Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2012 - 252 pages et une très, très belle découverte !
Lakhdar est
jeune marocain de dix-huit ans habitant à Tanger. Il aime les polars
français et rêve de liberté. Pour lui,
elle se symbolise par la vue de l’Espagne au loin. Seule la mer le sépare de
cette terre. Avec son copain Bassam, ils aiment regarder les jeunes filles étrangères,
imaginer leur avenir de l’autre côté de la méditerranée. Il fantasme sur sa
cousine Meryem qui n’est pas indifférente. Tous deux sont surpris nus
par son père. Lakhdar est chassé de lui, il a apporté honte et déshonneur sur sa
famille et Meryem est envoyée loin de
Tanger. Le jeune homme quitte la ville, mendie
pour survivre.
Il faudra plusieurs mois pour que
Lakhdar revienne
à Tanger. Sa mère, ses frère et sœurs lui manquent et il se fait du souci pour Meryem. Bassam
l’aide et lui trouve un emploi de libraire dans devient libraire au sein du
mouvement pour la diffusion de la pensée
coranique dirigée par
le Cheick Nouredine. Musulman de naissance, Lakhdar a du mal à concilier les interdits, la rigidité
de la religion et la modernité. Nourri, logé, blanchi, cet emploi lui
laisse du temps pour lire et traîner sur
internet. Bassam a changé, il respecte à la lettre les paroles du Coran et du Cheick Nouredine proclamant la parole d’un Islam radical. Alors que le printemps Arabe embrase
certains pays, Lakhdar se demande quel sont les véritables projets du Cheick Nouredine. Dans un café, il rencontre une étudiante espagnole en voyage
au Maroc. Judit apprend l’Arabe à l’université et elle va l’initier aux auteurs
arabes classiques. Amoureux, des idées pour l'avenir plein la tête, Lakhdar est rattrapé par la réalité avec l’attentat de Marrakech. Pigiste à Tanger, homme à tout faire sur un paquebot puis exploité
à la manière d’un esclave par un espagnol
qui bâtit sa fortune sur des naufragés marocains,
Lakhdar se sent perdu, trahi. Même s’il est parvenu à Barcelone, les désillusions sont nombreuses.
Il n’a pratiquement plus aucune nouvelle de Judit. L’Espagne est secouée par la crise et par les indignés dont Judit
fait partie. La contestation gronde partout, l’amalgame religion et terrorisme ne
fait pas bon d’être musulman. Dans ses moments de désespoir, seule la beauté de
certains passages du Coran, la méditation apportée par la prière, et la lecture
sont ses seuls réconforts. Sa vie est ballotée, remise en question dans la tourmente, l'exil et est bien éloignée de tout ce qu'il aurait pu imaginer.
Ce livre est comme un cœur palpitant au gré du printemps Arabe et de la crise en
Europe. Battements où résonnent les questionnements d’une jeunesse avide
de liberté dont les idées se fracassent contre
un système économique, social, politique. Au rythme d’une écriture riche, brute, douce ou qui peut
se faire violente, Mathias Enard contrebalance la manipulation extrémiste religieuse et ses dérives par les fondements humanistes de la religion musulmane. Un roman littéralement viscéral. Magnifique !
L'Unité du Monde Arabe n'existait qu'en Europe.
Le billet de Constance




