dimanche 5 mai 2013

Graham Swift - J'aimerais tellement que tu sois là


Éditeur : Gallimard - Traduit de l'anglais par Robert Davreu - Date de parution : Avril 2013 - 402 pages et une belle lecture ! 

Jack Luxton attend derrière sa fenêtre un fusil posé à côté de lui. Son regard se porte en contrebas sur les caravanes inoccupées en ce mois de novembre de 2006 qu'ils louent avec sa femme Ellie l'été à des vacanciers. Principalement des habitués sur cette île de Wight. Quelques heures plus tôt, Ellie furieuse est partie en voiture. D'habitude,  c'est eux qui partent en vacances au soleil à cette période de l'année mais une lettre arrivée quelques jours plus tôt a changé la donne. Tom le frère cadet de Jack qui le jour de ses dix-huit ans s'était engagé dans l'armée est mort en Irak. Jack a assité aux cérémonie militaires puis aux obsèques sans Ellie qui n'avait pas voulu venir. Pour Jack, les vacances sont à oublier. Il ne peut pas.
Jack un ancien fermier fermier du Devon, un agriculteur qui s'était retrouvé pris à la gorge par les dettes, privé de son outil de travail de ses vaches tuées et brûlées suite à l'épidémie de vache folle. Des années auparavant, sa mère Vera était morte laissant Jack et Tom son frère cadet de huit ans seuls avec leur père. Un homme taiseux, pas facile à vivre. Et puis Tom avait décidé de s'engager dans l'armée, de partir, de fuir. Jack n'avait rien dit, hormis un simple bon courage écrit sur une carte d'anniversaire. Il n'y eut plus que son père et lui engagé dans dans la poursuite de la ferme. Quand leur père s'est suicidé, Tom n'avait répondu au courrier de son frère et ne s'était pas rendu aux obsèques. Ellie qu'il connaissait depuis l'enfance avait été à ses côtés mais pour elle  Tom avait oubliés son frère, sa seule famille désormais. Le père d'Ellie avait rejoint celui  celui de Jack eu de temps après alors que sa mère avait pris la poudre d'escampette des années auparavant. Ellie avait reçu en héritage d'un oncle des caravanes et elle avait une idée celle de réunir les deux fermes et de les vendre. Fini les problèmes financiers et agricoles, ils pouvaient tourner la page et goûter aux-aussi au bonheur. Jack avait accepté et  suivi Ellie sans rien dire. Raccrocher son ancien métier et quitter le Devon mais sans l'oublier. Une victoire pour Ellie qui le voulait à elle toute seule.

Depuis que Tom est mort, il hante Jack. Son décès a déterré tout ce que était enfoui, entassé. Derrière sa fenêtre, Jack replonge dans ses souvenirs et dans ses relations avec son père et Tom. Jamais d'effusion de sentiments, des émotions toujours refoulées et enfouies, courber l'échine et des non dits en guise d'acceptation. Pourquoi étaient-ils devenus deux inconnus chacun menant sa vie ? Il pense à Ellie une meneuse qui a toujours pris des initiatives. Mais leur couple s'est distendu avec les années, ils se sont éloignés sans y faire attention.
Jack cet homme calme est gagné par une sorte de folie, une sorte de vent où les remords, l'attachement à son ancienne vie de fermier tourbillonnent. Il attend qu'Ellie revienne, il faut qu'elle revienne pour lui.

Le poids du passé, celui des morts et d'un monde agricole au bord de l'asphyxie marquent la vie de Jack. Des empreintes au fer rouge indélébiles dont il aimerait s'affranchir. Graham Swift à cet capacité à s'attacher aux détails, à des vies ordinaires brouillées par les événements et à les mettre à nu.
Un roman amer bercé par la nostalgie qui se termine sur l'espoir. Une belle lecture !

Au moment même où Ellie le prenait dans ses bras, le tenait- elle sentait le coton propre -, l'embrassait dans le cou en disant : " Ca va Jacko, ça va". Et qu'est ce que ça voulait dire - uniquement qu'il n'y avait pas de mal à pleurer pour un adulte? Au moment même où les larmes brûlantes jaillissaient - il ne pouvait pas en être autrement - des yeux de Jack Luxton, des yeux gris comme la pierre et, la plupart du temps, froids et sans expression comme ceux de son père. Ma foi, les gens ne sont pas du bétail.






vendredi 3 mai 2013

Jean-Luc Nativelle - Le promeneur de la presqu'île


Editeur : éditions du petit véhicule - Date de parution : 06/2012 - 169 pages et un avis en demi-teinte.

Antoine Desprez effectue sa promenade dans le village où il est venu habiter il y a vingt-cinq ans avec sa femme Michelle. Ce soir, contrairement aux autres jours, il décide de l'entreprendre dans le sens opposé. Cette  cassure dans l'habitude est "comme un interdit, il ne respecte pas la règle qu'il avait établi depuis tant d'années". Une manière d'entreprendre une introspection. Tandis qu'il passe devant les maisons, leurs habitants nous livrent leurs points de vue sur ce qui s'est passé trois jours plus tôt.

On devine très vite qu'Antoine est habité par la mort de son épouse. Comme un puzzle devant chaque maison où il passe, les habitants reviennent sur cet homme et sa famille, et les relations entretenues ou non avec eux car on apprend qu'il a un fils Julien. On avance à petits pas ne sachant pas exactement l'âge de Julien. Un lieu, une maison réveillent les souvenirs d'Antoine alors que les pensées des habitants oscillent entre pitié, compassion ou une forme de stupidité bête et méchante. Car  on pressent  qu'il y a autre chose de plus noir, plus sombre. L'accident qui a eu lieu trois jours auparavant est la  noyade de Julien. Un jeune homme différent atteint d'un handicap mental depuis sa naissance. Au fil des pages, la vie d'antoine, de sa femme et de Julien se déroule. L'incompréhension, la culpabilité, les remords mais aussi des moments simples de bonheur apprivoisés nous sont dévoilés.  On se prend des émotions comme des claques en plein figure quand l'on s'y attend le moins. La nature humaine nous saisit à la gorge par tous ses aspects.  Je n'en dirai pas plus sur l'histoire...

Mais j'ai trouvé que l'auteur jouait trop sur la code sensible et le mélo chargeant cet homme de strates de malheur un peu à la Olivier Adam.  Pour faire parler son personnage, l'auteur a choisi de longues phrases où l'on peut se perdre par faute d'un manque de ponctuation. Il y a quelques maladresses également. Conduit à l'hôpital après le décès de son fils, on lui demande de remplir des papiers et de choisir les textes qui seront lus lors de la messe d'enterrement (dans mon souvenir, cette organisation religieuse est préparée à part avec le prêtre ou le curé). En quelques années, sa femme est foudroyée d'une cirrhose. Et là j'ai tiqué car il faut bien plus que quelques verres par jour pour passer directement à la case cancer (l'alcoolisme tue de façon plus insidieuse et plus complexe). Enfin, l'histoire se déroule dans un village d'une presqu'île bretonne comme le titre l'indique et à part l'évocation d'une cale, de rochers et d'une plage, il n'y a rien d'autre.
Jean-Luc Nativelle a choisi de détailler certains points et d'autres moins laissant planer un certain flou.

Je crois que l'auteur a voulu évoquer trop de thèmes dans ce livre et il aurait fallu soit en supprimer soit en faire un roman plus approfondi. Sans les défauts que j'ai évoqués, ce roman aurait gagné en force mais la sensibilité et les réflexions de cet homme m'ont touchée.

Ce livre fait  partie de la 11ème sélection du prix des Lecteurs du Télégramme et maintenant place au vote  jusqu'au 5 mai dernier délai!


jeudi 2 mai 2013

J. Courtney Sullivan - Maine


Éditeur : Rue Fromentin - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Camille Lavacourt - Date Parution : Mai 2013 - 450  pages absolument géniales ! 

Comme tous les étés, la maison de vacances d’Alice doit accueillir enfants, petits enfants et arrière-petits-enfants ou du moins une partie. Son fils Patrick a fait construire sur le même terrain une autre bien plus confortable que celle de sa mère pour lui et sa famille. Qu’importe car pour Alice ses souvenirs s'entassent dans sa maison et lui rappelle Daniel son époux décédé depuis dix ans. Bigote assidue, Alice n'est pas pour autant une sainte. Sa belle-fille Anne Marie  a organisé le planning pour tout le monde tout en sachant pertinemment que ses belles-sœurs et leurs moitiés ne viendront pas. L’épouse modèle de Pat avec qui elle forme un couple parfait, a une famille dont elle est fière avec ses enfants et petits-enfants exemplaires. Attentive et aux petits soins, Ann Marie est comme une fille pour sa belle-mère et a elle prévu de venir dès juin afin qu’Alice ne soit pas seule. Kathleen ne supporte guère sa famille surtout sa mère et Ann Marie. L’autre fille d’Alice, Clare vit trop loin pour venir passer un mois dans le Maine. Mais Ann Marie n’avait pas prévu que Maggie la fille trentenaire de Kathleen s’invite sans prévenir. Et c’est ce qui arrive. Maggie  vient de rompre avec son copain alors qu’elle est enceinte. Sans vouloir déranger, elle est venue passer quelques jours au bord de la mer là où elle passait toujours ses étés.

Fichtre, que ce roman est génial ! A travers ses personnages féminins sur trois générations à qui elle donne la parole à tour de rôle, J. Courtney Sullivan nous plonge dans les joies de la famille au sens large. Les dîners de famille où tout le monde riait et s’entendait sont bien du passé pour Alice. Loin d’être dupe et entretenant rivalités et jalousies avec ses propres petites remarques assassines, Alice ne s’attendait pas ce que ce été soit aussi mouvementé. Elle n’a pas dit à ses enfants la légère modification, apportée à son testament et quand ils la découvrent c’est l’étincelle qui allume l’incendie. Mais bien avant d’en arriver à ce moment précis du roman, Kathleen débarque elle aussi et les hostilités sont au programme. Ann Marie opte pour la version chic et polie derrière son sourire (parfait) tandis que Kathleen aime se complaindre dans le rôle de Caliméro l’incomprise. Maggie, elle, ense plus à son futur avenir de mère célibataire et Alice attend que cet été se termine au plus vite tout en aspirant à rejoindre Daniel.

Sans tomber dans les clichés, on découvre au fil des pages de nombreuses révélations tendres, gaies ou agaçantes comme ces personnages et cette famille. Car J. Courtney Sullivan nous dépeint de vraies femmes humaines qui ont des désirs, des remords, des regrets ou des préoccupations. Elle leur insuffle des émotions, des défauts et des qualités, les sonde avec finesse et psychologie pour nous livrer ce roman  pétillant, savoureux , captivant et  très pertinent sur la famille et le rôle de la femme ! 
Une fois commencé ce livre, on ne veut pas e refermer car au fond cette famille renferme un peu (ou beaucoup) de la nôtre.

A lire, à savourer seule ou entourée des siens (dans ce cas prendre toutes les dispositions nécessaires afin que personne ne remarque vos petits haussements de sourcils, vos rires ou votre regard qui trahirait le fond de votre pensée). Peu importe car  le vrai  bonheur de la lecture est bien là et j’en redemande !
Après Les débutantes,  J. Courtney Sullivan s'affirme  en tant que romancière très douée.

Passé un certain stade , vous ne vous inquiétez plus pour vos rides et vos bourrelets. Vous refusez de rentrer votre ventre au moment où vous tentez d'avoir un orgasme. ( Et toc, bien dit Kathleen)

Si vous hésitez encore à vous précipiter sur ce livre,  je vous conseille hautement de lire les billets de Cathulu et de Cuné. Brize est moins enthousiaste
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...