mercredi 14 novembre 2012

Gillian Flynn - Les apparences


Éditeur : Sonatine - Date de parution : Août 2012 - 570 pages scotchantes qu'on ne lâche pas ! 

Avertissement : ne commencer pas ce livre le soir en allant au lit car vous ne pourrez pas le reposer avant de l’avoir terminé ( une erreur que j’ai commise…).

Amy et Nick forment un couple idéal. Habitants à New-York, mariés depuis presque cinq ans, tous deux sont journalistes. Sans problème d'argent surtout qu'Amy a inspirée enfant puis adolescente toute une série de livres écrits par ses parents. Mais la crise est passée par là, ils ont perdu leur travail et  les parents d’Amy ont dépensé sans compter. La mère de Nick est atteinte d’un cancer et Go la sœur jumelle de Nick a besoin d’aide.  Ils quittent New-York pour venir s'installer dans la ville natale de Nick dans le Missouri.  Nick et Go ouvrent un bar  grâce à de l'argent prêt par Amy dans cette petite ville de province où de nombreuses entreprises ont fermé. 

Le jour de leur  cinquième anniversaire de mariage un cauchemar sans nom commence. Nick  trouve le salon sens dessus dessous et Amy a disparu. La suite?  570 pages que j’ai dévorées !!! Ce livre est tout simplement diabolique, scotchant, captivant  et  hypnotique ! On suit en parallèle le récit de Nick et le journal intime d’Amy. Nick devient rapidement le coupable aux yeux de tous sauf qu’il y a des retournements de situations (et pas des moindres). On découvre au fil des pages les vraies personnalités de Nick et d’Amy. Chacun a sa vérité, qui croire? On ne sait pas sur quel pied danser. A la moitié du livre, un coup de théâtre magistral double la montée d'adrénaline !  Les non dits, les secrets, les manigances, l'idéalisation du mariage,  les manœuvres pour arriver à ses fins ... tout est distillé savamment.
Gillian Flynn dissèque la vie de ce couple aux apparences trompeuses et nous mène là où elle veut jusqu'au point final qui laisse un goût très, très ambiguë...Impressionnant !
Superbement construit, à vous donner des frissons dans le dos tant la manipulation et l'ombre de la  paranoïa qui planent sont machiavéliques, j’ai adoré !
 
Les gens aiment bien s'imaginer qu'ils connaissent les autres : les parents veulent croire qu'ils connaissent leurs enfants. Les femmes veulent croire qu'elles connaissent leurs maris.


 

dimanche 11 novembre 2012

Mathias Enard - Rue des voleurs


Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2012 - 252 pages et une très, très belle découverte !

Lakhdar est  jeune marocain de dix-huit ans habitant à Tanger. Il aime les polars français  et rêve de liberté. Pour lui, elle se symbolise par la vue de l’Espagne au loin. Seule la mer le sépare de cette terre. Avec son copain Bassam, ils aiment regarder les jeunes filles étrangères, imaginer leur avenir de l’autre côté de la méditerranée. Il fantasme sur sa cousine Meryem qui n’est pas indifférente. Tous deux sont surpris nus par son père.  Lakhdar est chassé de lui, il a apporté honte et déshonneur sur sa famille et  Meryem est envoyée loin de Tanger. Le jeune homme quitte la ville, mendie pour survivre.   

Il faudra plusieurs mois pour que Lakhdar revienne à  Tanger. Sa mère, ses frère et sœurs lui  manquent et  il se fait du souci pour Meryem. Bassam l’aide et lui trouve un emploi de libraire dans devient libraire au sein du mouvement  pour la diffusion de la pensée coranique dirigée par le Cheick Nouredine. Musulman de naissance, Lakhdar a du mal à concilier les interdits, la rigidité de la religion et la modernité. Nourri, logé, blanchi, cet emploi lui laisse du temps pour lire et  traîner sur internet. Bassam a changé, il respecte à la lettre les paroles du Coran et du Cheick Nouredine proclamant la parole d’un Islam radical.  Alors que le printemps Arabe embrase  certains pays, Lakhdar se demande quel sont les véritables projets du  Cheick Nouredine. Dans un café,  il rencontre une étudiante espagnole en voyage au Maroc. Judit apprend l’Arabe à l’université et elle va l’initier aux auteurs arabes classiques. Amoureux, des idées pour l'avenir plein la tête,  Lakhdar est rattrapé par la réalité avec l’attentat de Marrakech.   Pigiste à Tanger,  homme à tout faire sur un paquebot puis exploité à la manière d’un esclave par un espagnol qui bâtit sa fortune sur  des naufragés marocains, Lakhdar  se sent perdu, trahi.  Même s’il est  parvenu à Barcelone, les désillusions sont nombreuses. Il n’a pratiquement plus aucune nouvelle de Judit. L’Espagne est secouée  par la crise et par les indignés dont Judit fait partie. La contestation gronde partout, l’amalgame religion et terrorisme ne fait pas bon d’être musulman. Dans ses moments de désespoir, seule la beauté de certains passages du Coran, la méditation apportée par la prière, et la lecture sont ses seuls réconforts. Sa vie est ballotée, remise en question dans la tourmente, l'exil et  est bien éloignée de tout ce qu'il aurait pu imaginer.

Ce livre  est comme un  cœur palpitant au gré du printemps Arabe et  de la crise en  Europe. Battements où résonnent les questionnements d’une jeunesse avide de liberté dont les idées se fracassent contre  un système économique, social, politique. Au rythme d’une écriture riche, brute, douce ou qui peut se faire violente, Mathias Enard contrebalance la manipulation extrémiste religieuse et ses dérives par les fondements humanistes de la religion musulmane.  Un roman  littéralement viscéral. Magnifique !

L'Unité du Monde Arabe n'existait qu'en Europe.

Le billet de Constance
 

samedi 10 novembre 2012

Sandra Kollender - La tête à toto


Éditeur : Steinkis - Date de parution : Janvier 2012 - 154 pages qui m'ont lassée et pire qui ne m'ont pas touchée...

Sandra  Kollender a un petit garçon atteint d’une maladie  rare et détectée tardivement le syndrome de  West.  Maladie handicapante, invalidante qui ne permet à Noé comme les autres enfants

Quand à la roulette russe, le handicap et la maladie vous tombent dessus , il y a deux façons de réagir : adopter l'auto-apitoiement et attendre la compassion ou alors se battre et être optimiste.
J’ai toujours considéré l’humour, l’auto dérision  comme des armes redoutables pour parler du handicap et de ses nébuleuses cohortes. Démarches qui s’apparentent à un combat plongé dans  la jungle des papiers, des médecins manquant d’humanité, le regard et l’incompréhension d’autrui. Il faut un moral d’acier, une bonne dose d’humour pour y faire face.  Ce dernier  est même nécessaire pour ne pas sombrer quand le handicap, la maladie sont obscurs, progressifs et que l’avenir ressemble à un point d’interrogation.  Si je me suis retrouvée dans certaines situations comme vouloir jeter un médecin par la fenêtre ou le traiter intérieurement de tous les noms oiseaux, l’auteur dans ses descriptions complique des démarches qui sont déjà malheureusement assez complexes. 

Bien que Sandra  Kollender pointe du doigt les dysfonctionnements de prise en charge en matière d'handicap, l'humour et le fun (mot qui revient souvient dans ce court texte) surchargent grossièrement  le trait de pinceau.
A vouloir rendre à tout prix son récit drôle, le texte en devient par moment lourd, excessif. L’écriture proche de l’oralité, trop vive, les digressions soi disant humoristiques ( les trop de la balle … très peu pour moi) m’ont lassée. Et pire, je n'ai pas été touchée.   

Etant moi-même atteinte d’une maladie invalidante et handicapante, en comparaison,  j’étais sortie « grandie » après la lecture de Où on va Papa ? de Jean-Louis Fournier.
Dommage qu'en annexe, l'auteur n'ait pas jugé utile de joindre le lien d'un site sur cette maladie peu connue. 


 
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