vendredi 26 octobre 2012

Tim Winton - Respire


Éditeur : Rivages - Date de parution : Septembre 2012 - 303 pages hypnotiques!

Fin des années 60 en Australie. A Sawyer sur la côte ouest, Bruce Picket s’ennuie. Fils unique, ce garçon de onze ans se lie d’amitié avec Loonie d’un an son aîné. Loonie est une tête brulée qui l’entraine jusqu’à l’océan tout proche. Les deux gamins surfent, y passent presque toutes leurs journées. Ils rencontrent Sando, un surfeur expérimenté qui les initie à la technique et leur ouvre un monde.

Raconté par Picket devenu adulte, ce livre nous amène aux années où le surf n’en était qu’à ses débuts.  Loonie et Picket s’amusent au départ dans les rivières. L’apnée, la nage dans des eaux boueuses mais l’appel de l’océan est  un défi. De sa chambre, Picket l’entend rugir les nuits de fortes tempête.  Même s'il la l'interdiction formelle de s'y rendre,  ce garçon assez réservé va désobéir. Premier mensonge d'une longue série. Loonie est son opposé, un garçon au tempérament bien trempé qui n' a peur de rien et dont  personne ne s’occupe vraiment. A la plage, ils remarquent Sando. Un surfeur brillant, solitaire et respecté par tous. Lui et sa femme ne travaillent pas et traînent l’étiquette de hippie par les gens de Sawyer. La trentaine bien entamée, Sando prend  sous son aile les deux garçons. Il leur apprend des techniques et  à se  dépasser. Jeu dangereux  car Picket et Loonie  voient en  Sando  un maître. Leur addiction s’accroît et devient totale, sans limite. Ivres de l’océan, prêts à tout pour  l’adrénaline de la peur,  ils tentent des vagues de plus en plus en hautes avec des prises de risque  importantes  pour se sentir vivants. Tout tend au vertige, au frisson mêlé au plaisir, le flirt  avec le risque. Ces moments que que l'on voudrait  saisir et maintenir dans son poing. Peu à peu, Sando et Loonie rentrent en compétition auprès de Sando, une compétition sans règle où l’amitié devient secondaire. L'adolescence les rattrape et Picket va découvrir la trahison mais aussi l’amour avec la femme de Sando. Je n'en dirai pas plus !

L’océan est un personnage à part entière. Splendide, indomptable, brûlant  et violent comme l’écriture de Tim Winton.  Il se dégage  une intensité forte, hypnotique de ce roman où les rêves deviennent brutalement des désillusions.
Un magnifique roman initiatique ! 

Est-ce que j'étais sérieux?  Est-ce que j'avais la hargne ou est-ce que j'étais juste ordinaire? Je parierais sur ma tête que malgré se grand airs, Loonie en faisait autant. Nous l'ignorions encore mais nous nous étions déjà imaginés dans une vie différente, une société autre, un état qu'aucun garçon innocent, n'a les mots ni l'expérience pour décrire. Nos esprits s'étaient déjà projetés à sa rencontre et nous avions laissé l'ordinaire dans notre sillage.
 

jeudi 25 octobre 2012

Mathieu Larnaudie - Acharnement


Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2012 -203 pages  

Ancienne plume d’un ministre, Müller s’est retiré à la campagne. Lui qui rédigeait les discours et accompagnait l’homme politique dans ses déplacements s’est fait évincer. Désormais, il regarde les séries policières à la télé les accompagnant à l’occasion de Chartreuse. Son jardinier peu enclin aux bavardages est la seule personne qu’il voit régulièrement. 

J’ai pris mon temps pour lire ce roman car il m’a fallu d’abord m’approprier l’écriture  de Mathieu Larnaudie. Une écriture exigeante par le vocabulaire recherché, un style qui accroche l’oeil mais qui demande une attention particulière pour bien saisir toutes les subtilités que l'on peut perdre dans certaines longueurs de phrases. Müller  pourrait passer une retraite tranquille mais voilà que des personnes se jettent du viaduc situé au-dessus de son jardin. Cette vague de suicides tracasse surtout son jardinier Marceau et fait causer au village.  Quand il était« Speech writer », Müller  a été un spectateur de la politique. Meetings, sourires hypocrites et couteaux dans le dos. Celui qui cherchait les phrases exactes décode avec lucidité les rouages des couloirs du monde politique.  Si les séries policières l’occupent, il élabore un discours qu’il voudrait parfait.   
Avec un regard sans concession et avec une pointe de cynisme, l’auteur décrypte les techniques des politiques, l’emploi de la langue, la valse des mots. Etourdissante, frénétique, une  mise en scène du langage qui peut s’avérer tragique.
Malgré des qualités indéniables, je n'ai pas été entièrement conquise.

Je me laissai finalement attraper par l'une de ces infectes et dégradables émissions appelées "débats" (..) , des grossières thématiques que l'on nous vend  comme étant les phénomènes de société du moment, supposés concernés sans exception tous les citoyens de ce pays, en refléter les préoccupations profondes, et qui ne sont bien sûr, la plupart du temps que les sujets de discussion ciblés, définis et lancés par le pouvoir  pour orienter et légitimer sa stratégie dans l'opinion  publique.

Pour Cathulu, il s’agit d’un coup de cœur .

mardi 23 octobre 2012

Irène Cohen-Janca - Demander l'impossible.com


Éditeur : Rouergue - Date de parution : Septembre 2012 - 229 pages très bien menées !

Antonin seize ans est un ado sans problème. Un garçon avec de l’humour et  qui  trouve ses parents un peu trop englués dans la conformité. Sa sœur Emma est la fille "parfaite",  très exigeante avec elle-même. De trop d’ailleurs. 

Antonin est un adolescent classique : une petite copine pour la première fois, un meilleur ami, le collège et  qui surfe sur les réseaux sociaux mais sans y étaler sa vie. Il  aime bien son oncle Max qui a toujours aux lèvres des slogans de Mai 68 et une vision  du monde différente de celle de ses parents.  D'ailleurs, sa mère ne l’apprécie pas trop. Pour elle, son beau-frère devrait avoir depuis longtemps une vie rangée (comme eux). Les parents d’Antonin ont une vie bien huilée et quand Emma  commence à maigrir de façon inquiétante, ils ne voient rien. Emma, 18 ans, brillante et excellente, loin d'être un fille influençable par les apparences. Pourtant, leur mère est psychologue et lorsqu'Antonin tire la sonnette d’alarme, ils ne vont pas comprendre. Pas tout de suite. Leur prise de conscience de l'anorexie d’Emma va être un électrochoc.  Entre temps, Léa a quitté  Antonin et le clochard  qui s'est installé sur le trottoir d’en face de leur maison est toujours là. Un clochard qui intrigue Antonin. 

Voici un livre en parfaite adéquation  avec son temps et qui est très bien mené!   Antonin est le narrateur et ses impressions, ses rêves, ses questions, son humour et sa vie sont très bien rendus ! J’ai vraiment eu l’impression de lire ce qu’un ado aurait pu écrire.
Il se dégage beaucoup d’énergie et de perspicacité  de ce roman qui n’est ni plombant, ni moralisateur ! Un livre qui s'adresse parfaitement aux lecteurs à partir de 13 ans ( et qui ne les considère pas comme des êtres sans cerveau...)




 
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