jeudi 3 décembre 2009

Marie Sizun "la femme de l'Allemand"













Encore une lecture qui m’a balayée… Je ne sais pas si cette histoire de « la femme de l’allemand » est basée sur du vécu. Peut-être. Ou sûrement parce que pour pouvoir parler de la sorte de son enfance, il faut l’avoir non pas effleuré du bout des doigts mais ressenti. Vous pensez que je fais dans la sensiblerie ou dans la mièvrerie ?

Ma mère était folle. Oui, elle était maniaco-dépressive. Imaginez-vous un instant sortir cette phrase de votre bouche. Que ressentez-vous ? De la honte, de la gêne ? Et maintenant que pouvez-vous lire dans les yeux de vos interlocuteurs ? De la stupeur, de l’incrédulité, de la surprise ou alors vous devinez la question qui leur traverse l’esprit mais qu’ils n’oseront jamais dire tout haut « mais la folie c’est héréditaire, non ?».

Mon père ? Je suis une enfant née d’un amour impossible lors de la seconde guerre mondiale. Nul besoin d’en dire plus, laissez-leur le temps d’accuser le coup.

Et vous ? Comment l’auriez-vous vécu ? Question difficile, voire taboue. Chut, on ne parle pas de ces choses là, c’est trop dur… comme si juste les évoquer à demi-mots pouvait amener le malheur.

Dans ce livre, Marie Sizun le raconte à sa façon si juste, si parfaite. Elle raconte cette différence et comment on grandit avec malgré le reste : les questions, la culpabilité, les doigts accusateurs ou les regards méprisants.

Un livre bouleversant à lire absolument.

dimanche 29 novembre 2009

Erik Orsenna "La chanson de Charles Quint"



Avant de lire ce livre, je me représentais Erik Orsenna comme un justicier moderne de la langue française. Le Zorro du plus que parfait du subjonctif, la grammaire à la boutonnière et laissant signe de son passage, non par le célèbre Z, mais la farandole joyeuse de chou-genou-bijou-hibou-caillou-joujou-pou. Et s’il vous plaît, écrite du bout de son épée.

Dans « la chanson de Charles Quint », on découvre l’homme sans sa panoplie grammaticale. Erik Orsenna met à nu ses sentiments après la mort de sa femme. Un homme partagé entre la douleur, le savoir et la science et qui cherche inlassablement la réponse à la question « où est-elle maintenant? ». Pour pouvoir vivre à nouveau, il lui faut trouver non pas la vérité mais sa vérité.
Entre ses errances et sa quête, on lit, les larmes aux yeux, une de plus belles déclarations d’amour.

Merci Monsieur Orsenna pour ce si beau livre….

mardi 24 novembre 2009

EDEN CHIMIQUE

Le paradis artificiel de la non souffrance…. Jolie phrase de Françoise Sagan qui résume mon état ce soir.

Mon Eden chimique a en effet quelques effets secondaires : nausées, vertiges, troubles de la concentration et de parole… Ma pensée s’effiloche aussi vite qu’elle se construit. Impossible d’aligner trois mots et de les retenir, ils partent aussi vite qu’ils sont venus. Je suis obligée de les prononcer tous bas de peur qu’ils ne s’échappent. A peine sont ils dessinés sur mes lèvres qu’ils s’évaporent. Trop tard.
Me voilà à soliloquer toute seule comme une vieille folle !

Un nouveau traitement, puis un autre pour tenter de diminuer la douleur.

Est ce le prix à payer pour ne pas avoir mal ?

Alors, je m’adresse à vous Messieurs les Spécialistes,
Depuis plus de huit ans, je me promène avec une pancarte autour du cou et croyez-moi, je m’en passerais bien. Si j’avais été un chien, j’aurais eu le droit aux caresses de quelques mémés attentionnées, au regard rieur des enfants ou à des remarques d’ordre purement esthétiques « mais c’est qu’il beau ce chien ! Quel pelage » et autres compliments réservés aux canidés.

Mais, voyez-vous, je n’en suis pas un. Quel chien d’ailleurs pourrait écrire à moins d’être doté de la pensée et de la réflexion. Ce n’est pas le propos de ma lettre … je digresse, excusez-moi.

Ma pancarte est cachetée, estampillée d’un tampon « fibromyalgie atypique ». Ca vous laisse perplexe et moi donc, vous m’en direz tant. Ce titre ne m’apporte ni respect ni honneur. Je ne peux même pas me promener fièrement et m’en vanter.

Pire, je dois fournir des explications sur mon pedigree.
Humiliant et frustrant.

Je suis lasse de m’épier, eh oui, je dois scruter en permanence la crise. Anticiper toujours et au mieux si c’est possible, et se cacher quand le mon corps lâche, ivre de douleurs. Je n’aime pas me montrer en spectacle… je ne suis pas un chien de cirque.
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