samedi 26 octobre 2013
Eric Pessan - Muette
Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2013 - 211 pages vibrantes, douloureuses comme un cri qui déchire une gangue de silence...
Parce que les mots assénés sont parfois plus violents que les coups, parce que l’indifférence, l’humiliation permanente et le manque d’amour creusent des abîmes, Muette fugue. A 17 ans, la jeune fille a prémédité son départ. Pas très loin de la maison parentale, ce lieu où les petites phrases assassines, mesquines fusent sur elle comme des balles. Les mots, des situations blessantes la lestent. Pour se débarrasser de ce fardeau, elle va se cacher dans la nature.
Muette ne parle pas par choix « Manier les mots, Muette sait le faire ; ouvrir la bouche, arrondir les lèvres et tordre la langue pour articuler des phrases, elle y parvient si bien que beaucoup se leurrent et ne voient pas qu'au fond d'elle, elle est Muette ». Ne pas répondre aux provocations, aux méchancetés de sa mère. Muette enfant non désirée , élevée par des parents pour qui elle ne compte pas et qui se contentent de leurs vies restreintes. La nature lui offre la paix, le silence. Cette harmonie qu’elle ne trouve pas dans sa famille. Elle n’a pas de quoi tenir longtemps. Juste quelques provisions qui ne lui permettront pas de vivre plusieurs semaines. Elle le sait. Elle se demande si ses parents vont s’inquiéter ou être contents. Muette profite de cette parenthèse dans cette grange abandonnée pour faire corps avec la nature, se couper du reste du monde.
Le récit de la fugue de Muette est entrecoupé des paroles de sa mère comme « Tu es empotée ma pauvre fille, Elle nous en donnera du souci, Epargne-moi la honte ».
Je pourrais taire que ce roman sur l’enfance et l’adolescence saccagées par des parents a trouvé un écho en ma personne. Si je n’ai pas entendu des mots aussi durs que Muette, ils l'étaient suffisamment pour que je passe des heures dans la nature à les déposer sur l’écorce d’un arbre ou l’humus de la terre. Essayer de les chasser, rêver d'une autre vie car les mots font mal tout comme le sentiment d'être un poids.
Aucun pathos et l'écriture d'Eric Pessan est sensible, poétique et sans fioriture.
Un livre que t’ai lu les yeux remplis de poissons d’eau. Vibrant, douloureux, cruellement beau comme un cri qui déchire une gangue de silence...
Les billets de Fransoaz, Malice, Mimi, Zazy, Yv.
vendredi 25 octobre 2013
Arthur Loustalot - La ruche
Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Août 2013 -186 pages qui interpellent...
Dans son recueil de nouvelles Là où commence le secret, Arthur Loustalot faisait preuve d’une écriture harmonieuse, classique. Dans ce roman, il effectue changement de cap à 180 degrés ! Le titre, la ruche synonyme d’essaim, de bruits incessants colle parfaitement au contenu.
On est bousculé, valdingué par l’écriture : phrase courtes, nerveuses, échanges souvent cinglants qui s’enchaînent sans temps mort.
Un huis clos clos entre Alice la mère et ses trois filles dont la cadette est encore une adolescente. Deux ans se sont écoulés depuis que son mari l’a quittée et elle sombre.
Tout le roman se déroule dans l’appartement. Brouillard de fumée de cigarettes et où verres d’alcool et tasse de café sont laissés sur la table. Alice a l’impression d’avoir tout donné pour son mari et ses filles. Ca fait mal, Marion, Claire et Louise prennent en pleine figure ces crises qui frôlent l’hystérie (et nous aussi). Alice a instauré des codes dans ce lieu : les portes doivent rester ouvertes. Ses filles lui tendent une bouée de sauvetage En vain. Elles sont fatiguées d’endosser les responsabilités et le rôle que leur mère ne veut plus jouer. Car Alice n’a pas digéré le départ de son mari. Si ses filles cherchent à la protéger, jusqu'où peuvent-elles aller ?
Les douleurs, la frustration, la culpabilité mais aussi l'amour parasité, les remords jaillissent à chaque page. L’écriture ne plaira pas tout le monde. Paradoxalement, elle sert et nuit à cette lecture créant une tension mais pouvant donner le tournis ou une sensation d’étouffement ( j'ai dû interrompre ma lecture à plusieurs moments car je me sentais oppressée).
Difficile de dire si j’ai aimé ce roman mais j’ai été interpellée…
Marion se met à pleurer : mais tu te rends compte de ce que tu nous fais-maman- tu transformes nos vis en - vos vies? Vos vies? crie Alice : et le mienne? Hein, c'est quoi ma vie? C'est quoi ma ma vie depuis trois, depuis vingt ans? Il y a de nouvelles règles maintenant ! On me respecte et on ne parle plus de votre père- non mais- hein, mes pauvres chéries - c'est ça, ma vie?
Les billets de Blablamania, Coccinelle
jeudi 24 octobre 2013
Leonard Rosen - La théorie du chaos
Éditeur : Le Cherche Midi - Traduit de l'anglais (Américain) par Hubert Tézenas - Date de parution : Septembre 2013 - 486 pages efficaces !
S’il n’est pas mathématicien comme son arrière grand père, Henri Poincaré est commissaire à Interpol depuis presque trente ans. Il pourrait prendre sa retraite et profiter paisiblement de sa demeure du Sud-Ouest la France et de sa famille. Difficile pour lui de raccrocher définitivement car il aime son métier. Il a envie de continuer à travailler encore un petit peu, un dernier dossier … Mais le prix de cette envie sera lourde de conséquences.
Henri Poincaré vient d’arrêter un criminel de guerre Banovic connu dans les Balkans et est chargé de la sécurité d’un sommet concernant le commerce. Un attentat à Amsterdam conduit à la mort du mathématicien James Fenster reconnu pour ses travaux et qui devait y intervenir. Sans compter que dans d’autres endroits de la planète, d’autres attentats ont lieu. Est-ce que les deux affaires ont un lien ? Pourquoi la fiancée de Fenster a disparu mystérieusement? Voilà les questions que se pose Henri Poincaré et quand sa famille est personnellement visée (attention : le mouchoir peut être sorti), il est hors de question pour lui de ne pas trouver les coupables.
J’aime les thrillers page-turner et pourtant celui-ci n’en est pas à un à proprement parler. Pas d’ongles rongés, mais une enquête qui fait la part belle à l’analyse et à un personnage principal très creusé (on a l’impression de le connaître vraiment !) qui croit aux valeurs humaines.
Pas de flic alcoolique et/ou dépressif, une trame bien menée et ancrée dans un contexte économique et mondial : le résultat est ce thriller efficace !
Si vous n'êtes pas convaincus après la lecture de ce billet, je vous renvoie aux avis de Brize, de Dominique et de Keisha
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