vendredi 30 mars 2012

Kéthévane Davrichewy - Les séparées

Éditeur : Sabine Wespieser - Date de parution :

Alice et Cécile se connaissent depuis le plus jeune âge et sont soudées par une amitié fusionnelle entamée au collège sous la France de Mitterrand. Un peu plus de trente plus tard, cette  amitié possessive, unique s'écrit au passé, enterrée par toutes les deux.

Ce roman alterne des flash-back depuis les années quatre-vingt  et le présent des deux femmes trente ans plus tard. Issues de milieux différents, Alice et Cécile nourrissent leur adolescence de lectures et de musiques. Leur amitié si forte et si précieuse est entière. Devenues quinquagénaires, leur amitié n’aura pas résisté aux lézardes qui se sont formées. Même si comme dans un couple, elles auront tenté de braver les creux en espérant retrouver cette complicité perdue. Il n'y pas une seule  raison qui a provoqué la fin de cette amitié mais l’amoncellement de petites couches empilées de non-dits, de concessions faites et  regrettées, de remords enfouis et de jalousie. Ce qui les liait n'a pas été remplacé par de l'indifférence. Pire, cette  amitié forte tissée sur des années a laissé place à de la rancœur. Le présent est bien loin des jours heureux. Alice est désœuvrée. Elle vient de clore son histoire d'amour qui durait depuis plus de vingt ans tandis que Cécile est plongée dans un coma profond suite à un accident.

Le ciment et les failles de cette amitié se nichent dans une écriture toute en finesse.
Après la mer noire, toujours avec sensibilité,  Kéthévane Davrichewy nous parle du cheminement intérieur de deux jeunes filles devenues des femmes : les espoirs, les pensées  non avouées à l'autre, les rêves, la part du jardin secret que chacun préserve,  les désillusions multiples. Des sentiments complexes ressort une émotion qui est palpable!  Encore une belle lecture qui m'a touchée et qui a réveillé bien des souvenirs sur de nombreux plans…

Cécile était une disparue. Le fait qu'Alice puisse la croiser en chair et en os n'y changeait rien. Le plus difficile était la solitude. Elle avaient été deux. Le moindre détail du quotidien avait été partagé, le dîner des enfants, leurs projets professionnels, les rendez-vous chez le coiffeur, les gens qu'elle voyaient, les films qu'elles voyaient, les livres qu'elles lisaient, leurs relations avec leurs maris. Les pensées d'Alice se heurtaient désormais à l'écho.

De nombreux avis (différents) sur Babelio

jeudi 29 mars 2012

Yasunari Kawabata - Les pissenlits


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Février 2012 - 246 pages

Ineko atteinte de cécité partielle est confiée à un hôpital psychiatrique. Cette étrange maladie l’empêche de voir des objets ou des parties du corps par moments. Sa mère et son amant Hisano l’y ont laissée et sur le chemin du retour, leur conversation les amène à aborder différents sujets.

Ce livre est un inachevé donc il ne faut pas s‘attendre à y trouver une fin en bon uniforme. Hisano ne peut regretter que la mère d’Ineko est choisi l’hôpital psychiatrique pour la soigner. Rempli de remords, il ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait pu l’aider à guérir. Temporairement, certaines parties du corps de son amant deviennent invisibles aux yeux d’Ineko. L’établissement situé loin de la ville est réputé pours ses soins et sa tranquillité. Mais Hisano ne veut pas la laisser immédiatement et il propose à la mère d’Ineko de rester une nuit au village le plus proche. Tous deux parlent de la mort accidentelle du père d’Ineko survenue alors qu’elle était enfant et en sa pérsnece. Cette vision serait-elle à l’origine de sa cécité partielle? Et si le destin avait été autre, quel serait le présent aujourd’hui ? Sur le chemin qui les mène au village, tous deux sont victimes d’hallucinations comme l’avait été le père d’Ineko à la fin de la guerre. Il trouva la vie sauve grâce à la  vision d’une jeune fille. De questions en digressions, Hisano et la mère d’Ineko s’interrogent.

Dans une écriture elliptique qui fait appel aux sens, ce livre est une réflexion sur la mort, la folie et le conséquences des actes accomplis ou non. Si le rythme instaure une forme de tranquillité propice à la réflexion,  j'ai été néanmoins déconcertée par certains passages axés sur la philosophie métaphysique du qui suis-je dans ce monde et pourquoi... 


mercredi 28 mars 2012

Nathalie Hug - La demoiselle des tic-tac


Éditeur : Calmann-Lévy - Date de parution : Mars 2012 - 201 pages convaincantes ! 

1937. Rosy  et sa mère « Mutti » ont quitté l’Allemagne pour la Moselle. La grand-mère-paternelle de Rosy les héberge. Oncle Edy, le frère de son père et sa fille vivent également dans la maison de la grand-mère. Rosy subit humiliations et vexations à cause de ses origines pourtant Mutti ne cesse de lui affirmer que ce territoire appartient à l’Allemagne. Deux ans ans plus tard, Rosy n’a pas avoir peur mais en 1944, tout bascule à nouveau. Mutti et Rosy se cachent dans une cave pour se protéger. Avec l’arrivée des Alliés, la population pourrait les tuer. Mais le bâtiment s’effondre alors que sa mère venait juste sortir chercher des vivres. Rosy se retrouve seule et bloquée dans la cave.

Avertissement  : évitez la quatrième de couverture qui en dit beaucoup trop.
 
Rosy âgée de onze ans est une victime des guerres qui ont secoué la France. Prisonnière dans la cave, Rosy n’a que ses souvenirs pour lui tenir compagnie. Les bons et les mauvais même si les bons sont plutôt  rares. Ses moments de bonheur sont ceux passés avec Oncle Edy et Andy, son seul et  unique ami qui l’a toujours défendu face aux autres enfants. La figure paternelle manquante est remplacée par Oncle Edy mais celui-ci est parti combattre en 1939 à côté des Français.  La France, l’Allemagne : deux noms de pays qu'elle entend souvent. Déformés quand on l’injurie ou dit avec ferveur par grand-mère Oma Chouchou patriote française qui ne l'aime guère et par sa mère Mutti, autoritaire et sèche, fervente adepte d’Hitler.  Quelques mois après le départ  d’Oncle Edy, la Moselle est de nouveau sous la coupe Allemande. Un répit de courte durée pour Rosy car les Alliés pilonnent la région en 1944.
Les guerres ont disloqué sa famille et Rosy porte ce fardeau depuis son arrivée en France. Car personne dans la région n’a oublié  l’annexion en 1871.   Dans cette cave, elle qui rêvait de devenir secrétaire du Fürher est désormais rongée par les doutes, tiraillée et ne sait plus quoi penser des discours de sa mère. Les jours passent, Rosy n’a quasiment  plus de vivres. Elle trouve le livre que se mère protégeait soigneusement "Mein Kampf" et des lettres. Dans ces dernières, Rosy va découvrir certains mensonges des adultes, des mensonges qui bien entendu font très  mal. 

Cette histoire est celle d’une  enfant victime de ses origines qui s’est trouvée au mauvais moment et au mauvais endroit. Mais c’est  également celle d’une enfant victime des vérités tues au sein de la famille.  J’ai lu ce livre d’une seule traite parce qu’il s’en dégage beaucoup d’émotions et parce qu'il  y a une question qui revient sans cesse à l’esprit : est-ce que Rosy va  s’en sortir vivante ? 
Rosy subit les convictions politiques des adultes qui  s’entrechoquent. Un des atouts de ce roman est l’authenticité !  Car on a ce sentiment  de lire les pensées  d’une fillette de onze  ans en  1944 et qui par la force des choses n’a  pas pleinement vécu son enfance.  Avec beaucoup de justesse , ce livre nous parle de la guerre, de la haine, de la différence !

De temps en temps, Oncle Edy évoquait ce fâcheux épisode du cerf-volant en ces termes : Rosy, ce n'est pas la  faute aux enfants, il se raconte de mauvaises choses sur l'Allemagne et Hitler en ce moment, et les gens ont peur. Ils ont peur de la guerre. Ils ne veulent plus vivre ça. 

Un grand merci  à Dialogues croisés ( fournisseur de bonheur) ! 



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