vendredi 15 février 2013
Anthony Doerr - Le mur de mémoire
Éditeur : Albin Michel - Date Parution : Janvier 2013 - 285 page et six nouvelles brillantes !
Dans ces six nouvelles, ou pourrait-on dire des novellas , Anthony Doerr nous amène à travers le monde et dans le temps. Matière première de la mémoire, fil conducteur de ces récits. Dans la première nouvelle, le personnage principal dans un monde futur peut revivre ses souvenirs encapsulés. Une manière de tromper la mémoire défaillante et oublieuse. Les capsules étant revendues au marché noir, elles permettent de s’introduire dans l’intime d’inconnus, de vivre soi-même des moments qui ne sont plus. La mémoire forgée à partir de souvenirs heureux ou malheureux dès l’enfance caractérise l’individu. Mais elle est aussi liée à des lieux où l’on a vécu toute sa vie comme dans Village 113. Les habitants ont été avertis que le village sera bientôt recouvert d’eau. Les machines ne vont pas tarder mais Li Quing ne veut pas partir. Toute sa vie est dans la vallée.
Mention spéciale à Vie posthume, la dernière nouvelle où mémoire individuelle et collective donnent un texte particulièrement émouvant. Un étudiant rédige son mémoire et se voit contraint de s'occuper momentanément de sa grand-mère hantée par son histoire liée à la grande Histoire. Depuis toujours, elle est sujette à des crises d'épilepsie et à des absences. Mais maintenant, elle veut être en paix. Avec elle-même et les morts. Ce récit à plusieurs facettes porte sur la transmission et démontre combien il est important de saisir chaque moment de bonheur si anodin soit-il.
L’écriture d’Anthony Doerr que j’avais déjà lu il y a longtemps est toujours impressionnante. Il insuffle à ses personnages des vies cornées de sensibilité. Des personnages humains qui comme tout à chacun reviennent quelquefois sur le passé, résurgence d’émotions ou de situations qui les ont modelés.
Un recueil riche, dense et travaillé ! Et on prévoit son mouchoir pour la dernière nouvelle qui est une pépite !
Vingt mille jours et nuits au même endroit, posés, piégés, les uns au-dessus des autres, les rides dans ses mains, les douleurs dans ses vertèbres. Germe, tégument,endosperme : qu'est ce qu'une graine, sinon, le type le plus pur de mémoire, un lien entre les générations?
jeudi 14 février 2013
Stéphane Carlier - Les gens sont les gens
Éditeur : Le Cherche Midi - Date de parution : Février 2013 - 160 pages et une déception...
Nicole Rivadavia psychanalyste
parisienne approchant de la soixantaine n’en peut plus. De son couple qui n’en est plus un, de
ses patients qui se plaignent. Sur un coup de tête, elle décide de rendre visite à une amie Elisabeth (sous-entendu une ancienne
voisine à qui elle n’a jamais donné signe de vie) qui habite désormais à la campagne.
Partir au vert se ressourcer, voilà l’idée de départ de Nicole. Avec Elisabeth, elles décident d'aller marcher . En chemin, son hôte tient à lui présenter une fermière Raymonde. Et c’est ainsi que Nicole découvre
Foufou. Un porcelet de six semaines enfermé pour être engraissé afin de
terminer dans les estomacs. Emue par le sort de l’animal et par ses conditions de
détention, Nicole le kidnappe et le ramène avec elle à Paris. Elle s’en occupe avec amour et la présence de l’animal va changer sa vie.
Tout le monde n’est pas sensible au même type
d’humour. Ce qui explique peut-être pourquoi je suis restée insensible (et surtout dubitative) suite à cette lecture. J'ai trouvé que l'histoire partait en vrille totale et dans tous les sens...
Ma comparse Keisha a
eu le même ressenti que moi. Comme quoi, en matière d’humour, ça ne passe pas
toujours… Que les défenseurs des animaux se rassurent, Foufou n’est pas mangé (il vécut heureux, cajolé, procurant bien-être autour de lui).
mercredi 13 février 2013
Emmanuèle Bernheim - Tout s'est bien passé
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Janvier 2013 - 206 pages d'un témoignage émouvant et puissant ...
2008, suite à un accident vasculaire cérébral, le père de Michèle Bernheim âgé de 88 ans ne supporte pas de voir ce qu’il est devenu. Un homme hémiplégique qui ne peut plus marcher, qui peine à parler. Il ne se reconnait plus dans cette déchéance physique. André demande à ses deux filles de l’aider à mourir dignement.
D’emblée, le paradoxe épineux est annoncé. En France quand le corps est arrivé usé, la médecine s’acharne à maintenir la personne en vie. Le droit de mourir dignement est opposé à celui de gagner encore quelques mois ou quelques années supplémentaires. Dans quelles conditions ? Celles de se voir diminuée, dépendante. Bien plus qu'une demande, André a imposé son choix à ses filles. Elle le comprennent et acceptent. Seule solution, se tourner vers la Suisse où on pourra l’assister. Il faut tout prévoir, sans oublier de se protéger au cas où. Mais quand André va mieux alors qu’une date est fixée, l’espoir reprend ses droits tout naturellement. André inflexible ne cédera pas. Elles vont mener à bien ce «voyage» caché, organisé clandestinement pour qu’André puisse finir ses jours dignement. Le sort s’en mêle avec un imprévu. Restées à Paris, elles ne savent pas si André va devoir rentrer à Paris. L’appel de Suisse confirmera que tout s’est bien passé.
Pas de pathos mais l’amour de deux filles pour un père. Une complicité père/ fille avec des souvenirs qui vous forgent un caractère. Ce récit est raconté sans aucun porte-drapeau. Un témoignage puissant, émouvant et beau qui soulève la question sur le droit de mourir dignement.
Un grand merci à Dialogues Croisés pour cette lecture.
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