jeudi 27 septembre 2012

Michael Christie - Le jardin du mendiant

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Septembre 2012 - 306 pages et neuf nouvelles  

Ces neuf longues nouvelles qui se déroulent à Vancouver ont pour thème la marginalité et la solitude. La première nouvelle met  en scène une femme âgée qui simule un malaise  dans l’espoir de retrouver l’infirmier secouriste qu’elle a vu une seule et unique fois et dont elle s’est est amourachée. Prisonnière de ses fantasmes, elle est prête à tout. D’ailleurs, c’est la seule nouvelle de ce recueil qui comporte une fin à proprement parler. Les autres sont plus des instantanés de vie avec des personnages dont on suit l’existence pendant quelques jours. Un drogué pense s’entretenir avec Oppenheimer,  un grand-père tente de retrouver son petit-fils devenu SDF ( ma nouvelle préférée), un mendiant se voit offrir des conseils de la  part d'un banquier pour augmenter l'argent qu'il récolte. Il est aussi question  de l’exclusion par le handicap et  la maladie. Vous l’aurez compris pas de  rose bonbon ou de guimauve  mais la réalité de certaines personnes qui  ne rentrent pas (ou plus) dans les cases pré-définies par la société.  Pas de pathos à sensation, pas de leçon de morale, rien de tout cela.
D'ailleurs, tous ces personnages ont un passé, une histoire comme tout le monde. Quelquefois ils secouent leur petit drapeau de sauvetage, demandent une attention  qui ne vient pas ou se font plus philosophes en se contentant de continuer à vivre.  Ici, l'auteur  leur apporte un regard humain, avec de l'humour ou  de l'émotion et toujours une empathie naturelle. Là où la misère et  la pauvreté font  tourner la tête, il arrive à capter l’attention du lecteur.

Les laissés pour compte, les exclus, les marginaux, tous ont le droit à la dignité et  Michael Christie nous le rappelle (si on l'avait oublié). Seul petit bémol : je n'ai pas trouvé  l'ensemble de ces nouvelles de qualité égale et l'absence de fin nuit à certains des textes.
Un auteur à suivre de près  !

Je trouve impardonnable qu'on ait d'un côté tous ces SDF et de l'autre des gens qui dépensent des centaines de dollars dans des épiceries bio et des spas pour les chiens, s'insurgea Ginnie. C'est insultant. Et inhumain.

Le billet (et  l'avis différent) d'Yv




mercredi 26 septembre 2012

Michaël Ferrier - Fukushima


Éditeur : Gallimard - Date de parution : Mars 2012 - 263 pages et un avis mitigé

Michaël Ferrier enseigne et habite à Tokyo. Il nous livre ce qu‘il a vécu, vu et ressenti en 2011.

Sur le bandeau il est écrit l’horreur nucléaire donc j’ai été très surprise qu’une bonne partie du livre concernait les tremblements de terre. Deuxième surprise qui m’a fait craindre le pire est le style pompeux employé au début pour décrire le séisme : les verres à pieds font des claquettes, les assiettes des castagnes. (..)Saint-John Perse tombe le premier. « S’en aller ! S’en aller, Paroles de vivant !». Celui qui peint l’amer au front des plus hauts caps , qui marque d’une croix blanche la face des récifs, ne résiste pas plus quelques secondes à la bourrasque : le Saint-Léger s’envole. Vigny le suit de près, et Lamartine, et même Rimbaud qui prend la tangente sur sa jambe unique avec une facilité déconcertante, poursuivi par Verlaine et ses sanglots longs. Heureusement, l’auteur ne s’en tient à dix pages de ces métaphores ronflantes pour laisser place à un style différent. Il raconte le premier tremblement, comment il est perçu dans ce pays habitué à ce genre de manifestations terrestres, puis les répliques. Incessantes, encore plus dangereuses. Il le raconte en tant que français habitant à Tokyo mettant en parallèle les réactions des Tokyoïtes différentes. Eux ne cèdent pas dans un premier temps à la panique. Puis, dans la seconde partie l’auteur se rend à un village-frontière limite de la zone interdite. Il constate l’effroyable étendue des dégâts du tsunami et ce qui n’a pas été dit par le gouvernement. La demi-vie mode d’emploi, dernière partie du livre concerne la catastrophe de Fukushima. Et la, j’ai eu envie de crier au scandale, aux mensonges. La mascarade d'un gouvernement et  ses silences. Fukushima ? Sujet tabou. Il s’agit de cette dernière partie sans concession qui m’a le plus intéressée.

Des  nombres étayent ce livre montrant ô combien que les conséquences de Fukushima inscrite dans l’année 2011 n’en sont qu’à leurs débuts et demeurent inquantifiables pour la planète et pour les habitants. 

Mon avis est mitigé car j’ai trouvé que la vie de couple de l’auteur n’avait pas sa place dans ce récit et que l’auteur utilisait un peu trop l’effet choc pour nous décrire une région dévastée après le tsunami. L’auteur utilise l’ironie pour démontrer que la communication gouvernementale et la réalité sont opposées.  
Malgré ces bémols, ce témoignage nous éclaire sur la catastrophe de Fukushima et sur l’utilisation du nucléaire. Mais voilà j'ai trouvé qu'il manquait un je ne sais quoi à ce témoignage.. 

Face à ces chiffres, comme on ne sait plus quoi faire, on fait n'importe quoi. Le 14 mars, le ministère de la Santé et du Travail augmente la dose maximale autorisée pour les travailleurs de centrale de cent millisieverts pour cinq ans... à deux cent cinquante millisieverts par an! C'est vrai, quoi à à bon, des normes si ce n'est pour les transgresser? En avril,  il fera encore mieux : il élèvera la dose maximale pour les enfants à vingt  millisieverts par an... ce qui est tout simplement le taux maximum en France ( et pour la Commission internationale de protection radiologique) auquel on peut exposer les travailleurs du nucléaire!


mardi 25 septembre 2012

Nous sommes nés pour ne rien posséder

Pendant quinze ans, le lieu avait répandu de la lumière, du rêve, de la fantaisie. J'aurais pu y rester le reste de ma vie. Sauf que je n'avais pas pris garde au fait que rien, jamais, ne nous appartient. Ni les chambres qui donnent au soleil, ni les tulipes sauvages aux pétales aigus, jaunes à perte de vue sous les fenêtres, ni même la bouteille d'eau posée sur la table, aucun des détails de chaque instant dans la vie, rien, rien ne nous appartient. On allait même les retirer. Et ce n'était pas lié au fait que nous n'avions pas vécu assez prudemment, Sils et moi, et que nous n'avions eu aucun sens de l'argent, ou presque, et qu'il y avait là une défaite pour cause de mauvaise gestion, une sorte de punition que nous infligeait le sens commun. Non. Ce n'était pas dû à ça, mais à une faille fondamentale : nous sommes nés pour ne rien posséder.

Les choses, il faudrait les voir en passant, d'un point de vue nomade, telle qu'elles sont, elles, simples, indifférentes, énigmatiques, posées là dans leur dialogues avec l'éternité. Elle n'est pas pour nous, leur essence, leur tranquillité.

Extrait de La Survivance de Claudie Hunzinger.


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