samedi 15 mars 2014

Agnès Clancier - Karina Sokolova

Éditeur : Arléa - date de parution : Janvier 2014 - 227 pages magnifiques!

Si j’ai adopté un enfant, c’est parce que je l’ai voulu plus que tout, parce que c’était mon destin, l’œuvre que je devais laisser sur cette terre. Cela a toujours été une évidence. Pendant des années, je n’y ai pas pensé, puisque j’avais le temps. Certaine que lorsque le bon moment se présenterait, je  le reconnaîtrais tout de suite. 

Après de longues démarches, Agnès Clancier va obtenir le sésame et adopter en Ukraine une petite fille âgée de trois ans qui ne parle pas un mot de français. Dès qu’elle l’a vue, elle a su que c’était elle et pas un autre enfant. Toutes les deux s’attendaient et  malgré de nombreux bâtons mis dans les roues : la famille de sang qui a oublié ses promesses d’être là , le système scolaire et ses cases dans lesquelles il faut entrer, les remarques sur la famille qu'elle compose à deux, on pourrait penser que l’un ou l’autre craque. Mais non. Elle vont apprendre à se connaître et grâce à cet amour entre elles et à la force que chacune puise dans l'autre, elles vont avancer.
Karina a un appétit de vivre et cette capacité à s’intégrer lorsqu’elles séjourneront de longs mois à l’étranger pour le travail d’Agnès. En grandissant, la  fillette garde intact son sens de l’humour.
Mais l’auteure n’oublie pas les appréhensions, les doutes, les journées où tout allait de travers (car personne ne possède le manuel du parfait parent) et ceux et celles qui sont devenus une famille du cœur. Un amour réciproque entre une mère et se fille où chacune s’épanouit. Une très, très belle relation mère-fille complice, sincère qui  émerveille !

Ce livre écrit pour Karina est tout simplement magnifique parce que l’amour du cœur balaie tout le reste.
Touchant, drôle (Karina ne peut que faire naître des étincelles pétillantes dans les yeux) et si justement écrit où l'auteure a choisi et pesé ses mots, ce récit m’a touchée-coulée ! 
Et ô combien j'ai aimé qu'en nous livrant leur histoire, Agnès Clancier ait su intelligemment préserver une part de leur intimité par respect et par pudeur.

Les billets de Cathulu, Cuné (la tentatrice)

jeudi 13 mars 2014

Hollis Seamon - Dieu me déteste

Éditeur : La belle colère - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie de Prémonville - Date de parution : Mars 2014 - 277 pages et un hymne à la vie !

New-York. Dans quelques jours, Richard aura dix-huit ans et pour l’heure, il voudrait vivre comme un adolescent. Sortir, s’amuser, rencontrer des filles et que personne ne rentre dans sa chambre sans frapper. Sauf que la chambre de Richard se situe à l’étage à des soins palliatifs. Un service pour des personnes dont la mort approche.

Dit comme cela, on pourrait s’attendre à un livre affreusement triste et morne mais des les premières pages, le ton est donné. Aucun pathos ou aucune mièvrerie même si Richard sait que son prochain anniversaire sera le dernier. Il possède une rage alimentée par celle de la révolte légitime et par la volonté de vivre intensément. Entre sa mère qui le couve, son lit, son fauteuil roulant et son cancer en phase terminale, Richard trouve cette force incroyable de regarder les choses en face sans s’apitoyer sur lui-même. Avec son humour caustique et ironique, il brave la mort. Et il y a Sylvie la seule autre adolescente du service. Ils se comprennent et à eux deux, ils vont plus que bousculer la routine.
Et on se prend des claques ! Avec sa lucidité, son humour qui est sa carapace contre la peur et sa meilleure arme, Richard nous interpelle et nous donne une leçon de vie. Celle de ne jamais baisser les bras, d’admettre ses erreurs mais surtout celle de s’accrocher.

J’ai souri,  j’ai été émue, j’ai ressenti de la tendresse mêlée à de l’admiration et à de l’affection, j’ai eu envie de crier à l’injustice.
Des personnages humains terriblement attachants (même le père de Sylvie rongé par la colère) mais jamais caricaturaux. Et même si la fin est un tantinet gentille, je ne suis pas prête être d’oublier ce roman qui résonne comme un hymne à la vie ! A lire et à faire lire aux adolescents. 

 "Tu es là pourquoi? ". Et là, je fais mes grands yeux innocents et mon air sérieux, et je réponds : "j’ai un DMD." Là, le type me regarde bêtement en faisant "hein ?", et j’enfonce le clou : "un DMD. C’est un acronyme." Il y en a qui ne savent même pas ce que c’est, alors j’attends une seconde, et je balance "DMD, comme dans Dieu me déteste". C’est assez pertinent, comme diagnostic, vous ne trouvez pas ? Pour moi, pour Sylvie, pour tous ceux de notre âge qui atterrissent dans un endroit de ce genre après ce que nos épitaphes appelleront "un courageux combat contre le…" (au choix).

Les billets de Cathulu, Lasardine

mardi 11 mars 2014

Véronique Bizot - Ame qui vive

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Février 2014 - 110 pages savourées !

Quatre hommes vivent isolés dans la campagne. Notre narrateur est plongé dans un silence depuis l'incendie qui  a détruit en grande partie la maison de sa famille. Son frère habitant en Italie et beaucoup plus âgé est la seule famille qui lui reste. Il revient pour s'occuper de son jeune frère.

Fouks auteur de pièces de théâtre  a choisi l'isolement tout comme Montoya le dernier arrivé. La solitude dont ils s'en accompagnent fort bien est rompue par les visites. Ainsi les  trois maisons assez inhospitalières sont le théâtre d'échanges entre cette "famille" composée par ses habitants. Son frère, Fouks et Montoya veillent sur le narrateur  avec une bienveillance drapée dans de la pudeur. Si le narrateur n' a guère de souvenirs de ses parents, frères et soeurs, il observe avec minutie et écoute ce qui se dit quand tous se rencontrent dans l'une des maisons.

Véronique Bizot nous invite une fois de plus à sortir des sentiers battus des romans conventionnels. Les détails anodins de la vie racontés par le narrateur deviennent scintillants ou révèlent des facettes inattendues.  Sans oublier la place du pouvoir des livres, de la lecture et de l'art.

L'écriture de Véronique Bizot si élégante avec ses longues phrases étirées comme des rubans au charme magnétique émerveille une fois de plus, débride notre imagination et nos réflexions dans ce  roman comme placé comme hors du temps.
Si j'ai trouvé que le rythme s'accélérait un peu avant la fin, il n'empêche que j'ai savouré ce livre ! 

Et me venait à l'esprit que Fouks pouvait aussi bien être en train d'écrire un texte autour de notre endurance, ou de l'endurance humaine en général dont mon frère et loi lui offrions, à cette moindre échelle d'une petite privation nutritive, un spécimen irréprochable. Fouks prétendait en effet  que l'endurance humaine est pratiquement sans limites, l'humanité, comme, comme il avait fini par le comprendre, préférant tout endurer plutôt que d'affronter une liberté qu'au fond elle craint plus que tout.

Les billets d'Aifelle, Cathulu ( merciiii!), Cuné

Lu de cette auteure : Les sangliersMon couronnement -Un avenir
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