lundi 7 avril 2014

Edward Kelsey Moore - Les suprêmes

Editeur : Actes Sud - Traduit de l'américain par Cloé Trali avec la collaboration d'Emmanuelle et de Philippe Aronson - Date de parution : Avril 2014 - 316 pages qui font du bien  ! 

Nées dans les années 1950 dans l'Indiana où elle vivent toujours, Odette, Clarice et Barbara Jean sont des amies inséparables depuis plus de cinquante ans. Tous les dimanches après la messe, ces quinquagénaires afro-américaines déjeunent ensemble chez Big Earl là où elles allaient adolescentes. Et c'est depuis cette époque qu'elles sont appelées Les Suprêmes en référence au célèbre groupe des seventies.

Odette, Clarice et Barbara Jean sont différentes mais complices et soudées. Si elles ont partagé ensemble les bonheurs, elles se sont sont toujours soutenues dans les moments durs de l'existence et continent de le faire. Une fois ouvert ce roman, difficile de le reposer tant il se dégage une gaité, une énergie communicative. Odette au tempérament fort et intrépide est mariée au discret James, Clarine a renoncé à une carrière prometteuse de pianiste pour son mari Richmond coureur de jupons. Barbara Jean à l'enfance difficile et dont la beauté n'a pas pris une ride vit confortablement grâce à la fortune de son mari beaucoup plus âgé qu'elle.
Entre le présent qui réserve des surprise au fil des pages, on découvre le passé de trois femmes confrontées à l'Histoire ( la ségrégation), au poids culturel et familial, et aux aléas de la vie mais avant tout ce sont des femmes avec des qualités et des défauts qui assument leurs choix. Je n'en dirai pas plus !

Entre sourires et empathie, avec une vivacité dans le rythme et les dialogues, ce roman pétillant sur l'amitié et la résilience m'a fait passer un très bon moment !  Une lecture qui fait énormément de bien et  dont il serait dommage de se priver...

samedi 5 avril 2014

Joan Didion - Le Bleu de la nuit

Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution : Mars 2014 - 212 belles pages 

En 2005, quelques mois après avoir perdu son mari Joan Didion est confronté à nouveau à la mort. Peu de temps après s'être mariée Quintana sa fille adoptive âgée de 39 ans sera hospitalisée pour une double pneumonie. Son état de santé se dégrade, les jours se transforment en mois et Quintana décède.

Même si "Les souvenirs, écrit-elle, c'est ce qu'on ne veut plus se rappeler", elle remonte le temps. De l'adoption de sa fille, de l'enfance de Quintana où elle se posait la question de savoir si elle était une bonne mère, de ce temps heureux passé en famille, du mariage de Quintana : autant de souvenirs lumineux et touchants. Sans jamais nous donner un sentiment de voyeurisme, elle consigne quitte à revenir sur ces moments de bonheur. Mais elle n'oublie pas ses appréhensions, ses doutes sur l'éducation qu'elle a donnée à Quintana ( son mari scénariste et elle voyageaient beaucoup à travers les Etats-Unis accompagnés de Quintana). Elle nous parle de la vieillesse et de ce qu'elle sème dans son sillon, de la peur légitime de la malade, de la solitude sa nouvelle compagne.

Avec une écriture dénuée d'artifices, sans jamais rendre sa fille parfaite ou chercher à déclencher chez le lecteur une forme d'apitoiement ( alors qu'en tant que parent voir partir son enfant avant soi est la chose la plus horrible et la plus affreuse qu'il soit), elle se tient au plus près de la vérité.
Ce livre est beau, intensément beau et m'a profondément marquée.

Le billet de Mango

vendredi 4 avril 2014

Selva Almada - Après l'orage

Éditeur : Métailié - Date de parution : Mars 2014 - 134 pages sous tension...

Au nord de l’Argentine sous un soleil de plomb, la voiture du révérend Pearson accompagné de sa fille Leni âgée de seize tombe en panne au beau de milieu de nulle part. Heureusement pour eux un mécanicien El Gringo Bauer n'habite pas trop loin. Lui et son fils adoptif Tapioca sont le seules âmes dans ce coin perdu.

El Gringo se met au travail  tandis que le révérend Pearson ouvre le bouche en citant Dieu à chaque fois. Il prend cet arrêt forcé avec la philosophie de celui qui voit la main de Dieu partout. El Gringo espère réparer la voiture au plus vite pour qu'il s'en aillent car selon lui le révérend raconte des inepties. Lui croit en la Nature et non en Dieu et c'est ainsi qu'il a élevé Tapioca depuis qu'il est chez lui. Très vite l'ambiance devient électrique au fur et à mesure que l'orage approche. Le  révérend a une idée derrière la tête et veut convaincre El Gringo de se ranger à sa cause mais chacun reste campé sur ses positions. Je n'en dirai pas plus !

Un huis clos où chacun observe l'autre en silence et tout se joue dans les regards et dans les attitudes. Avec une écriture sèche et  qui fait appel à tous les sens, Selva Almada oppose deux visions du monde différentes. La suite des événements prend une tournure inattendue laissant un goût amer en bouche...
L'auteure concentre en quelques pages les visions de la vie, les espoirs mais aussi  les actes que l'on est prêt à effectuer pour se racheter ou pour échapper à son destin. Juste  un bémol :  l'auteure ne nous révèle pas tout et j'ai été un peu frustrée.
Mais il s'agit d'un premier roman sous tension  à découvrir !

De temps en temps, ils pénétraient dans la forêt pour observer ce qui s'y passait. La forêt était comme une grande entité où la vie bouillonnait. Un homme pouvait apprendre tout ce qu'il lui fallait rien qu'en observant la nature. Là-bas, dans la forêt, tout était sans cesse en train de s'écrire comme dans un livre à la sagesse inépuisable. Le mystère et sa révélation. Tout y était, si l'on apprenait à écouter et à voir ce que la nature avait à dire et à montrer.

Les billets de Jérôme, KeishaValérie
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