Éditeur : Noir sur blanc - Date de parution : Août 2014 - 263 pages justes...
Elle s'appelle M.-A. et est fille unique de parents de condition modeste. Une enfance banale puis l'adolescence. Elle qui était fière honte du métier de son père en a désormais honte et trouve ringard ses parents. Vient le temps de la fac et la découverte de la ville, des soirées entre amis. Et lors d'une de ces soirées, elle rencontre François.
La suite pourrait-on dire coule de source. Ils aménagent ensemble, trouvent tous les deux un emploi, se marient et achètent une maison à crédit. Nous sommes à la fin des années 70 et M.-A. semble tenir le bonheur entre ses mains. Le premier enfant puis le second. Et la routine qui s'installe. M.-A. se rend compte qu'il manque quelque chose à sa vie, mais quoi ? Elle trouve du piment dans une relation adultérine, s'éprend follement de cet homme qui elle le croit va tout quitter pour elle. Sauf que pour lui ce n'était qu'une aventure de quelques mois. La dépression devient sa compagne, les enfants grandissent et quittent le nid familial, ses parents vieillissent. Et M.-A. cherche toujours comment remplir ce vide en elle. Prisonnière de son quotidien. On suit M.-A. jusqu'à son dernier souffle, on l'accompagne même. Car la narration à la deuxième personne du singulier, ce tutoiement nous fait pénétrer dans l'intime de M.-A. ancré dans un contexte social. On la voit s'ennuyer, accumuler les désillusions alors que les années continuent de s'écouler.
Il est impossible de ne pas penser à Annie Ernaux lors de cette lecture.
Et même si le ton est quelquefois désabusé, ironique, ce livre si juste touche et titiller (en faisant mal).
Une lecture qui m'a laissée un goût mélancolique comme si malgré les changements d'époque certaines destinées semblent malgré tout formatées...
Tes yeux se posèrent sur la porte de réfrigérateur, automatiquement ton esprit se mit à faire une liste, tu savais ce qu'il manquait sur les étagères, des yaourts à boire , du beurra à tartiner, tu pensas ensuite au trajet vers le supermarché ce samedi avec tes deux enfants sur la banquette arrière. Car ce serait à l'avenir toujours la même chose, toujours ses matinées et ses repas, toujours en famille, ce souci constant des autres… tu étais donc condamnée à cela, toi, à tout jamais leur mère.
Lu de cette auteure : La cote 400
mercredi 8 octobre 2014
mardi 7 octobre 2014
Taiye Selasi - Le ravissement des innocents
Éditeur : Gallimard - Traduit de l'anglais par Sylvie Schneiter - Date de parution : Septembre 2014 - 365 pages et un avis mitigé...
Tout commence par la mort de Kweku Sai. Cet ancien chirurgien qui travaillait aux Etats-Unis a abandonné du jour au lendemain sa famille et est reparti dans son pays natal le Ghana. Sa femme et ses quatre enfants ont dû apprendre à vivre et à se débrouiller sans lui. Viré de son boulot sous prétexte d'une faute professionnelle, Kweku n'a pas digéré cette injustice. Ce père de famille ne se voyait pas rentrer humilié au sein de son foyer. L'Amérique a pourtant vu naître ses enfants et son ascension professionnelle. Il laisse des enfants qui l'admiraient et le respectaient tout comme Fola son épouse d'origine nigériane.
Ce départ verra l'éclatement de la fratrie, chacun essayant de suivre son chemin. L'aîné marchera dans les pas de son père en terme de carrière, les jumeaux si proches se perdront de vue. Et Sadie la petite dernière aura du mal à quitter sa mère.
Roman construit de façon éclatée, on suit par bribes les existence des uns et des autres jusqu'à leurs retrouvailles pour les funérailles de Kweku. Taiye Selasi nous fait donc voyager des Etats-Unis en Afrique, elle nous plonge dans les pensées et les souvenirs de chacun.
Alors oui, les liens de la famille sont passés au scalpel mais j'ai trouvé qu'il manquait de l'émotion, des sentiments. On comprend toute la signification du titre dans le dernier quart du livre où des scènes sont très dures à la limite du soutenable.
Une lecture sans déplaisir mais j'ai eu du mal à m'attacher aux personnages...
Tout commence par la mort de Kweku Sai. Cet ancien chirurgien qui travaillait aux Etats-Unis a abandonné du jour au lendemain sa famille et est reparti dans son pays natal le Ghana. Sa femme et ses quatre enfants ont dû apprendre à vivre et à se débrouiller sans lui. Viré de son boulot sous prétexte d'une faute professionnelle, Kweku n'a pas digéré cette injustice. Ce père de famille ne se voyait pas rentrer humilié au sein de son foyer. L'Amérique a pourtant vu naître ses enfants et son ascension professionnelle. Il laisse des enfants qui l'admiraient et le respectaient tout comme Fola son épouse d'origine nigériane.
Ce départ verra l'éclatement de la fratrie, chacun essayant de suivre son chemin. L'aîné marchera dans les pas de son père en terme de carrière, les jumeaux si proches se perdront de vue. Et Sadie la petite dernière aura du mal à quitter sa mère.
Roman construit de façon éclatée, on suit par bribes les existence des uns et des autres jusqu'à leurs retrouvailles pour les funérailles de Kweku. Taiye Selasi nous fait donc voyager des Etats-Unis en Afrique, elle nous plonge dans les pensées et les souvenirs de chacun.
Alors oui, les liens de la famille sont passés au scalpel mais j'ai trouvé qu'il manquait de l'émotion, des sentiments. On comprend toute la signification du titre dans le dernier quart du livre où des scènes sont très dures à la limite du soutenable.
Une lecture sans déplaisir mais j'ai eu du mal à m'attacher aux personnages...
lundi 6 octobre 2014
Hélène Gestern - Portrait d'après blessure
Olivier et Héloïse vont aller déjeuner et ils ont pris le métro comme tant d'autres. Mais une bombe explose. Olivier secourt Hélène alors qu'ils sont pris en photo par un journaliste. Sans qu'ils aient demandé ou accepté, ils se retrouvent sur papier et sur écran à la vue de tous.
Blessés et choqués, ils vont devoir en plus affronter les dégâts causés dans leurs vies personnelles. Amenés à travailler ensemble sur des reportages, leur collaboration a vu naître un sentiment amoureux entre eux. Et ils étaient sur le point d'en parler au moment de l'explosion. Ni leurs conjoints, ni leur entourage ne s'est douté de quelque chose. Mais ce pan intime ne leur appartient plus. La photo a tout brisé. Ils sont passés du côté de la barrière publique. Des regards aux sous-entendus, ils sont soupçonnés par tous. Mais ils veulent retrouver leur dignité balayée. Commence un combat où ils se heurtent au droit à l'information, à la puissance médiatique. Dans le récit d'Olivier et d'Héloïse, s'ajoutent des histoires d'images de personnes qui donnent leurs ressentis en voyant une photo ou de celles qui se sont retrouvées piégées sous l'oeil du journaliste photographe.
Non seulement, on se prend des claques d'émotions en pleine figure mais en plus ce roman interpelle, pousse à la réflexion car nous sommes tous consommateurs d'informations ! Hélène Gestern a gagné en force et intensité dans une écriture plus affirmée. Et pour un tel sujet, il le fallait. Un livre très fort qui ne souffre d'aucun défaut où il question du respect bafoué et de celui que l'on peut reconquérir, de notre société où tout est diffusé et sur ce qu'on appelle la vie privée.
A lire absolument !
Ce n'est pas seulement la solitude qui me retient d'assister. C'est la honte que nous ayons tous deux été montrés ainsi, dans ce que nous avions de plus faillible et de plus démunis. Un photographe a fait de nous, par provision, les traîtres que nous n'étions pas. Son image à défloré, vendu, soumis à l'avance les mots que nous n'avons pas eu le temps de prononcer.
J'étais convaincu d'avoir compris l'étendue des pouvoirs de la photographie, d'être celui qui pouvait révéler ces vérités cachées. Je décryptais, comme on dit. J'avais juste oublié l'essentiel. Parce que si je me suis souvent demandé, pendant ces entretiens, ce qu'avaient ressenti ceux qui avaient pris ces photos, je me suis rarement interrogé sur qu'avaient éprouvés les photographiés au moment du déclic. Jamais pris la véritable mesure de leur humiliation, de la violence que représentaient les instants d'existence qu'on leur avait dérobés. Aujourd'hui, je m'interroge : combien de mémoire avons-nous insultées de la sorte ? Combien d'hommes et de femmes, réduit à une blessure, à une grimaces dont nous avons fait commenter l'image? Dans la chair meurtrie, figée pour toujours dans la chimie de sa pellicule, dans son amas de pixels, écrasés par la dictature sèche d'un flash, je n'ai jamais voulu voir que l'impérieuse nécessité de rendre compte de l'Histoire.
Lu de cette auteure : Eux sur la photo - La part du feu
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