment avais-je pu oublier la générosité et la bienveillance d’Angélique Villeneuve? Avec ce livre, elle donne et elle partage du sincère, du touchant mais aussi du respect, une humilité. La question du pourquoi n’a pas sa place. En employant, le « tu » pour écrire, elle partage avec le lecteur l’après. Le quotidien, les gestes qu’il faut continuer, la vie mais sans son fils.
Assise sur le lit où il a décidé « d’arrêter » ou à son bureau, dans les rues touchant les platanes comme par nécessité, le manque est présent. Les digues cèderont pour laisser place aux pleurs, son corps de mère lui fera sentir sa souffrance « Tu en as pris plein la figure et ta figure, ta couenne, tes os, l’expriment à leur petite manière » alors qu’elle est toujours à la recherche de ce mot qui n’existe pas pour la désigner.
Ecrire, mettre en mots l’absence, l’indicible, le vide mais aussi tout ce que son fils lui a apporté. Ce qui est précieux, ce que ne s’enlève pas.
Ce texte à la portée universelle m’a plus que touchée. Les yeux souvent baignés de poissons d’eau, la beauté, la poésie et la douceur qui s’en dégagent ont fait jaillir d’autres larmes. Parce ce que ce texte est rare, parce qu'il parle avant tout de vie, parce qu'il possède cette luminosité comme celle que l'on voit quand on lève la tête, ces rayons de soleil enrichis par la danse des feuilles des arbres.
Ce livre m’a beaucoup apportée et j'en suis sortie plus forte, je ne peux pas en dire plus.
Une lecture belle et nécessaire.
À la fin tu as dit, J'ai ce que tu m'as donné.
Je l'ai.
Tu as répété ça. Tu as parlé au présent, en ce que parfois le présent ce pique d'annoncer le futur.
Tu as dit, j'ai un fils.
Les billets d'Antigone, Cathulu, Gwen
Lu de cette auteure : Les Fleurs d'hiver - Grand Paradis - Un territoire
Angélique Villeneuve sera ce week-end au salon du livre de Quentin (22) et aux Escales de Binic les 27 et 28 mars.
lundi 7 mars 2016
Pierre Lemaitre - Trois jours et une vie
Editeur : Albin Michel - Date de parution : Mars 2016 - 279 pages dévorées !
Décembre 1999, dans la petite ville de Beauval, Antoine Courtin âgé de douze ans s’est pris d’affection pour le chien Ulysse des voisins, les Desmedt. Celui-ci l’accompagne quand il va jouer dans la forêt toute proche où il a construit une cabane. Le jour où Ulysse est renversé et gravement blessé par un chauffard, son maître M. Desmedt l’abat d’une cartouche.
« Dans le triangle père absent, mère rigide, copains éloignés, le chien Ulysse occupait évidemment une place centrale. Sa mort et la manière dont elle survint furent pour Antoine un événement particulièrement violent. » Antoine assiste à la scène, incrédule, le cœur au bord des yeux. Sauf que la mort d’Ulysse est suivie dans la même journée par un autre drame dont Antoine est le responsable. Paniqué, il pense à prendre la fuite.Alors que le drame mobilise l’ensemble de la population de Beauval dans un climat de tension où les vieilles rancunes ressurgissent, Antoine va endosser l’habit du menteur.
Les années passent, Antoine à 24 ans, étudiant en médecine, il fait la fierté de sa mère qui lui reproche de ne pas venir souvent à Beauval. Justement, s’éloigner et quitter les lieux de son enfance revient à tenter d'oublier son passé. Mais ce dernier comme la tourmente vont rattraper Antoine et toute sa vie en sera bouleversée.
Une fois commencé, ce nouveau roman de Pierre Lemaitre est impossible à lâcher! Pourtant, j'ai reçu un uppercut car le drame en question est la disparition d’un enfant âgé de 6 ans et en tant que lecteur, nous savons ce qui s’est déroulé.
Pierre Lemaitre démontre qu’il est fin psychologue et nous ferre car il nous place au plus près d’Antoine (de ce qu’il vit, de ce qu’il pense). On est à ses côtés, c’est si bien décrit que l’on « ressent » physiquement ses émotions : la peur qui tord le ventre, la sensation d’être perdu, l’angoisse. On le suit sur plusieurs périodes durant lesquelles sa conscience s’est modifiée. Car de 12 ans à l'âge adulte, un évènement se modifie forcément dans les souvenirs. L’auteur ne s’en tient pas à analyser le comportement d’Antoine, un garçon sensible et attachant dès les premières pages. A travers la population de Beauval, il nous dépeint le genre humain et ses différentes réactions face à un drame. Cerise sur le gâteau, Pierre Lemaitre nous offre une belle fin renversante (que je n’ai pas vu venir)
Avec une écriture aiguisée qui fouille et creuse l’âme humaine, ce roman psychologique à l’atmosphère ombrée se lit en apnée totale !
La rumeur est une sauce fragile, elle prend ou elle ne prend pas.
Mme Courtin était née ici, c'est ici qu'elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu'il observe, dans laquelle l'opinion d'autrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait, en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c'était ce que, autour d'elle, tout le monde faisait.Elle tenait à sa réputation comme elle tenait à sa maison et peut-être même comme elle tenait à sa vie car elle serait sans doute morte d'une faillite de sa respectabilité. La messe de minuit n'était, pour Antoine, qu'une obligation parmi toutes celles auxquelles il sacrifiait toute l'année pour que sa mère reste, à ses propres yeux une femme fréquentable.
L'activité religieuse était assez saisonnière. La plupart des fidèles revenait à la messe lorsque que l'agriculture était en difficulté, quand les prix du bovin entraient en récession ou que les usines de la région préparaient des plans de licenciement. L'église proposait une prestation, on se comportait comme des consommateurs. Même les grands événements cycliques comme Noël, Pâques, ou l'Assomption n'échappaient pas à cette règle utilitaire. C'était la manière, pour les adhérents, d'acquitter l'abonnement leur permettant, dans l'année, de recourir aux services à la demande.
Le billet d'Alex
Lu de cet auteur : Alex - Cadres noirs - Robe de marié - Sacrifices - Travail soigné - Au revoir là-haut
Décembre 1999, dans la petite ville de Beauval, Antoine Courtin âgé de douze ans s’est pris d’affection pour le chien Ulysse des voisins, les Desmedt. Celui-ci l’accompagne quand il va jouer dans la forêt toute proche où il a construit une cabane. Le jour où Ulysse est renversé et gravement blessé par un chauffard, son maître M. Desmedt l’abat d’une cartouche.
« Dans le triangle père absent, mère rigide, copains éloignés, le chien Ulysse occupait évidemment une place centrale. Sa mort et la manière dont elle survint furent pour Antoine un événement particulièrement violent. » Antoine assiste à la scène, incrédule, le cœur au bord des yeux. Sauf que la mort d’Ulysse est suivie dans la même journée par un autre drame dont Antoine est le responsable. Paniqué, il pense à prendre la fuite.Alors que le drame mobilise l’ensemble de la population de Beauval dans un climat de tension où les vieilles rancunes ressurgissent, Antoine va endosser l’habit du menteur.
Les années passent, Antoine à 24 ans, étudiant en médecine, il fait la fierté de sa mère qui lui reproche de ne pas venir souvent à Beauval. Justement, s’éloigner et quitter les lieux de son enfance revient à tenter d'oublier son passé. Mais ce dernier comme la tourmente vont rattraper Antoine et toute sa vie en sera bouleversée.
Une fois commencé, ce nouveau roman de Pierre Lemaitre est impossible à lâcher! Pourtant, j'ai reçu un uppercut car le drame en question est la disparition d’un enfant âgé de 6 ans et en tant que lecteur, nous savons ce qui s’est déroulé.
Pierre Lemaitre démontre qu’il est fin psychologue et nous ferre car il nous place au plus près d’Antoine (de ce qu’il vit, de ce qu’il pense). On est à ses côtés, c’est si bien décrit que l’on « ressent » physiquement ses émotions : la peur qui tord le ventre, la sensation d’être perdu, l’angoisse. On le suit sur plusieurs périodes durant lesquelles sa conscience s’est modifiée. Car de 12 ans à l'âge adulte, un évènement se modifie forcément dans les souvenirs. L’auteur ne s’en tient pas à analyser le comportement d’Antoine, un garçon sensible et attachant dès les premières pages. A travers la population de Beauval, il nous dépeint le genre humain et ses différentes réactions face à un drame. Cerise sur le gâteau, Pierre Lemaitre nous offre une belle fin renversante (que je n’ai pas vu venir)
Avec une écriture aiguisée qui fouille et creuse l’âme humaine, ce roman psychologique à l’atmosphère ombrée se lit en apnée totale !
La rumeur est une sauce fragile, elle prend ou elle ne prend pas.
Mme Courtin était née ici, c'est ici qu'elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu'il observe, dans laquelle l'opinion d'autrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait, en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c'était ce que, autour d'elle, tout le monde faisait.Elle tenait à sa réputation comme elle tenait à sa maison et peut-être même comme elle tenait à sa vie car elle serait sans doute morte d'une faillite de sa respectabilité. La messe de minuit n'était, pour Antoine, qu'une obligation parmi toutes celles auxquelles il sacrifiait toute l'année pour que sa mère reste, à ses propres yeux une femme fréquentable.
L'activité religieuse était assez saisonnière. La plupart des fidèles revenait à la messe lorsque que l'agriculture était en difficulté, quand les prix du bovin entraient en récession ou que les usines de la région préparaient des plans de licenciement. L'église proposait une prestation, on se comportait comme des consommateurs. Même les grands événements cycliques comme Noël, Pâques, ou l'Assomption n'échappaient pas à cette règle utilitaire. C'était la manière, pour les adhérents, d'acquitter l'abonnement leur permettant, dans l'année, de recourir aux services à la demande.
Le billet d'Alex
Lu de cet auteur : Alex - Cadres noirs - Robe de marié - Sacrifices - Travail soigné - Au revoir là-haut
jeudi 3 mars 2016
Delphine Roux - Kokoro
Editeur : Philippe Picquier - Date de parution : Août 2015 - 128 pages et une belle découverte !
A l'adolescence, Seki et son frère Koichi se sont retrouvée brutalement orphelins. Seki s'est nichée dans le travail et la performance. Mariée et mère de deux fillettes, elle mène une vie ordonnée où l'imprévu n'a pas sa place. Koichi est son opposé. Il se satisfait de peu, se réfugie dans ses souvenirs d'enfance et rend visite régulièrement à sa grand-mère à la maison de retraite. Quelquefois, Seki apparait dans la vie de son frère pour surveiller, faire des remarques qui glissent sur Koichi. Il continue de regarder de loin le monde comme en retrait. Mais Seki qui semblait forte sombre dans une dépression et Koichi va l'aider tout en surmontant ses propres peurs.
Narré par Koichi, ce roman découpé en courts chapitres se lit avec bonheur. La reconstruction, la relation frère-soeur, les faux bonheurs préfabriqués sont quelques uns des thèmes abordés. Un premier roman servi par une écriture où chaque mot est pesé avec un sens de la formulation qui m'a touchée et séduite. Pas de guimauve, un rythme enveloppant, de la finesse et beaucoup de délicatesse. Une belle découverte !
Dernièrement, j’ai été titularisé. La sécurité de l’emploi. Cette sécurité là.
A l'adolescence, Seki et son frère Koichi se sont retrouvée brutalement orphelins. Seki s'est nichée dans le travail et la performance. Mariée et mère de deux fillettes, elle mène une vie ordonnée où l'imprévu n'a pas sa place. Koichi est son opposé. Il se satisfait de peu, se réfugie dans ses souvenirs d'enfance et rend visite régulièrement à sa grand-mère à la maison de retraite. Quelquefois, Seki apparait dans la vie de son frère pour surveiller, faire des remarques qui glissent sur Koichi. Il continue de regarder de loin le monde comme en retrait. Mais Seki qui semblait forte sombre dans une dépression et Koichi va l'aider tout en surmontant ses propres peurs.
Narré par Koichi, ce roman découpé en courts chapitres se lit avec bonheur. La reconstruction, la relation frère-soeur, les faux bonheurs préfabriqués sont quelques uns des thèmes abordés. Un premier roman servi par une écriture où chaque mot est pesé avec un sens de la formulation qui m'a touchée et séduite. Pas de guimauve, un rythme enveloppant, de la finesse et beaucoup de délicatesse. Une belle découverte !
Dernièrement, j’ai été titularisé. La sécurité de l’emploi. Cette sécurité là.
mardi 1 mars 2016
Karine Silla - Autour du soleil
Editeur : Plon - Date de parution : Janvier 2016 - 280 pages qui laissent une trace durable.
Louise n’est pas heureuse dans sa vie. Un homme qu’elle a épousé sans amour, une enfant Marie de trois ans avec qui elle se sent comme une étrangère. Lors d’un trajet en train, elle rencontre un homme qui vit au Vietnam. Pourquoi ne pas se donner la chance de vivre le bonheur ? Ce qui pourrait être irréfléchi, insensé se produit. Elle décide de tout quitter pour suivre cet homme. Si au Vietnam, c’est une seconde naissance pour elle, jamais elle ne parle de sa fille à non nouvel époux. Un mensonge ou un secret. ce silence la ronge lentement.
"Ma vie, avec un mari et deux enfants, est bien rangée dans un monde où les sentiments sont clairs et où les gens qui s'aiment ne se mentent pas."A trente-cinq ans, Marie jeune femme active, mariée à Samuel et mère de deux filles apprend que sa mère l’a abandonnée. Son père lui avait toujours dit qu’elle était morte et le mari de Louise lui apprend cette vérité. Sa mère est désormais décédée et elle a un demi-frère. Elle préfère fuir ce qu’elle entend "Je n'étais plus la fille de sa femme. Il avait perdu des heures à faire suivre la mauvaise personne. Les âmes ne sont pas comme les vases que l'on recolle". Comment son père a pu lui mentir alors qu’il était au courant ? Pourtant, elle ne dit rien à Samuel. Ils partent en vacances dans le sud de la France chez Georges et sa compagne. Georges l’ancien professeur de fac de Samuel dont ce dernier est comme le fils spirituel. Pourtant Georges est père d’un garçon dont il ne parle jamais, plus ou moins brouillé avec lui, et ce dernier va s’inviter lors de ces vacances. Marie s'interroge bien évidemment sur sa mère mais aussi sur son père et sur son propre couple.
Si j’avais trouvé froid, impersonnel et sans grand intérêt le premier roman de Karine Silla (Monsieur est mot), celui-ci est magnétique malgré quelques défauts et des petites maladresses dans la construction (la partie consacrée aux vacances traîne un peu en longueur avec trop de personnages). Mais les émotions sont bien présentes, réelles, troublantes avec des réflexions qui surgissent entre les lignes.
Même s’il n’est pas parfait, ce roman sur la filiation, sur la construction de soi, sur nos rapports aux autres, sur les non-dits et/ou les mensonges, laisse une trace durable une fois terminé ( je l'ai lu il y a 2 ou 3 semaines).
Et ce point est suffisamment important à mes yeux pour que je parle de cette lecture. Sans oublier l'écriture de Karine Silla : sensible mais sans excès et solaire.
Quitte à me répéter, vraiment, ce livre possède quelque chose. Une auteure à suivre !
Louise n’est pas heureuse dans sa vie. Un homme qu’elle a épousé sans amour, une enfant Marie de trois ans avec qui elle se sent comme une étrangère. Lors d’un trajet en train, elle rencontre un homme qui vit au Vietnam. Pourquoi ne pas se donner la chance de vivre le bonheur ? Ce qui pourrait être irréfléchi, insensé se produit. Elle décide de tout quitter pour suivre cet homme. Si au Vietnam, c’est une seconde naissance pour elle, jamais elle ne parle de sa fille à non nouvel époux. Un mensonge ou un secret. ce silence la ronge lentement.
"Ma vie, avec un mari et deux enfants, est bien rangée dans un monde où les sentiments sont clairs et où les gens qui s'aiment ne se mentent pas."A trente-cinq ans, Marie jeune femme active, mariée à Samuel et mère de deux filles apprend que sa mère l’a abandonnée. Son père lui avait toujours dit qu’elle était morte et le mari de Louise lui apprend cette vérité. Sa mère est désormais décédée et elle a un demi-frère. Elle préfère fuir ce qu’elle entend "Je n'étais plus la fille de sa femme. Il avait perdu des heures à faire suivre la mauvaise personne. Les âmes ne sont pas comme les vases que l'on recolle". Comment son père a pu lui mentir alors qu’il était au courant ? Pourtant, elle ne dit rien à Samuel. Ils partent en vacances dans le sud de la France chez Georges et sa compagne. Georges l’ancien professeur de fac de Samuel dont ce dernier est comme le fils spirituel. Pourtant Georges est père d’un garçon dont il ne parle jamais, plus ou moins brouillé avec lui, et ce dernier va s’inviter lors de ces vacances. Marie s'interroge bien évidemment sur sa mère mais aussi sur son père et sur son propre couple.
Si j’avais trouvé froid, impersonnel et sans grand intérêt le premier roman de Karine Silla (Monsieur est mot), celui-ci est magnétique malgré quelques défauts et des petites maladresses dans la construction (la partie consacrée aux vacances traîne un peu en longueur avec trop de personnages). Mais les émotions sont bien présentes, réelles, troublantes avec des réflexions qui surgissent entre les lignes.
Même s’il n’est pas parfait, ce roman sur la filiation, sur la construction de soi, sur nos rapports aux autres, sur les non-dits et/ou les mensonges, laisse une trace durable une fois terminé ( je l'ai lu il y a 2 ou 3 semaines).
Et ce point est suffisamment important à mes yeux pour que je parle de cette lecture. Sans oublier l'écriture de Karine Silla : sensible mais sans excès et solaire.
Quitte à me répéter, vraiment, ce livre possède quelque chose. Une auteure à suivre !
lundi 29 février 2016
Catherine Poulain - Le grand marin
Editeur : Editions de l'Olivier - Date de parution : Février 2016 - 373 pages et un gros coup de cœur !
Il existe des rêves qui sortent de l’ordinaire, comme celui de Lili : partir pêcher très loin. Après un long voyage cette Française arrive à Zodiak un port de l'Alaska : des hommes, des bateaux (chalutiers, palangriers) et des cafés. Elle ne souhaite qu’embarquer « je voudrais qu’un bateau m’adopte » et pêcher. Le skipper du Rebel accepte. Surnommée le moineau, ce petit gabarit qui ne connaît rien aux lignes de pêches, à ce travail va tout donner. Seule femme dans un équipage masculin, elle réclame d’être traitée comme las autres : de faire ses quarts, d’avoir sa couchette. Elle découvre le froid, la fatigue qui se transforme en épuisement, la promiscuité.
Tout un bateau qui respire selon les bancs de poisson en espérant revenir les cales pleines durant ces campagnes de pêche qui durent de plusieurs jours à plusieurs semaines. Des hommes aux apparences rudes, peu bavards avec chacun leur histoire et qui l’accepte parmi eux. Et dans l'équipage, il y a le Grand Marin.
Blessée à la main, hospitalisée, sa seule crainte est que le Rebel ne veuille plus d’elle. Repartir pêcher, c’est son seul but. A terre, les hommes sont comme désœuvrés. Les paies partent souvent dans l’alcool et quand il n’y a pas plus d’argent, c’est les tickets alimentaires pour manger. Lili ne veut pas abandonner la pêche avec cette idée d’aller ensuite à Point Barrow. Le Grand marin lui parle d'Hawaï mais elle ne veut pas renoncer à sa liberté malgré l’amour.
C’est un paysage de mer qui décide et dirige les pêcheurs, où le froid nous transperce, où la faim nous fait vaciller tout comme la fatigue, où les mains rugueuses et abîmées tirent, soulèvent, vident des poissons à une cadence sans répit. Et entre deux quarts où à terre, les équipages se dévoilent au fil des pages. Des hommes souvent sensibles sous leurs traits abrupts.
Je n’ai pas lu ce livre grandiose, j’ai ressenti chaque ligne. Dans un livre, il y a l’histoire, l’écriture mais aussi les émotions et plus rarement les échos qu’il provoque. Et Catherine Poulain Poulain m' a offert tout cela dans ce premier roman.
C’est immensément beau ! L’écriture de Catherine Poulain est neuve, un mélange de justesse et de descriptions qui donnent des frissons.
Récit d’une grande humilité où Catherine Poulain nous transmet (si on ne l'avait pas déjà) son admiration, son respect pour ces pêcheurs et leur travail.
Un coup de cœur entier, vibrant et fulgurant !
« Embarquer, c'est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T'as plus de vie, t'as plus rien à toi.(...)Je ne sais pas pourquoi je suis venu, il dit encore en hochant la tête, je ne sais pas ce qui fait que l'on veuille tant souffrir, pour rien au fond. Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d'amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie en devenir fou. Qu'on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui ! »
Il existe des rêves qui sortent de l’ordinaire, comme celui de Lili : partir pêcher très loin. Après un long voyage cette Française arrive à Zodiak un port de l'Alaska : des hommes, des bateaux (chalutiers, palangriers) et des cafés. Elle ne souhaite qu’embarquer « je voudrais qu’un bateau m’adopte » et pêcher. Le skipper du Rebel accepte. Surnommée le moineau, ce petit gabarit qui ne connaît rien aux lignes de pêches, à ce travail va tout donner. Seule femme dans un équipage masculin, elle réclame d’être traitée comme las autres : de faire ses quarts, d’avoir sa couchette. Elle découvre le froid, la fatigue qui se transforme en épuisement, la promiscuité.
Tout un bateau qui respire selon les bancs de poisson en espérant revenir les cales pleines durant ces campagnes de pêche qui durent de plusieurs jours à plusieurs semaines. Des hommes aux apparences rudes, peu bavards avec chacun leur histoire et qui l’accepte parmi eux. Et dans l'équipage, il y a le Grand Marin.
Blessée à la main, hospitalisée, sa seule crainte est que le Rebel ne veuille plus d’elle. Repartir pêcher, c’est son seul but. A terre, les hommes sont comme désœuvrés. Les paies partent souvent dans l’alcool et quand il n’y a pas plus d’argent, c’est les tickets alimentaires pour manger. Lili ne veut pas abandonner la pêche avec cette idée d’aller ensuite à Point Barrow. Le Grand marin lui parle d'Hawaï mais elle ne veut pas renoncer à sa liberté malgré l’amour.
C’est un paysage de mer qui décide et dirige les pêcheurs, où le froid nous transperce, où la faim nous fait vaciller tout comme la fatigue, où les mains rugueuses et abîmées tirent, soulèvent, vident des poissons à une cadence sans répit. Et entre deux quarts où à terre, les équipages se dévoilent au fil des pages. Des hommes souvent sensibles sous leurs traits abrupts.
Je n’ai pas lu ce livre grandiose, j’ai ressenti chaque ligne. Dans un livre, il y a l’histoire, l’écriture mais aussi les émotions et plus rarement les échos qu’il provoque. Et Catherine Poulain Poulain m' a offert tout cela dans ce premier roman.
C’est immensément beau ! L’écriture de Catherine Poulain est neuve, un mélange de justesse et de descriptions qui donnent des frissons.
Récit d’une grande humilité où Catherine Poulain nous transmet (si on ne l'avait pas déjà) son admiration, son respect pour ces pêcheurs et leur travail.
Un coup de cœur entier, vibrant et fulgurant !
« Embarquer, c'est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T'as plus de vie, t'as plus rien à toi.(...)Je ne sais pas pourquoi je suis venu, il dit encore en hochant la tête, je ne sais pas ce qui fait que l'on veuille tant souffrir, pour rien au fond. Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d'amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie en devenir fou. Qu'on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui ! »
dimanche 28 février 2016
Sophie Fontanel - La vocation
Editeur : Robert Laffont - Date de parution : Janvier 2016 - 316 pages et un avis mitigé.
Sophie Fontanel nous décrit l’histoire de ses grand-parents fuyant l'Arménie arrivés en France au début des années 1920. La figure centrale est sa grand-mère Méliné pour qui Paris signifie Chanel et la beauté des vêtements. Avec un peu de hasard et parce que Méliné veut y vivre, de Marseille ils rejoindront Paris. Son mari à l’origine poète travaille le bois. Des étoiles dans les yeux, Méliné observe l’élégance dans les rues, reproduit dans son appartement des vêtements. Ses deux filles (dont la mère de Sophie Fontanel) baignent ainsi dans la mode.
En parallèle, Sophie Fontanel nous décrit son expérience nouvelle en tant que directrice de mode au magazine Elle. Et là, beaucoup de situations relatées me sont apparues souvent sans le moindre intérêt. Elle qui a "l'adoration les beaux vêtements" s’interroge sur sa place professionnelle, sur ce milieu où des filles plus que maigres, sans sourire posent et défilent. Nul besoin de regarder les défilés de haute-couture, car sur les sites de prêt à porter on retrouve ces même silhouettes voûtées sans aucune forme. Ce dernier point n’est pas nouveau mais elle l’ose l’écrire comme le superficiel de ce monde hypocrite.
Le naturel de l’écriture qui m’avait plus dans Grandir a un peu de mal à s’imposer ( une impression de tâtonnement) et il faut presque attendre la moitié du livre pour retrouver la liberté de style. Même si Sophie Fontanel a su me toucher à plusieurs reprises, mon avis reste mitigé.
Il y avait nous et les autres. De quel bord étais-je-je ? De mon groupe, de ses destins hétéroclites des gens de la mode, et donc en somme de là-bas, de Brousse, éduquée, méditerranéenne, née de l'exil et du don de soi, ou bien d'ici, de l'immuable ordre des choses, de l'ennui des nantis, fusionnant avec une princesse ?(...) Je constatais devant moi, apocalyptique spectacle la subtilité de jadis dévastée par l'érotisme moderne. Moi aussi je considérais avec dégoût les endimanchés pathétiques, les pique-assiettes. Moi aussi, j'étais une princesse, le cynisme au bord des dents, devant la vulgarité de l'avenir. (...) Directrice de la mode ou pas directrice de la mode, il me fallait rester chez les étourneaux. Les siècles de distinction, eux, ne m'acceptaientt pas. Méliné avait eu ses limites, j'avais les miennes.
Les billets de L'irrégulière, Stéphie, Séverine
Lu de cette auteure : Grandir - L'envie
Sophie Fontanel nous décrit l’histoire de ses grand-parents fuyant l'Arménie arrivés en France au début des années 1920. La figure centrale est sa grand-mère Méliné pour qui Paris signifie Chanel et la beauté des vêtements. Avec un peu de hasard et parce que Méliné veut y vivre, de Marseille ils rejoindront Paris. Son mari à l’origine poète travaille le bois. Des étoiles dans les yeux, Méliné observe l’élégance dans les rues, reproduit dans son appartement des vêtements. Ses deux filles (dont la mère de Sophie Fontanel) baignent ainsi dans la mode.
En parallèle, Sophie Fontanel nous décrit son expérience nouvelle en tant que directrice de mode au magazine Elle. Et là, beaucoup de situations relatées me sont apparues souvent sans le moindre intérêt. Elle qui a "l'adoration les beaux vêtements" s’interroge sur sa place professionnelle, sur ce milieu où des filles plus que maigres, sans sourire posent et défilent. Nul besoin de regarder les défilés de haute-couture, car sur les sites de prêt à porter on retrouve ces même silhouettes voûtées sans aucune forme. Ce dernier point n’est pas nouveau mais elle l’ose l’écrire comme le superficiel de ce monde hypocrite.
Le naturel de l’écriture qui m’avait plus dans Grandir a un peu de mal à s’imposer ( une impression de tâtonnement) et il faut presque attendre la moitié du livre pour retrouver la liberté de style. Même si Sophie Fontanel a su me toucher à plusieurs reprises, mon avis reste mitigé.
Il y avait nous et les autres. De quel bord étais-je-je ? De mon groupe, de ses destins hétéroclites des gens de la mode, et donc en somme de là-bas, de Brousse, éduquée, méditerranéenne, née de l'exil et du don de soi, ou bien d'ici, de l'immuable ordre des choses, de l'ennui des nantis, fusionnant avec une princesse ?(...) Je constatais devant moi, apocalyptique spectacle la subtilité de jadis dévastée par l'érotisme moderne. Moi aussi je considérais avec dégoût les endimanchés pathétiques, les pique-assiettes. Moi aussi, j'étais une princesse, le cynisme au bord des dents, devant la vulgarité de l'avenir. (...) Directrice de la mode ou pas directrice de la mode, il me fallait rester chez les étourneaux. Les siècles de distinction, eux, ne m'acceptaientt pas. Méliné avait eu ses limites, j'avais les miennes.
Les billets de L'irrégulière, Stéphie, Séverine
Lu de cette auteure : Grandir - L'envie
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