jeudi 16 janvier 2014

Stewart O'Nan - Un mal qui répand la terreur


Éditeur : Editions de l'Olivier - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-François Ménard - Date de parution : 2001 - 256 pages magistrales ! 

Frienship une petite ville dans le Wisconsin où Jacob Hansen porte plusieurs casquettes : à la fois celle du shérif, du pasteur et de l’embaumeur. Il a participé à la guerre de Sécession qui s’est déroulée il y a peu et il est marqué à tout jamais. Durant un été particulièrement caniculaire alors qu’il sillonne la campagne avoisinante à bicyclette, il trouve le corps d’un soldat.

Jacob marié et père d’une petite fille âgée de quelques mois est le narrateur des événements qui vont se produire. Mais il emploie le  "tu " pour parler de lui et dès les premières lignes ce choix donne une sensation attirante et angoissante. Jacob très croyant, qui nous raconte sa phobie pour les chevaux depuis la guerre, du soldat Norvégien malade dont il s’occupait. Et parce Jacob parle tout seul quelquefois, certains le surnomment le fou. Plusieurs habitants de Frienship tombent malades, meurent. Le docteur est formel, il s’agit de la diphtérie. L’épidémie se propage et la quarantaine s’impose. Certaines familles doivent rester cloîtrées chez elles et la ville est coupée du reste du monde. Jacob doit préparer les morts, faire des cercueils et veiller à ce que tout le monde obéit aux consignes. Sans compter un incendie qui se rapproche rapidement.

Et la tension va en crescendo atteignant son paroxysme dans les dernières papes où Stewart O’Nan assène au lecteur des claques! Les cartes sont quelquefois volontairement et habilement cachées. On découvre toute la vérité dans ces dernières pages terribles, étouffantes, douloureuses !  Et on est ferré, interpellé par ses réflexions, ses interrogations, les choix qu'il fera ou non car ce roman nous interroge sur le mal, sur notre condition d’humain ( et donc sur notre pouvoir d'agir ou non, nos convictions), sur la culpabilité. Je n’en dirai pas plus...

Une lecture dont on ne sort pas indemne, vous êtes prévenus ! Magistral, du grand Stewart O’Nan !

Qui aurait pensé que tu deviendrais amer? Qui aurait attendu ça de toi ? Alors, tu te retournes et tu murmures une autre prière dans ton oreiller parce que tu es trop orgueilleux pour admettre que tu as tort. Non parce que tu as peur. Mais parce que tu ne peux pas changer ce que tu es.

Lu de cet auteur (chouchou) : Chanson pour l'absenteEmily - Les joueurs - Nos plus beaux souvenirs

mercredi 15 janvier 2014

Sophie Bassignac - Mer agitée à très agitée


Éditeur : JC Lattès - Date de parution : janvier 2014 - 236 pages et une jolie surprise !

Maryline et son mari se sont installés en Bretagne là où Maryline a grandi depuis plusieurs années. Le couple a quitté New-York où il menait une vie bien différente. Elle ancien mannequin et lui rocker héroïnomane, ce changement était pour sauver William de ses démons. Maryline a transformé l’ancienne maison en chambre d’hôtes où différents clients séjournent. Elle surveille toujours William du coin de l’œil et affronte la crise d’adolescence de leur fille boulimique à la forte personnalité. Ce quotidien est chamboulé par la découverte matinale du cadavre d’une jeune fille sur la plage plus bas que la maison.

Dès les premières pages, le ton est donné. Un humour souvent ironique souffle sur les personnages. Seul William et ses manières si délicates semble épargnés car Maryline veille sur lui comme sur un enfant. Maryline est bouleversée car William est rentré ivre après une soirée en compagnie de deux de ses amis la veille de la découverte macabre. Et pour protéger William, Maryline est prête à tout même s’il n’y pas mêlé à cette mort. Et c’est justement en voulant protéger son mari que Maryline va changer la vision de son couple, ses relations avec sa fille.

Un antiquaire pervers, me premier amour de jeunesse de Maryline  revenu  : tout cela pourrait paraître de trop ou peu crédible. Mais justement Sophie Bassignac sait nous entraîner dans les tourments de son héroïne en jonglant entre comédie et drame, et  un sens aiguë pour camper ses personnages. Le ton léger des premières pages laisse place à une mélancolie douce sur le couple et de ses remises en question, la mort, l’épanouissement et les choix auxquels on est confronté alors que le temps s’égrène irrémédiablement. Si j'avais été déçue par "un jardin extraordinaire", ce roman m'a réconciliée avec l'auteure ! 

Lu également de cette auteure : Dos à dos

lundi 13 janvier 2014

Maylis de Kerangal - Réparer les vivants


Éditeur : Verticales - Date de parution : Janvier 2014 - 281 pages majestueuses pour une ode à la vie!

Simon Limbres passionné de surf est victime d'un grave accident de voiture à dix-neuf ans. Dans un coma dépassé, son état est irréversible. Perfusion lente et profonde d'une lourdeur sourde à ses parents, les mots et les pensées qui s'entrechoquent et se brouillent à la vision de Simon qui semble vivant car il est maintenu en vie grâce à des machines. Mais Simon est cliniquement mort et l'équipe médicale souhaite prélever ses organes dont son cœur pour transférer la vie.

Mais pourquoi ai-je attendu si longtemps pour lire Maylis de Kerangal? Quelle écriture mais quelle écriture sublime! Elle s'approprie les lieux, le temps, ses personnages. Les ressentis sont désincarcérés pour nous foudroyer de plein fouet. Elle fait parler les silences et les recoins, les habite d'une écriture sauvage, maîtrisée et majestueuse, étire les rubans de phrase (mais sans jamais perdre le lecteur) pour y planter et dresser des refuges pour ses personnages si humains, elle nous bouscule et nous fait chavirer.
L'écriture s'orchestre autour de cette transplantation cardiaque. Du chant de douleur des parents à la procédure collective médicale, ce rituel minutieux et ordonné d'une équipe où chaque minute compte, les émotions irradient à chaque page.
Les personnages ne parlent pas, ils murmurent, crient de rage, demandent avec espoir, soufflent ou dictent un mot, halètent d'angoisse. Associés au langage du corps, les espaces réverbèrent la langue, se font échos de l'intensité qui enveloppe ces vingt-quatre heures de l'accident de Simon aux différentes de l'opération. Un travail collectif autour d'un même but où chacun a un rôle précis à jouer, une symphonie orchestrée sans aucune fausse note de permise  : les espoirs du futur receveur se cristallisent et  les parents de Simon approchent l'idée du décès de leur fils.

Nous sommes projetés dans la peau et l'esprit de Marianne ( la maman de Simon), dans celui d'une infirmière ou du coordinateur des greffes ou du chirurgien avec toute leur humanité, et ce sont autant d'émotions qui prennent à la gorge. Entre cette sorte de paix qui nous gagne par les représentations symboliques du cœur, les questions inhérentes de ses parents ( le cœur de Simon qui battra bientôt dans une autre cage sera t-il porteur de l'esprit et du caractère du jeune homme?) et celles  du receveur, la tension fluctue très irrégulièrement, le lecteur est balloté et l'on ressent la situation, on éprouve les sensations des différents personnages.

Maylis de Kerangal évite tout pathos, elle fait fait preuve d'une finesse intelligente et éblouissante par son style, par sa capacité à rendre l'intensité, l'humanité de ce qui gravite et interfère autour de la mort et la vie.
J'ai fait corps avec cette lecture magnifique, puissante et délicate ! Et impossible de choisir un seul extrait... 


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