Éditeur : Le Tripode -Traduit de l'anglais par Christel Paris - Date de parution : Août 2014 ( date de première publication en anglais: 1982) - 350 pages perturbantes très bien menées!
A 47 ans, Rachel Waring mène une existence bien terne à Londres. Un travail routinier, un appartement partagé avec une colocataire avec qui elle se s'entend guère. Jusqu'au jour où elle apprend qu'elle est l'unique bénéficiaire d'une grande-tante qu'elle croyait décédée. Pas d'argent sonnant et trébuchant mais elle hérite d'une maison à Bristol.
Elle décide de tout quitter pour s'y installer .Un nouveau départ qui sonne comme une nouvelle vie. Débordante d'enthousiasme et d'un optimisme à toute épreuve, la rénovation de sa maison l'occupe mais ses pensées sont très vites monopolisées par un certain Horatio Gavin. Elle veut tout connaitre de la vie de ce philanthrope qui a vécu dans sa maison. Chantonnant des airs de comédies musicales ou déclamant des poèmes d'amour, elle se lie avec quelques habitants de la petite ville. Excentrique, dotée d'un imaginaire débordant, elle aimerait que tout le monde soit aussi heureux qu'elle. Et elle n'hésite pas à glisser quelques mensonges sur elle. Elle pousse son comportement à l'extrême pour bien montrer son mécontentement ou sa gaieté. C'est-à-dire qu'elle ose franchir les barrières de la bienséance et ne mâche pas ses mots jusqu'à être cynique. Et qui n'a jamais rêvé au moins une fois de révéler ses pensées face à une personne que l'on n'apprécie pas ? Sauf que l'on commence à douter de ses agissements. Ses paroles et ses actes sont-ils des fantasmes ou la réalité ? Et l'auteur réussit à semer le trouble sans nous donner forcément toutes les clés.
Romantique et fleur bleue mais désespérément seule, fragile sous sa carapace imaginaire, si au départ Rachel Waring peut nous agacer, on ne peut qu'éprouver que de l'empathie pour elle alors que petit à petit sa folie s'étend...
L'auteur se glisse dans son personnage avec brio et nous dévoile ses sentiments les plus profonds. Un roman perturbant et déstabilisant !
Je me suis prise de sympathie pour lui, ce résident d'autrefois. Avec la distance, on trouve toujours quelque chose de touchant à l'échec des autres.
vendredi 3 octobre 2014
mercredi 1 octobre 2014
Herbjørg Wassmo - Ces instants-là
Éditeur : Gaïa - Traduit brillamment du norvégien par Céline Romand-Monnier - Date de parution : Septembre 2014 - 398 pages et un coup de cœur !
Voilà un livre d'une beauté qui s'insinue dans le lecteur à chaque page. Un livre qui vous vrille le cœur et l'esprit. Nous sommes au Nord de la Norvège et la narratrice revient sur des moments de sa vie. La période de son enfance quand elle entre au collège et où d'emblée elle dit la haine qu'elle éprouve pour son père. Une mère qui ne dit mot, une petite soeur souriante. Et elle qui voudrait savoir que faire de sa vie. Mais il y a la gaucherie de l'adolescence et une certaine timidité qui font d'elle une mère avant l'heure. Les études arrêtées puis reprises : elle devient institutrice et se marie. Elle prend confiance en elle ou plus exactement l'acquiert entre ses lectures et ses crises d'une forme d'épilepsie qui lui permettent paradoxalement de gagner en détermination. Des états où inconscient et conscience se chevauchent, elle en tire une force. Elle se construit, s'affirme, reconnaît ses erreurs mais va au bout de son projet d'écriture. Elle peut laisser son travail et se consacrer uniquement à l'écriture. Mais il y a des sacrifices et des dommages collatéraux. Et tous ces instants intenses, tristes, beaux, où surgissent des questionnements mais aussi des sourires, du féminisme et un hommage à Simone de Beauvoir sont écrits dans un style court qui nous transperce.
Il y a une vraie pudeur, une manière de suggérer qui donnent une âme à ce livre. Celle d'Herbjørg Wassmo.
Une lecture magnifiquement bouleversante !
Non. Ils sont dans l'instant. Maintenant. Sur ce point aussi, elle aurait beaucoup à apprendre. Mais serre les dents en acceptant tout ce qu'il faut faire. Laisse ses pensées errer dans le dédale de toutes les choses qu'il faut faire. Plus tard. Demain, en tout cas pas plus tard qu'après demain. (...) Un jour, se dit-elle, un jour j'aurai une pièce qui sera à moi. Je veux pouvoir fermer la porte. Je veux pouvoir dormir en paix sans que personne n'aille ou ne viennent. Je veux pouvoir penser des pensées sans être interrompue. Je vous pouvoir les écrire. La nuit comme le jour.
- J'aurais voulu que tu sois amoureuse de moi, dit-il en la raccompagnant au bus.
Elle ne répond pas. N'arrive ni à venir à sa rencontre, ni à le balayer. N'est tout simplement pas habituée à ce que les gens révèlent ces souhaits -là. Elle a l'habitude qu'on attende et comprenne par observation personnelle. Si elle avait été préparée ou vive, elle aurait pu lui demander si lui était amoureux, d'elle. Mais une gêne, ou une peur, d'obtenir une réponse que qu'elle ne pourrait pas accueillir, arrête tout.
En un éclair, elle comprend qu'elle n'a pas l'habitude d'exprimer les sentiments par des mots. A moins que ce ne doive devenir de la littérature. Et cela n'a alors plus rien à voir avec elle. Dans la vie, elle n'a aucune hardiesse. A trop peur d'être rejetée.
Les billets de Cuné, Kathel
Lu de cette auteure : Cent ans
lundi 1 septembre 2014
Silvia Avallone - Marina Belleza
Éditeur : Liana Levi - Traduit de l'italien par Françoise brun - Date de parution : Août 2014 - 542 pages et une réussite !
Un petit village dans la vallée du Piémont frappée par la crise comme l'ensemble de l'Italie : les habitants sont partis tout comme les industries. Pourtant quelques personnes y vivent encore comme Andrea à peine âgé de trente ans. Il ne court pas après l'argent mais aspire à une vie simple. Il veut reprendre la ferme de son grand-père dans la montagne, y élever des vaches et fabriquer du fromage. Marina son amour de jeunesse est de passage pour un concours local. Belle et dotée d'une voix magnifique, pour elle l'avenir est autre part. Parvenir à Milan ou Rome, gagner à des émissions de télé-réalité, accéder au succès et à la gloire. Tout oppose Andrea et Marina et pourtant ils s'aiment d'un amour destructeur et incendiaire.
L'ascension de Marina est en marche. Elle écrase ses concurrentes, implacable. Entre une mère alcoolique et un père absent trempant dans des magouilles, elle n'a pu compter très jeune que sur elle-même. Mais elle n'arrive pourtant pas à couper le cordon avec eux. Les aimant et paradoxalement leur en voulant. Andrea a toujours vécu dans l'ombre de son brillant frère aîné et ses parents lui ont toujours fait sentir leur préférence pour son frère. Ces deux personnages, symboles d'une génération victime d'une Italie rongée par la crise et les incertitudes d'un avenir meilleur, se cherchent, s'éloignent ou se retrouvent. Leurs espoirs différents sont-ils compatibles ? Partir ou rester ?
On retrouve l'écriture viscérale de Silvia Avallone. Elle nous dépeint une Italie en proie aux changements et aux difficultés mais il s'agit également d'un roman sur les origines.
Une lecture forte qui colle à la peau !
Les sentiments ne connaissent pas d'évolution. Ils ne sont pas comme les roches calcaires érodées et façonnées par les intempéries, ni les tissus vivants des corps qui se développent jusqu'à un certain point puis commencent à vieillir. ils n'ont pas de gradations, pas de mesures. C'est nous qui avons besoin de les raconter et cherchons à les faire entrer dans une histoire. Les sentiments n'ont pas d'histoire, Andrea le savait.
Lu de cette auteure : D'acier - Le lynx
Un petit village dans la vallée du Piémont frappée par la crise comme l'ensemble de l'Italie : les habitants sont partis tout comme les industries. Pourtant quelques personnes y vivent encore comme Andrea à peine âgé de trente ans. Il ne court pas après l'argent mais aspire à une vie simple. Il veut reprendre la ferme de son grand-père dans la montagne, y élever des vaches et fabriquer du fromage. Marina son amour de jeunesse est de passage pour un concours local. Belle et dotée d'une voix magnifique, pour elle l'avenir est autre part. Parvenir à Milan ou Rome, gagner à des émissions de télé-réalité, accéder au succès et à la gloire. Tout oppose Andrea et Marina et pourtant ils s'aiment d'un amour destructeur et incendiaire.
L'ascension de Marina est en marche. Elle écrase ses concurrentes, implacable. Entre une mère alcoolique et un père absent trempant dans des magouilles, elle n'a pu compter très jeune que sur elle-même. Mais elle n'arrive pourtant pas à couper le cordon avec eux. Les aimant et paradoxalement leur en voulant. Andrea a toujours vécu dans l'ombre de son brillant frère aîné et ses parents lui ont toujours fait sentir leur préférence pour son frère. Ces deux personnages, symboles d'une génération victime d'une Italie rongée par la crise et les incertitudes d'un avenir meilleur, se cherchent, s'éloignent ou se retrouvent. Leurs espoirs différents sont-ils compatibles ? Partir ou rester ?
On retrouve l'écriture viscérale de Silvia Avallone. Elle nous dépeint une Italie en proie aux changements et aux difficultés mais il s'agit également d'un roman sur les origines.
Une lecture forte qui colle à la peau !
Les sentiments ne connaissent pas d'évolution. Ils ne sont pas comme les roches calcaires érodées et façonnées par les intempéries, ni les tissus vivants des corps qui se développent jusqu'à un certain point puis commencent à vieillir. ils n'ont pas de gradations, pas de mesures. C'est nous qui avons besoin de les raconter et cherchons à les faire entrer dans une histoire. Les sentiments n'ont pas d'histoire, Andrea le savait.
Lu de cette auteure : D'acier - Le lynx
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