jeudi 24 octobre 2013

Leonard Rosen - La théorie du chaos


Éditeur : Le Cherche Midi - Traduit de l'anglais (Américain) par Hubert Tézenas - Date de parution : Septembre 2013 - 486 pages efficaces !

S’il n’est pas mathématicien comme son arrière grand père, Henri Poincaré est commissaire à Interpol depuis presque trente ans. Il pourrait prendre sa retraite et profiter paisiblement de sa demeure du Sud-Ouest la France et de sa famille. Difficile pour lui de raccrocher définitivement car il aime son métier. Il a envie de continuer à travailler encore un petit peu, un dernier dossier … Mais le prix de cette envie sera lourde de conséquences.

Henri Poincaré vient d’arrêter un criminel de guerre Banovic connu dans les Balkans et est chargé de la sécurité d’un sommet concernant le commerce. Un attentat à Amsterdam conduit à la mort du mathématicien James Fenster reconnu pour ses travaux et qui devait y intervenir. Sans compter que dans d’autres endroits de la planète, d’autres attentats ont lieu. Est-ce que les deux affaires ont un lien ? Pourquoi la fiancée de Fenster a disparu mystérieusement? Voilà les questions que se pose Henri Poincaré et quand sa famille est personnellement visée (attention :  le mouchoir peut être sorti), il est hors de question pour lui de ne pas trouver les coupables.
J’aime les thrillers page-turner et pourtant celui-ci n’en est pas à un à proprement parler. Pas d’ongles rongés, mais une enquête qui fait la part belle à l’analyse et à un personnage principal très creusé (on a l’impression de le connaître vraiment !) qui croit aux valeurs humaines.

Pas de flic  alcoolique et/ou dépressif, une trame bien menée et ancrée dans un contexte économique et mondial  :  le résultat est ce thriller efficace !

Si vous n'êtes pas convaincus après la lecture de ce billet, je vous renvoie aux avis de Brize, de Dominique et de Keisha


mardi 22 octobre 2013

Milena Michiko Flasar - La cravate


Éditeur : Editions de l'Olivier - Traduit de l'allemand (Autriche) par Olivier Mannoni - Date de parution : Août 2013 - 164 pages et un livre hérisson !

Quelque part au Japon, un jeune homme Hiro s’aventure au-delà de sa chambre dans laquelle il est resté deux ans pour aller dans un parc. Assis sur un banc, il observe un homme avec son attaché-case et en cravate qui prend son déjeuner. Le lendemain et le jour suivant, il y retourne et le voit à nouveau à la même place. Si Hiro pensait qu’il s’agissait d’un homme d’affaires comme tant d’autres, l’homme passe sa journée entière au parc et s’en va à la même heure. C’est l’homme à la cravate qui en premier va nouer la conversation entre eux deux.

Hiro est un adolescent qui s’est coupé du monde, un « Hikikomori » qui a vécu deux ans cloîtré dans sa chambre et qui ne parle plus à ses parents ou à quiconque. Il a volontairement quitté l’école portant un lourd fardeau. L’homme à la cravate lui apprend qu’il a perdu son emploi et qu’il ne l’ose pas l’avouer à sa femme. Petit à petit, Hiro et Tetsu se livrent un peu plus au fil des jours. Par fragments, par confidences. Chaque jour, Hiro attend impatiemment de revoir Tetsu le lendemain. Il puise en ce dernier sa force d’affronter le monde. Une amitié hors du commun naît entre ces deux êtres sortis de la conformité. Hiro le narrateur plonge dans ses souvenirs qu’il a longtemps calfeutrés par peur d'avoir mal.

Il s’agit d’un de ces  romans portés par une écriture délicate où l’on entre sur la pointe des pieds et qui traite de sujets graves. Le statut et la place que confère le travail dans la société, la pression sociale exercée à différents niveaux, le suicide, la perte d’un enfant mais aussi l'espoir de se relever quand on est tombé .

Ce livre n’est pas engagé il  mais nous livre de belles réflexions sur l’individu avec une humanité touchante et il s'en dégage une belle luminosité ! Un roman devenu hérisson par le nombre de post-it que j’y in inséré tant j’ai été frappée ( vous le comprendrez) par de nombreux passages !

Je ne tentai pas de me faire des illusions. Hier comme aujourd'hui, mon but était d'être seul avec moi-même. Je ne voulais rencontrer personne. Rencontrer quelqu'un, c'est s'impliquer. On noue un fil invisible. D'humain à humain. Une foule de fils. Dans tous les sens. Rencontrer quelqu'un, c'est devenir une partie de son tissu, et c'est cela qu'il fallait éviter.

Plus jamais, je me l'étais juré, je ne voulais avoir part à la souffrance d'un autre. Il devrait le savoir. Que pleurer et agoniser sont des affaires privées.

Le billet de Leiloona


lundi 21 octobre 2013

Mary R.Ellis - Wisconsin


Éditeur : 10 x 18 - Traduit de l'américain par Isabelle Maillet - Date de parution : 2008 - 443 pages superbes! 

Wisconsin, 1967. La famille Lucas vit dans une ferme isolée. Bill âgé de huit ans aime se promener dans la nature et suivre son frère aîné James qui est un fan d’Elvis Presley. John le père est un alcoolique brutal et leur mère Claire semble perdue en permanence dans se pensées, ne se souciant pas de ses deux fils. Souvent Bill et James vont chez les Morriseau un couple sans enfant et qui sont leurs plus proches voisins. James ne supporte plus les brimades de son père et s’est engagé dans les Marines.  Le Vietnam l’attend. Bill se sent abandonné par son frère et le départ de James est pour sa mère un électrochoc. Bill écrit à son frère ajoutant à chaque fois un élément de la nature du Wisconsin : une fleur, de la terre. Mais le jour où des officiers se présentent chez ceux, Claire a compris. James est porté disparu. Bill lentement s’enfonce dans un processus d’autodestruction et devient de plus en plus solitaire.

Dans ce roman choral qui se poursuit jusqu’en 2000, on assiste bien plus qu’à la description et l’évolution de la vie de personnages. Mary R. Ellis nous décrit un père qui noie ses échecs dans l’alcool et se venge sur les siens, une mère qui reconnaît avoir été passive trop absorbée par ses problèmes, des voisins dont la bienveillance est une seconde nature, l’absence cruelle d’un frère dont a peur de perdre le souvenir de son visage ou du son de sa voix, de la nature omniprésente. Et il y a toutes les blessures, les attentes et les déceptions anciennes ou récentes de chacun qui sont nous dépeintes admirablement comme l’espoir que James nourrissait de revenir en héros. Et puis, il y a Bill fracassé depuis la mort de son frère qui réapprendra à vivre.
Mary R. Ellis donne à ses personnages la possibilité de s’exprimer sur une même situation offrant ainsi un angle de vue varié. Pas de pathos et l’auteure nous offre une fin pleine d’espoir.

Un roman dur mais majestueux, ample d’humanité et de sensibilité ! J’ai été submergée d’émotions à la gorge!

Les billets de Brize, George,  Joëlle, Manu, Valérie



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