mercredi 26 février 2014

Kéthévane Davrichewy - Quatre murs

Éditeur : Sabine Wespieser - date de parution : Février 2014 - 180 belles pages !

Depuis la mort de leur père, quatre enfants devenus adultes se retrouvent dans la maison familiale à Somanges avec leur mère. La fratrie n'est pas forcément d'accord que leur mère vende la maison. Depuis longtemps, les quatre enfants ont perdu les liens qui les unissaient.

Les aînés Saul et Hélène ont réussi sur le plan matériel ce qui n'est pas le cas des jumeaux Elias et Réna. A cause d'un accident de voiture, Réna souffre d'un handicap. Leur mère veut avec l'argent de la maison aider les jumeaux. Cette décision n'engendre pas l'unanimité. Les rancœurs, les jalousies refont surface. Comment des frères et des sœurs qui étaient avant complices peuvent-ils s'éloigner? Saul l’aîné préfère le silence, la distance géographique et a choisi de s’installer en Grèce le pays de leurs racines. Deux ans après la vente de la maison, il invite toute la famille à venir. Et c’est l’occasion de nous glisser dans l’intimité de chacun des enfants, de les écouter. Réna venue avec Elias cherche à renouer avec son jumeau la relation forte qu’ils avaient. Même si elle est mariée et mère, elle a besoin de lui ce qu’Elias a du mal à comprendre. Hélène qui semble si sûre d’elle et si solide dissimule derrière sa carapace une solitude et une fragilité.

Dans ce roman sur la famille, Kéthévane Davrichewy ausculte les non dits, les regards, les attitudes. Entre les confidences et les pensées de chacun, elle nous interroge sur comment chacun se construit, trouve ou non sa place enfant puis adulte. L’écriture est subtile comme toujours avec cette auteure. Rien n’est noir ou blanc, les nuances sont maîtresses et nous  immergent dans ce que "grandir" implique inconsciemment ou non pour chacun. 

Si Somanges était notre socle, la terre s'est ouverte quand nous l'avons vendue.Tout l'amour enseveli.

Lu de cette auteure : La mer noire Les séparées

mardi 25 février 2014

Edouard Louis - En finir avec Eddy Bellegueule

Éditeur : Seuil - Date de parution : Janvier 2014 - 220 pages et un avis très mitigé...

Les années 1990 et un petit de village de Picardie avec ses ouvriers, ses quelques notables, sa mairie, son église, sa place, son épicerie et ses cafés. Un village que l'on peut trouver autre part en France avec  les mêmes codes et les mêmes familles comme celle d'Eddy Bellegueule. Un père ouvrier qui décide de tout, une mère qui "a élevé ses enfants", la misère, la crasse, la télé qui braille du matin au soir et l'alcool. Chez les Bellegueule, on ne se parle pas. On se balance des vacheries, de la vulgarité en pleine figure. Le père aime gueuler sur les arabes et les noirs (coupables de tout). C'est dans cet environnement qu'Eddy grandit. Les ados sortent, boivent le samedi soir et draguent. Ils sont nombreux à arrêter les études à seize ans pour se mettre en ménage, trouver un boulot et ils se retrouvent parents assez jeunes. Schéma reproduit d'une génération à l'autre, un carcan que nul ne contredit. On l'accepte et on le vit.
Eddy est traité de pédé ou de tapette. Victime des violences physiques, verbales à l'école ou au village, Eddy encaisse sans broncher. Ses parents ou son frère plus âgé doutent alors Eddy tente d'être un dur comme doit être un homme selon son père. Mais ses manières efféminées, sa voix aiguë qui font jaser font partie de lui.

Ce livre est autobiographique. A vingt et un ans, Edouard Louis a décidé de raconter sa vie et donc sa famille. Alors oui c'est une lecture qui fait affreusement mal mais Edouard Louis nous livre du brut. Des faits et des paroles sans un recul qui pour moi était nécessaire. Cette distance, le temps qu'il faut pour analyser le pourquoi, remonter aux origines et tenter de comprendre.
Je ne cherche pas à disculper ses parents mais s'il avait attendu pour écrire son enfance et son adolescence (car ce sont des années qu'il faut digérer), il aurait eu cette maturité qui permet de donner une dimension bien plus profonde et surtout sociologique à son témoignage.
Peut-être que ce livre permettra de donner de la force, du courage à des jeunes pour casser le cercle dans lequel ils se trouvent et/ou affirmer leurs différences mais je ne rejoins pas les critique élogieuses ou les comparaisons avec Annie Ernaux.

Mon père m'a tendu quelque chose, une bague, son alliance. Il m'a invité à la mettre, à en prendre soin. Parce que là je le sens, faut que je te dise, papa va mourir, je le sens que là je vais pas tenir longtemps. Faut que je te dise aussi un truc, c'est que je t'aime et que t'es mon fils, quand même, mon premier gamin. Je n'avais pas trouvé ça, comme on pourrait le penser beau et émouvant. Son je t'aime m'avait répugné, cette parole avait pour moi un caractère incestueux.

Le billet de Kathel  qui renvoie à d'autres liens et avec lequel je suis entièrement d'accord.

lundi 24 février 2014

Arnaldur Indridason - Le duel

Éditeur : Métailié - Traduit de l'Islandais par Eric Boury - Date de parution : Février 2014 - 309 pages très, très bien menées ! 

Eté 1972. La ville de Reykjavík en Islande accueille les championnats du monde d'échecs. Un duel qui oppose deux homme mais aussi deux puissances avec des idéologies et des politiques opposées. L'Américain Fischer et le Russe Spassky sont le centre d’intérêt pour les habitants et pour les touristes venus assister à l'événement. Reykjavík est sous haute surveillance et les yeux du monde entier sont braqués sur elle. Dans un cinéma, un jeune homme sans histoires est découvert mort, tué à l'arme blanche. Passionné de films, il enregistrait les bandes sons sur un magnétophone qui a disparu. La commissaire Marion Briem est chargée de l'enquête.

Qui a tué ce jeune homme et pourquoi? Est-ce que ce meurtre est lié de loin ou de près à la présence de Fischer et de Spassky ? L'Américain exige qu'on l'on cède à ses nombreuse volontés mais Spassky reste de marbre, concentré et  imperturbable. Marion Breim n'écarte aucune piste pour l'assassinat et elle examine toutes les possibilités. Et si le jeune homme avait enregistré une conversation qu'il n'aurait pas dû ? Un échange de la plus haute  importance qui a amené une personne à l'éliminer.
Si le meurtre du jeune homme est le départ de ce livre, la suite s'oriente rapidement vers les enjeux de la guerre froide où l'espionnage et les soupçons étaient de mise. On découvre Marion Breim  et son passé. Peu bavarde, elle a été atteinte durant son enfance de la tuberculose, maladie qui a frappé de plein fouet l'Islande.  Il s'agit d'une femme déterminée dans son enquête qui lentement récolte les indices.

Arnaldur Indridason signe un polar très bien mené où les échecs ne sont qu'un prétexte pour nous faire pénétrer dans le sphères de la guerre froide.  Le personnage de Marion Breim est creusé, étoffé et complexe. Pour les nombreux fans d'Erlendur, il apparaît à la fin du livre en tant que jeune policier au tout début de sa carrière.
Un polar efficace et  intelligent !

Les billets de DasolaDominique.
Lu de cet auteur : La muraille de lave
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