jeudi 18 octobre 2012

Julia Deck - Viviane Elisabeth Fauville

 

Éditeur : Les éditions de Minuit - Date de parution : Septembre 2012 - 155 pages dont je me suis régalée!

A quarante-deux, Viviane Elisabeth Fauville  est maman d’une petite fille de douze semaines.  Un bon travail, un mari ou plutôt un ancien mari car il vient de la quitter.  Elle prend sa fille,  loue un appartement,  se rend chez son psychiatre qu’elle consulte régulièrement et le tue. 

Vous n’êtes pas tout à fait sûre, mais il vous semble que, quatre ou cinq heures plus tôt, vous avez fait quelque chose que nous n’auriez pas dû. Oui vous, car le lecteur est Viviane Elisabeth Fauville. Votre bébé est là mais vous avez la sensation étrange  que quelque chose vous échappe. Auriez-vous oublié votre sac de courses quelque part ? Mais non, vous avez poignardé votre psychiatre ! Vous avez laissé des traces partout car forcément vous n’avez pas fait l’école des criminelles.Vous vous imaginez  déjà en prison, vous pensez à la tête de votre ancien mari satisfait de récupérer votre fille.  Le police vous convoque pour un interrogatoire dont vous ressortez libre. Après tout, vous allez peut-être y échapper car on arrêté le coupable mais il est relâché et vous êtes toujours libre (que fait la police?).  Au moins, vous avez du temps pour brouiller les pistes.
Je n'en dirai pas plus sur l'histoire et surtout le pourquoi du crime mais sachez que Julia Deck nous mène avec dextérité aux limites de l’absurde et de la folie. Elle  réussit à maintenir tangible un décalage sans tomber dans le grotesque et j'ai été bluffée par sa maîtrise!
Une question nous taraude tout le long de ce roman :  qui est vraiment Viviane Elisabeth Fauville ? Une femme ayant quelques problèmes passagers ou alors vraiment malade ? 

Un premier roman très, très  réussi  avec une écriture précise,  des surprises, un humour froid qui m’a donnée des sourires de plaisir  !  Même si j'ai trouvé que la seconde partie était un peu moins succulente, je l'ai lu d'une traite et je me suis régalée !  Une auteure à suivre de très près...

La patiente extrait  un objet du décor et lui fait dire ce qu'il ne dit pas, dévoilant la frêle mécanique de son inconscience. Bien sûr,  cela suppose l'adhésion à cette petite sorcellerie viennoise que pratique le docteur. Il en convient lui-même, qu'il y faut croire sinon cela ne marche pas mieux que le vaudou pour une congrégation de pentecôtistes, et dans les premiers temps la patiente ne sait pas pas si elle elle y croit mais elle veut bien se laisser convaincre.

Les billets d'Isa, Ys.

Un grand merci à Dialogues Croisés! 




 

mardi 16 octobre 2012

Fabienne Jacob - L'averse

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Septembre 2012 - 135 pages puissantes!

A l'hôpital, la machine qui assure les fonctions vitales de Tahar va être débranchée sous peu. Lui, l’Algérien arrivé en France à l’âge de quinze ans est entouré de quatre personnes. Toutes françaises. Sa femme à  l’amour sans bornes,  leur fils prisonnier du silence, son un beau-père qui radote la même prière chrétienne. Et Becker connu au village alors qu’il était sous les drapeaux.

Tahar va mourir. Plongé dans les limbes de l’inconscience,  sa vie lui revient. Par fragments, ordre décousu d’évènements ou de simples faits. Son pays avec son soleil qui domine le djebel,  les couleurs de la terre, la classe de l’école où la carte de l’Algérie côtoyait celle de la France, Madame Bayeux l’institutrice dont  la robe laissait voir la peau laiteuse des bras, zones du corps cachées par les femmes de son pays, un camarade français qui l’invitait chez lui où tout  était si différent, son amie Souad avec qui il gardait les bêtes. Mais la guerre existe bel et bien même si au village, elle semble se résumer  à la  présence des soldats. Elle rattrape l’existence de Tahar, la bouleverse. Le garçon passe de plus en plus de temps en compagnie des soldats. Il leur apprend à prononcer sa langue, les  divertit, devient leur mascotte et se prend pour un français. Débarqué en France,  il y aura la promiscuité des foyers mais aussi  les  jeunes filles qu’il aimait tant regarder. Toute sa vie,  il aura tout fait pour paraître français, le plus français possible.  L’histoire de Tahar ne se cantonne pas à ses pensées.Sa femme, son beau-père dont la mémoire plie et déplie la même prière, son ami Becker se souviennent aux-aussi. Leurs voix complètent le tableau ou  l’éclairent d’un autre point de vue.
Son épouse fermera les yeux sur ses infidélités et respectera son silence sur son passé. Une jeune fille au tempérament fort pour faire accepter à ses parents son mariage avec un Algérien à la fin des années soixante. La mémoire vermoulue du beau-père laisse échapper le choc de la nouvelle et ses premières pensées racistes. Puis comment Tahar l’avait l’impressionné loin des clichés qui circulaient. Becker avait vingt et un ans quand il a connu l’Algérie. Simple appelé sous les drapeaux et  une partie de sa jeunesse passée là-bas. Entre soldats, on ne parlait que  des attentes meurtrières de la guerre  pourtant au bled il ne se passait pas grand-chose. Mais la guerre insidieuse a tracé son sillon. Entre l’Algérie et la France, souvenirs heureux et blessures refont surface. Tahar le raconte sans fard avec cette mise à nu de la vérité  qui bouscule. Ce qu’il  gardait pour lui est dit par une voix complètement inattendue. Cri qui jaillit, étouffé depuis trop longtemps comme la terre qui attend l’averse.

Fabienne Jacob  nous dévoile l’Algérie, belle,  âpre et éclatante mais aussi  ses fils partis pour la France et ce qui les attendaient. L’écriture biseautée tranche, met à vif  les sentiments profonds ou souligne la splendeur d’un pays, l’amour sincère. L’auteure  interpelle le lecteur, le pousse dans ses retranchements. A travers l'histoire de Tahar, il y a des choix et leurs  conséquences, la trahison, la colère ravalée et pire.
Les mots claquent et résonnent longtemps après avoir tourné la dernière page… 
Après Corps, Fabienne Jacob signe ici un roman percutant, puissant qui m’a ébranlée !

Ma honte était double, française et arabe. La marque des véritables traites est la double honte, devant ceux qu'ils ont trahis et devant ceux pour qui ils ont trahis. 

Le billet d'Anne 
 

jeudi 11 octobre 2012

Non pas à l'insu de mon plein gré...

Depuis le début de semaine, il ne passe pas grand-chose sur mon blog. Pour brider tout de suite les imaginations galopantes, je ne suis pas au soleil à me faire bichonner ni plongée du matin au soir dans des lectures. Rien de tout ça. Je traverse une mauvaise sale passe avec mes problèmes de santé (sur lesquels je n'ai pas envie de m'étaler ou de me justifier). Donc mon absence se prolonge (et non pas l'insu de mon plein gré).
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