vendredi 9 novembre 2012

Ahmed Kalouaz - Mon cœur dans les rapides


Éditeur : Rouergue - Date de parution : Novembre 2012 - 137 belles pages !  

Pendant les  vacances scolaires de  sa dernière année de collège,  Juliette part dix jours en camp de canoë en Ardèche pas très loin de chez elle. Au dernier moment, une copine à elle Léa s’inscrit également. Agée de quinze ans, les garçons  sont loin d’être la préoccupation de Juliette et pourtant…

La fin du collège marque des  changements pour les adolescents : l’entrée au lycée  en septembre, l’orientation  scolaire qui se profile. Pour Juliette ces vacances d’été sont l’occasion de souffler un peu et de partir en camp. Elle et sa sœur sont des habituées des séjours à  thèmes sportifs. Léa qui l’accompagne est un peu son opposée : extravertie et surtout elle collectionne les petits amis,  des relations éphémères qui lui conviennent. Au village où se situe le camp, elle croise plusieurs fois Nicolas souvent perdu dans ses pensées. Un adolescent  qui préfère la solitude à la compagnie des autres.  Peu bavard, il aime écrire des poèmes sur des galets qu’il dépose dans la nature.  Des cadeaux pour ceux qui les trouvent. Juliette a le cœur qui bat la chamade quand elle le voit et tous les deux vont vivre leur premier amour entourés des poèmes d’Apollinaire et  des gorges de l’Ardèche. Dix jours où  une métamorphose s'opère. Magique et belle.

Ahmed Kalouaz signe encore un excellent livre. Fort, intelligent et sensible. Comme  pour une partition de musique, il  décroche  des mots justes  sur les sentiments, les premiers émois des adolescents. Le tout avec pudeur et où rien n’est brusqué. Premiers pas maladroits ou hésitants, premier baiser échangé, premières caresses. Pas de guimauve mais la poésie du style de l’auteur. Avec subtilité, il laisse le soin  à chacun d'imaginer jusqu'où va la relation (physique) entre les deux jeunes amoureux.
Un livre lu et  recommandé également  par fifille en classe de troisième qui comme moi a succombé à l’écriture d’Ahmed Kalouaz dont je suis fan. Et comme je suis une grande sentimentale, je suis contente  de lire que  le premier amour est  une relation  qui a de l'importance...

J’entends, dans un souffle, l’enfance passer, et ses murmures dans mon cou me parcourir le corps. Des mots pour  voguer sur la voie lactée qui s’allume au-dessus de nos têtes. Je ne connais pas ce silence, après la furie de nos doigts tremblants et gauches, nos souffles redevenus réguliers, et cette larme sur ma joue.

 

jeudi 8 novembre 2012

Philippe Djian - "Oh..."


Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2012 - 273 pages troublantes.

Oh… n’est pas exclamatif et pour déterminer sa portée, il faut attendre la dernière page de  ce curieux roman. Curieux, oui, car il s’ouvre sur  la narratrice, Michèle presque  cinquantenaire qui vient de se faire violer mais  ne se précipite pas sur son téléphone et ne prévient pas la police.  Productrice de films, vivant seule dans sa maison depuis qu’elle s’est séparée de Richard son ancien mari. Ah Richard, dont Michèle écoute les plaintes sans cesse ponctuées d’un putain (à croire qu’il ne peut pas dire  une phrase sans ce mot). Car Richard écrit des scénarios fades, insipides, sans originalité qu’il croit toujours excellents. D’où leurs rapports souvent conflictuels mais il garde un œil  protecteur sur son ex-femme et  a un bon fond malgré tout. D’ailleurs, c’est à lui dont elle parle en premier du viol. Leur fils de vingt-quatre ans sans travail fixe veut élever et reconnaître  l’enfant que sa nouvelle amie attend et dont il n’est pas le père, la mère de Michèle s’amuse avec des jeunes hommes ( pour la plupart des gigolos qu'elle entretient). Fils et mère dépendent financièrement de Michèle. Heureusement, il y a Anna l’amie solide avec qui Michèle a monté sa boîte. Mais, il y a un hic, son mari  Robert est l‘amant (collant) de Michèle. Sans compter un voisin très gentil Patrick dont Michèle jusqu’à  peu ignorait le prénom. Mais depuis qu'un rôdeur a été vu dans le quartier, Patrick se montre un  quelqu'un sur lequel on peut compter( collant aussi) car entre voisins il vaut mieux s’entraider, c’est bien connu. D’ailleurs, Michèle a un faible pour lui. Quand sa mère lui demande d’aller rendre visite au moins une fois à son père, elle refuse d’emblée.  Un père emprisonné qui il y a trente ans a tué les soixante-dix enfants d’un club Mickey. La vie de Michèle et de sa mère a  été ensuite un cauchemar sans nom. Pas très simple tout ça me direz-vous ? Ajoutez-y que  Michèle flirte avec celui qui l’a agressée (dont on devine très facilement l'identité). 

Philippe Djian  ne s’embarrasse pas d’écrire des jolies phrases. Non, il nous raconte les faits d’une façon presque sèche  je sors. Je vais fumer une cigarette dehors. Une écriture basique comme comme dans un scénario. Phrases juxtaposées, lecteur bousculé et l’on passe d’une  situation à une autre dans la vie de Michèle comme en temps  réel. D'ailleurs, par son  intermédiaire on fume beaucoup ( toutes les deux pages) et on boit beaucoup de gin tonic. On est dans le quotidien. Dans l'intime, les pensées, le travail ou  la famille.

Bizarrement, ce livre n' a pas a connu le jeté par dessus par l'épaule  car il s'en dégage quelque chose d'assez hypnotique au final ( est-ce l'effet des phrases simples sujet verbe complément?). L'auteur nous livre  le  portrait d’une femme forte et libre qui défend ses bastions. Tellement forte qu'elle fait abstraction de ses problème en se jetant corps et âme dans son travail ( Wonder-Woman est de retour). Les hommes qui l’entourent ne lui arrivent pas à la cheville, elle mène la danse et n’a de compte à rendre à personne.  Je suis  totalement incapable de dire si j’ai aimé ou non mais j’ai été troublée. De là à relire cet auteur, il y a un fossé...

Le billet de Krol.
Un livre lu grâce à Price Minister
 

mardi 6 novembre 2012

Florence Noiville - L'attachement


Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2012 - 186 pages, une belle écriture mais une overdose des secrets de famille...

Anne, vingt ans,  étudiante en fac de médecine est en  vacances chez sa grand-mère maternelle. Six plus tôt, elle  a perdu sa mère Marie dans un accident de voiture. Elle découvre par hasard une lettre écrite par sa mère à un certain H peu de temps avant son décès. Marie élève en terminale et âgée de dix-sept ans avait une liaison avec son professeur de lettres, un  homme marié, père et de trente ans son aîné.  Pas une liaison passagère mais une histoire d’amour inconcevable qui a duré sept ans. Sept longues années d’un amour dérangeant, inacceptable en société et pour la famille de Marie. Anne découvre cette histoire, ce secret de famille qu’elle et ses sœurs ignoraient. Elle décide de poser des questions à sa tante, à sa grand-mère, se raccroche à l’idée qu’H. est toujours vivant, de le voir pour comprendre qui était vraiment sa mère. 

Ainsi, le  roman alterne la longue lettre de Marie et les pensées  d’Anne. Une réciprocité, un échange invisible  se crée  sur les  réflexions entre mère et  fille, les réponses devançant les questions. Le tout est servi par une belle écriture mais hélas, je crois que je développe une réaction allergique aux secrets de famille. En fait, je frôle l’overdose, je n’en peux plus, voilà c'est dit. A croire que toutes les familles ont quelque chose de caché : adultère, un enfant dont le jumeau est décédé à la naissance, un enfant hors mariage, un père qui n’est pas le père biologique de l'enfant, un parent alcoolique ( ah ça non,  ce n’est pas un  secret car ça se voit et/ou s’entend), … bref pour le moment je ne peux plus approcher de près (surtout) ou de loin une histoire avec un secret de famille. 
Toujours est-il que retiendrai de ce roman l'écriture de Florence Noiville.

Les billets de Céleste, Hélène

Merci à Dialogues Croisés pour  la découverte de cette auteure.


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