dimanche 4 novembre 2012

Edwidge Danticat - Haïti Noir


Éditeur : Asphalte - Date de parution : Octobre 2012 - 292 pages et une immersion dans Haïti !

Ce recueil  est une anthologie de dix-huit nouvelles écrites  par autant d’auteurs haïtiens connus ou un peu  moins. Ecrivains demeurant dans leur  pays d’origine ou à l’étranger, ils nous le racontent sous ses différentes facettes et pour une fois, l’ensemble d’Haïti  intervient et non pas que Port-au-Prince. La vie économique, sociale, politique, les superstitions, les croyances et les coutumes sont le creuset de ce recueil. Haïti noir ou le pays tel qu’il est : misère, pauvreté, corruption  mais aussi cette formidable rage  de vivre que possèdent les habitants.  Commencer à danser ou à chantonner  quand un air de musique surgit dans l’air, relever la tête après le séisme de 2010, s'aider , aimer, les auteurs nous montrent à quel point leurs frères et sœurs ont en eux une force incroyable. Rares sont les recueils collectifs offrant diversité, qualité  et un zoom sur un pays. Je me suis réconciliée avec Gary Victor, Kettly Mars m’a étonnée car je ne la connaissais qu’en tant que romancière  et j’ai découvert des auteurs très doués : Louis-Philippe Dalembert, Evelyne Trouillot, Madison Smart Bell, Katia D. Ulysse, Edwige Danticat, Louis-Philippe Dalembert, Yanick Lahens, Rodney Saint-Eloi, Marvin Victor, Marie Lily Cerat... 

Pas de pathos ou  d’auto-apitoiement, d’ailleurs je pense que ce mot est banni dans le vocabulaire des Haïtiens, et chaque auteur apporte une touche personnelle, un  regard teinté de tendresse, d’humour ou acéré  sur la réalité de leur pays. Sans oublier une part de mysticité, de croyances rendues dans certains des textes où l’on est plongé dans Haïti trop souvent oublié…  il n’y a qu’à se pencher sur l’actualité récente. L’ouragan Sandy  a touché ce pays mais combien de secondes ou de lignes pour en parler ?
Un très bon recueil à découvrir !  Un seul regret : Dany Laferrière  un auteur que j'aime beaucoup n'est pas présent...

C'est vrai que dans ce foutu pays , on ne diligente pas d'enquête pour un ou deux meurtres. Faute de moyens à la disposition de la police. Mais aussi parce que les gens sont tellement habitués à côtoyer la mort qu'au bout du compte, une vie humaine ne compte que dalle.   

samedi 3 novembre 2012

Laurie Colwin - Une épouse presque parfaite


Éditeur : Livre de poche - Date de parution : 2007 - 348 pages qui seront vite oubliées...

Polly  est mariée à un avocat, mère deux enfants  et mène une vie aisée. Sa famille les Solo-Miller  a toujours attendu d'elle qu'elle soit parfaite. Désormais confinée dans un rôle  d'épouse-mère modèle, elle a une liaison avec un peintre. Voilà de quoi créer un tsunami dans sa vie.

Polly a été  élevée selon certains  principes d'une famille conservatrice respectée de tous. Un père ancien avocat, deux frères dont l'un devenu avocat, une mère ayant passé sa vie à  l'éducation de ses enfants et aux oeuvres de charité.  Son but était d'être bonne et généreuse, comme sa mère le lui avait souvent rappelé. Et Polly mène une existence dédiée aux autres membres de sa famille : prévoir et anticiper pour que son foyer soit agréable à son mari, élever ses enfants, un travail à mi-temps dont tout monde s'en fiche et être disponible pour sa mère qui en profite.  Car le clan des Solo-Miller se voit  une fois par semaine minimum. Elle est heureuse, aime son mari Henry même si elle semble être transparente aux yeux des autres. Polly ne pensait jamais avoir une liaison, l'acte d'adultère étant réservée à d'autres femmes mais pas à elle. Sa liaison passionnelle  lui donne le sentiments d'exister, d'être quelqu'un d'autre. Tiraillée entre son foyer stable et son amant,  Polly se remet en question.

Laurie Colwin use d'un humour à froid pour épingler toute une classe sociale et ses sacro-saints principes. Si les  questionnements de Polly, ses états d'âme sont très bien rendus et  analysés avec finesse,  j'ai trouvé que les redondances étaient nombreuses et que le récit s'empêtrait. Et malheur, je suis restée sur ma faim. Une écriture agréable mais  au final ce livre sera très vite oublié... 

jeudi 1 novembre 2012

Gwénaëlle Aubry - Partages


Éditeur : Mercure de France - Date de parution : Août 2012 - 183 splendides et bouleversantes...

Jésuralem,  2002, elles sont deux jeunes filles  âgées de dix-sept ans. Elles se ressemblent physiquement, on pourrait même les confondre.  Sarah l’américaine Juive d’origine polonaise arrivée en Israël avec sa mère après les attentats du 11 septembre à New-York  et Leïla la palestinienne musulmane  qui vit recluse avec sa famille dans un camp de  réfugiés en Cisjordanie.

Deux voix s’élèvent dans ce roman,  celle Sarah et celle de Leïla . Deux voix, deux regard qui se croisent  un instant au pied du Mur à Jérusalem après que Sarah soit venue s’installer en Israël avec sa mère. Une femme meurtrie dont la mère polonaise  a été tuée dans un camp de concentration et qui porte en elle le poids de la Shoah. Les attentats du 11 septembre ont ravivé les démons de cette peur de ne pas être à l’abri. Effroi insidieux distillé dans le sang et dans la chair. Partir pour rejoindre Israël, le pays de ses ancêtres où David le frère aîné de Sarah vit déjà. Sarah découvre  le pays, son nouveau lycée et se fait des nouveaux amis. Apprentissage de la langue et de la réflexion, la conviction que cette terre est un dû  s'ébranle.
Enfant, Leïla jouait à l'Intifada, aimait que son frère lui lise de la poésie anglaise lui qui attendait une bourse pour étudier à l’étranger.  Adolescente, elle a aidé ses frères comme les autre sœurs et mères. Sans choix possible. Elle s’enferme dans des rêves, s’imagine à Londres : les soldats n' ont pas encore appris à barbeler nos âmes.  Sarah vit comme une jeune fille de son âge et tombe amoureuse, Leïla  ne connaît que les camps,  ses règles et des dés pipés. Chacune apprend la version que leur livre d'histoire raconte, des versions bien entendu différentes.
Mais  l’Intifada les rattrapera toutes les deux avec un attentat qui emmure Leïla dans une spirale et plonge Sarah dans la haine. Les deux jeunes filles  se retrouveront  à Jérusalem. Juste pour une ultime et dernière fois.

L‘écriture de Gwénaëlle Aubry est sublime, insufflant la vie aux âmes, à tous ces morts qui charrient leur histoire et pèsent sur le destin des habitants de Jérusalem et des deux jeunes filles. Du conflit Israélo-palestinien, elle fait ressortir  la gangrène de la peur,  la soif de vengeance distillée comme du poison, le carcan de l’héritage familial, le souvenir "devoir" envers des défunts, les droits  pour un même sol. Mais il y a aussi le quotidien de Sarah et de Leïla : leurs espoirs, leurs rêves, leurs désirs et aussi leurs rires. Aussi  rares soient-ils.  Un livre bouleversant sur ce qui unit, partage, rassemble ou  divise que  j’ai hérissé de marque-pages.
Une lecture en apnée totale avec  des larmes aux lisières des yeux. Et c’en est presque terrible d’écrire que j’ai trouvé ce  livre splendide…


... Et il faut que Sarah comprenne  dans quelle folie elle vit. Et comme je la  regardais stupéfaite, elle reprit : oui, tous ici, Israéliens et Palestiniens, Arabes et Juifs, comme tu voudras, nous partageons la même folie, c’est elle qui, comme la terre, nous divise et nous réunit. Nous partageons une même hantise, tous, nous sommes habités par des cohortes de morts. Elle se tut un instant et puis, les yeux baissés , sourcils froncés , comme si elle récitait : les nôtres sont plus nombreux, plus  errants, nulle terre, nul corps, nulle mémoire ne suffira jamais à les contenir. (...) Cette terre où nous vivons, et que nous voulons croire immémoriale, est une comme une couche d'argile, meuble et fragile, où se mêlent les vestiges de deux catastrophes : la nôtre est innommable, mais est-ce une raison pour nommer la leur du nom de notre victoire? Telle est l'histoire dont nous héritons, la tragédie qui nous poursuit : on a réparé un crime absolu par une terrible injustice. 


 
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