Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2014 - 679 pages qui ne se lâchent pas !
Mai 1981 : l'élection de François Mitterrand est pour certains une douche froide et pour d'autres synonyme de renouveau et d'espoir. Pour Paul, Rodolphe, Tanguy et Benoît, il ne reste que quelques jours avant le bac. Contrairement à ses amis, Benoît ne veut pas quitter sa petite ville de Bretagne et poursuivre des études. Seule la photographie compte à ses yeux. Rodolphe est déjà attiré par la politique et prend un malin plaisir à défendre ses convictions contraires à celles de son père ouvrier. Tanguy, aussi brillant que Rodolphe, a du s'impliquer dans la conserverie familiale très tôt et rêve d'intégrer une prestigieuse école. Enfin Paul, issu d'une famille bourgeoise, se cherche alors qu'il aimerait assumer son homosexualité.
Le bonheur national brut déroule la vie de ces quatre amis au lycée sur presque trente ans. Après le bac chacun suit sa voie. Paul se retrouve à Paris dans une prépa pour intégrer la fac de médecine selon les volontés de son père. Enfin loin de ses parents, il passe son temps dans les fêtes et au cinéma. Ambitieux de briller sur la scène nationale, Rodolphe s'investit dans la politique tandis que Tanguy travaille d'arrache-pied à ses études. Benoît lui est plongé dans le monde du travail. Parviendront-ils à réaliser leurs rêves tout en gardant intact leurs idéaux et leurs valeurs ?
Le bonheur national brut est un roman captivant et sans temps mort ! A travers ces quatre personnages, il s'agit de toute une génération qui est brossée. Une génération confrontée à l'envolée de la crise et du chômage, aux désillusions.
François Roux ne s'en tient pas aux destins de Paul, Rodolphe, Tanguy et Benoît, il ponctue son livre de faits politiques, économiques qui ont marqué nos esprits et qui par leurs répercussions, façonnent des vies directement ou non.
Une fresque sociale dont on tourne les pages avec plaisir avec des personnages attachants en quête de bonheur personnel, familial et professionnel. Un roman rythmé avec de l'humour, de la tendresse et surtout cette justesse incroyable ! Rien à redire !
Nous sommes bien sur les fossoyeurs des Trente Glorieuses, les enfants de la crise, du chômage, de la surconsommation, de la mondialisation, de la croissance molle, de l'argent roi soudain devenu argent fou, mais nous sommes, avons tout les enfants du doute et de l'incertitude. Depuis trente ans, nous naviguons à vue, perplexes, indécis, vers un but que ce monde, lui-même déboussolé, nous a clairement désigné en le survendant : être heureux malgré tout et -son corollaire- réussir sa vie. C'est en tout cas ce que l'on n'a cessé de nous refourguer, partout et en tout lieu : le concept du bonheur. Le bonheur comme un indice de notre succès ou un curseur établissant la limite de notre prospérité, le bonheur comme une marchandise, un vulgaire bien matériel que l'on pourrait se procurer à force de volonté, d'argent ou d'efforts, la jouissance des biens apparaissant comme très largement supérieure à la patience à l'ardeur pour les obtenir, et même à la sagesse suprême de ne rien vouloir obtenir du tout. N'avons-nous pas tous pensé que nous serions heureux le jour où nos rêves d'enfants seraient enfin accomplis?
mercredi 27 août 2014
lundi 25 août 2014
Alice Ferney - Le règne du vivant
Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2014 - 206 pages engagées !
D'abord intrigué par le capitaine Wallace et pour tenter de le comprendre, Gérald Asmussen jeune journaliste norvégien embarque avec lui et son équipe pour une campagne. Magnus Wallace est un activiste écologiste, un homme qui n'a pas peur de dire ce qu'il pense et qui agit. Fondateur de Gaïa, il sillonne les mers à traquer ceux qui chassent la baleine dans les zones protégées. Il n'hésite pas à braver les lois. Héros pour certains, terroriste pour d'autres, son engagement pour la planète est entier.
A bord du bateau, le journaliste filme la campagne et enregistre les témoignages de l'équipe. Tous sont convaincus de l'urgence à ce que que l'opinion publique prenne conscience de la situation. Et en tant que lecteur, on se retrouve à bord de l'Arrowhead sur les océans. On vit l'attente, on ressent la détermination des équipages qui n'ont pas le même but : celui des militants de Gaïa et celui des braconniers des mers, ces bateaux suréquipés ou qui se dissimulent derrière des soi-disant "recherches scientifiques".
Du massacre des baleines aux courses contre les chasseurs, du ballet grandiose de ces mammifères marins au cercle économique, des conférences publiques bien orchestrées de Wallace, ce capitaine qui possède l'aura et la légende des héros à l'écologie, des victoires aux défaites, cet hymne à l'océan et au règne animal soulève des questions fondamentales.
J'ai eu envie de hurler face aux gouvernements qui ferment les yeux sur cette pêche illégale, j'ai eu le cœur fendu de larmes ( les scènes de mort des baleines sont douloureusement dures). Et si j'ai été gagnée par un sentiment d'impuissance face aux multinationales qui règnent grâce à l'argent, la beauté des océans et de ses habitants que l'on doit protéger saute aux yeux.
Un livre engagé qui ne peut laisser personne indifférent !
J'ai pisté ses destructeurs. J'ai traversé les sanctuaires et poursuivi les braconniers. J'ai vu la violence de l'homme industriel se jeter sur la richesse des mers, ses mains de fer mettre à mort les plus gros, les plus rapides, les plus formidables prédateurs. J'ai vu les grands chaluts ramasser en aveugle une faune inconnue. J'ai su de quoi les humains sont capables. J'ai redouté ce qu'ils font quand ils se savent invisibles, en haute mer, sur la banquise, dans le face-à-face sans mot avec les bêtes à leur merci. J'ai combattu l'horreur : les tueries, les mutilations, les dépeçages, l'entassement des cadavres. J'ai vu mourir noyées dans leur sang des baleines qui criaient comme des femmes. On nous disait qu'elles n'avaient ni âme ni langage. Leur conscience d'elles-mêmes traversait l'onde et vrillait mes oreilles. Ces proies inoffensives et tendres, je ne doutais pas qu'elles eussent une intériorité. Je connus leur valeur et leur fragilité. Nous leur devions une protection. Loin sur l'eau, dans les immensités sans côtes ni havres, à écouter la voix du vent, à regarder le lent gonflement des vagues, ou bien la mer couchée que la tempête met debout, je me suis senti à la fois insignifiant et responsable. Quel usage faisions-nous du monde ? La question s'est levée comme une vague qui m'a submergé.
Lu de cette auteure : Grâce et dénuement
D'abord intrigué par le capitaine Wallace et pour tenter de le comprendre, Gérald Asmussen jeune journaliste norvégien embarque avec lui et son équipe pour une campagne. Magnus Wallace est un activiste écologiste, un homme qui n'a pas peur de dire ce qu'il pense et qui agit. Fondateur de Gaïa, il sillonne les mers à traquer ceux qui chassent la baleine dans les zones protégées. Il n'hésite pas à braver les lois. Héros pour certains, terroriste pour d'autres, son engagement pour la planète est entier.
A bord du bateau, le journaliste filme la campagne et enregistre les témoignages de l'équipe. Tous sont convaincus de l'urgence à ce que que l'opinion publique prenne conscience de la situation. Et en tant que lecteur, on se retrouve à bord de l'Arrowhead sur les océans. On vit l'attente, on ressent la détermination des équipages qui n'ont pas le même but : celui des militants de Gaïa et celui des braconniers des mers, ces bateaux suréquipés ou qui se dissimulent derrière des soi-disant "recherches scientifiques".
Du massacre des baleines aux courses contre les chasseurs, du ballet grandiose de ces mammifères marins au cercle économique, des conférences publiques bien orchestrées de Wallace, ce capitaine qui possède l'aura et la légende des héros à l'écologie, des victoires aux défaites, cet hymne à l'océan et au règne animal soulève des questions fondamentales.
J'ai eu envie de hurler face aux gouvernements qui ferment les yeux sur cette pêche illégale, j'ai eu le cœur fendu de larmes ( les scènes de mort des baleines sont douloureusement dures). Et si j'ai été gagnée par un sentiment d'impuissance face aux multinationales qui règnent grâce à l'argent, la beauté des océans et de ses habitants que l'on doit protéger saute aux yeux.
Un livre engagé qui ne peut laisser personne indifférent !
J'ai pisté ses destructeurs. J'ai traversé les sanctuaires et poursuivi les braconniers. J'ai vu la violence de l'homme industriel se jeter sur la richesse des mers, ses mains de fer mettre à mort les plus gros, les plus rapides, les plus formidables prédateurs. J'ai vu les grands chaluts ramasser en aveugle une faune inconnue. J'ai su de quoi les humains sont capables. J'ai redouté ce qu'ils font quand ils se savent invisibles, en haute mer, sur la banquise, dans le face-à-face sans mot avec les bêtes à leur merci. J'ai combattu l'horreur : les tueries, les mutilations, les dépeçages, l'entassement des cadavres. J'ai vu mourir noyées dans leur sang des baleines qui criaient comme des femmes. On nous disait qu'elles n'avaient ni âme ni langage. Leur conscience d'elles-mêmes traversait l'onde et vrillait mes oreilles. Ces proies inoffensives et tendres, je ne doutais pas qu'elles eussent une intériorité. Je connus leur valeur et leur fragilité. Nous leur devions une protection. Loin sur l'eau, dans les immensités sans côtes ni havres, à écouter la voix du vent, à regarder le lent gonflement des vagues, ou bien la mer couchée que la tempête met debout, je me suis senti à la fois insignifiant et responsable. Quel usage faisions-nous du monde ? La question s'est levée comme une vague qui m'a submergé.
Lu de cette auteure : Grâce et dénuement
samedi 23 août 2014
Joyce Maynard - L'homme de la montagne
Editeur : Philippe Rey - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain - 318 qui oscillent entre roman, polar, et roman d'apprentissage
Eté 1979, près de San Francisco. Rachel treize ans et sa sœur Patty onze ans ont comme occupation un immense terrain de jeux : la montagne. Leur mère passe son temps enfermée dans sa chambre à lire et à fumer alors que leur père est peu présent. Leurs parents sont séparés et elles jouissent d'une grande liberté. Toutes le deux considèrent leur père comme une idole et à leurs yeux il est le meilleur inspecteur de police. Mais une jeune fille est découverte étranglée dans la forêt. Elle ne sera que la première d'une longue série.
Malgré le manque d'argent, les deux sœurs semblent s'accommoder de cette vie même si elles aimeraient voir plus leur père. Avec cette affaire de l'Etrangleur, il est sur le qui-vive et il leur fait promettre de ne plus s'aventurer dans la montagne. Mais Rachel la meneuse des deux est décidée à suivre de son côté son enquête pour aider son père. Les médias ne parlent que de l'Etrangleur et la popularité de leur père, un homme séduisant et charmant, agit indirectement sur Rachel. Les filles en vue veulent être son amie et Rachel délaisse Patty. Sauf que l'affaire s'enlise. De nouveaux meurtres sont perpétrés et la police stagne. Rachel se retrouve prise en étau entre ses sentiments pour son père, ses amies et sa culpabilité envers sa sœur .
Même si j'ai trouvé un schéma assez répétitif sur quelques pages, Joyce Maynard parvient à créer une ambiance particulière et palpable !
Entre roman, polar et roman d'apprentissage, elle analyse avec psychologie et sensibilité les liens fraternels et familiaux, les ambiguïtés et les contradictions de l'adolescence. Et elle donne une direction inattendue à l'histoire car la narratrice n'est autre que Rachel trente ans plus tard.
Le billet de Kathel
Lu de cette auteure : Baby love - Et devant moi, le monde - Les filles de l'ouragan - Long week-end - Une adolescence américaine
Eté 1979, près de San Francisco. Rachel treize ans et sa sœur Patty onze ans ont comme occupation un immense terrain de jeux : la montagne. Leur mère passe son temps enfermée dans sa chambre à lire et à fumer alors que leur père est peu présent. Leurs parents sont séparés et elles jouissent d'une grande liberté. Toutes le deux considèrent leur père comme une idole et à leurs yeux il est le meilleur inspecteur de police. Mais une jeune fille est découverte étranglée dans la forêt. Elle ne sera que la première d'une longue série.
Malgré le manque d'argent, les deux sœurs semblent s'accommoder de cette vie même si elles aimeraient voir plus leur père. Avec cette affaire de l'Etrangleur, il est sur le qui-vive et il leur fait promettre de ne plus s'aventurer dans la montagne. Mais Rachel la meneuse des deux est décidée à suivre de son côté son enquête pour aider son père. Les médias ne parlent que de l'Etrangleur et la popularité de leur père, un homme séduisant et charmant, agit indirectement sur Rachel. Les filles en vue veulent être son amie et Rachel délaisse Patty. Sauf que l'affaire s'enlise. De nouveaux meurtres sont perpétrés et la police stagne. Rachel se retrouve prise en étau entre ses sentiments pour son père, ses amies et sa culpabilité envers sa sœur .
Même si j'ai trouvé un schéma assez répétitif sur quelques pages, Joyce Maynard parvient à créer une ambiance particulière et palpable !
Entre roman, polar et roman d'apprentissage, elle analyse avec psychologie et sensibilité les liens fraternels et familiaux, les ambiguïtés et les contradictions de l'adolescence. Et elle donne une direction inattendue à l'histoire car la narratrice n'est autre que Rachel trente ans plus tard.
Le billet de Kathel
Lu de cette auteure : Baby love - Et devant moi, le monde - Les filles de l'ouragan - Long week-end - Une adolescence américaine
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