mardi 8 novembre 2011

Carl Friedman - Mon père couleur de nuit

Éditeur : Gallimard ( collection Folio) - Date de parution : 2003 - 143 pages et un coup de poing...

Il ne le nomme jamais par son nom. Ca s'appelait Trebibor, Majdawitz, Soblinka ou Birkenhausen. Il dit "le camp" comme s'il n'en avait existé qu'un seul. "Après la guerre, dit-il, j'ai vu un film sur le camp. Des prisonniers étaient en train de se faire frire un œuf pour le petit-déjeuner". De la paume de la main, il se frappe le front. "Un œuf ! dit-il d'une voix acérée. Dans le camp !". Le camp est donc un endroit où on ne se fait pas d'œufs. Plus encore qu’un endroit, le camp est un état.

Mon père couleur de nuit  s’ouvre sur ces lignes. Le ton est  donné. Le père d’Hannah est revenu des camps de concentration. Nous ne savons pas où habite la famille. Jochel, ce père miraculé , son comportement et surtout ses  propos sont une énigme pour Hannah et ses deux frères. Découpé en chapitres très courts qui sont autant de bourrasques violentes d’émotions, ce livre opposé toute l’horreur des camps  à l’innocence des enfants.  Le père d’Hannah raconte  à demi-mots.  Il suffit d'un détail qui fait ressurgir ce passé proche. Entre des nuits toujours hantées par les souvenirs de « là-bas » et l’incompréhension quelquefois maladroite  de ses  enfants, les digues rompent sous la colère ou  l’incompréhension mutuelle. Avec son amour sincère et pur, Hannah veut aider son père à aller mieux. Elle-même se retrouve confrontée à l’incrédulité de ses camarades ou de son institutrice.

Ceux et celles qui ont lu et aimé Skoda apprécieront à sa juste valeur ce livre.  
Une lecture comme un coup de poing et qui fait très mal… 

Ce petit livre m’a estomaquée ! Sans fioriture mais avec une extrême tendresse, il dégage un concentré d’émotions ! Je le redis mais je ne m’attendais vraiment pas à ce choc…

lundi 7 novembre 2011

Goncourt des Lycéens 2011 pour Carole Martinez ! Yes!!!!

Le Goncourt des Lycéens 2011 est attribué à la talentueuse Carole Martinez pour Du domaine des murmures ! Et je suis contente (comme beaucoup d'entre vous)!!!!!

Yes!!!!!

J'ai eu la chance de la rencontrer deux fois en tête en tête et de lui poser quelques questions ( c'est  ici) Aifelle, Canel, Constance  , Géraldine, Valérie (il me semble)  l'ont entendue parler de son livre ou du précédent Le cœur cousu (son premier roman) et elles seront d'accord avec moi, il s'agit d'une auteure généreuse et passionnée!

Valentine Goby - Banquises

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2011 - 247 pages 

Vingt-huit ans après  la disparition de sa sœur Sarah, Lisa mère de famille part pour le Groenland. Elle avait quatorze ans quand Sarah âgée de  vingt-deux s’est envolée pour Uummannaq et n’est jamais revenue. Disparue mais majeure ont répondu les autorités  à ses parents. Depuis vingt-huit ans sa mère s’est figée dans un hypothétique moment au cas où Sarah reviendrait. Lorsque son père entame les démarches administratives pour que Sarah soit officiellement déclarée décédée, le passé ressurgit pour Lisa. Il lui faut suivre, marcher dans les pas de Sarah sur la banquise.

Si je m’étais perdue dans l’écriture de Qui touche à mon corps,je le tue ici l’écriture de Valentine Goby m’a accrochée ! Avec des phrases qui interpellent, des métaphores très belles , ce roman au style vif style est  sans temps mort. Comme s’il s’agissait d’une course après le temps.  Justement  les banquises fondent et Lisa, vingt-huit ans après la disparition de Sarah, éprouve ce besoin d’aller là où  sa sœur s’est rendue avant de disparaître. Sarah partie pour six semaines au Groenland n’est  jamais réapparue et n’a jamais donné aucun signe de vie à sa famille.  L’attente  a commencé à partir de ce jour, une attente de chaque instant qui a pris toute la place. Etouffant Lisa, empêchant le deuil. Mot tabou même en pensée car sa  mère espère encore et toujours.  Les souvenirs de  Lisa ponctuent  ce présent où le grand Nord se meurt, où les banquises disparaissent  entraînant avec elles  les populations locales. 

Dans ce livre,  où l’écriture imprime la rétine et l’esprit, le long quotidien de la famille de Sarah avec  son lot de doutes, d’espoirs et de sentiments inavouables raconté par Lisa m’a touchée. Une histoire criante de douleurs dans un contexte environnemental bien réel. Le décompte a commencé semble nous dire Valentine Goby, réveillons-nous, tout comme la mère de Sarah ne voulait pas que sa file tombe dans l’oubli.

Et puis, à la dernière page, j’ai eu cette impression que le voyage de Lisa n’était par totalement terminé et je suis restée un peu sur ma faim...
Mais, les émotions m'ont prises à la gorge et j'ai vraiment aimé l'écriture !

Vingt-huit ans plus tard, le poids du passé leste davantage encore l'idée de l'envol. Comme elle est pleine, Lisa, de son histoire. Comme elle la porte, l'a portée.Comme elle l'entrave; voyez-vous la voussure de ses épaules.  

Elle voudrait que Sarah se soit assise là. Elle y vient à toute heure, multipliant les chances d'une expérience commune à vingt-huit ans d'intervalle, une minute où se frôler sur le rivage, où la même lumière les saisit ensemble dans une photo jamais prise.

Les billets de Choco, Cuné, Gambadou et Yv


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