mercredi 4 novembre 2009

Eric FOTTORINO "L'homme qui m'aimait tout bas"







Je pense qu’écrire sur son père décédé ne doit pas être une chose aisée : faire la part des choses, relater en essayant d’être fidèle à ses souvenirs, être au plus juste dans ses propos. Eric Fottotino ne tombe pas dans le mélodramatique dès qu’il parle de ce mot dur, le suicide, ou tout de qui l’entoure.

Bien sûr dans ce livre, on retrouve le style limpide et fluide d’Eric Fottorino. Les sentiments et les émotions ont une belle part, et je l’ai lu facilement mais ce j’ai retenu c’est le portrait luisant d’un père parfait mis sur un piédestal.

Livre ou exutoire pour l’auteur? Comme pour tenter de se déculpabiliser de n’avoir pas su prêter attention à un signe qui laissait présager les ennuis de son père. Mais quand bien même, il l’aurait remarqué et qu’il l’aurait aidé, est-ce que ça aurait pu changer quelque chose ?
Je n’ai pas la réponse…

dimanche 1 novembre 2009

Lecture "Nouvelles à chute"



Un petit livre qui ne paie pas de mine et qui de surcroit se présente sous la forme d’une des lectures imposées par la prof de français :
-Ce trimestre nous allons étudier tel courant littéraire ou tel auteur, je vous demanderai donc de lire …

La pauvre prof n’avait pas le temps de terminer sa phrase qu’un soupir général, proche du bâillement à se décrocher la mémoire, prenait le relais, montrant ô combien, l’enthousiasme pour les lectures obligatoires. Elle poursuivait son cours pour transmettre son enthousiasme à nous ses élèves qui ressemblions à un croisement douteux d’invertébrés et de concentrés d’hormones acnéiques. Eh oui, pour la bande de futurs bacs scientifiques que nous étions, les cours de français puis de philo n’avaient pas grand intérêt…

A l’annonciation de la phrase fatidique « vous devez lire untel ou tel livre», nous nous avachissions un peu plus en décrétant que ça ne pouvait qu’être nul vu que c’était la prof qui l’avait choisi. Ah, la bêtise de l’adolescence…

« Nouvelles à chutes » aurait pu s’intituler « pépites et trésors » car ces nouvelles sont formidables et superbement écrites. J’ai retrouvé ce que j’aime depuis toujours dans les nouvelles : cet art subtil qui réside à amener le lecteur rapidement dans un lieu, de le plonger dans une tranche de vie puis à l’étonner, à le surprendre par le fin mot de l’histoire. Et pour le lecteur, les différentes possibilités de les aborder, de les lire : se demander, le cœur battant d’impatience, comment sera la chute ou d’attendre sagement pour apprécier d’avantage le final.

Une nouvelle est un bateau sur lequel j’embarque et où je me se laisse guider les yeux fermés par l’auteur. Aux dernières lignes, je souris, je m’amuse de n’avoir pas soupçonné la chute, ou alors je suis complètement estomaquée, sonnée comme le boxeur qui reçoit un dernier crochet et s’écroule sur le ring.

Entassés sous Camus et Sartre, coincés entre Molière et Ionesco, j’ai retrouvé « Bel Ami » et « Une Vie »de Maupassant. Les pages ont bien jaunies depuis la classe troisième ou de seconde mais quel plaisir de les relire avec un œil nouveau.

samedi 31 octobre 2009

LE DEMENAGEMENT DE ROSIE

Et dire que dimanche, je vais enfin le revoir. J’ai hâte, je me sens revivre rien qu’à l’idée d’y penser. C’est que mon fils ne passe plus souvent me voir maintenant. Avant, quand j’habitais encore dans mon ancienne maison, il passait de temps en temps avec Florence, ma belle fille et leur fille Corentine. Mais avec tout son travail, ce n’est facile pour lui de trouver du temps. Et, puis, c’est qu’il a une bonne situation, mon fils !

Il est comme on dit le bras droit de son beau-père à la fabrique, et un jour c’est lui qui sera le directeur. La première fois qu’ils sont venus ici, je voyais bien que mon Bernard serait bien resté encore un peu avec moi mais j’ai entendu Florence lui siffler aux oreilles avec ses grands airs « N’oublie pas que mon père t’attend à la fabrique… On reviendra une autre fois... Pfouu, et puis, regarde ! Oh, non ! Mes nouvelles chaussures vont être toutes tâchées avec cette terre… ». Ils n’avaient même pas emmené la p’tite avec eux…

Pourtant, quand j’étais encore dans ma maison, j’aurais bien aimé que sa mère me la confie de temps en temps.je lui aurais appris à différencier les chants des oiseux, la danse des saisons comme je l’avais fait à son père. Mais Florence veut pour elle la meilleure éducation qu’il existe et moi je ne pouvais rien lui apporter. J’avais été blessé quand elle avait dit « Mais, Bernard, voyons, il est hors de question que cette enfant aille traîner dans une ferme, jouer à même le sol parmi les fientes des poules. Pendant les vacances, elle ira chez mes parents qui mettront à sa disposition ce qu’il y a de mieux». Bernard avait baissé les yeux comme un petit garçon pris en faute. Ma bru est la fille d’un « directeur général » et sa mère est une femme distinguée de la bourgeoisie. Pour sûr, je n’ai pas leurs bonnes manières et je ne parle pas aussi bien qu’eux ! Je me sens toute gênée à côté d’eux… Heureusement, je ne les vois pas souvent. Pour être honnête, je les ai rencontré que pour de grandes occasions : les fiançailles puis le mariage de nos enfants et enfin au baptême de la p’tite. Ca remonte à longtemps car Corentine va sur ses neuf ans. Je pensais qu’ils seraient peut-être venus avec Florence vu que j’ai déménagé mais non.

Heureusement, Simone passe me voir plusieurs fois par semaine quand elle va au marché ou chercher son pain. Simone et moi, on se connaît depuis qu’on est hautes comme trois pommes, on a été élevé ensemble et je l’ai toujours considéré comme une sœur. Ma mère m’a eu tard, à un âge avancé où c’était mal vu d’avoir des enfants. Monsieur le curé répétait que j’étais le déshonneur de mes parents. La pauvre femme ! Elle avait prié toute sa vie pour avoir un enfant et le jour où le miracle se produisit, les mauvaises langues se sont déliées contre elle. Moi ce que je sais, c’est que je n’avais pas demandé à être ici dans ce bas monde. Ma mère avait beau me dire sans arrêt que j’étais un cadeau du bon dieu, je ne l’ai jamais crû. Au contraire, j’ai détesté son Dieu, oh que oui, je lui en voulu d’avoir emporté ma mère quand j’avais à peine huit ans, d’avoir abandonné mon père dans l’alcool et pour finir de m’avoir pris mon mari.

Avec Simone, on ne parle pas de religion sinon on se fâche. Alors, elle me cause un peu de tout de rien : du temps, des anciens voisins, des enfants des autres .Chaque fois, elle m’apporte des fleurs et elle fait même un peu de ménage. Ah, Simone, elle aime la propreté et l’ordre, je me souviens le jour où j’ai aménagé ici, elle rognonnait tout bas pour pas que les autres l’entendent :
-Oh… mais cet arbre là c’est qu’il va perdre ces feuilles, l’automne et ça fera pas propre, faudra balayer…. En plus, dans ce coin, le vent tournoie et dépose toutes les saletés… que de travail !

Même si elle parait bougonne, elle n’est pas méchante bien au contraire. C’était il y tellement longtemps … En ce temps là, Simone habitait encore chez ses parents, pourtant ce n’était pas les prétendants qui lui manquaient. Elle aurait pu se marier avec un gentil gars mais elle disait que les hommes du coin n’étaient que des bons à rien. Paris, elle m’en parlait tout le temps, elle faisait des économies pour pouvoir y partir un jour et s’y installer. Personne d’autre n’avait eu vent de son projet. Et puis, il y a eu ce lundi. J’avais vint-quatre ans et mon petit Bernard venait juste d’avoir un an. Comme tous les lundis, mon mari Jean était parti à la ville. La nuit tombée, il n’était pas encore rentré, puis, je l’ai guetté et attendu en vain. Les gendarmes ont fouillé chaque bosquet, inspecté chaque grange, on ne l’a jamais retrouvé. Pendant deux mois, je le suis rongée les sangs, j’ai prié, j’ai imploré le bon dieu de me le rendre. Oh que oui, la folie m’aurait gagné si Simone ne m’était pas venue en aide :
-T’en fais pas, va, ma Rosie, tu verras ! Je peux travailler comme un homme ... J’te laisserai pas tomber. On va s’en sortir, je te promets.

Et elle l’a fait, elle a sacrifié ses rêves de capitale pour moi et pour Bernard. Elle a passé sa vie à la ferme avec moi partageant les bons et les mauvais moments.

Ah mais, la voilà qui arrive justement, le crissement du gravier sous ses souliers, c’est elle.
-Ah Rosie, il fait un de ces froids de canard ce matin… Oh… Mais ce n’est pas possible ! J’ai nettoyé avant-hier et regarde moi ça, c’est tout sale encore. Moi je te dis, ton fils il aurait pu mettre un peu plus la main au portefeuille pour te trouver un meilleur endroit. Non mais…

Je la laisse rouspéter à son habitude.
-Ton propre fils si ce n’est pas malheureux… et dis-moi depuis combien de temps il n’est pas venu te voir hein ? C’est parce qu’il se laisse marcher dessus par sa femme et sa famille ! C’est une honte voilà ce que j’en dis !

Si on lui tient tête, elle s’énerve et ce n’est pas bon pour son cœur, alors je préfère la laisser dire.

-Je suis certaine que tu dois lui trouver encore des excuses, hein, pas vrai, ma Rosie ? Il n’est pas venu une seule fois ! Onze mois déjà que l’on t’a enterré et pas une visite de sa part!

Elle s’agite, remet en place quelques fleurs puis avec un éclat de malice dans les yeux, elle rajoute :

-Mais, dis-moi, maintenant, tu dois quand même remercier le bon dieu, non ? Parce que si la Toussaint n’existait pas et bien, ton fils il ne viendrait jamais te voir alors qu’il n’habite qu’à cinq kilomètres du cimetière …

Ah je savais bien qu’il ne fallait pas qu’on parle de religion avec Simone….
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