jeudi 6 septembre 2012

Gary Victor - Maudite éducation


Editeur : Philippe Rey - Date de parution : Août 2012 - 287 pages et un rendez-vous raté...

Ce  roman est initiatique à plus d’un titre. A travers le personnage de travers Carl Vausier, adolescent à Port-au-Prince dans la fin des années 1970,  l'auteur aborde de nombreux thèmes. Carl compte assouvir sa soif de quête sexuelle.  Il s'agit d'un adolescent comme tant d’autres animé par le désir d’explorer ce territoire inconnu qu’est le sexe. Alors qu'il s'adonne à des plaisirs solitaires dans la bibliothèque de son père, seul lieu de la maison offrant une intimité, son père le surprend. La honte d'avoir désobéi à ce père qu'il respecte et qu'il craint ne le quittera plus.  Carl poursuit son apprentissage  dans les quartiers malfamés  de la ville et s'offre le plaisir monnayé dans les bras des prostituées. Ces dernières lui racontent des histoires où les personnages semblent être à la  croisée des chemins du réel et du conte. Doté d’une belle plume et  d’un imaginaire foisonnant,  ses parents l’encouragent dans la voie de l’écriture. C’est d’ailleurs par le bais d’échanges épistolaires où chacun doit garder l’anonymat que les sentiments vont voir le jour. Alors qu'il ne connait que l'amour purement charnel et instinctif, il tombe amoureux de la jeune fille qui signe Cœur Qui saigne avant même de l’avoir vue. Le jeune homme  timide et mal à l'aise dans sa peau brodera un autre Carl plus beau et plus confiant. Ayant peur que sa supercherie éclate au grand jour, leur premier rendez-vous sera un désastre. Il préfère oublier  la jeune fille  mais c’est sans compter sur le destin.

Quelques années plus tard alors qu'il est devenu journaliste, il la retrouve  prisonnière d'une promesse qu'elle a faite à sa sœur défunte. Un serment qui tient lieu de sacrifice de sa vie. Carl va tout mettre en œuvre pour la dissuader mais sans succès. Leur amour grandit. Un amour impossible et surveillé par les sbires de Duvalier car l'homme à qui s'est fiancée la jeune fille est devenu l'un des leurs. Dans un pays exsangue, terrorisé et  où tout manque, son père décède à son arrivée aux urgences d’un hôpital situé à 333 mètres du bureau du dictateur. Cette distance deviendra une obsession, une source de colère intarissable pour Carl.
L'apprentissage de l'amour tient une place importante dans ce  livre au récit non chronologique. Mais je dois dire qu'il m'ait souvent apparu souvent ennuyant. Les conditions du pays  sous Duvalier  sont empreints de révolte. La jeune fille  qu'il aime  sera une victime de la barbarie et son père  trouvera la  mort  faute de personnel soignant et de moyens. L'écriture permet à Carl d'effectuer un travail sur ses sentiments et ses réflexions. Il  tente de mettre noir sur blanc sa relation avec son père comme pour s'affranchir d'une honte qui lui colle à la peau.
La figure maternelle est quasi absente et j'ai trouvé dommage que l'auteur ne lui accorde pas une place plus importante. La pudeur, la fierté et  la crainte envers le père de Carl sont décrits avec une beauté drapée dans les mots.  

Mais voilà, j’ai trouvé que l’écriture travaillée où rien n’est laissé au hasard l’emportait souvent sur l’émotion. Et il  m’a manquée la musique qui d’habitude accompagne cette écriture et ce phrasé.  Malgré de nombreuses qualités,  je n’ai pas réussi à m’immerger entièrement dans ce texte. Dommage.

De cet auteur, j'avais aimé  Le sang et la mer.  
Le billet d'Yv pour qui ce livre est un coup de coeur.

Merci à Libfly pour cette opération "On vous lit tout".



mercredi 5 septembre 2012

Robert Goolrick - Arrive un vagabond


Éditeur : Anne Carrière - Date de parution : Août 2012 - 316 pages et un coup de cœur !

Ce que je m’apprête à vous raconter s’est bel et bien produit – et à peu de choses près, de la manière dont je vais la décrire. C’est en ces termes que Robert Goolrick s’adresse au lecteur pour raconter son histoire. Eté 1948, Brownsburd est une petit ville tranquille en Virginie. Rien d’important ne s’y est déjà passé. Une ville où la rue principale est flanquée de quelques commerces. Des habitants aux vies simples qui ont appris à vivre les uns avec les autres. Et pas moins de cinq églises pour accueillir tout ce petit monde le dimanche matin où la parole de Dieu est écoutée et appliquée. Et c’est à Brownsburd qu’arrive Charlie Beale avec ses deux valises. L’une contenant ses couteaux de boucher et l’autre de l’argent liquide. Il décide de s’y installer, et au bout d’une semaine il achète un terrain où il dort à la belle étoile ou dans son pick-up. Il propose au boucher Will Haislett de travailler gratuitement pour lui. Sa femme Alma n'y  voit aucun inconvénient et rapidement, le couple l’invite à dîner ou à dormir chez eux. D'ailleurs,  leur fils Sam âgé de cinq ans se noue d’amitié avec Charlie Beale. La communauté se pose des questions mais jamais publiquement : d’où vient-il ? et pourquoi ? Son travail apprécié par tous, sa gentillesse et sa discrétion font qu’il semble être adopté par tous. Et chez les Haislett, il est considéré comme un membre à part entière de la famille. Sam passe tout son temps libre avec lui. Mais quand Sylvan  passe le seuil de la boucherie, Charlie Beale en tombe amoureux. Dans les salles de cinéma, la belle jeune femme accède aux  paillettes et à Hollywood qui  lui donnent l'illusion d'une autre vie. Son époux est l’homme le plus riche de la ville et son mariage n’est un contrat marchandé.

Résumer ce livre à une simple histoire d’amour et d’adultère serait bien réducteur. Car Robert Goolrick excelle à nous détailler la vie de cette communauté. Les Blancs qui ne fréquentent pas les Noirs hormis en la personne de Claudie qui possède des mains de fée et coud pour ses dames des tenues. Comme partout, la personne qui détient de l’argent et des terres est importante. Peu importe qu‘elle soit grossière ou vulgaire, on la respecte. Même si l'on pense le contraire, on n'en dit pas mot. 
Brownsburd est une petite ville où chacun s’applique à ne pas faire de vagues et à respecter la parole prêchée le dimanche matin. En tombant amoureux de Sylvan, Charlie va bouleverser à tout jamais la vie de la communauté. Sam sera le spectateur de cette liaison. Un secret qu’il garde pour lui pour ne pas trahir Charlie en qui il a toute confiance.
Je n’en dirai pas plus sur l’histoire  sauf que dès les premières lignes, une tension s’installe comme un orage qui se prépare. Et quand la foudre tombe, elle n’épargne personne.

Robert Goolrick possède cette capacité à décrire finement la psychologie de ces personnages ordinaires et terriblement humains ! Avec cette sensibilité extraordinaire et beaucoup de subtilité, il nous dépeint les sentiments, l’enfance trahie, les apparences trompeuses, l’intégration, les carcans de la religion, des vies vécues par procuration, l’aspiration à la sérénité mais aussi l’amitié, les non-dits tacites (et ce que l’on préfère ne pas voir), la solidarité. Des thèmes dont la portée est universelle.

Je n'ai pas lu ce livre, je l’ai ressenti avec une atmosphère quasi palpable et un coup de cœur entier ! 

L'enfance est l'endroit le plus dangereux qui soit.  Personne n'en sort indemne.

Lu du même auteur Féroces ( un livre qui m'avait bouleversée)




mardi 4 septembre 2012

Armistead Maupin - Chroniques de San Francisco


Éditeur : 10 x 18 - Date de parution : 2000 - 381 pages distrayantes.

Fin des années 1970. Mary Ann Singleton plaque son travail de secrétaire à Cleveland pour venir s’installer à San Francisco. Hébergée au départ chez une amie, elle trouve un logement dans une pension de famille tenue par Mme Madrigal. 

Je vieillis mal, oui ! J’avais lu ce premier tome il ya quelques années et je m’étais vraiment beaucoup amusée. Suite au billet de Leiloona,  j’avais décidé de glisser ce premier tome pour une relecture dans ma valise (la valise dédiée aux livres qui en contient toujours trop de peur d’en manquer. Maladie hautement gravissime dont je sais que certaines d’entre vous en sont atteintes). Donc durant ces vacances ( soleil, farniente), il y avait tous les éléments idéaux pour cette lecture.
Alors, oui, j’ai souri mais de là à tourner les pages avec entrain, il y a un fossé que je n'ai pas franchi. Mary Ann a un peu de mal à s’intégrer dans ce San Francisco libéré sur tous les plans. Entre des co-locataires excentriques, le gendre (marié) de son patron  qui  la drague, sa logeuse qui lui colle un joint sur sa porte d’entrée en guise de bienvenue, Mary Ann semble décalée.
Avec quelques personnages, l’auteur dresse un portait de cette ville dans le contexte de l’époque où l’on osait enfin afficher sa sexualité. Les amours volages, l’humour mais surtout la solidarité ont la part belle dans ce roman mais je ne  l’ai trouvé que distrayant. Pas plus. A ma première lecture, j‘avais pris un vrai plaisir. Inutile d’indiquer que je ne lirai pas les autres tomes...

Le billet de Chaplum qui renvoie à plein d'autres liens et celui de Lucie qui comme moi n'a pas aimé plus que cela.
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