samedi 9 février 2013

Pete Hamill - Tabloid City


Éditeur : Balland - Date de parution : Novembre 2012 - 404 pages indigestes...


Sam Briscoe est rédacteur en chef d’un grand quotidien à New-York. Ce journaliste septuagénaire de l’ancienne génération vit au rythme de l’adrénaline injectée par l’actualité. Etre le premier informé, titrer la  une parfaite, courir après le temps.  Le journalisme est sa vie. En vingt quatre heures, les dés sont lancés sèchement. Un double meurtre vient d’être commis. Cynthia Harding  a été sauvagement tuée à son domicile après une réception qu’elle donnait pour récolter des fonds.  Pendant presque trente ans, elle et Sam ont été amant. Durant cette même nuit, Sam Brisco apprend que le journal  version papier paraîtra le lendemain pour la dernière fois.  

Je me suis torturée l’esprit pour savoir comment rédiger  billet. J'ai hésité entre les premières phrases  :
Minuit. Sam Briscoe, salle de rédaction du New York World, 100 West Street. 
Lui, c’est Briscoe. Soixante et onze ans. Un mètre quatre-vingts, quatre-vingt-dix kilos. Ici, c’est la salle de rédaction du dernier quotidien du soir de New York. Il en est le rédacteur en chef. On l’aperçoit qui se faufile dans un coin. Il a un pardessus en travers de l’épaule gauche et tient sa veste par le col. Les manches de chemise sont retroussées deux fois au-dessus des coudes, soigneusement 
et celle-ci  (page 141) qui ravira sans aucun doute les amis de la poésie un type a balancé la sauce dans le vagin de sa mère et il s'est tiré. 

Ce livre patchwork à l'écriture hybride entre le télégramme et la dépêche est censé mettre le lecteur dans le bain de l’action. Le placer au centre névralgique du récit, que lui ou aussi sente la pression ou les émotions des personnages. J’imagine car j’ai soupiré d’ennui devant l’amoncellement des clichés et j'ai frôlé l’indigestion de cette écriture balancée comme des salves. Aussi, j’ai essayé  de passer outre le style (en évitant au passage de me prendre une rafale de phrases) pour m’intéresser à la palanquée de personnages que l'on suit durant ces 24 heures. Sam Briscoe, Josh revenu d’Irak handicapé,  Malik l'américain musulman djihadiste et dont le père est policier, la jeune journaliste qui ne trouve pas de boulot, la mère de famille d'origine mexicaine en situation irrégulière et bien d'autres... Tous s'agitent car New-York ne dort jamais. La solitude est une compagne, le travail du journaliste prime sur ses émotions. Sam Briscoe veut mener son enquête et trouver qui a tué Cynthia Harding,  empêcher l'inéluctable pour le journal. Une brochette  (fourre-tout) de personnages pour représenter New-York perpétuellement en constante  mutation et l'ensemble est  sombre, se laisse glisser  dans une certaine fatalité limite déprimant.
Certains des personnages ne m'ont pas laissée indifférente. Pire, je les ai trouvés mauvais comme de pâles copies avec un goût de déjà vu, une écriture qui m'a agressée et je n'ai strictement rien aimé dans ce livre.

Que dire de plus? Rien sinon qu'à partir de la page 242, je l'ai lu en  diagonale. Ah oui, si comme moi  vous avez envie d'aller un jour à New-York, juste un petit conseil : évitez cette lecture... 

L'avis d' Hélène que je rejoins entièrement.






mardi 5 février 2013

Lincoln


Réalisé par Steven Spielberg
Avec Daniel Day-Lewis, Sally Field, David Strahairn, Joseph Gordon-Levitt, Tommy Lee Jones

Synopsis : Les derniers mois tumultueux du mandat du 16e Président des États-Unis. Dans une nation déchirée par la guerre civile et secouée par le vent du changement, Abraham Lincoln met tout en œuvre pour résoudre le conflit, unifier le pays et abolir l'esclavage. Cet homme doté d'une détermination et d'un courage moral exceptionnels va devoir faire des choix qui bouleverseront le destin des générations à venir. 

Nous somme au début de l’année 1865, le président Abraham Lincoln a été réélu alors que la guerre de Sécession fait toujours rage. Les états confédérés du Sud rejettent l’idée de l’abolition de l’esclavage et ne veulent pas rejoindre l’Union. Pour que l’amendement abolissant l’esclavage soit adopté, les deux tiers de la Chambre des Représentants doit voter positivement. Le parti Démocrate est farouchement opposé et vingt voix manquent. Mais pour Lincoln il est hors de question d’abandonner son projet. Pendant deux heures et demie, nous sommes aux côtés de Lincoln en permanence. Aux réunions, quand il joue avec son fils, quand il reçoit la visite de citoyens et quand il arpente les couloirs de nuit en réfléchissant. La situation est serrée. Délicate. On le presse pour qu’enfin la guerre cesse mais Lincoln veut absolument faire adopter le 13ème amendement. Un président qui explique son engagement avec force et  conviction. Il mène un combat rude, difficile mais ne baisse pas les bras.  Et tant pis s’il faut tricher (acheter des voix démocrates) car  il s’agit de l’Histoire qui s’écrit avec l’abolition de l’esclavage. Des hommes politiques s'unissent, portés par le même but et mettent  au second plan leurs carrières ou leurs ambitions personnelles pour abolir l'esclavage.

Après un début un peu lent, je n’ai pas vu le temps passer ! Ce film est passionnant, beau et prenant ! 1865, ce n'est pas si vieux que ça... 

Section 1 du 13ème amendement de la constitution américaine : « Ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n'est en punition d'un crime dont le coupable aura été dûment convaincu, n'existeront aux États-Unis ni dans aucun des lieux soumis à leur juridiction. »

samedi 2 février 2013

Carole Allamand - La plume de l'ours


Éditeur : Stock - Date de parution : Janvier 2013 - 392 pages drôles, fraîches et relevées! 

Après la mort de son épouse, l’écrivain suisse Camille Duval est parti s’installer aux Etats-Unis où durant douze ans, il n’a rien écrit. Puis il est revenu sur le devant de la scène littéraire. Un nouveau style, des romans encensés mais l'auteur reste plus que discret. Exilé en Alaska, Camille Duval décède dans les années 1970 laissant planer de nombreuses questions sur sa personne et sur son œuvre. Et les experts littéraires sont partagés, chacun ayant sa théorie sur son cas. Avec sa bourse d’études, Carole Courvoisier admiratrice de l’auteur veut établir sa biographie qui dévoilera toute la vérité. Elle commence ses recherches aux Etats-Unis en étant loin de se douter de ce qui l’attend.

Avant d’ouvrir ce livre, pauvre ignare que je suis, je ne connaissais pas Camille Duval. Cet auteur suisse dont un livre fut censuré s’installa aux Etats-Unis après le décès de sa femme. Considéré comme l’un des plus grands auteurs suisses, son changement radical de style littéraire a alimenté des théories plus ou moins sérieuses ou fouillées. Biographes et spécialistes littéraires n'étant pas d'accord (*). Carole Courvoisier nous mène dans une quête prenante sur Camille Duval et le mystère qui l'entoure.  Moins de trente ans après la mort de l'auteur, ses recherches débutent à New-York, des archives épluchées et très vite la nécessité de rencontrer des personnes qui ont connu Camille Duval s'impose. Elle découvre que sa fille unique l'avait fait interner "pour son bien" dans un établissement dirigé par son mari, élément ignoré jusque là dans les biographies. Sa rencontre hasardeuse avec Jasper un ancien soldat d'Irak l'amène sur des pistes qu'elles n'aurait pas forcément exploitées. Et Carole parvient à retrouver celle qui fut l'infirmière et la dame de compagnie de Camille Duval. Ajoutez un colloque où tous les spécialistes de l'auteur sont présents, la mère de Carole qui s'invite, un voyage dans l'Ouest des Etats-Unis où Carole enseigne puis l'Alaska et un ours ! Je n'en dirai pas plus ce sur premier roman qui se lit d'une traite !
Des situations drôles et vives, les guerres de clocher entre personnes littéraires sont dépeintes avec humour et mordant sans compter la mère de Carole qui vaut le détour à elle tout seule.
Pas de temps mort et des recherches qui prennent l'allure d'une enquête policière révélant bien des surprises.
Carole Allamand laisse une marge de manoeuvre au lecteur pour qu'il se pose des questions sur l'auteur et plus généralement les auteurs. Les événements d'une vie qui influencent ou modifient la personnalité d'un écrivain, les changements littéraires qui en découlent et la part des différents composants d'une biographie.

Un premier roman vif, drôlement bien écrit, intéressant avec de l'humour ! Et même si les pièces du puzzle nous permettent de trouver la solution avant la page finale, il s'agit d'une très belle découverte !

(*) : Que ceux qui ont abandonné temporairement la lecture de ce billet pour taper frénétiquement le nom de l'écrivain sur le net et qui n’ont rien trouvé soufflent (et reprennent le fil de ma chronique), Camille Duval n’a jamais existé. 

Un colloque sur un écrivain a tout de la réunion de famille, avec sa bonne chère, ses concessions, ses anecdotes mille fois resservies et ses rancoeurs, mais surtout la certitude profondément ancrée en chacun, d'une branche et d'une génération à l'autre, d'avoir tout simplement raison. Des adeptes de l'approche narratologique de Duval à ceux qui déploraient dans ce rapprochement textuel un aveuglement à la dimension sociopolitique ( et sexuelle!) de la production duvalienne, tous se sentaient aussi pleinement dans la vérité et le droit chemin que le bourgeois attablé face à une petite cousine-fofolle qui collectionne maris et dettes. 

Le billet de Kathel


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