lundi 9 février 2015

Raphaëlle Riol - Ultra Violette

Éditeur : Le Rouergue - Date de parution : Janvier 2015 - 192 pages vives, teintées d'ironie et d'hardiesse ! 

Raphaëlle Riol invite une jeune femme non pas que pour écrire sur elle mais surtout pour lui laisser la parole. Violette Nozière qui défraya la chronique dans les années Trente en empoisonnant son père. Condamnée à mort dans un premier temps puis libérée en 1945, son chemin se perd. Son fantôme s'installe chez l'auteure et y prend ses aises.

On découvre Violette Nozière s'ennuyant chez ses parents de condition modeste, belle, avide de d'argent, d'amour et de brûler sa jeunesse avant qu'il ne soit trop tard. Menteuse, manipulatrice, la jeune femme fascine et nous voilà plongés dans un autre univers, revivant une autre époque. Son procès sera sans appel,  elle est décrite comme immorale et de petite vertu alors qu'elle n'a que dix-sept ans. Un procès où sa mère ne la défendra pas. Muse des surréalistes, décriée, haie, elle fait parler d'elle.
Dans cette face A,  les discussions prennent vie entre l'hôte et son hôtesse. Violette s'immisce dans le quotidien de l'auteure, le bousculant, n'en faisant qu'à sa tête et prenant de plus en plus de place. La face B est celui du domaine des hypothèses pour savoir qui fut la personne qui l'attendit à sa libération.
Je me suis régalée des réflexions sur le processus d'écriture, de la liberté qu'un  l'écrivain s'octroie quand il s'empare d'un personnage.

Si le livre est original  par sa construction, l'écriture de Raphaëlle Riol y ajoute du piment. Vive, alerte,  avec de l'humour et du vitriol. Une écriture qui se moque des conventions pour plus de liberté et d'hardiesse. A lire ! 

En invitant une morte à s'installer chez moi, je savais que j'allais devoir régler des comptes avec la vie et avec l'écriture. Qu'il allait falloir aligner les mots subtilement, pour ne pas miser trop vite, ni frôler trop dangereusement l'obscurité. Je prenais le risque de devoir mentir, à moi et aux autres. Jouer le jeu des questions-réponses et peut-être au bout du compte celui de l'écriture-miroir, celui de l'écriture qui fait vomir ce qu'on croyait pourtant avoir digéré. 

Les billets de Cathulu, Leiloona

samedi 7 février 2015

Sylvain Coher - Nord-nord-ouest

Éditeur : Actes sud - Date de parution : Janvier 2015 - 266 pages dont on ne sort pas indemne !

Lucky tout juste majeur et le Petit encore adolescent sont arrivés à Saint-Malo. Ils se débrouillent grâce  aux  vols dans les supermarchés et aux distributeurs automatiques. Une fille s'est entichée de Lucky, le Petit  n'aime pas ça car il est jaloux. Lucky et lui sont comme des frères après avoir fuir Marseille et un détour par l'Italie. Depuis, Lucky veille sur lui. Saint-Malo veut dire rejoindre l'Angleterre où ils imaginent la vie facile. Pas question d'aller à Calais pour monter à bord d'un Ferry en  tant que clandestins. Trop dangereux, trop de contrôles. Lucky a une idée : traverser la mer à bord d'un bateau qu'ils voleront. La Fille veut les accompagner, le Petit espère que Lucky dira non mais ce dernier accepte. Le Petit pense que Lucky frime et qu'il ne mettra pas son plan à exécution. Mais Lucky a repéré un voilier et ils les charge de courses pour la traversée qui ne sera pas longue. Un matin alors qu'il fait encore nuit, les voilà à bord d'un vieux voilier le Slangevar avec de la nourriture, de l'eau, des allumettes, de l'essence pour le moteur. Problème, le moteur ne démarre pas. Ce n'est pas grave, ils navigueront à la voile comme de vrais marins.

La Fille a des souvenirs d’Optimist qui leurs sont bien utiles. Sauf qu'ils n'avaient rien imaginé de la navigation de nuit avec le passage des cargos et l'utilité du matériel nécessaire. Ils n'ont pas de cartes marines mais juste l'Almanach du Marin Breton. Le mauvais temps vient s'ajouter et les deux jours de traversées prévus initialement sont déjà loin. Ils sont au milieu de l'océan sans savoir exactement où, ils n'ont pratiquement plus rien à manger et plus d'eau potable. Lucky ne veut pas montrer qu'il est dépassé par les événements tandis que le Petit et la Fille doutent sérieusement. Tout nous laisse à croire qu'une catastrophe sera imminente et la mort également. Je me tais sur la suite..

Première fois que je lis Sylvain Coher et son écriture m'a conquise. Elle colle aux personnages, rend à merveille l'ambiance sur le voilier. Lucky et le Petit parlent peu, leurs échanges sont nerveux tout comme ils l'étaient à terre. La Fille amoureuse de Lucky essaie de tempérer la tension qui s'installe. Chacun garde ses angoisses pour lui mais on les ressent. Le silence de la mer plonge Lucky et le Petit dans leurs souvenirs. On apprend ce qui s'est passé en Italie. On pourrait penser que la solidarité entre les trois va prendre le relais mais on se trompe...
Autre point à souligner, c'est que l'auteur a pris le risque d'intégrer le langage spécifique d'un voilier. Et au contraire de nous bloquer, tout cet environnement technique inconnu nous bouscule un peu plus sans nous empêcher de comprendre ce qui se passe. Et nous sommes aux mains de l'auteur...

Ce huis clos est terrible ! Sur un voilier, il y a le manque de liberté et de place sans compter que le voyage tourne au désastre. On est gagné par par une sorte de malaise et de stress, nos nerfs sont mis à rude épreuve. Ce roman est une claque et on n'en sort pas indemne! Ceux et celles qui ont lu et aimé En mer de Toine Heijmans apprécieront...

Merci à Julien pour ce conseil de lecture !

vendredi 6 février 2015

Arnaldur Indridason - Les nuits de Reykjavik

Éditeur : Métailié - Traduit de l'islandais par Eric Boury - Date de parution : Février 2015 - 261 pages passionnantes !

Erlendur âgé de 28 ans vient tout d'entrer dans la police. Il patrouille de nuit la ville de Reykjavík avec deux collègues. Hannibal un clochard qu'il croisait de temps en temps est retrouvé mort. L'hypothèse de la noyade a tout de suite été retenue sans aucune enquête. Mais Erlendur cherche à en savoir plus et surtout comment cet homme s'est retrouvé à la rue avec la bouteille pour compagne.

Ce livre s'intéresse à la population des sans-abris de Reykjavík. Autant d'hommes et de femmes qui se connaissent, les centres d'hébergement pour la nuit, ceux ou celles qui veulent arrêter l'alcool, la mendicité et le regard d'une population sur eux. Erlendur possède cette empathie qui le pousse s'il le peut à aider les clochards. Têtu et obstiné, il enquête patiemment convaincu que la mort d'Hannibal n'est pas un accident.

Et voilà un polar résolument humain et sans hémoglobine. La psychologie, les personnalités des personnages sont vraiment creusées et c'est un régal!
Une lecture passionnante où l'auteur ne nous bouscule pas, ne nous oppresse pas et pourtant ce livre est impossible à lâcher ! Le club des Erlendurettes va être content...

Erlendur se demandait si la manque de zèle de ses collègues tenait au statut social de la victime, s'ils ne considéraient  pas en fin de compte qu'il ne s'était tien passé de notable, si ce n'est que depuis il y avait un clochard de moins dans les rues. 

Le billet de Cathulu

Lu de cet auteur : La muraille de lave - Le duel
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