lundi 24 août 2009

NOSTALGIE DES ANNEES PASSEES

Nous y sommes. La dernière ligne droite avant la rentrée scolaire, plus que quelques jours, et vos enfants vont s’armer de leur sac à dos pour le collège et le lycée. Un peu de nostalgie vous gagne…

Terminé les kermesses où vous deviez confectionner des gâteaux. Fini la vente de tickets de tombola que vous remplissiez à votre nom, pour ne pas déranger les voisins mais surtout qu’ils se sentent obligés d’en acheter :
Oh, mais c’est Mme Cambry avec sa fille… Alors, tu es en quelle classe maintenant ?... Deux euros, le ticket, ah quand même….Mais comme tu es bien mignonne, je vais t’en prendre un.

Vous tirez définitivement un trait sur le primaire et sur le mot « maîtresse » à moins qu’un jour votre mari, piqué par une mouche quelconque, en ait une. Evidemment, vous ne le souhaitez pas ni pour aujourd’hui, ni pour demain, ni pour sa crise de la quarantaine, ni quand vous serez tous les deux vieux et tout rabougris. Vous ne lui laisserez aucun prétexte pour s’enticher d’une plus jeune et plus jolie femme que vous, hors de question.

Comme si c’était hier, vous vous souvenez de l’entrée de votre aînée en petite section. La gorge nouée, vous l’aviez laissée à regret. Pour être honnête, vous étiez pratiquement à supplier la maîtresse de rester encore quelques minutes alors que votre fille s’était déjà ruée sur un des pots à crayons feutres. On vous avait pratiquement chassée de l’école et toute la journée vous aviez ressenti un sentiment effroyable de culpabilité. Vous vous étiez rongée les sangs à l’idée qu’un garçon, repéré le matin même, lui pique sa briquette de lait ou pire qu’une des petites filles , jalouse de ses barrettes, lui défasse sa jolie queue de cheval.

En fait, vous auriez pu partir sans dire un mot ou lui faire un câlin, elle ne s’en serait même pas aperçue…

Vous aviez posé une journée de congés pour ce jour mémorable, préparé le repas favori de votre petite fille chérie (jambon, purée) afin de lui éviter la cantine.
A l’heure du déjeuner, vous aviez passé votre temps à la harceler : tout va bien, tu es sûre ?... tu peux tout dire à maman, tu le sais … si tu veux, tu peux rester cette après-midi à la maison …non, tu préfères retourner à l’école ? Ah bon…


Vous aviez capitulé et vous l’aviez ramené, vous, l’âme en peine et elle, toute contente.
A seize heures, vous étiez déjà dans votre voiture sur le parking de l’école. Un signal ressemblant plus à une sirène qu’au son d’une cloche, avait mis fin à vos allers-retours incessants devant le portail. En une bonne demi-heure, vous aviez eu le temps de compter tout ce qui vous entourait : les arbres, le nombre de fenêtres aux maisons, le nombre de rideaux blancs et ceux colorés, les pots de géranium… Un tas de choses passionnantes !


Enfin, vous aviez aperçu entre des dizaines de petites têtes le joli minois de votre fille, vous respiriez, vous vous sentiez revivre. La maîtresse vous avait rassuré : aucun souci et sa première journée avait été une réussite totale. Et là, votre petite chérie vous annonce : je veux manger à la cantine et pas chez Tata.
Comment ? Elle préfère délaisser les bons petits plats de la nourrice pour être déjà avec ses copines le midi.


Ce fut le coup fatal qui vous laissa sans voix et abasourdie. Vous deviez vous rendre à l’évidence : votre petit bébé adoré avait grandi et était enfin prête pour le primaire…

samedi 22 août 2009

LOUISE

Comme tous les matins, le journal attend Louise près de son bol de café, soigneusement plié et bien mis en évidence à côté de la corbeille à pain. Pour être la première à le lire, elle n’hésite pas à mettre son réveil à sonner à six heures vingt précises.

On la sermonne, on lui dit que ce n’est pas une heure pour se lever, qu’elle devrait rester encore au lit mais Louise rétorque que pour rien, elle ne changera ses habitudes. Après avoir vérifié son chignon pour la énième fois, elle s’assoit sur son lit et attend que les aiguilles de son réveil se décident à avancer. Louise n’aime pas attendre et les dernières minutes semblent toujours durer une éternité.

A six heures cinquante cinq précises, elle sort enfin de sa chambre, ferme la porte à double tour et longe le couloir. Des autres chambres, quelques bruits s’échappent comme des discrétions d’église: un robinet qui coule, une voix qui chantonne ou une toux sèche. Elle prend l’ascenseur pour accéder à la grande pièce. Elle se rend directement à sa table et à sa place. Une odeur de café, le rire gai d’une jeune femme proviennent de la cuisine. Louise soupire et regarde sa montre. Il est déjà sept heures passé ! Pourtant, il est écrit noir sur blanc que le petit déjeuner est servi à partir de sept heures. Ah le personnel n’est plus ce qu’il était, aucun respect des horaires. Et puis ce rire, elle le reconnait. C’est celui de Josiane, une petite serveuse pimbêche qui a toujours les ongles recouverts d’un vernis mauve ou d’un rouge violacé, maquillée et fardée à outrance, des breloques autour des poignets qui tintent à chacun de ses mouvements et qui agressent les oreilles. Au lieu de faire des gorges chaudes au commis de cuisine, elle ferait bien mieux de venir la servir.

Louise se mouche pour que l’on remarque sa présence. Toujours personne, alors d’un air pincé, elle dit « s’il vous plait » d’une voix ferme, autoritaire. Enfin, Josiane arrive avec un thermos rempli de café arborant un grand sourire.
-Bonjour, Mme Tanguy, alors on a bien dormi cette nuit ?

Louise ne répond pas et tend sa tasse sans même la regarder.
-Bon, eh bien, bon appétit et bonne journée, dit Josiane en claquant ses talons.

Quelle petite sotte et quel manque de respect ! Louise avale sa première gorgée du liquide fumant et déplie le journal.
Elle regarde distraitement les titres de la première page : un accident de la route qui a fait deux morts, une femme agressée pour dix euros, des jeunes interpellés dans une affaire de cambriolage. Louise hoche la tête et se dit que les enfants ne sont plus éduqués comme avant. On ne leur apprend plus les bonnes manières, ni comment se tenir, il n’y a qu’à regarder Josiane d’ailleurs ! Attifée de jupes trop courtes, les cheveux toujours épars et teints d’une couleur plus que douteuse.

Elle retourne le journal, jette un coup d’œil rapide sur le bulletin météo et cherche entre les pages consacrées aux sports et aux loisirs, sa rubrique préférée. Elle l’a trouvé, son regard devient plus alerte comme celui d’une pie. Elle lit rapidement les noms qui se succèdent mais s’arrête aux lignes suivantes. Une d’entre elles retient toute son attention « la famille remercie le personnel de la maison de retraite Les lys bleus pour tout leur dévouement… ». Elle la relit pour être sûre, sa main cachectique en tremble de joie. Oui, c’est bien cela, il y a une place de libre à l’autre maison de retraite de la ville! Elle en oublie son café et déchire la page des obsèques du journal qu’elle met dans sa poche.

Les maisons de retraite, c’est comme les bonnes adresses de restaurant ou d’hôtel qu’on s’échange. La seule différence c’est qu’il n’y a pas de place pour tout le monde alors quand quelqu’un y décède c’est une chance. Depuis le temps qu’elle en rêvait, elle ne va pas laisser aux autres pensionnaires cette opportunité. Après tout, ils n’ont qu’à se lever plus tôt…

vendredi 21 août 2009

Marie NIMIER "La Reine du silence"

Un auteur qui ose montrer ses failles et qui dit tout sur ses relations avec son père. C’est rare, très rare qu’un écrivain nous fasse entrer dans les vicissitudes de son intimité. Marie Nimier le fait dans « La Reine du silence ». Un livre bouleversant de pudeur où elle confie ses interrogations, ses doutes sur ce père. Il aurait été facile de mettre en avant un type formidable, le père idéal et d’en faire que des éloges mais non, elle met le doigt là où ça fait mal : des remises en question sur l’amour paternel, et sur soi-même.
Comme dans « les inséparables », elle raconte du réel, son vécu ce qui met en avant Marie Nimier en tant que qu’une personne comme vous et moi. Elle ne se place pas sur un piédestal car elle fait part de ses confidences, de sa vie.
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