jeudi 13 février 2014

Lola Lafon - La petite communiste qui ne souriait jamais

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Janvier 2014 - 310 pages magnifiques et passionnantes!

Aux Jeux Olympiques de Montréal le 17 juillet 1976, le monde entier découvre une fillette de quatorze ans qui révolutionne la gymnastique : "Ce qu’elle accomplit, ce jour- là, personne se sera capable de le raconter, ne restent que les limites des mots qu’on connaît pour décrire ce qu’on n’a jamais imaginé. Est-ce qu’on peut dire qu’elle prend le temps. Ou qu’elle s’empare de l’air. Ou qu’elle intime au mouvement de se plier à elle". La Roumanie dévoile sa Fée Nadia Comaneci.

Dans ce livre, Lola Fafon nous raconte via le bais d’une narratrice la vie de celle qui connut la gloire mais aussi les envers du décor. Des heures d'entrainement quasi-surhumains, la volonté implacable de Nadia Comaneci, la rigueur drastique voire cruelle de son entraîneur Béla Karolyi qui repousse toujours plus loin les limites du corps de sa protégée. La narratrice veut débusquer la vraie Nadia Comaneci entre les reportages, la documentation sur la gymnase et l’Histoire elle-même. Elle lui envoie ses écrits, pose des questions au téléphone et se heurte souvent à des silences.
En 1976, la grâce, la force et le sérieux de Nadia interpellent et touchent. Tout le monde veut tout savoir sur elle mais la petite Fée n’est pas bien bavarde. Et à travers elle se joue des enjeux politiques et idéalistes. La Roumanie de Ceausescu veut détrôner l’URSS, Nadia devient un symbole du pays.

Continuer, gagner, museler les membres endoloris, ne pas craquer et refuser ce qu’elle découvre du monde hors de la Roumanie. Mais le corps de la fillette se transforme et prend des formes. Il faut lutter pour les dissimuler et offrir cette image innocente qui a su séduire. Nadia grandit et s’octroie de rêver, de vivre ce qu’elle n’a pas vécu ailleurs alors que la dictature tombe en Roumanie.  La chute de Nadia sera fracassante et sans appel, les désillusion nombreuses et douloureuses. Personne ne lui pardonnera car "elle est devenue comme les autres".

Les descriptions d'une  hésitation, d'un changement de ton dans la voix de Nadia adulte permettent de garder une part de mystère autour de Nadia Comaneci. Lola Lafon nous donne des informations, soulève des voiles, interroge mais jamais elle ne se fait moralisatrice.


Subtile, vive, aérienne et maîtrisée, l'écriture explore à merveille toute la complexité et la fragilité du personnage dans son contexte.
Captivée par le récit et par le style, il s’agit d’une lecture en apnée totale, riche, passionnante et marquante ! 

Les billets de Cathulu, MarilyneTheoma, Valérie

mardi 11 février 2014

Donna Tartt - Le chardonneret

Éditeur : Plon - Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Edith Soonckindt - Date de parution : Janvier 2014 - 787 pages longues, très longues...

A treize ans, Theodore Decker perd sa mère et en même temps se retrouve en possession d'un tableau de maître Le Chardonneret. L'un et l'autre sont liés par un seul et même événement. Le genre d'événement qui vous marque à vie et Théo le sera. A partir de ce moment, on suit  donc Théodore pendant plus de quinze ans.  Des quartiers huppés de New-York en passant par la boutique d'un antiquaire, de Vegas et ses excès jusqu'à Amsterdam.

J'aurai aimé crier au coup de coeur, vous dire que j'ai trouvé ce roman passionnant. Et il est vrai qu'au départ,  je me suis plongée dans les aventures de Théo avec un certain enthousiasme qui malheureusement s'est transformé en ennui au fil des pages. Des longueurs interminables, des personnages trop proches de la caricature. J'ai failli l'abandonner à plusieurs reprises en gardant cet espoir qu'il y aurait ce déclic qui me permettrait de renouer avec Théo. Hélas il ne s'est pas produit.
Alors oui, il y a des passages qui m'ont intéressée mais ils étaient trop rares. Pourtant ce roman d'apprentissage a des qualités mêlant suspense, péripéties, amour, amitié et l'art.

J'ai persévéré voulant connaître le fin mot de l'histoire et c'est mon erreur. Ma lecture était déjà faussée et si je l'ai poursuivie il s'agissait pour ce seul et unique but (qui en plus m'a déçue).

L'alchimie ne s'est par produite et je le regrette.

Les différents billets et avis  de Cathulu, Cuné, Keisha,  Le bouquineur, Théoma

lundi 10 février 2014

Davide Longo - L'homme vertical

Éditeur : Stock - Traduit de l’Italien par Dominique Vittoz - Date de parution : Janvier 2013 - 411 pages et un uppercurt!

Nous sommes en Italie dans un futur proche. Le chaos règne, les frontières sont fermées, les institutions sont à la déroute comme l'ensemble du pays. Leonardo, écrivain et ancien professeur a vu sa carrière entachée par un scandale. Revenu dans son village d'enfance où on l'appelle toujours le professeur, il tente de se remettre à l'écriture entouré de ses livres.  Il ne sait pas comment la situation a pu tourner de la sorte parce que sa vie personnelle s'effondrait. D'ailleurs, qui le sait vraiment. Là n'est pas la vraie question.

Sans prévenir, son ancienne femme lui confie leur fille qu'il n'a pas vu depuis huit ans et le fils de son mari âgé de dix ans.  Le temps pour elle de rejoindre la Suisse, juste une affaire de quelques jours. Leonardo découvre sa fille qui est devenue une adolescente de dix-sept ans. Mais les jours se transforment en semaines et Leonardo doit les protéger alors que la barbarie gagne le village. Des groupes de jeunes venus d'on ne sait où pillent, volent et tuent. La nourriture manque, le danger est omniprésent, Leonardo décide qu'il est temps pour eux de quitter l'Italie pour la France.
Dans un monde post-apocalyptique devenu fou où la violence règne, rien ne se passe comme prévu. Le monde est encore plus  féroce qu'il ne l'avait imaginé. Un cauchemar vivant peuplé de tortures et de cruauté. Leonardo refuse de s'abaisser à la sauvagerie, il puise sa force et des ressources insoupçonnées dans l'amour pour sa fille. Pour elle, il doit rester debout.

On est projeté, valdingué au bord de ce précipice de haine, de décadence et d'horreurs.  Et malgré des scènes très dures, il est impossible de lâcher ce livre. Repoussé dans nos retranchements, on s'accroche à des doses d'humanité qui persistent. On s'y accroche comme à un radeau  de sauvetage en ayant peur. Et on assiste à la métamorphose de Leonardo, à sa prise de conscience. Aussi douloureuse soit-elle. Cet homme qui vivait dans son cocon  en sortira grandi. Ce livre s'achève sur une note d'espoir minime mais source de vie et nous laisse sonné..

Une lecture certes éprouvante mais passionnante, magnétique ! Davide Longo distille de magnifiques passages sur le rôle de la lecture et des livres comme pour contrer toute cette noirceur. Un uppercut !

Leonardo comprit que l'esprit de l'enfant concevait une de ces  pensées qui accompagnent un homme depuis l'instant ou il naît  jusqu'à celui où il quitte cette terre. Elle concernait la fin d'un besoin qui nous a été transmis par ceux qui nous ont précédés. Il resta sans voix devant la violence et la grâce dont cet instant était nimbé.

Le billet de Cuné  (la tentatrice qui a su me convaincre de découvrir ce livre très éloigné de ce que je lis d'habitude. Je la remercie vraiment pour cette ouverture d'horizon)

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