Éditeur : Phébus - Date de parution : Avril 2013 - 150 pages et un coup de cœur absolu !
Octobre 1918. Jeanne ouvrière fleuriste se débrouille seule avec sa fille Léonie entre les privations, le manque de nourriture, les heures à assembler les fleurs pour gagner un maigre salaire. Elle pense souvent à Toussant son mari parti au front en 1914, à l'injustice qu'elle avait ressentie. Toussaint blessé en 1916 qui hospitalisé au Val-de-Grâce lui enverra par courrier régulièrement quelques mots sur sa santé et un "je veux que tu viennes pas". Blessée dans son âme par le refus de son époux de la voir, elle attend et brave les angoisses. Et ce soir d'octobre 1918, Toussaint est là sur le palier de la porte d'entrée de l'appartement.
Si Jeanne a envie de prévenir sa voisine Sidonie dont le seul fils âgée de dix-sept s'est engagé au moment de la déclaration de guerre, elle se ravise. Jeanne découvre un autre Toussaint qui porte un bandeau blanc sur une partie de son visage et qui est tranché dans son silence. Toussaint est une Gueule cassée à la chair mutilée. Au fil des jours, elle essaie de deviner ce que cache la bande de tissu, n'ose pas demander à Toussaint s'il ira bientôt chercher du travail. Dans ses lettres, elle avait enjolivé le quotidien se taisant sur la pénurie de charbon, sur Léonie qui avait été malade, sur les soupes claires en guise de seuls repas. Jeanne doit réapprivoiser Toussaint alors que Sidonie apprend que son Fils Eugène est mort. Dans l'appartement minuscule, Jeanne et Léonie réapprennent à vivre la présence de Toussaint si longtemps absent. Grâce à la force de l'amour qu'elle porte à son mari, Jeanne va aider Toussaint à s'accepter et à ce que leur couple reprenne le chemin du langage des corps qui se touchent, des peaux qui se caressent.
Avec une écriture sublime, dense, sensuelle, sensible et toute en pudeur, Angélique Villeneuve en donnant la parole à Jeanne offre un hymne au courage de ces femmes. La beauté éclatante des fleurs, leurs couleurs contrebalancent la misère du quotidien.
Un coup de cœur absolu et entier, un livre hérisson (car Angélique Villeneuve déploie dans son écriture la quintessence des mots) lu avec des frissons d'émotion !
Il n'a tué ni sauvé personne, son mari, il est encore couvert de boue, de poux, de froid, de bruit, de colique et de peur. La guerre a creusé et creuse encore en lui. Il est un creux immense, et Jeanne ignore s'il est possible de l'emplir. Si à eux deux ils en seront capables. Elle pense au grand gâchis des hommes.
Les billets d'Aifelle, Cathulu, Gwen
Lu de cette auteure : Grand Paradis - Un territoire
jeudi 3 avril 2014
mercredi 2 avril 2014
Aymeric Patricot - Les petits Blancs, un voyage dans la France d'en bas
Éditeur : Plein jour - Date de parution : 2013 - 159 pages à lire absolument !
Aymeric Patricot nous amène à la rencontre des petits Blancs dont il a recueilli les paroles. Qui sont-ils ? Certains habitent dans des H.L.M. d'autres dans des petits villages ou en campagne comme un agriculteur près du Havre. Ils sont tous Blancs et pauvres dans une société de plus en plus multi-ethnique. Mère célibataire et secrétaire, gardien d'immeuble, couple qui a du mal à boucler les fins de mois, ouvrier au chômage, enseignante vacataire, étudiants de province : des portraits aussi variés qu'inattendus pour certains.
Rejetés ou ou pire méprisés par ceux qui ont réussi, ces oubliés de la société ne trouvent pas leur place. Et certains expriment leurs idées sur l'immigration et les populations de couleur qui selon eux sont plus aidées qu'eux. Et ça fait mal car la racisme éclate à la figure. Des paroles dures qui sous-entendent des votes politiques extrêmes et un ras le bol. D'autres n'osent pas se plaindre de peur d'être taxés justement d'idées racistes ou alors ils cohabitent avec la population métissée.
Il y a ce sentiment que la France d'aujourd'hui les a tout simplement abandonnés comme les bourgeois Blancs. Avant on parlait de classes sociales mais le clivage "racial" a pris de l'ampleur.
Aymeric Patricot en donnant la parole à "ces gueules cassées de la misère" met le doigt sur un sujet tabou. Son but n'est pas de stigmatiser ni de donner matière aux politiques extrémistes mais celui d'alerter. En analysant ce phénomène, il y apporte des réponses.
Un essai indispensable qui interpelle !
La pauvreté doit y tendre les rapports, et la méfiance, la colère doivent compliquer les choses. J'ai une certaine indifférence pour ces populations-là, je pense qu'eux-mêmes ne se sentent pas sur un pied d'égalité avec mai. Il doit y avoir de l'hostilité pour les gens comme moi. Quoiqu'après tout, je n'en suis pas sûr..
Une lecture dans le cadre de la 12ème édition du Prix des lecteurs du Télégramme.
Aymeric Patricot nous amène à la rencontre des petits Blancs dont il a recueilli les paroles. Qui sont-ils ? Certains habitent dans des H.L.M. d'autres dans des petits villages ou en campagne comme un agriculteur près du Havre. Ils sont tous Blancs et pauvres dans une société de plus en plus multi-ethnique. Mère célibataire et secrétaire, gardien d'immeuble, couple qui a du mal à boucler les fins de mois, ouvrier au chômage, enseignante vacataire, étudiants de province : des portraits aussi variés qu'inattendus pour certains.
Rejetés ou ou pire méprisés par ceux qui ont réussi, ces oubliés de la société ne trouvent pas leur place. Et certains expriment leurs idées sur l'immigration et les populations de couleur qui selon eux sont plus aidées qu'eux. Et ça fait mal car la racisme éclate à la figure. Des paroles dures qui sous-entendent des votes politiques extrêmes et un ras le bol. D'autres n'osent pas se plaindre de peur d'être taxés justement d'idées racistes ou alors ils cohabitent avec la population métissée.
Il y a ce sentiment que la France d'aujourd'hui les a tout simplement abandonnés comme les bourgeois Blancs. Avant on parlait de classes sociales mais le clivage "racial" a pris de l'ampleur.
Aymeric Patricot en donnant la parole à "ces gueules cassées de la misère" met le doigt sur un sujet tabou. Son but n'est pas de stigmatiser ni de donner matière aux politiques extrémistes mais celui d'alerter. En analysant ce phénomène, il y apporte des réponses.
Un essai indispensable qui interpelle !
La pauvreté doit y tendre les rapports, et la méfiance, la colère doivent compliquer les choses. J'ai une certaine indifférence pour ces populations-là, je pense qu'eux-mêmes ne se sentent pas sur un pied d'égalité avec mai. Il doit y avoir de l'hostilité pour les gens comme moi. Quoiqu'après tout, je n'en suis pas sûr..
Une lecture dans le cadre de la 12ème édition du Prix des lecteurs du Télégramme.
mardi 1 avril 2014
Gaëlle Heureux - Sanglier noir pivoines roses
Éditeur : La Table Ronde - Date de parution : Janvier 2014 - 146 pages et 15 nouvelles hors des sentiers battus !
La première nouvelle donne le ton et plante un décor. Gaëlle Heureux ne s'intéresse pas à ceux dont l'existence est lisse, débarrassée d'une quelconque aspérité. Des personnages au quotidien morne, des vies devenues étriquées sans que les principaux intéressés s'en aperçoivent, alors comme pour conjurer ces destins sans surprise, elle leur apporte une touche d'absurde ou de fantastique.
De la femme battue dont le mari la couvre de fleurs, de la mercière à la vie fade, de l'homme atteint d'un cancer à celui qui s'imagine voir une Semeuse dans le ciel, l'auteure nous entraine dans des récits où elle atteint notre sensibilité ("les avaleurs de violoncelles" m'a serrée le cœur), nous bouscule par son humour souvent noir mais sa bienveillance est toujours présente.
L'écriture est vive et alerte, des formulation font mouche : " Nous aurions parlé de l'instrument dans la tripaille, de cette mélancolie que je vivais sans carte ni généalogie" ou encore "Je regarde les murs propres, sans une craquelure, puis le tableau au-dessus de la petite table, au-dessus des scorsonères. Cela fait des années que je voyage dans la cale des tableaux. Incognito."
Ces nouvelle qui sortent des senties battus, s'emparent de la réalité pour la rendre moins dure ou moins terne et m'ont conquise !
Les billets de Cathulu, Jostein
La première nouvelle donne le ton et plante un décor. Gaëlle Heureux ne s'intéresse pas à ceux dont l'existence est lisse, débarrassée d'une quelconque aspérité. Des personnages au quotidien morne, des vies devenues étriquées sans que les principaux intéressés s'en aperçoivent, alors comme pour conjurer ces destins sans surprise, elle leur apporte une touche d'absurde ou de fantastique.
De la femme battue dont le mari la couvre de fleurs, de la mercière à la vie fade, de l'homme atteint d'un cancer à celui qui s'imagine voir une Semeuse dans le ciel, l'auteure nous entraine dans des récits où elle atteint notre sensibilité ("les avaleurs de violoncelles" m'a serrée le cœur), nous bouscule par son humour souvent noir mais sa bienveillance est toujours présente.
L'écriture est vive et alerte, des formulation font mouche : " Nous aurions parlé de l'instrument dans la tripaille, de cette mélancolie que je vivais sans carte ni généalogie" ou encore "Je regarde les murs propres, sans une craquelure, puis le tableau au-dessus de la petite table, au-dessus des scorsonères. Cela fait des années que je voyage dans la cale des tableaux. Incognito."
Ces nouvelle qui sortent des senties battus, s'emparent de la réalité pour la rendre moins dure ou moins terne et m'ont conquise !
Les billets de Cathulu, Jostein
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