jeudi 29 août 2013

Julie Bonnie - Chambre 2

Editeur : Belfond - Date de parution : Août 2013 - 185 belles pages qui bousculent et vous font chavirer d'émotions !

Béatrice dont le corps nu dansait dans les cabarets est devenue auxilaire de puériculture dans une maternité. Derrière la porte de chaque chambre, chaque femme a sa propre histoire. Sensible, poreuse aux émotions des autres, Béatrice raconte le bonheur mais aussi les douleurs et les souffrances de ces femmes. Sous sa blouse rose, Il lui faut endiguer ces flots de sentiments pour rester debout.
Les souvenirs de sa vie d'artiste bohême libre, des amis de la troupe dont elle faisait partie émaillent son présent. Choc de deux mondes opposés. Elle doit rester à sa place à la maternité, ne pas sortir des fonctions de son statut. Serrer les dents et contenir la rage latente. Devenue mère, Béatrice avait fait le choix de quitter la troupe pour rejoindre une vie "normale". La douleur des femmes pour qui maternité ne rime pas forcément avec bonheur nous saute à la gorge. Autant de femmes et de situations qui existent bel et bien. A la beauté de son corps nu dansant avec plaisir s'opposent les cris ourdis de ces femmes et la pudeur qui les enveloppe.

Dans une écriture charnelle, vive ou la poésie et la sensibilité se font entendre, on ressent que Julie Bonnie s'est investie en tant que personne dans ce premier roman. Un hommage vibrant au corps des femmes et aux femmes qui trouble, ancre des émotions profondes et puissantes. Touchée et coulée par cette lecture ...

J'étais nue tous les soirs. Pour des femmme et des hommes. J'ai exposé mon corps comme la plus respectée et la plus noble des choses du monde.

Le billet de Cathulu


mercredi 28 août 2013

Sorj Chaladon - Le quatrième mur


Editeur : Grasset  - Date de parution : Août 2013 - 330 pages qui laissent une marque indélébile ! 

1974, « Samuel Akounis, juif grec rescapé de l’Holocauste», résistant grec et metteur en scène s’est exilé en France à Paris. Au cours d’une de ses interventions dans une faculté son témoignage frappe Georges un étudiant de vingt-quatre ans. Georges qui souhaite faire du théâtre a participé activement à mai 68  et depuis a embrassé d'autres causes. Une rencontre en forme d’électrochoc pour Georges un  un brin candide et Aurore elle-aussi étudiante. Sam a un grand projet. Ambitieux, fou. Faire jouer Antigone d’Anouilh au Liban, « offrir un rôle à chacun des belligérants », « voler deux heures à la guerre, en prélevant un cœur dans chaque camp ».

La pièce d’Anouilh est tout un symbole. Présentée pour la première fois en 1944 à Paris durant l’occupation allemande, elle était le signe que durant une tragédie une représentation de théâtre pouvait être un répit. Antigone où est question de terre et de fierté. Mais la santé de Sam décline et il est hospitalisé. Il demande à Georges de d’en occuper pour lui. Marié à Aurore, père d’une petite Louise, Georges ne peut pas dire non à son ami et part au Liban. Il découvre une situation complexe et des communautés qui occupent certains territoires. Il doit convaincre Druzes, Chrétiens, Musulmans d’accepter le projet de Sam. Mais le vrai visage de la guerre éclate et Georges blessé doit rentrer en France. Obnubilé par ce qu’il va vu au Liban, il n’arrive plus à goûter à son bonheur tranquille. Georges est devenu un homme hanté par cette guerre.

Toujours avec une écriture aux mots qui sonne juste et qui collent au plus près des émotions, Sorj Chalandon nous plonge au cœur de la guerre au Liban et de la passion du théâtre. Et comme pour contrer la violence de la guerre, les passages de la pièce Antigone cités éclatent par leur beauté. Mais ce livre va plus loin. S’il démontre la force du théâtre qui peut rassembler au-delà des divisions religieuses ou culturelles, il nous rappelle que certains hommes une fois qu’ils ont vu le pire ne peuvent plus revenir à leur vie d’avant. Quitte à laisser une famille et à s’engager pour une cause.
Une lecture forte, belle, dure par certains aspects et qui laisse une marque indélébile.

La guerre était folie ? Sam disait que la paix devait l’être aussi. Il fallait justement proposer l’inconcevable. Monter Antigone sur une ligne de feu allait prendre les combats de court. Ce serait tellement beau que les fusils se baisseraient.

Lu du même auteur : Mon traître Retour à Killybegs
Le billet de Sophie Hérisson.

Livre reçu dans le cadre de « On vous lit tout », organisé par  Libfly.







lundi 26 août 2013

Louise Erdrich - Dans le silence du vent


Éditeur : Albin michel - Date de parution : Août 2013 - Traduit de l'américain par Isabelle Reinharez - 458 pages denses et profondes !

Lors d’une journée de printemps, la mère de Joe partie chercher un dossier pour son travail se fait attendre. A son retour, Géraldine est incapable de parler. Conduite à l’hôpital, son mari et Joe âgé de treize ans apprennent qu’elle a été violée. Choquée, elle s’enferme dans un mutisme et ne veut pas évoquer ce qu’elle a subi ni à la police ni à son mari. Pourtant ce dernier est juge aux affaires indiennes. Son mari qui a foi et confiance en la justice remet l’affaire entre les mains des autorités compétentes. Mais pour Joe rien ne plus être pareil. Sa mère reste cloitrée dans sa chambre et se coupe du monde, de sa famille. Joe est déterminé à mener sa propre enquête.

De l’insouciance conférée par  l’enfance, Joe est projeté dans le monde des adultes. Un monde loin d’être simple surtout que les lois sur le territoire indien sont complexes. Sa quête de vérité et de vengeance se heurte à la notion de justice et aux principes inculqués par son père. Mais pour sa mère, Joe est prêt à tout.

Ce livre au vu du thème aurait pu être très sombre mais Joe le narrateur s’il nous raconte l’effondrement de sa famille, nous fait part également de ses sorties et de ses ballades avec ses amis ainsi que de la solidarité au sein de la communauté indienne. Ses premières bières, son premier mensonge contrebalancent l’ambiance morose qui règne désormais dans sa maison. La douleur, les souffrances éprouvées par sa mère, son père et Joe sont rendues admirablement avec intensité et sobriété comme l’enfance envolée de Joe.

Un roman émouvant où Louise Erdrich amène le lecteur à réfléchir sur la notion de justice. 
Dense, profond, l’auteure brise la gangue de silence et  sa voix s’élève admirablement comme un manifeste pour dénoncer les violences subies par les femmes amérindiennes.
Un livre dirigé magistralement une fois de plus par cette auteure très talentueuse  ! 

Et ces chiffres de la postface qui font froid dans le dos : Un rapport publié en 2009 par Amnesty International , présentait les statistiques suivantes : une femme amérindienne sur trois sera violée au cour de sa vie ( et ce chiffre est certainement supérieur car souvent les femmes amérindiennes ne signalent pas le viols) ; 86 pour cent des viols et des violences sont victimes les femmes sont commis par des hommes non-amérindiens ; peu d’entre eux sont poursuivis en justice.

Lu de cette auteure : La chorale des maîtres bouchers - La malédiction des colombes - Le jeu des ombres

Le billet de Cathulu




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