mercredi 1 août 2012

Joe Keenan - Un mariage à la mode


Éditeur : 10 x 18 - Date de parution : 2004 - 364 pages burlesques et sans temps mort !

Gilbert Selwyn, romancier homosexuel New-yorkais et Moira Finch, une petite peste sont tous deux attirés par l’argent. Et pour en avoir,  Ils mettent au point une combine : se marier pour avoir des cadeaux  des familles respectives dont les comptes en banque sont bien garnis. Le beau-père de Gilbert est  un homme d’affaires qui a réussi et la mère de Moira , mariée à un duc devront supporter et s'acquitter de de leurs appétits financiers. Mais, rien ne se passe comme prévu.

Si vous cherchez un livre burlesque, sans temps mort et qui se dévore, ne cherchez pas plus loin !  Sans être un chef d’œuvre qui marquera l’histoire de la Littérature ( avec un grand L), et bien, ce livre  fait travailler les zygomatiques et se lit avec délice ! Quand un romancier homosexuel notoire qui passe plus de temps à faire à la fête qu’à écrire et qu’une pique-assiette teigneuse décident de se marier, cela donne un mélange complètement explosif. Déjà, il faut convaincre l’entourage que Gilbert est devenu hétérosexuel et préfère désormais la compagnie des femmes. Ils s'y emploient avec zèle en simulant disputes puis réconciliations  comme les jeunes couples couples d'amoureux et les plus réticents n’y voient que du feu. Leu plan consiste à convoler en justes noces, puis divorcer au bout de quelques mois en se séparant l'argent reçu en cadeau.  Mais le beau-père de Gilbert travaille dans un milieu où étrangement on meurt souvent de façon accidentelle. Entendez par là que la mafia n’est pas loin. Ajoutez-y une duchesse assez mystérieuse, de l’action,  des rebondissements, une bonne dose d’humour et vous obtenez ce livre déjanté ! Je n’en dirai pas plus sur l’histoire pour ne pas vous gâcher les nombreuses surprises!

Même si quelquefois les ficelles sont un peu grosses, il n'y a aucune raison de se priver de ce roman diablement rythmé, gai et pétillant!


mardi 31 juillet 2012

Michel Canesi et Jamil Rahmani - Alger sans Mozart


Éditeur : Naïve - Date de parution : Avril 2012 - 455 pages et une belle découverte!

1954, alors que l’Algérie connaît ses dernières heures de quiétude avant la guerre d’indépendance, Louise Baraka est une jeune fille française insouciante. Elle tombe amoureuse de Kader, un étudiant brillant sans le sou. Sa famille refuse cette union mais Louise éprise de l’Algérie et de Kader ne lâchera pas prise. Soixante plus tard, Louise vite terrée et seule dans son appartement délabré. Elle fait la connaissance de Sofiane,  un  jeune adolescent qui rêve de quitter le pays.

A travers ce roman choral qui se déroule de 1954 à nos jours, on découvre l’Algérie à travers plusieurs personnages. Principalement Louise. Elle l’amoureuse de l’Algérie qui n’a jamais pu la quitter. Sans renier ses origines française, elle a toujours considérer l’Algérie comme son pays. La belle jeune fille a toujours soutenu son mari Kader devenu médecin même contre sa propre famille. Délaissée puis abandonnée par ce dernier, Louise ressasse ses souvenirs. Désormais, elle vit terrorisée dans une ville qu’elle ne reconnaît plus. Son neveu Marc producteur de cinéma vivant à Paris lui donne rarement des nouvelles. Suite au décès de sa mère, Sofiane un jeune adolescent algérien se rapproche de Louise. Quand il apprend que son neveu est producteur de cinéma, il voit une chance de rejoindre Paris et surtout d’accéder à une vie meilleure. Louise l’amène à réfléchir sur la place de la religion, sur les erreurs commises par les deux pays et les liens qui les unissent. Leurs différences, le vécu de Louise, l’intérêt calculé de Marc, tous ces points vont permettre à Sofiane de grandir, de se forger ses propres opinions.
Si j’ai été extrêmement touchée par Louise et par son histoire, par Sofiane et par ses rêves, j’avoue que le personnage de Marc m’a laissée assez froide. Le personnage de Louise est la clé de voûte de ce roman, elle qui n’a pas peur de parler sans ambages d’extrémisme religieux.  

Les auteurs mettent le doigt là où ça fait mal mais avec intelligence. Les références historiques sont inclues avec le contexte et sans jamais essayer de sans donner de leçons . Surtout, ils donnent au lecteur toutes les pistes nécessaires pour qu’il puisse tirer lui-même ses propres conclusions et penser à ce que l'on appelle l’avenir. 
Ce livre est bel hommage aux pieds-noirs et ceux qui chérissent  la liberté et la tolérance ! A découvrir et à faire découvrir autour de soi ! Un livre que j'ai refermé le cœur pincé ...

Merci à Babelio pour ce livre, à l'éditeur de m'avoir expédié un second exemplaire ( le premier s'étant perdu dans les méandres postaux) et à Alex de m'avoir prêté son exemplaire !

dimanche 29 juillet 2012

Steve Tesich - Karoo

Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture - Date de parution : Février 2012 - 607 pages magistrales! 

Rien ne me prédestinait à lire Karoo. Quand je vois un large bandeau où de nombreux éloges s‘étalent, j’ai tendance à fuir, mais voilà, il y a Julien. Julien, un de mes libraires chouchous qui au vu de ma mine dubitative, m’a demandé : « vous ne l’avez pas encore lu ? ». Et comme il existe une équation littérature  qui dit que quand Julien aime, j’aime, je ne pouvais pas faire autrement que de partir avec. A l’arrière du bandeau, il est écrit Libraires, lecteurs, si vous n’aimez pas ce bandeau, vous pouvez le retirer, le livre sera toujours aussi  bon, et je confirme !

Alors comment vous parler de roman hors norme, de cet OVNI littéraire qui m’a scotchée pendant plus de 600 pages ? Cela fait plusieurs semaines que je l’ai lu, incapable d’écrire quoi que ce soit tant j’ai été époustouflée par ce tourbillon où se mélangent l’haleine de Saul Karoo empâtée d’alcool, de cigarettes et le paraître, l'argent. Car nous sommes à Hollywood, lieu de cinéma où la vie se joue comme dans un film où tous les coups sont permis. Se définissant  lui-même comme un écrivaillon, Karoo réécrit des scénarios. Bons ou mauvais, sans aucun état d’âme ou si peu, il y laisse son empreinte. Cinquantenaire, séparé de sa femme, il se défile sur tous les plans. Mauvais mari, père lamentable, sa relation avec son fils Billy étudiant est inexistante. Pire, il se cherche des prétexte ou en invente pour éviter ne serait-ce qu’une conversation avec lui.  Karoo est devenu très habile pour retourner sa veste dans le milieu du cinéma comme dans sa vie personnelle.  A force de boire,  l’alcool ne lui fait plus aucun effet et quand le public attend de lui son "show",  il fait semblant d’être ivre. Lorsque le producteur Jay Cromwell lui propose de  retravailler pour lui, Karoo accepte allant à l’encontre une fois de plus de ses soi-disant principes.  En visionnant le film non monté d’un réalisateur dont Crowell s’est débrouillé pour avoir les droits, Karoo reconnaît une serveuse à sa voix. Pas n’importe quelle serveuse car il s'agit de la mère naturelle de Billy que lui et Dianah ont adopté à sa naissance. Karoo se met en tête de la rencontrer mais surtout de réunir la mère et le fils en y voyant l’acte grandiose de sa vie. Sa collaboration à ce film va le mener au sommet de sa carrière mais l’entraîner dans une chute vertigineuse.
Dans cette grande comédie humaine,  Karoo danse dangereusement au bord  du gouffre pour y retirer une satisfaction purement égoïste. Se croyant à l’abri de tout et surtout du pire, narguant l’existence, il va sombrer lamentablement.

Roman  jubilatoire, cynique, tragique et émouvant, j’ai éprouvé tour à tour de l’antipathie et  de l’attachement envers Karoo. Personnage pathétique, terriblement humain qui a voulu voler de façon illusoire à voler trop près du soleil, les pieds fermement attachés dans une forme de bassesse dorée.
On se prend une claque en pleine figure ! La  dérision, l’absurdité et le prix  de la rédemption à payer sont féroces. Un livre puissant  et à part où Steve Tesich captive son lecteur ! Du grand art !

Ce goût dans ma bouche. Comme si ma salive avait le goût de la salive d'un autre. Des humeurs, me dis-je, c'est tout ce que j'avais.  Des humeurs décroissantes. Des humeurs croissantes.  Je ne pouvais m'accrocher à rien. Je n'étais plus, me rendis-je compte, un être humain et cela faisait probablement longtemps que je ne n'en étais plus un. J'étais devenu, au lieu de ça, un nouvel isotope de l'humanité qui n'avait pas encore été isolé ou identifié. J'étais un électron libre, dont la masse, la charge et la direction pouvaient être modifiées à tout moment par des champs aléatoires sur lesquels je n'avais aucun contrôle. J'étais l'une des balles perdues de notre époque.

Le billet d'Antigone et celui d'ICB qui renvoie à d'autres liens.

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