lundi 23 septembre 2013

Alix Ohlin - Inside


Editeur : Gallimard - Date de parution : Août 2013 - Traduit de l'anglais (Canada) par Clément Baude - 363 pages qui m'ont conquise !

1996, Montréal. Alors qu'elle fait du ski, Grace heurte un homme qui veut se suicider. Elle appelle les secours et passe sa journée à ses côtés. Est-ce son métier de psychologue qui a pris le dessus ? Pour être certaine que Tug n'essaiera pas à nouveau de mettre fin à ses jours, elle reste chez lui la nuit. Le lendemain à son cabinet, elle voit Annie une adolescente qui se scarifie . Elle est enceinte et demande conseil à Grace.
2002, New-York, Annie qui se fait désormais appeler Anne veut devenir comédienne  Son agent lui décroche des rôles dans des publicités et  de brèves apparitions dans des séries  télé.  Rien de plus mais elle ne perd pas espoir. Elle recueille chez elle une adolescente Hillary qui a fugué. Celle-ci s'immisce petit à petit dans sa vie.
2006, Mitch psychologue et ancien mari de Grace accepte une mission  pour Iqualit. Une mission en forme de fuite pour faire le point sur sa liaison avec Martine mère d'un jeune garçon atteint du syndrome d'Asperger. Sur place, il fait connaissance de Thomasi dont la mère est dans le coma.

Grace est le pivot de ce roman, tous les autres  personnages gravitent ou ont gravité autour d'elle par son métier ou dans sa vie personnelle.
Ce roman fluctue dans le temps et dans l'espace. Avec Tug nous découvrirons le Rwanda, nous assisterons aux retrouvailles de Grace et de Mitch des années plus tard. Des personnages qui ont forcément changé soit par le cours de la vie non linéaire soit par des rencontres, des actes commis ou non.
Toutes les clés ne nous sont pas données au départ. Le puzzle prend forme  au fil des chapitres qui sont consacrés à chacun des personnages. Habilement, les remords, la solitude, la recherche du bonheur, les échecs ou les douleurs tapies se dessinent en faisant la part belle au travail du psychologue. Des destins qui se croisent, se chevauchent, s'éloignent et autant de mains tendues. Mais l'acceptation de l'aide d'autrui n'est pas sans conséquence tout comme son refus.

L'écriture d'Alix Ohlin émaillée d'humour et jamais plombante nous guide dans ce roman.
Et lorsque l'on  connaît tous les aboutissement de ce livre et tous les thèmes abordés, on est impressionné par la densité de ces personnage si humains et des relations si justement bien décrites ! Conquise je suis ! 

Depuis son divorce, elle avait eu quelques aventures, mais rien n'avait pris. Elle avait trente-cinq ans et se disait qu'après tout elle n''était pas fait pour le mariage - constat qu'elle aurait rejeté, ou du moins considéré  avec soupçon, s'il était sorti de la bouche d'un patient. Le privilège du psy consistait, parfois, à remettre les œillères.

Les avis enthousiastes de Cathulu, Laure, Lou lit là, Mimipinson n'a pas aimé.






samedi 21 septembre 2013

Pierre Lemaitre - Au revoir là-haut


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2013 - 564 pages et un vrai plaisir de lecture ! 

2 novembre 1918, le soldat Albert Maillard est sauvé de la mort par le soldat Edouard Pericourt. Ce dernier en aidant bravement son camarade est blessé grièvement au visage. A partir de ce moment, Albert va veiller sur Edouard à la gueule cassée et les deux hommes vont devenir inséparables.

S’en suit l’armistice et des hommes démobilisés dont la France ne sait que trop que faire. Pour la famille riche et aisée d’Edouard, celui-ci est mort au combat. A la demande d’Edouard, Albert a falsifié des documents. Un autre homme est au courant : le lieutenant Henri d'Aulnay-Pradelle qui est élevé au rang d’héros. Pourtant, il n’a que l’étoffe d’un arriviste peu scrupuleux et avide d’argent. Il s’est marié à la sœur d’Edouard pour profiter du carnet d’adresse influent de son beau-père. Son épouse n’est pas dupe de ses liaisons et son beau-père le considère comme un bon à rien. Et Pradelle a flairé un bon filon car le pays se retrouve avec des milliers de morts entassés dans des charniers à qui l’on doit offrir un lieu de repos décent. Son entreprise remporte le marché et il s’enrichit de manière écœurante. Sans regret et sans morale. Pendant ce temps, Edouard et Albert survivent misérablement. Edouard est devenu accro à la morphine et Albert enchaîne les petits boulots pour lui en procurer. Il n’a pas retrouvé sa place de comptable d’avant guerre et sa fiancé l’a remplacé. La mère patrie les a oubliés financièrement et socialement tout comme leurs concitoyens. Edouard ne se montre jamais, gueule cassée dont ce qui reste de visage est effrayant. Il ne dessine plus alors que c’était son grand plaisir. La France occupée par ses soldats morts lance un appel d’offre pour des monuments aux morts. Et Edouard a une idée, une escroquerie qui leur permettra à lui et à Albert d’être riches grâce à son don de dessinateur. Je n’en dirai pas plus sur l’histoire, ni pourquoi Albert veut se venger de Pradelle depuis cette journée du 2 novembre 1918.

Ce roman est fichtrement bien rythmé et l’auteur nous immerge dans cette période de l’après Grande Guerre. Grise, peu glorieuse avec l’argent fait sur le dos des morts, les arnaques, les magouilles entre personnes des mêmes cercles au bras long. Avec une écriture vive qui crisse aux oreilles ou qui sait se faire diablement cynique pour nous interpeller, les pages se tournent à toute allure !

Un roman avec un vrai suspense, un contexte historique creusé. Certains diront que ces trois personnages ont tout des deux gentils et du méchant. Ce serait nier le talent de Pierre Lemaitre qui nous campe des personnages plus vrais que nature et qui nous réserve des surprises. 
L'auteur habitué à jouer avec nos nerfs, à nous glacer le sang et à nous tenir en haleine a habilement retourné sa veste d’écrivain dans un genre où je ne l’attendais pas en nous offrant un premier roman.
Un vrai plaisir de lecture sur toute la ligne! Je me suis régalée! 

Même si la pauvreté, des deux côtés, remontait à la première dynastie, Madeleine avait cela dans son histoire, le manque, la gêne, c'est comme le puritanisme ou la féodalité, ça ne se perd jamais tout à fait, les traces suivent les générations.

Les billets d'Argali, Cuné, DominiqueStephie, Ys

Lu du même auteur : Alex - Cadres noirs - l'excellent Robe de marié - Sacrifices - Travail soigné




vendredi 20 septembre 2013

Laurent Seksik - Le cas Eduard Einstein


Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2013 - 294 pages troublantes!

Le nom Einstein est associé à Albert. Avant d'ouvrir ce livre, je ne savais pas que génie avait eu deux fils dont le cadet  Edouard souffrait  de schizophrénie, maladie déclaré à ses vingts ans. Ces deux enfants sont issus de son premier mariage avec Mileva femme dévouée à ses fils et plus particulièrement à Eduard. Il faut dire qu'Albert s'est détourné de son fils et de sa folie. Tandis que la guerre gronde, Albert émigre aux Etats-Unis avec sa nouvelle épouse. Edouard sera interné à l'hôpital psychiatique de Burghölzli en Suisse et sa mère ne vit que pour lui. Sacrifices compris.

On plonge dans l'âme torturée d'Eduard qui admire et déteste ce père si célèbre. Sa souffrance est criante tout comme l'amour maternel de Mileva. Un amour qui dépasse toutes limites car elle veut qu'Eduard soit soigné correctement. Le nom Einstein étant souvent un barrage auprès des spécialistes qui s'affrontent car la psychanalyse en tant que traitement n'est pas partagée par tous. Si Eduard est atteint de schizophrénie, il est pourtant extrêmement intelligent. Dans sa nouvelle vie, Albert est obnubilé par travail mais la culpabilité envers son fils est bien réelle. Amputé des manifestations d'amour, il sera toujours maladroit avec son fils. Eduard ne sort guère de l'hôpital psychiatre. Spectateur du monde monde qui change, des années que porte plus difficilement sa mère.

Ce roman polyphonique donne la parole à Eduard, à son père Albert et à sa mère. Il retrace le parcours sur plusieurs dizaines d'années de leur existence mettant à  nu leurs pensées les plus intimes. Les remords sont communs à Albert Einstein et à Mileva. Ils ont perdu un premier enfant, une douleur enfermée à double tour dans une gangue de silence. Eduard est partagé par la fardeau de ce nom lourd à porter lié à son père et l'admiration. Il l'aime et le hait simultanément. Et Mileva si touchante, si dévouée qu'on a envie de prendre dans ses bras ! 
Tous les trois se heurtent à des difficultés, chacun ayant sa vision qui ne correspond pas forcément à celle de l'autre.

Extrêmement bien construit et écrit, ce livre lève le voile sur Eistien personnage public en le décrivant dans les relations avec sa famille. Un père absent dont le fils Eduard est son talon d'Achille...difficile d'éprouver cependant de l'empathie pour Albert.
Un roman passionnant,  touchant et troublant à ne pas rater ! 

Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution. Les autres, ce n’est pas moi, mais la main de la mort qui les a résolus .

De nombreux billets dans le récapitulatif Challenge rentrée littéraire 2013 de Sophie Hérisson
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