lundi 17 novembre 2014

Mélisa Godet - Les Augustins

Editeur : JC Lattes - Date de parution : Mai 2014 - 183 pages remplies d'énergie !

Jeune journaliste Web, Malika obtient de travailler sur les squats. Via Gabor qui y loge, elle découvre une association qui lutte contre le mal-logement et le squat des Augustins. Elle décide de réaliser des reportages sur les personnes qui y vivent. Et ce sont autant de personnages attachants que l'on découvre. Des accidentés de la vie, des étudiants, des clandestins, des personnes qui travaillent mais qui ne gagnent pas assez pour s'offrir un logement... Autant de situations différentes que Malika était loin d'imaginer.

Mais un squat dérange et celui des Augustines pour des raisons qui seront révélées au fil des pages. Même si on pressent ce qui va se passer, il n'empêche que ce premier roman déborde d'énergie.
Sous des airs légers, Mélisa Godet traite de sujets plus graves mais sans tomber dans le pathos.
Malgré une trame qui ne m'a pas toujours convaincue, ce roman fait du bien et donne du punch ! 

Le billet de Cathulu, (merci Cuné !)

samedi 15 novembre 2014

Laurent Mauvignier - Apprendre à finir

Éditeur : Éditions de Minuit - Date de parution : 2003 - 127 pages superbes lues en apnée ! 

Une femme prépare sa maison car son mari longuement hospitalisé suite à un accident va bientôt rentrer. Immobilisé et alité, elle va s'en occuper. Un des enfants a libéré sa chambre pour lui. Elle met tout en œuvre pour son mari et pourtant elle ne peut s'empêcher de penser qu'avant l'accident, il lui avait annoncé sa volonté de la quitter. Son coeur battait pour une autre. Constat d'un mariage arrivé à bout de souffle avec les disputes, le désamour, sa jalousie à elle haineuse.
La convalescence de son mari est l'occasion pour elle de le récupérer "une nouvelle chance pour elle, pour eux", de tirer un trait sur ce passé récent et de repartir sur de nouvelles bases. Lui montrer combien elle est présente pour effacer la rivale, son dévouement, ses attentions :  autant de bouées auxquelles elle s'accroche pour espérer. Mais quand son mari commence à aller mieux, la peur la saisit. Et si tout cela n'avait servi à rien ? La douleur de cette femme est palpable, elle prend à la gorge...

Et dans un monologue, tous ses sentiments contradictoires ou paradoxaux nous sont livrés sans concession. Le cri d'amour de cette femme est douloureusement beau car Laurent Mauvignier fait parler les silences, le regard du mari, un geste.
L'écriture est magnifique (j'en suis amoureuse), elle creuse au plus profond, nous bouleverse par sa justesse ! Absolument superbe! 

Maintenant, aucune importance. Rien n'a d'importance après, quand on sait ce qu'on a refusé tout le temps, qu'on se dit que, même son corps à côté de nous, on était seul toujours, parce quand on est seul on est tout seul, même avec celui qu'on voulait garder, si ce n'est que son corps, si ce n'est qu'un regard vide et puis puis toute sa vie, toute sa tête qui sont tournées là où jamais il n'y aura de place pour nous. Il n'y a rien aucun visage, aucun regard pour nous sauver de ça. Et au contraire, je me disais, il faut en finir vite et plonger pour en finir, vite, pour aller au bout une fois et ne plus se lasser d'attendre des autres que ça change. Rien ne change. Tout est déjà là. Rien, il n'y à rien à attendre ce jour qui vous délivrera de l'illusion des autres, c'est tout.

Lu de cet auteur :  Autour du monde - Dans la fouleLoin d'eux

vendredi 14 novembre 2014

Mathieu Lindon - Les hommes tremblent

Éditeur : P.O.L. - Date de parution : Octobre 2014 - 169 pages déstabilisantes ! 

Qu'est-ce qui peut bien entacher la tranquillité d'un petit immeuble parisien? L'arrivée d'un SDF Martin qui squatte le hall en permanence. Les habitants s'interrogent : nous sommes en hiver, il faut bien que le pauvre homme se mette à l'abri du froid alors faisons preuve d'humanité Oui mais... Martin boit, il est sale et ramène sa copine Martine. Martin a le chic pour s'immiscer dans la vie de gens. Du hall, il règne et observe les allées et venues, donne son avis sur tout avec arrogance ou mépris. Et quand Martin et Martine provoquent, on en viendrait à avoir peur d'eux. Que faire ? Car après tout, quelquefois ils rendent service et Martin a aussi parfois des réflexions justes ou emplies de bon sens. Mais quand même la situation ne peut plus durer. Les habitants ne savent plus que faire.

Tenter de les déloger ou alors leur proposer le local poubelles? Des solutions qui les feraient apparaître pour des gens sans coeur et chacun pour soi. Il y a ceux qui les ignorent, ceux qui ont un simulacre d'attention gentille ou encore l'adolescent qui boit les paroles de Martin. Car ce dernier a des grandes idées du système, du travail.
Sauf que Mathieu Lindon sait révéler toutes les facettes des âmes de tout ce petit monde. Celui qui pouvait nous être sympathique se révèle hypocrite. Il n'y pas de méchant ou de gentil, juste la mise à nu et à mal de nos consciences. Le tout est décrit avec une ironie féroce.
Déstabilisant et très bien réussi ! 

Sans que Martin soit expulsé manu militari, il devrait être possible de le convaincre de passer son temps dans le local poubelles, qui est très bien tenu et assez spacieux, de sorte qu'il ne manquerait pas de place pour se mettre à l'aise, même avec Martine, et lui-même ne serait pas sans cesse interrompu dans ses rêveries par des allées et venues. Les allées et venues, pour leur part, n'auraient pas sous leurs yeux, à chaque fois qu'il quittent ou regagnent leur appartement, cette espèce de loque prétentieuse qui donne son avis sur tout et sur chacun. Mais Martin a des complices dans l'immeuble, des locataires principalement, qui tiennent à faire connaître leur idée de l'humanisme, laquelle consiste à se scandaliser de tout contact trop poussé entre les hommes et les déchets. Qu'est-ce qu'ils croient ? Que, dans des pays moins favorisés, les pauvres gens ne fouillent pas jour les décharges d'ordures comme une île au trésor, pour y trouver de quoi se nourrir ou commercer jusqu'à demain? Martin, il était juste question qu'il passe ses journées et dorme, qui plus est éventuellement avec sa Martine, dans la Rolls des locaux poubelles.
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