samedi 7 septembre 2013

Delphine Bertholon - Le soleil à mes pieds


Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Août 2013 - 184 pages qui interpellent et résonnent longtemps après lecture!


Elles sont deux : La grande et la Petite. Deux sœurs adultes, seule famille l’une pour l’autre habitant à parie et que tour oppose. La Petite solitaire préférant restée dans son appartement à récurer, n’aimant pas sortir ou parler. La Grande imprévue qui prend malin pervers à la dominer. Elle sait que se sœur la craint et lui obéit. Dans son fort intérieur, la Petite comme prisonnière de la Grande aimerait pouvoir dire non. Mais un drame survenu alors qu’elles étaient enfants semble avoir pipé les dés.

J’avais découvert Delphine Bertholon avec L’effet Larsen, la singularité du style et de l’histoire m’avait conquise. Si pour Grâce, je n’avais pas eu le même enthousiaste, j’ai lu ce nouveau livre en apnée totale ! Tout de suite l’écriture m’a accrochée : des phrases courtes et des expressions qui font mouche comme « les jambes encagées dans des bas de contention ». Il y a donc le renouveau de l’écriture avec ce roman, un pari risqué mais réussi ! Et puis l’histoire, fascinante et dérangeante racontée par la Petite. Chacune des deux  a essayé de franchir l’insurmontable de l'enfance à sa façon. La Grande en instaurant et en jouissant de son droit d’aînesse, la Petite n’ayant pas mon mot à dire et qui lutte intérieurement. Silencieusement.

De la première à la dernière page, on oscille. Bousculé par la tension qui s’en dégage, l'ironie cruelle et la folie que l’on touche du bout des doigts. Mais ce livre n’est pas morose ou glauque. Les souvenirs du passé racontés par la Petite sont des touches de soleil bercées d’amour maternel. L'ombre peut planer,  renaître rime quelquefois  avec la mort et  la fin que je n'ai pas vu venir est salvatrice.

Delphine Bertholon démaille avec subtilité la mécanique des liens de la famille, les tord jusqu'à l'extrême. Un roman qui par son écriture et sa subtilité interpelle, émeut encore longtemps après sa lecture !

A grands coups de lingettes, nettoyer, récurer, aseptiser. Mais on a beau frotter, rien ne s'efface jamais - la solitude, la honte, ce foutu temps qui ne passe pas et toutes anémones qui refusent d'éclore quand on a besoin d'elles, plantes stupides du ventre, inutiles et ingrates - elle aurait tant voulu dire, il faut dire les choses quand on le peut encore, dire à Maman "Je t'aime, à la grande" Je te hais", au jeune homme "J'existe", mais elle n'a jamais rien  dit, jamais rien fait, jamais rien pu, je suis depuis toujours un plot de béton au fond d'un lac, avec un cadavre de fillette pendu au bout d'une corde.

Lu également de cette auteure : Twist

Les billets d' A bride abattue, Blablamania,  Charlotte, Sophie , Stephie...


vendredi 6 septembre 2013

Barbara Kingsolver - Dans la lumière


Éditeur : Rivages - Date de parution : Août 2013- Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Martine Aubert - 555 pages agréables !

Au cœur des Appalaches, Dellaboria se remet en question. Mariée à dix-sept ans car elle était enceinte, sa vie de mère au foyer n’a rien de réjouissant et ses beaux-parents ne l’apprécient guère. En se rendant à un rendez-vous avec son jeune amant, elle est aveuglée et fascinée par une lumière rouge car des papillons aux ailes oranges colonisent les arbres de la vallée. Dellaboria le prend comme un signe et décide de retourner chez elle.

Ces papillons appelés les monarques vont bouleverser la vie de la petite ville et celle de Dellaboria. La plupart des habitants y voit une manifestation divine alors qu’un scientifique arrive pour étudier ce phénomène anormal. Ces papillons depuis la nuit des temps passent l’hiver au Mexique. Pourquoi ont-ils changé leurs habitudes ? Ce coin perdu des Appalaches attire journalistes et curieux car tout le monde veut voir le phénomène qui se produit sur les terres des beaux-parents de Dellaboria. Cette dernière et son mari Cub vivotent et dépendent financièrement des parents de Cub. Mais justement petit à petit les papillons vont donner l’occasion à Dellaboria de prendre son envol.
A la grande surprise du professeur Obid Byron venu étudier le phénomène, Dellaboria semble peu préoccupée du réchauffement climatique et des impacts. Et là, on assiste à la confrontation du monde scientifique, des dérives extrémistes écologistes, des intérêts financiers et de  personnes dans une certaine nécessité comme Dellaboria dont les réalités et les préoccupations sont différentes.

Si au départ Dellaboria m’est apparue vraiment naïve et par moment agaçante, elle a su gagner mon empathie ce qui n’était pas gagné d’avance. Deux enfants, un mariage par obligation, aucun diplôme : peu de possibilités ouvertes pour changer de vie. Peu à peu, elle va arriver à gagner confiance en elle et à s’ouvrir à de nouveaux horizons.

Malgré des longueurs inutiles et quelques bons sentiments, ce livre a le mérite de démontrer que tout le monde peut être sensibilisé aux problèmes de notre planète et surtout d’en prendre conscience. Au vu de la quatrième de couverture, j’en attendais peut-être un peu plus mais finalement je ne regrette pas de l’avoir lu !

- C'est vrai, Cub, on le mérite, répondit-elle. Je dis pas le contraire. Mais la chance c'est un coup de dés. Tu ne peux pas bâtir une industrie sur l'espoir qu'ils vont revenir. C'est ça qui bousille les gens. Se lancer à l'aveuglette comme ça.

Des avis partagée  :  Brize  a été déçue,  Dominique  a aimé , un coup de coeur pour Lucie et Valérie  l'a trouvé  moralisateur.






jeudi 5 septembre 2013

Lionel Salaün - Bel-Air

Éditeur : Liana Levi - Date de parution : Septembre 2013 - 223 pages âpres, intelligentes et terriblement juste ! 

Années 1950, dans une sous-préfecture en France le café le Bel-Air est l'endroit de la cité où les habitants du quartier se rejoignent. Les conversations y vont bon train comme les nouvelles commentées par chacun. Trente ans plus tard , Franck y revient. Le café est sur le déclin mais Gérard que Franck considérait comme son meilleur ami officie toujours derrière le comptoir. Enfants puis adolescents, Franck et Gérard étaient unis comme deux doigts de la main.

Alors que la guerre d’Algérie couve au Bel-Air certains esprits s’échauffent car les préjugés et le racisme sont le petit lait de certains. La guerre d’Indochine vient de se terminer en ayant laissé un goût de défaite. Des patriotes jusqu’à l’os comme le père de Gérard rêvent de revanche et regardent d’un mauvais œil les immigrés. Gérard rêve de s’engager. Pour lui, l’Algérie appartient à la France. En bon fils, il partage les idées de son père. Ces opinions sont la première fracture dans l’amitié entre Franck et de Gérard. De nature solitaire et aspirant à la liberté, Franck qui vient de terminer le lycée n’a pas d’ambition spéciale alors que ses copains ont tous des choix en tête. Il est convenu que Gérard fils unique reprendra le Bel-Air l’affaire de la famille. Si pour le moment, Franck et les siens rêvent encore d’Amérique, de filles aussi belles que celles des affiches, la menace de la guerre et de la lettre d’incorporation va dévoiler le pire comme l’inattendu. La génération de Franck est projetée dans une vie d’adulte avant d’avoir eu le temps de profiter de la jeunesse. Mais Franck y laissera bien plus que l’insouciance…

Je l’attendais impatiemment ce nouveau roman de Lionel Salaün ! Après Le retour de Jim Lamar, l’auteur nous immerge dans la France des années 50 où le charme suranné est tâché par le racisme nourri par des gens ordinaires. Sans aucun superflu ou cliché, il nous renvoie l’image de notre pays en pleinf mutation sociale, d'une  jeunesse brisée comme l’amertume des amitiés que l’on croyait indéfectibles. 
Avec intelligence, il réussit à nous faire ressentir  l'ambiance du Bel-Air comme si on était aussi bien que les émotions trahies par un signe du visage.
Ce second roman de Lionel Salaün est une totale réussite avec une écriture âpre qui colle au plus près des personnages !

S'il est vrai que le fonctionnement de notre communauté, tant en raison de sa situation géographique, en marge de la Ville, que du statut social de ses habitants, ouvriers pour la plupart, petits artisans ou employés subalternes, créait un sentiment fort d'appartenance à la classe qui la composait, avec l'esprit de solidarité, de partage et d'entraide qui en découle, celle-ci souffrait des maux inhérents à toute société  évoluant en vase clos, où l'ordinaire de chacun est la pâture de tous.

Un grand merci à Dialogues Croisés !








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