jeudi 25 avril 2013

Susan Fletcher - Les reflets d'argent


Editeur : Plon - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Stéphane Roques - Date de parution : Avril 2013 -  450 pages et un gros coup de cœur !

J’aimerai juste vous dire que ce roman m’a rappelée pourquoi j’aime lire, c’est peut-être (un peu) court mais si vrai. Dès les premières pages de ce livre, j'étais ferrée. Une histoire qui débute par le récit d’une légende sur une île balayée par le vent et le ressac, et  instinctivement, j’ai su que j’avais devant moi de belles heures de lecture (oreilles qui se referment comme  les coquillages, plongée en apnée intérieure dans de bonheurs multiples où de petites bulles d’oxygène colorées éclatent dans le cœur et le cerveau)....

Sur l’île de Parla, les légendes font partie depuis toujours de la vie des insulaires. Bercés dès leurs plus jeunes âges par ces histoires où réalité, magie et rêve se superposent pour ne former qu’un. Il y a longtemps James entendit sur la plage de Sye le mot "Espère" s'élever des flots et  vit un Homme-poisson dans mer. ll était grand et aux cheveux noirs tel qu’il était représenté dans le livre d’Abigail qui allait devenir son épouse. Plus personne ne revit l’Homme-poisson.
Les années passent et Sam Lovegrove découvre sur cette même baie le corps d’un inconnu. Il le croit mort mais l’homme est toujours vivant. Ils sont à quatre à le transporter chez Tabitha l’infirmière de l’île. Tout le monde espère que l’inconnu soit Tom emporté par la mer quatre ans plus tôt. Sa femme Maggie dont l’amour ne s’est pas éteint s’est enfermée dans la solitude. Un et demi après avoir épousé Tom, elle s’est retrouvée sans mari et a décidé de rester sur l’île même si elle était originaire du continent. L’ensemble des habitants et toute la famille de Tom, ses deux frères Ian et Nathan, Esther sa sœur, sa nièce Leah, sa tante Tabitha, sa mère Emmeline, sa femme Maggie ont changé. Un voile de tristesse  a recouvert l’ensemble des âmes et des cœurs de Perla. La nouvelle de l’inconnu se répand sur toute l’île mais ce n’est pas Tom. L’homme ne se souvient pas de qui il est, ni de son nom ou de son prénom ni comment il a échoué sur l’île. Physiquement, il ressemble à l’Homme-poisson du livre d’Abigail or la légende veut qu’il apporte espoir et enchantement. Certains veulent très fort que ça soit lui même ceux qui ne croient pas aux contes. L’inconnu va devenir pour la communauté synonyme de renouveau.

Avec une écriture très sensorielle aux accents poétiques profonds, Susan Fletcher nous immerge dans une magnifique histoire où l’amour, la mer, les espoirs ancrés dans les contes, les stigmates enfouies, les mensonges tus, la renaissance et tous les changements qu'un homme, un seul, peut apporter grâce à un livre de légendes sont  déployés tel un précieux secret.

Autant de pages où le lecteur sent les embruns, le vent fouetter son visage. Il imagine Maggie dans sa maison,  visualise la belle Kitty la femme de Nathan peindre et entend ses bracelets à son poignet, voit les reflets scintiller sur la mer. Les sentiments de tous les personnages, leurs ressentis, la nature sont dépeints avec finesse et force, et avec une beauté si pure  que j’ai en ai eu la chair de poule et que j’en ai pleuré de bonheur (à souligner l'excellente traduction) !

Un roman merveilleux, aussi envoûtant qu'Un bûcher sous le neige. J'ai pris le temps de lire pour le savourer et  le faire durer le plus longtemps.
Il possède  cette grâce, ce charme presque magique, cette osmose avec la nature qui est un  personnage à part entière, l'importance des histoires transmises d'une génération à une autre. Des histoires que l'on peut entendre si l'on tend l'oreille pour écouter le vent au détour d'un chemin dans les landes ou qui naissent dans un livre patiné par le temps.

Leah qui a vécu si longtemps à travers les livres - la poésie ou les romans d'amour. Croyait-elle qu'elle ne serait jamais digne de connaître le bonheur ? Hie, Sam l'a vue s'arrêter de balayer pour boire de l'eau au goulot d'une bouteille, quelques gouttes lui coulant sur le menton et la clavicule, et Sam s'est dit que jamais aucun livre ne pourrait renfermer ce type de beauté, un tel éclat ou une telle vie. Lui dira-t-il  jamais ? Comme les nuits argentées, il faut le voir pour le croire.

Le billet de Cathulu



mercredi 24 avril 2013

Gaël Brunet - La battue


Éditeur : Le Rouergue - Date de parution : Mars 2013 - 217 pages et un coup de cœur !

Effectuer une battue : Chasse où les rabatteurs effraient le gibier pour les orienter vers les tireurs. Action d'explorer systématiquement un terrain en groupe afin de retrouver une personne ou des objets.

Olivier vient à contrecœur voir ses parents dans les Alpes. Là où il va vécu, là où il est parti pour Paris. Cinq années se sont écoulées depuis la dernière fois où il a mis les pieds au chalet  en se jurant de ne plus revenir. Mais sa mère l’a convaincue par une lettre, sa mère à qui il ne peut faire aucun reproche sauf celui de vouloir éviter les disputes, les éclats de voie. "Depuis longtemps, ma mère s’est barricadée dans le présent, redoutant de revenir sur notre vie d’avant, d’avoir à se remémorer certains souvenirs qui forment autant de mâchoires intérieures ". Sa compagne Anouk a envie de connaître ses parents sur lesquels il n’a jamais été trop bavard : "En dire le moins possible. Pour ne pas ouvrir une brèche dans le mur que je me suis efforcé de construire, pierre après pierre", mais il a fini par céder. Un père taiseux qui par son silence vous oppresse, vous met mal à l’aise et en deux mots vous envoie valdinguer. Un père qui refuse de répondre aux questions, d’entamer la conversation. Un coup de main dans le vide pour les chasser, un regard noir en tout et pour tout.
Olivier a vécu dans l’ombre de Marc son frère aîné. Skieur émérite et et voué à une grande carrière, la fierté de son père. Pour lui l'avenir était imposé sans avoir le choix avec  la reprise de la petite exploitation familiale. Marc est mort lors d’un accident où son frère était  présent. Olivier a passé son enfance puis son adolescence à faire semblant avec le sentiment de n’avoir pas place dans la famille. Depuis la mort de son frère, son père l’a relégué dans un no man’s land. Même son frère mort est bien plus présent dans la vie de son père que lui. Une battue est prévue au village, Olivier veut y participer pour enfin crever les abcès. Je n'en dirai pas plus sauf que ce  livre a réveillé en moi des souvenirs, l’image d’une personne semblable au père d’Olivier. Les silences, les non-dits qui vous étouffent, le ressenti de n'avoir pas eu sa place aux yeux de ses parents, je les connais trop bien.

Alors, oui, j’ai lu ce livre avec des larmes qui coulaient sur les joues et la gorge serrée. Gaël Brunet sait mettre des mots sur ce qui est presque indicible, décrire une ambiance avec force et sensibilité. Pas de pathos, juste une famille avec ses béquilles et un fils qui veut enfin les balancer pour se libérer et vivre.
Un roman qui vous le comprendrez est plus qu’un coup de cœur ! Maintenant, l'éponge que je suis n'a plus qu'à déverser son trop plein d'émotions...
Et comment ne pas penser à la chanson de Miossec destinée à une mère mais qui colle parfaitement à ce roman :
J'ai côtoyé le pire j'ai fait le nécessaire 
Pour un jour te faire sourire ou tout du moins je l'espère (...) 
Je n'ai jamais osé te le dire
Je n'ai jamais cherché qu'à te plaire
 
Le billet de Jostein et celui de Lucie (magnifique)

lundi 22 avril 2013

Annie Saumont - Un si beau parterre de pétunias


Éditeur : Julliard - Date de parution : Avril 2013 - 201 pages et 19 nouvelles inégales.

J’aime les nouvelles et j’aime l’écriture d’Annie Saumont. Son aisance à se glisser dans la peau de personnages variés enfants ou adultes et cette façon de décrypter leurs pensées. Des personnages communs que l’on pourrait croiser dans la rue à qui elle octroie cynisme, regrets ou des comportements étranges. Avec sensibilité, Annie Saumont explore ce qui détourne du bonheur.  En partant des deux postulats (cités en début de ce billet), j’aurais dû crier à l'enchantement sauf que l’étincelle ne s’est pas produite pour une bonne partie de ces nouvelles.

Il y a des pépites dans ce recueil (un si beau parterre de pétunias, le dernier client, une tasse de café par exemple et quelques autres. La lecture d'Allô, Madja a  noyé mes yeux de poissons d'eau) mais j’ai trouvé les textes inégaux dans l’ensemble. L’art de l’ellipse peut amener à fermer les portes d’un monde au lecteur sans lui donner les clés pour s'y introduire. Et pour être honnête, je suis restée sur le paillasson pour certaines nouvelles.
Je reconnais avec plaisir qu’Annie Saumont est une auteure qui n'a rien perdu de son audace et qui continue de surprendre par son écriture. Et ce n’est pas ce recueil qui m’empêchera de la lire encore...

J’ai une blessure au cœur, c’est débile. Je ne sais plus jouir simplement de sa présence, de on sourire. Je suis tremblante, émue quand il est là. Vous deux, je vous admirais, si calmes, précis, intelligents. Vous n’en finissiez pas de discuter. Habilement. Avec sagesse et conviction.
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