mercredi 10 juin 2015

Caroline Deyns - Perdu, le jour où nous n'avons pas dansé

Éditeur : Philippe Rey - Date de parution : Mai 2015 - 349 pages dévorées !

D'Isadora Duncan , on connaît généralement celle qui révolutionna la danse en la débarrassant d'une technicité rigide mais en lui apportant de la spontanéité, ou encore celle dont l'existence sera brisée par le châle qu'elle portait au cou, piégé sous les roues de la voiture de son dernier amant.
Très jeune, Isadora danse et sa mère l'y encourage, elle qui élève seule ses quatre enfants. Si l'école de danse la rejette, qu'importe, elle continue. Déterminée, Isadora conquiert et étonne son public par ses tenues faites de voiles translucides, par l'harmonie du corps. Elle devient la coqueluche des salons et enfin le succès lui sourit. Tout le monde la veut et la réclame. Mais Isadora est un tourbillon et la spontanéité de sa danse se retrouve dans son comportement. Riche ou pauvre, généreuse car l'argent ne signifie rien pour elle, aimante passionnée, déraisonnable, imprévisible et insaisissable, éprise de liberté, s'enflammant pour des idéaux, son corps réclame la danse et la danse est son corps. La mort de ses enfants la plongera dans l'abîme de l'alcool. Blessée à tout jamais, elle cherche à faire taire sa douleur. Adulée ou délaissée, la danse sera toujours son moteur.

De l'Amérique à la Grèce en passant par la France, la Russie, on suit cette femme hors du commun pour qui le destin le sera également. On est pris dans la frénésie de l'histoire la danseuse et de la femme. A travers l'écriture de Caroline Deyns, la danse d'Isadora apparaît sous nos yeux et nous entraîne avec elle tout comme sa vie.
Un hymne à cette femme qui a toujours rejeté les convenances, la bienséance et ne s'est jamais soucié des qu'en-dira-t-on . Cette personnalité ne pouvait forcément que me séduire. L'écriture de Caroline Deyns, poétique mais aussi joueuse, colle parfaitement à ce roman que j'ai dévoré ! Et on ressent toute  l'empathie de l'auteure pour celle qui s'est inscrite dans l'Histoire.

Quand on lui demande quels sont ses maîtres à  danser, elle répond Whitman, le Rousseau de l'Emile. Et Nietzsche  : "Et que l'on estime perdue toute journée où l'on n'a pas au moins une fois dansé". Cette phrase lui plaît tant qu'elle en remplit les pages d'un cahier.

Le billet de Gwen

Lu de cette auteure : Tour de plume

lundi 8 juin 2015

Cynthia Bond - Ruby

Éditeur : Bourgois - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Kiéfé - Date de parution : Mai 2015 - 410 pages et un avis mitigé

Liberty petit ville du Texas a vu grandir Ruby. A peinée née, sa mère a déserté pour New-York, voulant quitter cette vie, son enfant lui appelait son viol et l'histoire familiale dramatique. A croire que le malheur est héréditaire, Ruby à six ans est confiée à une dame qui la prostitue. Une enfance brisée et à dix-huit, en 1950, elle part à New-York retrouver sa mère . Sa beauté attise les hommes et elle en fait son commerce.  Mais un télégramme de sa cousine lui demande de revenir en urgence à Liberty.

Ruby âgée de trente ans croyait que beaucoup de choses auraient changé en remettant les pieds à Liberty. La violence et les abus l'ont marquée, tourments qui prennent la forme de fantômes qui la hantent. La femme revenue de New-York sombre peu à peu dans une sorte de sauvagerie proche de la démence. Les hommes de Liberty abusent d'elle à leurs tours. Ephram Jennings ne l'a jamais oubliée. Fils d'un prédicateur lynché et d'une mère internée, élevé par sa sœur bigote, à quarante-trois il continue d'habiter chez elle et de lui obéir. Cet homme bon et candide qui aime en secret Ruby est persuadé de pouvoir lui offrir une vie décente et de la protéger. Mais les croyances profondément ancrées dans cette petite ville sont des barrages.
Si l'auteure nous détaille les histoires de la famille de Ruby et de celle d'Ephram, elle nous révèle l'inacceptable, l'impensable (et ça fait mal, très mal), j'ai trouvé que ce roman prenait du temps à démarrer, à trouver son rythme. Les (longues) pages consacrées au Dybou ( le Diable ou le mal ) et à ses actions comme s'il était personnifié m'ont laissée perplexe. Certaines pages soulèvent le coeur, donnent envie de crier mais on sait que le sceau du malheur ne peut pas se briser.

Ce premier roman aurait gagné en puissance en étant plus structuré car avec une écriture viscérale, Cynthia Bond nous fait valdinguer entre les rites mystiques, le racisme, la rédemption que peut apporter l'amour, la violence, l'amour et la religion.
A découvrir malgré mes bémols! 

Ruby Bell représentait un rappel constant de ce qui risquait d'arriver à toute femme chaussée de talons top hauts. La population de Liberty Township brodait autour d'elle des histoires édifiantes sur le prix du péché et des voyages.Ils la traitaient de folle perdue. De braillarde déchaînée, à moitié nue. Finalement, rien de surprenant pour quelqu'un qui revenait de New-York, estimait la ville.

samedi 6 juin 2015

Alysia Abbott - Fairyland

Éditeur : Editeur Globe - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard - 380 pages et un livre hérisson !

Alysia Abbott perd sa mère dans un accident de voiture à l'âge de deux ans. A partir de ce jour, son père Steve Abbot décide qu'ils vont s'installer à San Francisco et qu'il va assumer pleinement son homosexualité. Sauf que nous sommes dans les années 70.

Alysia s'est plongée dans les journaux intimes de son père. Ainsi, chaque évènement est relaté par deux voix celle d'Alysia à partir de ses propres souvenirs, et celle de son père. Poète et défendant ardemment les droits des homosexuels, Steve Abbott était membre de la communauté hippie de San Francisco. Son père amenait Alysia partout avec elle dans les réunions, dans les groupes de poètes. Si enfant, elle ne trouvait pas "étrange" de trouver des petit amis dans le lit de son père, l'adolescence fut marquée par la difficulté à trouver sa place. Elle ne connait personne dont le père est gay, elle et lui ne s'inscrivent pas dans la modèle de famille conforme. Et il s'agit d'une époque où des personnalités mènent des campagnes actives dans tout le pays contre les homosexuels. Ils sont agressées et le sida commence à faire ses premières victimes. Même si  en 1985,  on disait clairement que personne n'était à l'abri du sida, la colère et les actes contre les homosexuels  étaient violentes ( ils étaient la cause de la maladie). Son père peine à joindre les deux bouts financièrement, accumule les petits jobs.
Un père qui élève sa fille en lui laissant la liberté ( même si à cinq ans Alysia n'était pas capable de se garder toute seule) et en lui inculquant des valeurs de respect envers les autres.  Un chemin ponctué pour Steve par ses amours brisés, par la drogue mais toujours par des preuves d'amour envers sa fille (comme quand il a envisage de dépasser son homosexualité pour sa fille) et puis le sida. Pour Alysia, il était difficile d'assumer leur vie bohème, l'homosexualité de son père " je n'étais certes pas "gay", cependant, je savais que "gay" s'appliquait à moi à cause de papa. Et, durant mes deux premières années à l'école franco-américaine, entre les dictées en français, le leçons de maths, les visites à Kewanee et les heures passées devant la télé, j'avais appris que l'homosexualité était : a/ "dégoûtante", et b/ que je n'y pouvais rien. Or ce côté dégoûtant n'était pas lié à vos actes : c'était quelque chose qui pouvait vous arriver - ou alors vous étiez né avec.".
Quand son père est devenu trop affaibli par la maladie, Alysia abandonne ses études pour s’occuper de lui. Il mourra en 1992, elle avait vingt ans.

Il s'agit d'un témoignage rare par sa beauté, sa force d'une père et une fille qui entretenaient une relation fusionnelle. On a le sentiment d'un livre écrit à quatre mains (c'est une des forces de ce récit), et celui de découvrir les années 70 et 80 à San Francisco.
Tout y est écrit les frustrations comme les joies, il n' y aucun tabou. Un livre devenu hérisson qui m'a plus qu'émue ! 

Espérons que lorsqu’elle sera adulte, nous vivrons dans une société où les dichotomies homo-hétéro et homme-femme ne seront pas si importantes. 1975, Steve Abbott

Merci à Arnaud pour ce conseil de lecture !
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...