La saison des bals littéraires a commencé aujourd'hui. Le prix Goncourt a été attribué à Alexis Jenni pour son premier roman L'Art français de la guerre aux éditions Gallimard. Et Emmanuel Carrère se voit décerner le prix Renaudot pour Limonov aux édition P.O.L..
Rappelons que Limonov existe. Ecrivain lui-même, personnage à plusieurs facettes et ayant longtemps couru après la gloire. Emmanuel Carrère a un talent de narrateur hors pair et j'ai vraiment aimé ce livre ! Donc, je suis sincèrement contente qu'il ait remporté ce prix!
Et puis, j'ai une pensée pour Limonov (un drôle de personnage quand même) car le récit de sa vie a contribué à cette distinction.
mercredi 2 novembre 2011
mardi 1 novembre 2011
Pascal Quignard - Les solidarités mystérieuses
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Octobre 2011 - 252 pages envoûtantes...
Venue à Saint-Lunaire pour le mariage d’une petite cousine, Claire, une traductrice quarantenaire, redécouvre les lieux de son enfance. Le granit, la lande, les genêts, un monde baigné par la mer et le ciel. Elle rencontre son ancienne professeure de piano Mme Ladon qui lui propose de l’héberger. Son appartement cossu de Versailles vendu, elle rompt les ponts avec son ancienne vie. Libre, elle arpente toute la journée les chemins de la terre sauvage quand elle ne guette pas Simon, son amour de jeunesse. Paul, son frère la rejoint. Claire et et Paul, la sœur et le frère élevés séparément se retrouvent.
Ce livre magnétique à l’écriture elliptique rend grâce aux paysages de la baie de la Rance et aux relations où l’on se comprend par un regard ou à demi-mots. Solidarités mystérieuses quand une sœur et un frère qui se connaissent si peu, se complètent et s’épaulent. Ou plutôt lorsque Paul vient aider Claire toujours amoureuse de Simon désormais marié. La femme de ce dernier, jalouse, met le feu à l’ancienne ferme que madame Ladon prête à Claire. Et Paul arrive au secours de cette sœur, au chevet de Claire avec qui il ne partage que peu de souvenirs. Mais, il existe des liens ténus et invisibles. Il y a longtemps, Claire a rompu ceux du mariage, fuyant son rôle de mère. Juliette, une de ses filles devenue adulte vient à sa rencontre. Sans haine, juste pour passer du temps avec elle et la connaître. Claire s’émacie à marcher des heures durant, à guetter Simon collée à la pierre. Le frère et la sœur deviennent des personnages sculptés par l’air marin en quête d’une paix intérieure et extérieure. Ils se comprennent par un regard, ou par un simple geste. Claire se métamorphose, silhouette cherchant à se fondre dans cet environnement sauvage qu’elle veut protéger. Madame Ladon se meurt, Paul noue une relation amoureuse avec un prêtre. Je n'en dirai pas plus pour que chacun ait le bonheur de découvrir ce roman aux accents énigmatiques!
Une construction où différents narrateurs interviennent par un jeu d’entrelacs subtils. Plus une histoire qui personnifie la nature en nous offrant des descriptions magnifiques sur un paysage caméléon. Alors oui, j'ai pris mon temps pour savourer ce livre. L’écriture épurée de Pascal Quignard distille une harmonie très sensuelle qui se délecte et dont on s’imprègne. Certains diront ennui et je répondrai beauté de ce que l'on devine.
Une lecture riche et envoûtante. L'auteur nous ouvre les portes sur un univers sobre et puissant, simple et terriblement beau ! J'ai été très touchée et j’ai refermé ce roman avec un sentiment de sérénité profonde. Un moment rare de lecture !
Un grand merci à Julien (un de mes libraires) qui une fois de plus a vu juste avec ce livre "fait pour moi".
Elle marcha des mois entiers, tout l’été, dans une joie intense. Elle partait toujours de la lande, dans l’obscurité brune de la lande, dans la première pâleur du jour, elle descendait les roches. Ou encore elle remontait après le dîner. La lumière était soit incertaine, dorée, granuleuse, fabuleuse. Ou toute brune ou noire. ( …) Avec l’obscurité soudaine, elle se trouvait aussitôt prise de vertige. Elle s’agrippait à la rampe de fer. Elle ne la quittait plus des doigts. Elle ne cherchait plus à voir au-dessous d’elle les toits d’ardoise et les petites silhouettes des hommes devenues si précises.
dimanche 30 octobre 2011
Jonathan Franzen - Freedom
Éditeur : Editions de L'Olivier- Date de parution : Août 2011 - 718 pages
Voilà un livre qui n’est pas passé inaperçu par les réactions qu’il a suscitées : déception, abandon ou engouement.
Des années 1970 à 2010, le lecteur suit la famille Berglund et Richard, le meilleur ami des parents.
Patty est d’abord tombée amoureuse de Richard, chanteur emblématique d’un groupe de rock pour finalement se marier avec son ami Walter. Les contraires s’attirent et si Richard est un tombeur aimant les filles, son ami Walter est un étudiant consciencieux. A vingt ans, Patty, étudiante et basketteuse voit sa carrière se terminer par un accident. Les mois passent et elle se rapproche de Walter ( à défaut de Richard). Plutôt que de retourner chez ses parents avec qui elle ne s’entend pas, le mariage avec Walter lui offre une échappatoire. Quelques années plus tard et deux enfants en plus Joey et Jessica, Patty a tout pour être heureuse mais ne l’est pas. Walter l’adore. Walter le gentil, Walter l’aimable et souriant. Lorsque Joey, adolescent, décide de quitter le toit familial, Patty s’écroule entraînant dans son sillage Walter. Patty avec ses excès, sa démesure de sentiments est la figure pilier de ce livre. Alternant les récits sur chacun des personnages et la truculente autobiographie de Patty (son sens de la répartie m’a souvent régalée), il y a de quoi donner de l’eau au moulin. Mais, ce livre manque à mon goût de surprise. Tout est terriblement prévisible du point de vue de l'histoire et des personnages. ll s’agit du principal reproche que je ferai à ce livre.
Dans de nombreux romans, la faille du rêve américain et ses laissés pour compte sont mis en avant. Ici, il s’agit d’une société qui est décortiquée. Une société dans son contexte global. Sous plusieurs présidents avec des orientations politiques et en prime une guerre en Irak. Une société avec son économie libérale qui permet à de grands adolescents comme Joey de jouer au Monopoly frauduleux avec de vrais billets de banque et de décrocher gros.
Alors certes, Freedom est un livre qui n’est pas parfait mais au moins il ne nous dresse pas un beau et grand portait de société et de la famille pour nous faire plaisir. Si certains préfèrent garder leurs œillères, d’autres ont des sursauts de conscience (et quand cette bête se réveille, c’est affreux). Et, la famille Berglung ne passera pas à travers les mailles du filet. Un roman dense qui quelquefois peut donner l’impression de longueurs ou de partir dans tous les sens tant il y a à dire.
Malgré mes bémols, à aucun moment, je n’ai eu envie de l’abandonner. Un roman largement plus agréable à lire qu’une encyclopédie sur le changement de la société américaine durant ces quarante dernières années...
Les billets de Keisha et de ClaudiaLucia qui tous deux renvoient à d’autres liens.
Merci à Price Minister pour cet envoi.
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