mardi 21 janvier 2014

Leçon du jour

Une gastro, une poussée de polyarthrite ou pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. Non? Voir l'Ipad sur la table de chevet de Monsieur et avoir une idée (très mauvaise) : s'en servir. Pratique, on effleure l'écran et magique les mots se tapent  (presque) automatiquement. Donc des mails,  un tour rapide sur quelques blogs. Mais ce simple effleurement dégage une tension mécanique. Leçon du jour pour moi : ne pas se servir de l'lpad en cas de poussée de polyarthrite car  la douleur est considérablement augmentée (au moins, je me coucherai moins bête ce soir).


Tout ça pour vous dire  : dont' worry be happy et à bientôt ! Le mode off est décrété ( les quelques publications lecture de cette semaine ont été rédigées semaine dernière  (oh, je me fais peur (!)).

Hubert Haddad - Théorie de la vilaine petite fille

Éditeur : Zulma - Date de parution: Janvier 2014 -  398 pages et une déception...

Nous sommes en 1838 à Hydesville dans l'État de New-York. La famille Fox y vit depuis peu dans une ferme. Kate âgée de onze est souvent réveillée par des bruits dans la maison, elle ne tarde pas à mettre sa soeur Maggie âgée de quinze ans dans la confidence. Les deux sœurs mettent au point un système simple pour communiquer avec cet esprit. Il se révèle être celle de l'ancien propriétaire de la maison et qui leur révèle y avoir été assassiné quinze ans plus tôt. Leur mère participe à ces mises en relation avec l'esprit et bientôt habitants de Hydesville et des environs, curieux se pressent dans la maison familiale. Leur sœur de vingt ans leur aînée Leah qui vit à Rochester voit l'occasion de se faire de l'argent et toute la famille la rejoint.

Les sœurs Fox vont devenir célèbres très vite. Leah organise des démonstrations où Kate et Maggie sont sur scène devant des foules. Scientifiques, médecins, gens de la bonne société veulent voir et surtout entendre l'esprit frapper par coups en réponse aux questions des soeurs. Le spiritisme voit le jour : certains deviennent des adeptes, des charlatans en profitent pour se faire passer comme médium. En quelques années, la petite entreprise dirigée par Leah est juteuse. On découvre la personnalité des soeurs, Kate qui semble avoir vraiment un don, Leah qui veut briller dans la haute société et Maggie qui ne peut rien sans Kate. Maggie et Kate deux enfants sorties de leur campagne et qui enchaînent tournée sur tournée. Mais après le succès, les soeurs connaîtront des vies bien tourmentées.

L'auteur n'oublie pas le contexte historique de l'époque et comment le spiritisme a divisé, créant un fossé dans son lit. Hélas, l'écriture d'Hubert Haddad prêche plus dans un style ampoulé qu'élégant et je me suis ennuyée.
Après un démarrage lent, je me me suis sentie engluée comme dans la lecture d'un précis sur le spiritualisme moderne anglo-saxon qui a vu le jour dans cette seconde moitié du XIXe siècle. Je n'ai pas réussi à cerner si Kate avait vraiment un don, à ressentir des émotions. Une déception....

Le billet de Kathel qui  a été également  déçue, Jostein et Yv sont plus enthousiastes.

Lu de cet auteur Vent printanier un  très beau recueil  de nouvelles.

samedi 18 janvier 2014

Céline Lapertot - Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre

Éditeur : Viviane Hamy - Date de parution : Janvier 2014 - 182 pages dures, bouleversantes, écrites sur le fil du rasoir !

Charlotte âgée de dix-sept ans va comparaître devant le juge pour avoir tué son père. Elle a commis cet acte pour se libérer de sa prison.

Une belle maison, un père qui a un bon travail et qui sait manier les mots, une mère qui est une fée du logis et mijote de bons plats. La façade parfaite que bon nombre de personnes peuvent envier. Mais derrière cette porte, derrière cette fausse ambiance et  ce simulacre de la famille heureuse, il y a l’enfer que vit Charlotte depuis ses sept ans. Son père lui a repeint sa jolie chambre de petite fille où les nouveaux jouets et livres abondent. Malgré son jeune âge, elle a compris que son père bat sa mère qui encaisse sans broncher.
Alors qu’une copine est venue admirer sa toute nouvelle chambre, Charlotte ravale sa salive en entendant le bruit de la porte d’entrée qui s’ouvre. Son père est rentré et une fois de plus, il lève la main sur sa mère. Pour avoir mis ses mains sur ses hanches et affiché une mine renfrognée, son père la punit. Elle va dormir dans la cave, pas une nuit, non, mais toutes les nuits. A côté des sacs de pommes de terre, il a mis un lit et un bureau. Voilà sa nouvelle chambre. Préméditation flagrante de son père qui avait pris ses précautions avant que sa fille ne raconte à quiconque ce qui se passe chez eux. A l’école, Charlotte est mise à l’écart ce qui l’arrange.

Elle vit sous les menaces de ce père manipulateur, narcissique qui ira jusqu’à l’enchaîner dans son lit quand un jour elle voudra dormir dans sa chambre. Elle nous raconte comment ses grands-parents n’ont rien vu quand ils venaient , la "fille chérie" découvrant sous l’insistance perverse de son père « mais montre ta chambre » une vraie chambre d’ado où elle ne dort pas. Son isolement, ses notes trop basses vont déclencher un contrôle mais personne ne devinera ce que dissimule son armure de silence car Charlotte encaisse beaucoup, trop. Sa mère n’a jamais essayé de protéger la chair de sa chair en cassant ce carcan. Son attitude d’épouse soumise créée chez sa fille un abime. Tout avouer ? Se taire encore ? Torture supplémentaire de l’esprit avec toujours cette peur, cet espoir que tout ça cesse un jour. Sa seule échappatoire est la lecture qui permet de s'évader de sa geôle.

Quelques heures avant de passer devant le juge, Charlotte consigne le tout dans un cahier qu’elle va remettre au juge pour qu’il la lise. D’une volonté inflexible, déterminée à ce qu’on ne lui vole plus sa vie, elle la victime dont la société n'a pas su déceler la détresse.

Sans larmoyant et avec une incroyable justesse, la distance et la volonté de Charlotte nous sautent au visage. L’écriture de Céline Lapertot est sur le fil du rasoir et il le fallait car la maltraitance et les oripeaux dont elle se pare, de l’enfance et de l’adolescence saccagées sont des thèmes peu faciles. Ce livre est dur et les mots adressés au juge en aparté sont comme des gifles… Oui , dur et douloureux, mais si criant de cette vérité qui existe bel et bien. J’ai terminé ce livre avec l’impression d’avoir reçu un uppercut et cette envie de crier.


"L'indicible, l’innommable."
Voilà ce que je vous écris monsieur le juge. 
"Connaissez-vous cette peur si instinctive qu'elle en capture les mots?"

Je suis une victime. Une victime détestée par d'autres victimes qui ont eu , elles, le courage de parler. Une victime gênante pour les bien-pensants qui s'imaginent qu'ils auraient mieux fait que moi.
Moi je lui  aurais fait du chantage. 
Moi j'aurais tout dit à  mes profs.
Moi je l'aurais tué depuis longtemps déjà.
Moi j'aurais profité des grands-parents pour avoir une nouvelle vie.
Tant de gens qui maîtrisent à la perfection l'art "du" et "si". Tant de gens qui savent ce que doit être une victime. 

Le billet de Séverine

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