jeudi 1 novembre 2012

Gwénaëlle Aubry - Partages


Éditeur : Mercure de France - Date de parution : Août 2012 - 183 splendides et bouleversantes...

Jésuralem,  2002, elles sont deux jeunes filles  âgées de dix-sept ans. Elles se ressemblent physiquement, on pourrait même les confondre.  Sarah l’américaine Juive d’origine polonaise arrivée en Israël avec sa mère après les attentats du 11 septembre à New-York  et Leïla la palestinienne musulmane  qui vit recluse avec sa famille dans un camp de  réfugiés en Cisjordanie.

Deux voix s’élèvent dans ce roman,  celle Sarah et celle de Leïla . Deux voix, deux regard qui se croisent  un instant au pied du Mur à Jérusalem après que Sarah soit venue s’installer en Israël avec sa mère. Une femme meurtrie dont la mère polonaise  a été tuée dans un camp de concentration et qui porte en elle le poids de la Shoah. Les attentats du 11 septembre ont ravivé les démons de cette peur de ne pas être à l’abri. Effroi insidieux distillé dans le sang et dans la chair. Partir pour rejoindre Israël, le pays de ses ancêtres où David le frère aîné de Sarah vit déjà. Sarah découvre  le pays, son nouveau lycée et se fait des nouveaux amis. Apprentissage de la langue et de la réflexion, la conviction que cette terre est un dû  s'ébranle.
Enfant, Leïla jouait à l'Intifada, aimait que son frère lui lise de la poésie anglaise lui qui attendait une bourse pour étudier à l’étranger.  Adolescente, elle a aidé ses frères comme les autre sœurs et mères. Sans choix possible. Elle s’enferme dans des rêves, s’imagine à Londres : les soldats n' ont pas encore appris à barbeler nos âmes.  Sarah vit comme une jeune fille de son âge et tombe amoureuse, Leïla  ne connaît que les camps,  ses règles et des dés pipés. Chacune apprend la version que leur livre d'histoire raconte, des versions bien entendu différentes.
Mais  l’Intifada les rattrapera toutes les deux avec un attentat qui emmure Leïla dans une spirale et plonge Sarah dans la haine. Les deux jeunes filles  se retrouveront  à Jérusalem. Juste pour une ultime et dernière fois.

L‘écriture de Gwénaëlle Aubry est sublime, insufflant la vie aux âmes, à tous ces morts qui charrient leur histoire et pèsent sur le destin des habitants de Jérusalem et des deux jeunes filles. Du conflit Israélo-palestinien, elle fait ressortir  la gangrène de la peur,  la soif de vengeance distillée comme du poison, le carcan de l’héritage familial, le souvenir "devoir" envers des défunts, les droits  pour un même sol. Mais il y a aussi le quotidien de Sarah et de Leïla : leurs espoirs, leurs rêves, leurs désirs et aussi leurs rires. Aussi  rares soient-ils.  Un livre bouleversant sur ce qui unit, partage, rassemble ou  divise que  j’ai hérissé de marque-pages.
Une lecture en apnée totale avec  des larmes aux lisières des yeux. Et c’en est presque terrible d’écrire que j’ai trouvé ce  livre splendide…


... Et il faut que Sarah comprenne  dans quelle folie elle vit. Et comme je la  regardais stupéfaite, elle reprit : oui, tous ici, Israéliens et Palestiniens, Arabes et Juifs, comme tu voudras, nous partageons la même folie, c’est elle qui, comme la terre, nous divise et nous réunit. Nous partageons une même hantise, tous, nous sommes habités par des cohortes de morts. Elle se tut un instant et puis, les yeux baissés , sourcils froncés , comme si elle récitait : les nôtres sont plus nombreux, plus  errants, nulle terre, nul corps, nulle mémoire ne suffira jamais à les contenir. (...) Cette terre où nous vivons, et que nous voulons croire immémoriale, est une comme une couche d'argile, meuble et fragile, où se mêlent les vestiges de deux catastrophes : la nôtre est innommable, mais est-ce une raison pour nommer la leur du nom de notre victoire? Telle est l'histoire dont nous héritons, la tragédie qui nous poursuit : on a réparé un crime absolu par une terrible injustice. 


 

mercredi 31 octobre 2012

Hannelore Cayre - Comme au cinéma


Éditeur : Métailié - Date de parution : octobre 2012 - 195 pages jubilatoires qui se dévorent !

A Chaumont , le procès en appel d’Abdelkader Fournier va se dérouler sous la houlette du juge Anquetin surnommé la boucher de la Haute-Marne. A quelques kilomètres, la ville de Colombey-les Deux-Eglises est en émoi. Etienne Marsant a accepté de présider le festival de cinéma qui doit s’y tenir. Acteur de cinéma populaire, il a fait battre en chamade  le cœur de nombreuses femmes, su conquérir son public pour ses rôles. Bref, un mythe du cinéma français exilé en Suisse petit paradis fiscal où il s’ennuie surveillé de près par sa femme. Il loge au même hôtel qu’un couple d’avocats défenseurs  du jeune braqueur de banques.

Si Etienne Marsant se rend à ce  festival de cinéma régional à  la notoriété locale (et  encore), il s’agit d’une fuite.   Sa santé l’empêche désormais de jouer, de boire et de manger  autre chose que du diététique.  Ses beaux  jours sont derrière lui mais sa notoriété est bien vivante  pour ceux et celles qui ont plus de trente ans. Et Maître Jean Bloyé comme son épouse Anne  connaît certains de ses films. Grands avocats, lui et sa femme  ont la  réputation d’obtenir des verdicts inimaginables, un couple rôdé aux effets de manche, de style où chacun joue son rôle. Mais Jean Bloyé est las, fatigué de ce travail et veut arrêter une bonne fois  pour toutes. Il attend juste le moment où la vidéo d’un ado pré-pubère poussant quelques notes aiguës sera  téléchargée  un milliard de fois pour quitter sa robe d’avocat. Le juge fier comme un coq et  raciste ( un de ses nombreux traits de caractère) se réjouit à l’avance d’envoyer pour très, très longtemps Abdelkader Fournier  en prison. A vingt-deux ans, le jeune homme  un peu mou (et que l’on a envie de remuer  de temps en temps) a braqué plusieurs banques pour faire la fête. Un jeune braqueur toujours poli, d’origine française mais ni son âge ni son nom  ne le servent face au juge Anguetin. Et comme tout est possible comme au cinéma (et en respectant les articles de loi), Etienne Marsant est à la barre pour  défendre Abdelkader Fournier.  

J’ai souri, j’ai eu une forme d’empathie pour Jean Bloyé,  j’ai eu envie de dire ses quatre vérités à son épouse et tout ce que je pensais  au juge  mais surtout j’ai beaucoup rigolé ! Chaque personnage m’a inspirée différentes émotions même les personnages secondaires.  Même si quelquefois les clichés sont évités  de justesse, ce roman hautement jubilatoire est bien plus profond qu’il n’y paraît aux premiers abords. Sans assommer le lecteur de termes légaux, Hannelore Cayre parvient à faire réagir le lecteur sur des thèmes actuels. Et elle n'a pas froid aux yeux avec une liberté de ton directe et franche que j'aime beaucoup !

Une fois, elle s'était livrée à cet exercice à haute voix devant son mari. Il s'était moqué de ce qu'il nomma son gentil délire bourgeois typiquement 80 et avait balayé ses souvenirs d'un odieux " il y a des gens qui  ont une araignée au plafond, toi, c'est une boule de disco". Qu'est ce qu'il pouvait être méchant parfois.

Merci à Babelio  et à  l'éditeur pour ce livre.

Le billet d'Yv (conquis!)
 

mardi 30 octobre 2012

Tom Drury - La contrée immobile


Éditeur : Éditeur : Cambourakis - Date de parution : - 173 pages qui m'ont laissée plus que perplexe...

Après ses études de sciences à la Fac,  Pierre au lieu de chercher un travail dans son domaine travaille comme simple barman à Shale la ville qui l’a vu grandir. Sans réelle motivation pour quoi que ce soit, il vit sans se poser de questions. Une promenade sur un lac gelé tourne mal pour lui mais lui permet de faire connaissance de Stella Rosmarin dont il tombe amoureux.   Durant ses vacances, il part en stop rendre visite  à la seule famille qui lui reste. Son retour s'effectue toujours en levant du pouce mais se termine avec un gros sac de billets pas forcément très propre. Pierre devient une cible pour de nombreuses personnes.

Ce livre m’a laissée sur le bas côté de la route. Mêlant absurde, personnages décalés (jusque là ça va) mais également du fantastique. Et le mélange des trois s’est avéré  fatal.  Je n’ai  pas trouvé l’humour annoncé ou plutôt il doit exister et je n’y suis pas sensible.  Un livre trop court à mon goût pour que je puisse comprendre toute sa subtilité.  J’ai passé du temps ( trop de temps)  à revenir des pages en  arrière, à me questionner, à relire des passage pour essayer de  comprendre ce qui m’avait échappé. Je l’ai secoué en vain espérant que quelque chose comme un mode d’emploi soit  caché à l’intérieur, mais non, rien. 
Des critiques élogieuses  de la part de Paula  Fox ou de Jonathan Franzen, je ne m'en fais pas pour ce livre qui trouvera certainement son public même si  je n'en fais pas partie.


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