mardi 12 novembre 2013

Pascal Garnier - Cartons


Éditeur : Zulma - Date de parution : 2012 - 183 pages savourées! 

Illustrateur de livre pour la jeunesse, Brice déménage. Il quitte Lyon pour un petit village dans lequel il a acheté avec sa compagne Emma une grande maison. Mais Emma est absente. Journaliste, elle en Egypte pour un reportage et Brice est sans nouvelles de sa part. Les cartons ont été entreposés dans le garage de nouvelle maison. Brice déprime. Il dort sur un lit de camp et pioche dans les cartons au fur et à mesure de ses besoins. Une entorse à la cheville le conduit à la pharmacie où il fait la connaissance de Blanche.

En dire plus serait presque criminel tant Pascal Garnier par son style parvient à créer des ambiances, à bousculer le lecteur en créant des surprises inattendues. Dès le départ, on ressent que ce déménagement pèse à Brice. La maison choisie par lui et Emma n’a plus son charme. Trop grande, silencieuse et froide. Et puis Brice attend le retour d’Emma. Ses beaux-parents l’appellent pour prendre des nouvelles et là, on se doute que l’absence d’Emma n’est pas normale. Brice tente d'émerger de sa torpeur mais bricoler est au-dessus de ses forces.

De sa  rencontre avec sa voisine l’énigmatique Blanche, des cartons dépositaires de ses souvenirs et de sa vie, Pascal Garnier nous entraîne dans un roman où un certain malaise et des questions nous gagnent. Le tout est écrit admirablement avec des phrases qui font mouche comme "Blanche entretenait la conversation avec l’incontinence verbale de quelqu’un qui n’a pas parlé à un être humain depuis la fin du monde". Un sens de  l’humour  et du détail sans compter  une véritable affection pour ses personnages cabossés. Beau, touchant en plein cœur et marquant ! A lire et à relire !

Le billet de Kathel qui renvoie à plein d'autres liens.

Lu du même auteur : Comment va la douleur ?

dimanche 10 novembre 2013

William March - Compagnie K


Éditeur : Gallmeister - Traduit de l’américain par Stéphanie Levet - Date de parution : Septembre 2013 - 288 pages saisissantes!

Décembre 1917 : la compagnie K de l’US Marines Corps composée d’engagés volontaires débarque en France pour se retrouver au front. Et c’est la voix de cent-treize soldats, lieutenants ou sergents qui s’élève dans autant de chapitres courts.

Les pensées intimes, le quotidien, les ressentis et la guerre nous sont décrits et dès la première page on est saisi car on est plongé aux côtés de ces soldats. Il y a la peur de mourir, la folie qui gagne certains d’entre eux, les ordres auxquels il faut obéir mais aussi la camaraderie, la nostalgie et cette guerre dans lesquels ils ont empêtrés. Autant de voix qui se superposent à toute la palette des sentiments humains. D’une même situation relatée par plusieurs personnages et couvrant ainsi les différents points de vue à une simple anecdote, du dramatique au grotesque, de la lâcheté au courage, ce sont des hommes qui nous parlent de l’horreur de la guerre. La guerre terminée, ces hommes qui auront survécu rentreront au pays marqués à jamais physiquement et/ou moralement.

Ce livre est un claque ! On se prend en pleine figure tous ces témoignages qui individuellement ou mis bout à bout sont saisissants ! Pas de pathos ou de bons sentiments, une écriture sans fioriture presque désabusée pour mettre des mots sur l’innommable, l’effroyable, l’absurdité ou l’injustice.
Alors forcément,  les obus, la maladie, le manque de nourriture, les blessés et la mort sont des thèmes traités. Mais ce roman polyphonique raconte la Première Guerre mondiale vue par des américains.
Et toutes ces voix si réalistes portées comme un chant sont autant de vies. Un livre puissant et sobre que je ne suis pas prête d’oublier !

William March a lui-même combattu en France durant la Première Guerre mondiale. Dix ans d’écriture auront été nécessaires à l’écriture de Compagnie K son premier roman publié en 1933 aux Etats-Unis.

-Tu peux pas nous voir ? a demandé Walt Rose. Tu peux pas nous voir du tout, Lee ? 
-Non, j’ai répondu…Je suis complètement aveugle. 
Alors un sentiment de soulagement m’a envahi. Je me suis senti plus heureux que je ne l’avais été depuis des mois.
-La guerre est finie pour moi, j’ai dit.

Les billets de Lili M, Miss LeoSandrine

vendredi 8 novembre 2013

Goce Smilevski - La liste de Freud


Editeur : Belfond - Traduit du macédonien par Harita Wybrands - Date de parution : Septembre 2013 - 273 pages et un avis mitigé...


1938, Vienne est sur le point d’être envahie par les nazis. Sigmund Freud qui a révolutionné la psychanalyse obtient des visas pour l’Angleterre. Il a le droit d’établir une liste de personnes qu’il souhaite amener avec lui. Au lieu de choisir ses sœurs Pauline, Maria, Rose et Adolphine, il inscrit son médecin, son infirmière, son chien et sa belle-sœur. Adolphine qui a toujours été la plus proche de son frère ne le comprend. Selon Sigmund, elles n’ont rien à craindre. Pourtant, elles seront déportées au Camp de Terezin.

Adolphine est la voix de ce livre. Le début du livre s’ouvre sur elle et ses sœurs déportées mais la suite est le récit de sa vie. Si Sigmund faisait la fierté de leur mère (à huit ans il lisait Shakespeare), Adolphine la cadette subissait les reproches continuels de sa mère en tant qu’enfant non désirée. Sensible et attirée par la peinture, elle fera la connaissance de Klara la sœur de Gustav Klimt qui se bat pour le droit des femmes. Ses sœurs se sont mariées et Sigmund également. Condamnée à rester vivre avec sa mère, Adolphine est le témoin de la vie des autres. Son frère se fait un nom dans la psychanalyse tandis que son amie Klara est internée. La relation si proche qu’elle avait avec Sigmund n’existe plus même s’il lui parle encore de ses recherches. Adolphine plonge peu à peu dans la spirale de la dépression et est internée à son tour.

L'auteur fait apparaître Freud comme un misogyne et certains des points de vue concernant la femme et son rôle dans la société m’ont fait dresser les cheveux sur la tête. L’histoire d’Adolphine est poignante :  une vie faite de sacrifices pour sa famille, de déceptions et d’impuissance tant elle était pieds et mains liés.

La famille, le fait d’être une femme et ses implications, la folie et ses définitions tiennent une place importante dans ce roman. Mais j’ai trouvé inutile les longues pages de pensées freudiennes qui selon moi n’avaient pas leur place.
J’ai eu l’impression que l’auteur a voulu aborder de nombreux thèmes mais sans aller au bout de chacun. Un avis mitigé au final d'autant plus qu'il est difficile de savoir où se situe la part de réalité (même minime) et celle de la fiction car à priori cette liste n' a jamais  existé.

Une lecture dans le cadre de l'opération « On vous lit tout » organisée par  Libfly.




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