samedi 20 juillet 2013

Elisabeth Tova Bailey - Les nuits mouvementées de l'escargot sauvage


Éditeur : Autrement - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Cécile  Mouraux - Date de parution : Avril 2013 - 161 pages et des poissons d'eau dans les yeux...

L'auteure Elisabeth Tova Bailey a été longtemps clouée au lit à cause d'une maladie sans nom. Ses forces physiques envolées, une vie sociale qui s'émiette, et une maladie sur laquelle les médecins n'ont pas su mettre d'étiquette. Lorsqu'une une amie lui offre un pot de violettes à mettre dans sa chambre, ce cadeau en révèle un autre. Un escargot s'y trouve. Elisabeth Tova Bailey aménage un terrarium pour lui et cet escargot va devenir son centre d'observation, un "compagnon" qui va l'aider sans le savoir à traverser une période difficile.

Dans ce récit tout en sensibilité avec des pointe d'humour et truffé d'informations sur ce gastéropode, l'auteur nous livre ses réflexions. Et je me suis retrouvée à mettre un post-it à chaque page car ce livre a résonné en moi. Le regard de l'auteure, ses pensées sur la vie, sur le temps ce luxe rare dont elle dispose et dont elle ne  ne peut en profiter, les visites de médecins en médecins, l'isolement qu'elle décrit ont trouvé écho en ma personne à cause de mon vécu. Des paragraphes si justes qui ont été un miroir.

Les parallèles établies sont étayées d'information sur l'escargot et sur son mode de vie. Et ce sont autant d'étincelles dans les yeux et dans le coeur !

Alors oui, cet essai a colonisé mes yeux de poissons d'eau tant il m'a touchée  mais il m'a apportée ce sentiment d'être comprise. 
Jamais nombriliste ou versant dans le pathos, avec une écriture sans fioritures et aux accents poétiques,  ce livre est un vrai rayon de soleil !

Mon lit était un île dans la mer désolée de ma chambre. Je savais pourtant que d'autres comme moi était confinés chez eux, par la maladie, ou par une blessure, dans un village ou dans des villes, partout dans le monde. Allongée là, je me sentais liée à eux tous. Nous formions nous aussi une sorte de colonie d'ermites. 

Quand on est bonne santé, la vie semble avoir un sens, une raison évidente. Il est effarant de voir à quelle vitesse la maladie balaie ces certitudes. 

Les billet de Cathulu, Dominique, Mango

vendredi 19 juillet 2013

Elliot Perlman - La mémoire est une chienne indocile


Éditeur : Robert Laffont - Traduit de l'anglais (Australie) par Johan-Frédérik Hel Guedj - Date de parution : Janvier 2013 - 575 pages magistrales !

Lamont Williams vient de sortir de prison où il y a laissé quelques années. Une histoire de vol où il s'était retrouvé embarqué sans être au courant. Depuis six ans, il n'a pas eu de nouvelles ou vu sa fille qui doit être âgée de huit ans. Il retourne vivre chez sa grand-mère qui l'a élevée. Au centre de cancérologie de Manhattan, cet homme noir du Bronx commence une période de six mois probatoire comme agent d'entretien. Son but : retrouver sa fille.
Adam Zignelik est professeur d'histoire à l'université de Columbia mais ses chances de titularisation sont réduites à néant car il n'a rien publié depuis des années. Ce fils d'un avocat juif qui s'est battu pour les droits civiques et la fin de la ségrégation dans les écoles peine à porter cet héritage. Il préfère se séparer de sa compagne Diana à qui il refuse des enfants.

A partir de ces deux personnages centraux Lamont et Adam qui n'ont rien en commun , une histoire voit le jour  entre présent et passé où d'autre personnages prennent place. Au centre de cancérologie, Lamont fait par hasard la connaissance d'un vieux homme . Il prend l'habitude de passer le voir après son service et cet homme dont le bras est tatoué d'un numéro va lui confier son histoire. Henri Mendelbrot rescapé de l'holocauste le choisit comme témoin de sa vie.
Le père de l'ami Adam lui-même ancien universitaire l'aiguille sur une piste de recherche. Celle des soldats noirs américains qui ont participé à la libération des camps à la fin de la guerre. Mais les recherches d'Adam vont  le conduire à s'intéresser au travail d'un psychologue Henry Border.

Je ne sais pas si les précédents livres d'Elliot Perman sont du même gabarit aussi riches, denses et prenants mais croyez-moi ce livre c'est vraiment quelque chose ! L'auteur nous ferre très vite dans cette fresque à peine esquissée par la question sur le rôle de l'histoire à travers un cours qu'Adam donne à ses élèves. Alternant les histoires des personnages, on plonge dans la grande Histoire et celle des destinées individuelles.
La place de la mémoire est l'écheveau central de cette toile où les fils qui relient les différents personnages se tissent. Des révoltes des juifs dans les ghettos durant la guerre à  la lutte pour les droits civiques des noirs, roman est tout simplement passionnant et captivant. 

Elliot Perlman  nous renvoie au devoir  de mémoire, à sa transmission, à l'influence de l'Histoire sur nos vies et à des causes sociales qui ne peuvent être oubliées.  Un grand roman  qui chavire le cœur,  l'esprit par son humanité et qui nous interpelle, sème de nombreuses graines de réflexion ! Tout simplement magistral ! 

L’histoire peut nous conforter dans des moments difficiles, ou mêmes troublés et traumatisants. Elle nous montre ce que notre espèce a traversé et à quoi nous avons survécu. Elle peut nous aider à comprendre que nous avons déjà su traverser plus d'une période sombre, par le passé. Et l’histoire est d'une importance vitale, autant si ce n'est davantage encore que la biologie, surtout peut-être parce que le passé nous tient sous son emprise, et nous avons beau croire qu'il serait impossible de lui échapper, il nous est fait impossible de lui échapper. Si seulement vous saviez à quel point vous êtes proches de peuples qui vous semblent si lointains... vous seriez surpris.
Et c'est aussi une manière d'honorer ceux qui nous ont précédé. Nous pouvons raconter leurs histoires. Ne voudriez-vous pas que quelqu'un raconte votre histoire? Finalement, c'est la meilleure preuve qui soit que votre existence a compté. 


Les billets de Cuné, Nath lit

jeudi 18 juillet 2013

Joyce Maynard - Une adolescence américaine


Éditeur : Philippe Rey - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Simone Arous - Date de parution : Avril 2013 - 233 pages et un livre hérisson..

Ce livre a été écrit en 1972 par Joyce Maynard alors qu'elle n'avait que dix-neuf ans. Un an plus tôt, cette jeune fille s'était retrouvée sous les feux de rampe grâce à un article paru dans le New York Times. Devenue un modèle représentatif de la jeunesse américaine, des centaines des lettre lui parviendront. Parmi elles, une de J.D. Salinger, l’écrivain de L’attrape-cœurs. Sa relation avec J.D. Salinger a fait l'objet d'un livre Et devant moi, le monde. Une adolescence américaine s'inscrit dans la suite de son article sur la jeunesse américaine. Paradoxalement, Joyce Maynard se trouve souvent en décalage avec les jeunes de son âge. Et avec regard doublé d'une certaine distance, elle nous offre le portait de toute une génération dans un contexte politique, social et culturel.

Sans s'arrêter à l'observation, elle parle d'elle. La jeune fille avec ses préoccupations de fille, son enfance, ses envies professionnelles, son rapport à l'écriture. Brisant certains idées reçues en décrivant sa génération "nous sommes fatigués, souvent plus par ennui que par dépenses physique, vieux vant d'être sages, connaissant le monde non pour m'avoir parcouru mais pour l'avoir vu à la télévision. Chaque génération pense qu'elle est spéciale. (...). Ma génération se distingue davantage par ce que nous avons manqué que par ce que nous avons gagné car, dans un certain sens, nous sommes à la foi les premiers et des derniers. Les premiers à considérer la technologie comme allant de soi. Les premiers à grandir avec la télévision. (...). Nous avions les Beatles, mais pas ceux de l'époque où ils étaient mignons et se ressemblaient tant avec leurs costumes assortis et leurs chansons qui vous faisaient pleurer. Ils nous sont tombées dessus comme une mauvaise blague - plus vieux, barbus, mal accordés. Nous avons hérité de la guerre du Vietnam juste après le début de la vague - trop tard pour brûler les cartes d'incorporation et trop tôt pour ne pas être incorporés. "
Une génération qui n' a pas connu les problèmes d'argent et qui sans renier l'argent " jouait au pauvre et vivait en riche", qui a consommé de la drogue ( l'auteure dit avoir goûté mais sans y trouver d'intérêt).

Une période où être populaire au lycée signifiait être influent, exister aux yeux des autre. Rien n'a changé....
Le culte du paraître toujours et encore, celui de la minceur entrainera Joyce Maynard dans le cercle de l'anorexie.

De ce témoignage ancré dans l'Histoire, l'intemporalité et l'universalité de certains sujets sont frappants. Tout comme le regard mature et les réflexions de Joyce Maynard. Un livre devenu hérisson par le nombre de marque-pages que j'y ai inséré..

L'avant-propos rédigé à l'occasion de la sortie de ce livre en France par l'auteure est touchant  par sa sincérité.
Je ne me lasse pas de lire cette auteure ( Baby love Et devant moi, le monde, Les filles de l'ouragan), de la découvrir avec ce sentiment particulier de nouer un lien comme avec Annie Ernaux.

Les billets de Gwordia, Sylire
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