samedi 8 septembre 2012

Fabienne Juhel - Les oubliés de la lande


Éditeur : du Rouergue - Date de parution : Août 2012 - 283 belles pages !

Dans les landes bretonnes, ils sont une petite trentaine à vivre dans un village qui ne figure sur aucune carte. Un lieu où l’on ne meurt pas et où l’on ne vieillit pas. Mais quand un homme est retrouvé mort aux abords du No Death's Land, les  habitants voient rejaillir leurs craintes les plus profondes.  

Tous les habitants du village y sont arrivés pour abolir le temps ou pour des raisons moins avouables. Un village coupé du temps vivant en autarcie totale soumis à des règles très strictes établies par Jason le maire. L’immortalité requiert des sacrifices et certains des habitants au bout de quelques années décident d’affronter à nouveau le monde et donc de revenir mortel. Tom est le seul enfant du village, il vit avec Basile et Emma ses parents adoptifs. Agé de huit ans pour le restant de ses jours, c’est lui qui a découvert le cadavre. Une question se pose : comment cet homme est-il arrivé aux frontières du village ? Ce cadavre ressuscite la peur de la mort, fait renaître chez certains des habitants le souvenir des rites funéraires. Tom lui enquête sur des faits étranges dont il n’a dit mot à personne. Il a trouvé dans le périmètre du  village des petits  animaux crucifiés. Ce qui veut dire que quelqu’un des leurs est un meurtrier. Un tirage au sort est effectué pour savoir qui enterrera  le défunt hors du village. La main de Tom tire le papier où est inscrit le nom de son père.  Mais franchir les limites du  village c'est permettre à  l’Ankou ( la Grande Faucheuse) d’effectuer sa besogne. 

Chaque livre de Fabienne Juhel est un réel plaisir ( A l'angle du renard, les bois dormants, les hommes sirènes) et celui ne déroge pas à cette règle ! Il y a toujours cette écriture ensorcelante, magique par sa touche poétique et par les descriptions de la nature. Ce livre est une immersion  dans un univers hors du temps où chacun devra prendre ses responsabilités face à la mort. 
Et cette auteure que j'affectionne  nous renvoie à nos propres questionnements. L’humour de Tom ou  l’intervention de l’Ankou en tant que personnage sont des points lumineux dans ce beau roman ! 

L'éternité n'était plus supportable pour ces postulants à la vie éternelle que ne l'était l'idée de leur propre mort.La lassitude et le dégoût faisaient alors leur chemin dans le réseau des veines bleues de ces hommes et de ces femmes. Un jour de soleil ou de grand vent qui donne des envies de changement, un jour où l'on rêve de revoir la mer et de manger une glace, d'embrasser une fille et d'aller au cinéma. Des moments uniques, des moments comptés qui donnent du prix à la vie. Alors, ils comprenaient enfin que le problème n'était pas la mort mais le temps, le temps hideux qui défigure les amants. Ce jour-là, le dégoût triomphait de la peur

Le billet de Constance

Et une participation au challenge Bretagne chez ClaudiaLucia
 

vendredi 7 septembre 2012

Hervé Bel - Les choix secrets


Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Août 2012 - 360 pages poignantes et au ton juste !

Marie et André sont un vieux couple mariés depuis plus de soixante ans. Ils vivent seuls dans un petit village dans la maison où Marie a grandi. L’amour, la tendresse ont déserté depuis bien longtemps le cœur  de Marie. Très vite après son mariage, la fille du commandant Cavignaux à l'enfance  dorée a nourri de la rancune envers André simple instituteur.  En une journée,  Marie revisite sa vie. Avec l’aplomb de l’égoïsme et la légitimité octroyée par  la jalousie. André est très malade mais Marie pense qu’il joue la comédie. Il souffre et elle refuse de croire qu’il peut mourir.

Enfant puis adolescente, Marie a connu les cocktails et les thés mondains  dans un  cercle fermé  où son père par son titre était respecté.  Élevée pour être une femme d’intérieur, chérie par son père, Marie a eu l’occasion de fréquenter des futurs officiers dont Hervé Perrot. Mais celui-ci a préféré s’éclipser quand il a appris  qu’elle était fiancée à André. Un jeune homme dont elle avait  fait la connaissance en France quelques semaines avant de partir pour l'Indochine.  Des fiançailles scellées  et Marie croyait au futur bonheur malgré les mises en garde de madame Mère. Habituée à ce que l’on s’occupe d’elle, à ce que l’on réponde à ses envies, elle n’a jamais compris comment André pouvait être satisfait de son statut d’instituteur et de son salaire. Un statut social dont elle n' a jamais pu se contenter car le manque d'argent ne lui a pas permis de mener la vie qu’elle aurait dû avoir selon elle. Petit à petit, Marie accumule la rancœur, l’aigreur et se pose en innocente victime  face à André qui ne possède  pas d’ambition. Durant la guerre alors qu’il était porté disparu, elle s’était même sentie soulagée de cette nouvelle. Enfin, toute l’attention était portée à nouveau sur elle. Sur son drame. Mais André était revenu et en plus avec des mérites. Son premier fils élève  à Saint-Cyr  lui offrira l’occasion de briller et de pérorer trop brièvement.  Une seconde grossesse sur le tard et son second fils Michel subira de sa part les mêmes pressions constantes. Insatisfaite permanente, autoritaire et sévère,  radine et  jalouse des autres, au fil des années elle s’est retrouvée seule avec André. Mais André ne doit pas mourir. Même s' il l’agace à être  malade, non, il ne peut pas. Car alors elle serait alors définitivement toute seule. 

Quand on lit ce roman, on se demande  comment André a fait pour supporter sa femme. Lui qui aspirait à une vie simple mais qui l’aimait malgré tous ses défauts. Marie s’est toujours dédouanée de ses illusions perdues et de ses choix en reportant la faute sur André. Les choix secrets  est également un roman sur le temps qui passe et sur la vieillesse. Celle que l’on n’aime pas voir et qui effraie. Car elle rime avec la solitude, la mort qui devient de plus en  plus proche, la dépendance et les journées où il ne reste plus que les souvenirs et les regrets à ressasser. 
Avec une écriture où la pudeur et la justesse du ton renforcent le sentiment d'être le confident des pensées de Marie, j'ai lu ce livre avec une boule d'émotions dans la gorge.  
Et même si  j'ai ressenti de l'antipathie pour cette femme, j'ai été très touchée par ce  roman poignant !

Déçue. Les souvenirs  se résument en un mot, comme le résultat d'une opération arithmétique. compliquée qu'on serait capable de refaire, et qu'il est donc inutile de refaire. André s'est réveillé léger, si léger, qu'elle ne l'a pas entendu se relever, ni reprendre sa place, la figure si pâle qu'elle pourrait s'effriter comme du plâtre. Il ne voulait pas la déranger, il a passé  sa vie à ne pas vouloir déranger qui que ce soit.

Un livre de plus pour le challenge d'Herisson08 et de Mimipinson

jeudi 6 septembre 2012

Gary Victor - Maudite éducation


Editeur : Philippe Rey - Date de parution : Août 2012 - 287 pages et un rendez-vous raté...

Ce  roman est initiatique à plus d’un titre. A travers le personnage de travers Carl Vausier, adolescent à Port-au-Prince dans la fin des années 1970,  l'auteur aborde de nombreux thèmes. Carl compte assouvir sa soif de quête sexuelle.  Il s'agit d'un adolescent comme tant d’autres animé par le désir d’explorer ce territoire inconnu qu’est le sexe. Alors qu'il s'adonne à des plaisirs solitaires dans la bibliothèque de son père, seul lieu de la maison offrant une intimité, son père le surprend. La honte d'avoir désobéi à ce père qu'il respecte et qu'il craint ne le quittera plus.  Carl poursuit son apprentissage  dans les quartiers malfamés  de la ville et s'offre le plaisir monnayé dans les bras des prostituées. Ces dernières lui racontent des histoires où les personnages semblent être à la  croisée des chemins du réel et du conte. Doté d’une belle plume et  d’un imaginaire foisonnant,  ses parents l’encouragent dans la voie de l’écriture. C’est d’ailleurs par le bais d’échanges épistolaires où chacun doit garder l’anonymat que les sentiments vont voir le jour. Alors qu'il ne connait que l'amour purement charnel et instinctif, il tombe amoureux de la jeune fille qui signe Cœur Qui saigne avant même de l’avoir vue. Le jeune homme  timide et mal à l'aise dans sa peau brodera un autre Carl plus beau et plus confiant. Ayant peur que sa supercherie éclate au grand jour, leur premier rendez-vous sera un désastre. Il préfère oublier  la jeune fille  mais c’est sans compter sur le destin.

Quelques années plus tard alors qu'il est devenu journaliste, il la retrouve  prisonnière d'une promesse qu'elle a faite à sa sœur défunte. Un serment qui tient lieu de sacrifice de sa vie. Carl va tout mettre en œuvre pour la dissuader mais sans succès. Leur amour grandit. Un amour impossible et surveillé par les sbires de Duvalier car l'homme à qui s'est fiancée la jeune fille est devenu l'un des leurs. Dans un pays exsangue, terrorisé et  où tout manque, son père décède à son arrivée aux urgences d’un hôpital situé à 333 mètres du bureau du dictateur. Cette distance deviendra une obsession, une source de colère intarissable pour Carl.
L'apprentissage de l'amour tient une place importante dans ce  livre au récit non chronologique. Mais je dois dire qu'il m'ait souvent apparu souvent ennuyant. Les conditions du pays  sous Duvalier  sont empreints de révolte. La jeune fille  qu'il aime  sera une victime de la barbarie et son père  trouvera la  mort  faute de personnel soignant et de moyens. L'écriture permet à Carl d'effectuer un travail sur ses sentiments et ses réflexions. Il  tente de mettre noir sur blanc sa relation avec son père comme pour s'affranchir d'une honte qui lui colle à la peau.
La figure maternelle est quasi absente et j'ai trouvé dommage que l'auteur ne lui accorde pas une place plus importante. La pudeur, la fierté et  la crainte envers le père de Carl sont décrits avec une beauté drapée dans les mots.  

Mais voilà, j’ai trouvé que l’écriture travaillée où rien n’est laissé au hasard l’emportait souvent sur l’émotion. Et il  m’a manquée la musique qui d’habitude accompagne cette écriture et ce phrasé.  Malgré de nombreuses qualités,  je n’ai pas réussi à m’immerger entièrement dans ce texte. Dommage.

De cet auteur, j'avais aimé  Le sang et la mer.  
Le billet d'Yv pour qui ce livre est un coup de coeur.

Merci à Libfly pour cette opération "On vous lit tout".



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